Shithole countries

Le dernier caravansérail
Un film du Théâtre du Soleil
Réalisation : Ariane Mnouchkine

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Les pays trou à merde ne sont pas précisément ceux dont parlait, il n’y a pas si longtemps et dans son style châtié, l’actuel président des États-Unis.
Voici à quoi je pensais devant certaines scènes du Dernier caravansérail, film tiré du spectacle du même nom mis en scène, en 2003,  par Ariane Mnouchkine dans son déjà mythique Théâtre du Soleil.
Les protagonistes en son les réfugiés, les migrants. Le centre de rétention de Sangatte venait d’être fermé. Aujourd’hui on a démantelé la Jungle de Calais.
Sarkozy, Hollande et Macron n’ont pas amélioré la situation de tous ces êtres humains qui fuient l’enfer et ces jours-ci la langue est d’un bois si dur qu’elle est devenue « élément de langage » !

Ce spectacle profondément émouvant est né de l’intérêt d’Ariane Mnouchkine pour le centre de réfugiés de Sangatte, et ensuite pour ceux d’Indonésie et d’Australie. Elle y rencontra des migrants venus des quatre coins de la planète qui lui racontaient leur odyssée. De ces témoignages naquit Le Dernier caravansérail. Les caravansérails étant les endroits où faisaient halte les caravanes qui suivaient la route de la soie entre l’Iran et la Chine.
Les comédiens du Théâtre du Soleil, d’origines très diverses, s’expriment dans la langue de leur personnage, farsi, russe, tchéchène, anglais… La question se pose alors : la langue est-elle un véhicule de communication ou une frontière ? Cela dépendra bien évidemment des interlocuteurs.
Dans la scène ahurissante entre la juge australienne et le demandeur d’asile irakien, malgré la présence d’une traductrice assermentée, elle devient un mur infranchissable.
Ce mur n’est pas toujours facile à franchir, comme cela se passe au petit centre de soins de Sangatte. Ici, c’est le réfugié qui se refuse à accepter la gravité de sa blessure malgré les efforts de l’infirmière Solange qui mêle dans son discours du français, de l’anglais ainsi qu’un brin de farsi. Une scène pleine de tendresse et de poésie qui se termine quand le migrant joue sur sa béquille, flûte improvisée, une mélodie des Beatles.

Je dois dire que, comme dans toutes les productions du Théâtre du Soleil que j’ai eu le bonheur de voir, les acteurs sont stupéfiants de vérité et de poésie.
Tout commence avec un groupe de réfugiés qui tentent de traverse un fleuve sur un rafiot de fortune relié aux deux rives par une corde. Un énorme drap représente le fleuve et ses vagues furibondes gonflées par le vent. Les dialogues, parfois plein de haine et de désespoir, indiquent qu’il s’agirait de la frontière entre le Kirghizstan et la Kazakhstan.

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Et puis ces images de désarroi et de violence cèdent le pas à celle d’une main féminine qui écrit en caractères arabes.
« Chère Nadereh, pardonne-moi d’avoir mis si longtemps à t’écrire… », lit la voix d’Ariane Mnouchkine qui donne à son amie des détails de la préparation du spectacle construit sur la base des miettes des destins des migrants. « Nadereh dja… » le même texte est lu en farsi.
Tout le film sera ponctué de ces commentaires épistolaires.

Avec une esthétique comparable à celle des miniatures persanes, nous voyons défiler toute une série de courtes scènes illustratives de la vie des réfugiés, qui se déroulent dans un décor, roulottes, abribus, cabanes, cabines téléphoniques, d’une extrême fragilité. Aussi fragile, pourrait-on dire, que leur avenir.
Nous les voyons dans leurs pays d’origine, l’Iran, la Tchétchénie, l’Afghanistan, la Russie…, fuyant la guerre, l’intégrisme, la misère et la faim, ainsi que dans les contrées où ils échouent, en France, en Indonésie, en Angleterre, en Australie, dont l’accueil n’est généralement pas celui qu’ils espéraient. Certaines femmes d’Europe de l’Est se prostituant pour obtenir un passeport ; d’autres migrants payant ce qu’ils n’ont pas pour pouvoir monter dans un improbable Eurostar et se faisant tabasser ensuite par les policiers français de Sangatte.

