La mémoire qui flanche – La memoria que flaquea

Alors que la plupart des pays européens ont établi leur richesse et leur puissance au moyen de ce que l’on peut aisément nommer des crimes contre l’humanité, l’esclavage et la colonisation, ils ferment aujourd’hui leurs portes à des réfugiés dont la misère et la violence qu’ils subissent et qui leur font fuir leurs pays sont encore en partie leur responsabilité pour de multiples raisons. D’un côté, un politique néocoloniale qui consiste à maintenir au pouvoir durant des décennies des dictateurs, Sassou-Nguesso, Bongo, Kabila…, qui signent, en contrepartie, de juteux contrats avec les entreprises européennes, Total, Bolloré et autres, en ce qui concerne les françaises.

D’un autre côté, des populations entières fuient la famine produite par la désertification de leur contrée. Un exemple en est la déforestation de vastes régions de la Malaisie et de l’Afrique dans le but de produire de l’huile de palme. Cette déforestation a déjà détruit des écosystèmes complets et mis en danger la survie de maintes espèces comme c’est le cas des orangs-outans de Sumatra. Et tout cela pour produire du biodiesel, un carburant soi-disant écologique !
La « mission » colonisatrice

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Le résultat d’une longue histoire de spoliations et d’horreurs qui ne fait malheureusement pas partie du « roman national », ce récit patriotique qui se veut centralisateur et qui est encore et toujours enseigné en France.
C’est ce roman national, en grande partie enjolivé, pour ne pas dire truqué, qui  a permis , en 2016, à Nicolas Sarkozy d’affirmer  que « dès que vous devenez français, vos ancêtres sont gaulois », tout comme il avait osé soutenir à l’Université de Dakar que « l’homme africain n’est pas entré dans l’histoire ».
Ce même Sarkozy qui, du temps qu’il était ministre de l’Intérieur fit voter la loi du 27 février 2005, dont l’article 4 stipule que « les programmes scolaires doivent insister sur l’aspect positif de la colonisation ».

Ces déclarations sont comme une sorte d’écho des délibérations du 28 juillet 1885, à l’Assemblée nationale, où s’affrontèrent Jules Ferry, de qui les manuels scolaires nous offrent une toute autre image, et Georges Clémenceau.
Les idées de Jules Ferry sur la colonisation peuvent se résumer ainsi :

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« Je dis que les races supérieures ont des devoirs. Ces devoirs, messieurs, ont été souvent méconnus dans l’histoire des siècles précédents, et certainement, quand les soldats et les explorateurs espagnols introduisaient l’esclavage dans l’Amérique centrale, ils n’accomplissaient pas leur devoir d’hommes de race supérieure. Mais, de nos jours, je soutiens que les nations européennes s’acquittent avec largeur, avec grandeur et honnêteté, de ce devoir supérieur de civilisation.
Est-ce que vous pouvez nier, est-ce que quelqu’un peut nier qu’il y a plus de justice, plus d’ordre matériel et moral, plus d’équité, plus de vertus sociales dans l’Afrique du Nord depuis que la France a fait sa conquête ? Quand nous sommes allés à Alger pour détruire la piraterie, et assurer la liberté du commerce dans la Méditerranée, est-ce que nous faisions œuvre de forbans, de conquérants, de dévastateurs ? Est-il possible de nier que, dans l’Inde, et malgré les épisodes douloureux qui se rencontrent dans l’histoire de cette conquête, il y a aujourd’hui infiniment plus de justice, plus de lumière, d’ordre, de vertus publiques et privées depuis la conquête anglaise qu’auparavant ? »

Clémenceau, pour sa part, répondait de cette manière aux prétentions civilisatrices de la colonisation escrimées par Ferry :