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Pour preuve le récit d’un migrant rejeté par l’Australie :
« Ils ont répété : ‘’Retournez d’où vous venez ! L’Australie ne vous accepte pas !’’ Ils nous ont maintenus 9 à 10 jours à l’intérieur du bateau. Dix jours terrifiants durant lesquels il n’y avait presque pas de nourriture. Au bout de deux jours, ils ont donné une bouteille d’eau à chacun. Personne ne pouvait bouger (…) Ils leur ont5 répondu : ‘’Nous vous conduisons à Darwin en détention et vous ne discutez pas !’’ Le huitième jour, ils ont pris les familles à part, femmes, hommes, enfants. Même les enfants ont été fouillés si sévèrement. (…) Nous demandions : ‘’Où nous emmenez-vous ?’’ Et ils nous répondaient : ‘’L’Australie nous vous accepte pas !’’ »

Deux scènes vers la fin du film m’ont ému aux larmes : la police qui s’en prend violemment aux réfugiés qui tentent de fuir vers l’Angleterre aux sons, suprême ironie, de l’Hymne à la joie, hymne de l’UE, et, sans transition, un homme à l’accent étranger qui lit d’une voix trébuchante, le poème Liberté de Paul Éluard.
Le film se termine par un rayon d’espoir. Un oiseau, proche parent de la colombe de Picasso, survole un heureux pique-nique en Angleterre. Petit détail, toutefois, l’œil des intégristes est là, vigilant. Et, dernière image, deux réfugiés remercient le capitaine d’un navire norvégien les ayant secourus.

Il est vrai, et heureusement, qu’il existe encore des Justes qui, comme Cédric Héroux et tant d’autres, vont faire fi de l’aberrante loi sur le délit de solidarité, et aider ces humains en grande détresse que sont les réfugiés.
Or, et je me repose la question, les vrais shithole countries ne seraient-ils pas ceux qui ferment leurs portes aux migrants, oubliant, la plupart du temps que cet exode est aussi leur responsabilité ? N’ont-ils pas colonisé ces terres, n’y ont-ils pas maintenu au pouvoir des dictateurs crapuleux pour ainsi pouvoir continuer leurs affaires, ne sont-ils pas, en grande partie, responsables des perturbations climatiques qui brûlent des terres jadis fertiles ?

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Dans ce film, tout comme les acteurs glissent sur les planches à roulette, ce qui ajoute de la poésie à leurs déplacements, Ariane Mnouchkine et ses interprêtes glissent dans le monde sombre des réfugiés de petites lueurs d’espoir. Comme ce poème de l’iranien Mirzadeh Eshghi :

« Pauvre de moi
Si je ne m’enivre pas du soleil
Pauvres de nous
Si nous ne jouissons pas du printemps
Si tu ne fracasses pas la coupe de la tristesse sur la pierre
Bientôt ses sept couleurs se multiplieront
Et deviendront soixante-dix. »

https://www.youtube.com/watch?v=BaL7lxFhjZE

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Los países agujeros de mierda no son precisamente aquellos de los que hablaba, no hace tanto tiempo y en su lenguaje florido, el actual presidente de los Estados Unidos.
Esto es lo que pensaba ante ciertas escenas de Le Dernier caravansérail (El último caravasar), película extraída del espectáculo del mismo nombre puesto en escena, en 2003, por Ariane Mnouchkine en su ya mítico Théâtre du Soleil.
Sus protagonistas son los refugiados, los migrantes. El centro de retención de Sangatte acababa de ser cerrado. Hoy ya desmantelaron la Jungla de Calais.
Sarkozy, Hollande y Macron no han mejorado la  situación de todos estos seres humanos que huyen del infierno y en estos días,  ¡el doble discurso se ha vuelto « elemento de lenguaje »!

Este espectáculo profundamente conmovedor nació del interés de Ariane Mnouchkine por el centro de refugiados de Sangatte, y luego por los de Indonesia y Australia. Encontró allí a migrantes provenientes de los cuatro puntos del planeta que le contaban su odisea. De estos testimonios nació El último caravasar. Los caravasares eran los lugares donde hacían posta las caravanas que seguían la ruta de la seda entre Irán y China.
Los actores del Théâtre du Soleil, de orígenes muy diversos, se expresan en la lengua de su personaje, farsi, ruso, checheno, inglés… Se plantea entones la pregunta: ¿La lengua es un vehículo de comunicación o una frontera? Esto dependerá muy evidentemente de los interlocutores.
En la escena espeluznante entre la jueza australiana y el solicitante de asilo iraquí, a pesar de la presencia de una traductora oficial, se vuelve un muro infranqueable.
Ese muro no es siempre fácil de franquear, como ocurre en el pequeño dispensario de Sangatte. Aquí, el refugiado se niega a aceptar la gravedad de su herida a pesar de los esfuerzos de la enfermera Solange que mezcla en su discurso francés, inglés y aún un poco de farsi. Una escena llena de ternura y de poesía que se termina cuando el migrante toca en su muleta, flauta improvisada, una melodía de los Beatles.