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« Les races supérieures ont sur les races inférieures un droit qu’elles exercent, ce droit, par une transformation particulière, est en même temps un devoir de civilisation. Voilà en propres termes la thèse de M. Ferry, et l’on voit le gouvernement français exerçant son droit sur les races inférieures en allant guerroyer contre elles et les convertissant de force aux bienfaits de la civilisation. Races supérieures ? races inférieures, c’est bientôt dit ! Pour ma part, j’en rabats singulièrement depuis que j’ai vu des savants allemands démontrer scientifiquement que la France devait être vaincue dans la guerre franco-allemande parce que le Français est d’une race inférieure à l’Allemand. Depuis ce temps, je l’avoue, j’y regarde à deux fois avant de me retourner vers un homme et vers une civilisation, et de prononcer : homme ou civilisation inférieurs. Race inférieure, les Hindous ! Avec cette grande civilisation raffinée qui se perd dans la nuit des temps ! avec cette grande religion bouddhiste qui a quitté l’Inde pour la Chine, avec cette grande efflorescence d’art dont nous voyons encore aujourd’hui les magnifiques vestiges ! Race inférieure, les Chinois ! avec cette civilisation dont les origines sont inconnues et qui paraît avoir été poussée tout d’abord jusqu’à ses extrêmes limites. Inférieur Confucius ! En vérité, aujourd’hui même, permettez-moi de dire que, quand les diplomates chinois sont aux prises avec certains diplomates européens, ils font bonne figure et que, si l’un veut consulter les annales diplomatiques de certains peuples, on y peut voir des documents qui prouvent assurément que la race jaune, au point de vue de l’entente des affaires, de la bonne conduite d’opération infiniment délicates, n’est en rien inférieure à ceux qui se hâtent trop de proclamer leur suprématie. Je ne veux pas juger au fond la thèse qui a été apportée ici et qui n’est pas autre chose que la proclamation de la primauté de la force sur le droit ; l’histoire de France depuis la Révolution est une vivante protestation contre cette inique prétention. »

D’autre part, même s’il n’est pas contraire à la colonisation de l’Algérie, Guy de Maupassant s’insurge contre la mainmise exercée par l’Européen sur l’Arabe :
« Notre système de colonisation consistant à ruiner l’Arabe, à le dépouiller sans repos, à le poursuivre sans merci et à le faire crever de misère, nous verrons encore d’autres insurrections. »

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La colonisation trouva donc sa justification dans l’image des peuples colonisés décrits comme sauvages et incapables de se développer par eux-mêmes. La conquête coloniale permit d’ailleurs aux missions chrétiennes d’entrer plus aisément sur le continent africain. Elles y pénétraient en même temps que l’armée dont la fonction était de « pacifier » la région.
Pour le cardinal Lavigerie, supérieur des Frères blancs, leur mission d’évangélisation était un complément de la conquête militaire. Voici comment il s’adressait aux militaires : « C’est vous qui ouvrirez les portes de ce monde immense (..). Déjà il est ouvert par votre conquête. Un jour, si vous êtes, par vos vertus, dignes d’une mission si belle, la vie y renaîtra avec la lumière, et tous ces peuples, aujourd’hui perdus dans la mort, reconnaîtront qu’ils vous doivent leur existence ; et en apprenant votre histoire, votre gloire, votre valeur, ils seront fiers de leurs ancêtres »

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Nous constatons donc que les ignobles propos de M Sarkozy se relient en droite ligne avec ces expressions tout comme avec celles des publications des Missions chrétiennes qui décrivaient les Africains comme de « grands enfants » à qui les Européens éclairés devaient tout apprendre.

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Un discours discordant, et qui se fit entendre bien plus tard, en 1950, fut celui du cinéaste militant René Vautier qui réalise Afrique 50, un film de 17 minutes qui dénonce l’exploitation des hommes et des richesses africains.
Envoyé en Afrique par le Ministère de l’éducation pour documenter l’œuvre civilisatrice des colonisateurs, Vautier se détourne de cette mission pour réaliser un brûlot politique, le premier film anticolonialiste français.
Cette critique frontale des exactions du colonialisme français valu a Vautier d’écoper un an de prison. Le film fut d’ailleurs interdit en France jusqu’en 1996, et ce grâce au directeur de la Cinémathèque de l’époque, Jean Rouch.

https://www.youtube.com/watch?v=vb3DkggPtaQ

L’esclavage et son abolition

« L’esclavage est la négation de l’être humain pour le réduire à l’état de force de travail brut. Il n’est attaché ni à une civilisation, ni à un espace géographique, ni à une époque donnée : il a été l’une des formes les plus constantes, au fil de la longue histoire des civilisations, de la domination absolue d’hommes par d’autres hommes. L’esclavage, défini en termes juridiques, fait de l’individu la chose d’un maître qui dispose souverainement de son corps, de son travail et de ses biens. Il peut être vendu, loué, cédé à bail, à l’instar d’un animal. »
Cette définition de Marcel Dorigny et Bernard Gainot, auteurs de l’Atlas de l’Esclavage, nous renvoie à l’autre crime qui permit à plusieurs pays, l’Angleterre, l’Espagne, la France, le Portugal, parmi d’autres, de devenir des puissances, l’esclavage qui est aussi à la base du fléau du racisme qui stipule que les êtres humains sont supérieurs ou inférieurs selon la couleur de leur peau ou leur origine géographique.
L’esclavage, enfin, qui fut aboli, ce n’est pas un hasard, à la même époque où les pays qui le pratiquaient devinrent des empires coloniaux.
On les avait sur place, les esclaves qui perdaient du fait cet horrible qualificatif pour devenir des peuples à qui on apportait les lumières de la civilisation.

Portrait de Christiane TAUBIRA, Garde des Sceaux, ministre de la Justice. Chancellerie le 6 juin 2012

Voici ce que nous dit Christiane Taubira, auteure de la loi de 2001 qui reconnaît l’esclavage comme un crime contre l’humanité, sur l’influence qu’il exerce encore sur les mentalités.
« Mais l’esclavage n’est pas que du passé, puisqu’il influence aujourd’hui encore notre façon de penser, nos modes de représentation! Il est aux racines même du racisme, qui fait des ravages dans notre république. Ce racisme qui pourrit la société, attaque les personnes, écrase les destinées. Ce racisme qui fait que certains ont l’arrogance de se sentir supérieurs et ne reconnaissent pas à d’autres, du fait de la couleur de leur peau, leur intégrité humaine ou leur droit légal, légitime, d’appartenir à la république. Oui, tout cela est né de là et à ce moment-là.
Pourquoi? Parce que la doctrine raciale, dont découlera le racisme, a été conçue pour justifier un système économique d’exploitation sur la souffrance et sur l’exploitation des esclaves. Uniquement pour permettre aux pays capitalistes de s’enrichir à moindre coût. Alors il faut bien que l’on comprenne le sens de ce que fut l’esclavage, mais aussi les conséquences actuelles de ce crime. »

En France, le combat pour l’abolition de l’esclavage prit de l’ampleur aux abords de la période révolutionnaire.

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Or, auparavant, en 1748, dans L’esprit des lois, Montesquieu écrivit un texte satirique nommé De l’esclavage des Nègres :
« Il est impossible que nous supposions que ces gens-là soient des hommes, parce que, si nous les supposions des hommes, on commencerait à croire que nous ne sommes pas nous-mêmes chrétiens. Si j’avais à soutenir le droit que nous avons eu de rendre les Nègres esclaves, voici ce que je dirais : Les peuples d’Europe ayant exterminé ceux de l’Amérique, ils ont dû mettre en esclavage ceux de l’Afrique, pour s’en servir à défricher tant de terres ».
Puis, en 1755, l’Encyclopédie de Diderot publia deux articles du chevalier de Jaucourt, où il demandait l’abolition de l’esclavage.
En 1788, Brissot fonde la Société des amis des Noirs, qui luttera jusqu’à obtenir l’abolition en 1794.
De son côté, Olympe de Gouges, qui mena de nombreux combats, notamment ceux en faveur des droits de la femme, s’engagea pour l’abolition de l’esclavage en publiant Zamore et Mirza, une pièce de théâtre:

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« Ils se servent de nous dans ces climats comme ils se servent des animaux dans les leurs. Ils sont venus dans ces contrées, se sont emparés des terres, des fortunes, des naturels, des îles, et ces fiers ravisseurs des propriétés d’un peuple doux, et paisible dans ses foyers, firent couler tout le sang de leurs noblesvictimes, se partagèrent entr’eux leurs dépouilles sanglantes, et nous ont faits esclaves pour récompense des richesses qu’ils ont ravies, et que nous leur conservons. Ce sont leurs propres champs qu’ils moissonnent, semés de cadavres d’habitants, et ces moissons sont actuellement arrosées de nos sueurs et de nos larmes. La plupart de ces maîtres barbares nous traitent avec une cruauté qui fait frémir la nature. Notre espèce trop malheureuse s’est habituée à ces châtiments. Ils se gardent bien de nous instruire. Si nos yeux venaient à s’ouvrir, nous aurions  horreur de l’état où ils nous ont réduits, et nous pourrions secouer un joug aussi cruel que honteux ; mais est-il en notre pouvoir de changer notre sort ? »

Plus de cinq ans d’âpres débats durent s’écouler avant que l’Assemblée ne votât l’abolition de l’esclavage, qualifié de crime de lèse-humanité, le 16 pluviôse de l’An II (4  février 1794).
Malheureusement, Bonaparte vint qui, en 1802, annula cette abolition et remit en marche les rouages de l’horreur.
Puis, entre 1832 et 1845, plusieurs propositions d’abolition furent proposées, farouchement combattues par les colons antillais.
Face à ces tergiversations, quelques personnalités adoptèrent des positions plus radicales comme le mulâtre antillais Cyrille Bisette.
« Nous n’avons jamais pu concevoir un état intermédiaire entre la liberté et l’esclavage ; l’esclavage une fois aboli, doit mourir tout entier Toute trace d’esclavage doit s’effacer sans retour. Voulez-vous que le Noir nouvellement affranchi apprenne à être libre ? Qu’il entre dans toute la plénitude de sa nouvelle existence. »