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Debo decir que, como en todas las producciones del Théâtre du Soleil que tuve la dicha de ver, los actores son maravillosos de verdad y poesía.
Todo comienza con un grupo de refugiados que intentan atravesar un río sobre un barquichuelo unido a las dos riberas con una soga. Una enorme tela representa al río y sus olas furiosas henchidas por el viento. Los diálogos, a veces llenos de odio y desesperación, indican que se trataría de la frontera entre el Kirguistán y el Kazakstán.
Y luego, estas imágenes de angustia y de violencia ceden el paso a la de una mano femenina que escribe en caracteres árabes.
«Querida Nadereh, perdoname el haber tardado tanto en escribirte… », lee la voz de Ariane Mnouchkine que da detalles a su amiga sobre la preparación del espectáculo construido sobre la base de las migajas del destino de los migrantes.  « Nadereh dja… »,  el mismo texto es leído en farsi.
Todo el film estará mechado po restos comentarios epistolares.

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Con una estética comparable a la de las miniaturas persas, vemos desfilar toda una serie de cortas escenas ilustrativas de la vida de los refugiados q1ue se desarrollan en un decorado, carricoches, refugios de ómnibus, cabañas, cabinas telefónicas, de una extrema fragilidad. Tan frágil, podría decirse, como su destino.
Los vemos en sus países de origen, Irán, Chechenia, Afganistán, Rusia…, huyendo de la guerra, del integrismo, de la miseria y el hambre, así como en los parajes donde recalan, en Francia, en Indonesia, en Inglaterra, en Australia, cuya acogida no es generalmente la que esperaban. Ciertas mujeres de Europa del este prostituyéndose para obtener un pasaporte; otros migrantes que pagan lo que no tienen para poder subir a un improbable Eurostar y haciéndose luego golpear por los policías franceses de Sangatte.
Como prueba, el relato de un migrante rechazado por Australia:
«Repitieron : ‘’¡Vuelvan a su país! ¡Australia no los acepta!’’ Nos mantuvieron de 9 a 10 días en el interior del barco. Diez días terroríficos durante lo9s que no había casi comida. Al cabo de dos días dieron una botella de agua a cada uno. Nadie podía moverse. (…) Les contestaron : ‘’¡Los llevamos a Darwin detenidos y no discutan!’’ Al octavo día, separaron a las familias, mujeres, hombres, niños. Aún los niños fueron revisados tan severamente (…) Preguntábamos: ‘’¿Dónde nos llevan?’’ Y ellos nos contestaban: ‘’¡Australia no los acepta!’’

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Dos escenas, hacia el final del film me conmovieron hasta las lágrimas : la policía que se las agarra violentamente con los refugiados que tratan de huir hacia Inglaterra con la música, suprema ironía, del Himno a la alegría, himno de la UE, y, sin transición, un hombre de acento extranjero que lee con voz temblorosa, el poema Libertad de Paul Éluard.
El film se termina con un rayo de esperanza. Un pájaro, pariente cercano de la paloma de Picasso, sobrevuela un feliz picnic en Inglaterra. Pequeño detalle, sin embargo, el ojo de los integristas está allí, vigilante. Y, última imagen, dos refugiados agradecen al capitán de un barco noruego que los socorrió.

Es verdad, y felizmente, que aún existen Justos que, como Cédric Héroux y tantos otros, van a hacer caso omiso de la aberrante ley de delito de solidaridad y ayudar a esos seres humanos en gran peligro que son los refugiados.

Me vuelvo, empero, a plantear la pregunta, ¿los verdaderos shithole countries no son acaso los que cierran sus puertas a los migrantes, olvidando, las más de las veces, que este éxodo es también su responsabilidad ? ¿No han acaso colonizado esas tierras, no han mantenido en el poder dictadores corruptos para poder así continuar con sus negocios, no son, en gran parte, responsables de las perturbaciones climáticas que queman tierras otrora fértiles?
En el film, así como los actores se deslizan sobre tablas con ruedas, lo que agrega poesía a sus desplazamientos, Ariane Mnouchkine y sus intérpretes deslizan en el mundo sombrío de los refugiados pequeñas luces de esperanza. Como este poema del iraní Mirzadeh Eshghi :

« Pobre de mí
Si no me emborracho de sol
Pobres de nosotros
Si no gozamos de la primavera
Si no rompés la copa de la tristeza contra la piedra
Si siete colores pronto se multiplicarán
Y se volverán setenta. »

https://www.youtube.com/watch?v=BaL7lxFhjZE

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