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Mais le nom qui reste le plus associé à l’abolition de l’esclavage de 1848 est celui de Victor Schoelcher. Dès 1842, il réclama son abolition immédiate. La Seconde République, issue de la révolution de 1848, nomma une commission présidée par Schoelcher chargée d’organiser la fin de l’esclavage.
Or, même si l’abolition s’accompagna de mesures qui bénéficiaient les anciens esclaves, elles visaient principalement leurs droits de citoyens, omettant une réforme foncière qui aurait permis aux nouveaux-libres de devenir propriétaires de leurs cases et de leurs jardins. Par contre, elle attribua aux anciens maîtres une indemnité sur la perte de main d’œuvre.

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Le Portugal et l’Espagne, premiers conquérants, sont aussi les premiers à implanter l’esclavage en Amérique. Il devient, avec ces deux pays, une exploitation économique à grande échelle.
Quant à la France, ce n’est qu’en 1642 que Louis XIII donna une forme légale à la traite qui avait cependant commencé auparavant. Les premiers esclaves débarquèrent d’ailleurs en Martinique en 1605.
Les historiens calculent que le nombre de déportés entre 1500 et 1848 est de 10 404 390.

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Cette déportation se faisait bien évidemment par la mer dans des navires spécialement conçus pour cette cargaison humaine. Un univers concentrationnaire où les Africains connaissent l’enfer : nus, examinés, palpés, marqués au fer comme du bétail, ils sont entassé dans l’entrepôt du bateau, dans le noir et sans même pouvoir bouger.
La mortalité variait d’un 10 à un 20%, beaucoup plus quand les Noirs,  désespérés, se révoltaient.
Arrivés sur la terre ferme, les Antilles, la Guyane, la Réunion, les esclaves rejoignaient l’ »habitation » (la plantation) du maître qui les avait achetés.
Ils y perdent leur identité d’origine car ils se retrouvent avec des Africains provenant des régions les plus diverses et parlant les langues les plus diverses.

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Ils logeaient dans des cases en bois et en torchis et leurs journées étaient épuisantes : coupe de la canne à sucre et broyage au moulin, préparation de la terre et plantation, construction, entretien et réparation continuelles de la plantation. Les instants libres étaient consacrés à cultiver le lopin de terre qui leur est alloué. Il ne leur restait que le dimanche, le Code Noir de Louis XIV le veut ainsi, pour se reposer.
Il ne faut pas croire que ces hommes et ces femmes acceptaient leur condition d’esclaves sans se révolter. Il y avait une sorte de résistance passive, mettre de la mauvaise volonté dans l’exécution du travail, ou plus radicalement, avorter ou tuer les nouveaux nés pour les mères qui ne voulaient pas pour leurs enfants la vie qu’elles menaient. Les suicides abondaient.
Ils fuyaient aussi dans les forêts, on les appelait alors « Nègres marrons », de l’espagnol « cimarrón ». Repris, les Nègres marrons étaient soumis á la justice du Roi et à celle du maître. Ils étaient torturés à mort, pour payer leur faute mais principalement pour l’exemple.

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« GRAND-PAPA DU CACHOT. Le papa de mon papa était empoisonneur. Ce n’était pas un métier mais un combat contre l’esclavage sur les habitations. Je ne vais pas te refaire l’Histoire, mais le vieux nègre de la Doum révèle, dessous l’Histoire, des histoires dont aucun livre ne parle, et qui pour nous comprendre sont les plus essentielles. Donc, parmi ceux qui rouclaient pour planter au béké ses cannes ou son café, régnaient des hommes de force. Ceux-là savaient des choses que l’on ne doit pas savoir. Et ils faisaient vraiment ce que l’on ne peut pas faire. Ils avaient mémoire des merveilles oubliées : Pays d’Avant, le Grand Pays, la parole du grand pays, les dieux du grand pays… sans les différencier cela les soumettait à d’autres exigences. Ils charriaient à l’épaule une souffrance commune. Ils guérissaient les pians mais pas les douces langueurs qui renvoyaient le mort vers le pays d’avant. Comme ça, ils contrariaient l’injuste prospérité de ces habitations dans cette chaux de douleurs. Les hommes de force disaient Pas d’enfants d’esclavage, et les femmes n’offraient que des matrices crépusculaires aux soleils de la vie. Ils disaient Pas de récoltes, et les rates se mettaient à ronger les racines, les vents à dévaster, la sécheresse à flamber dans les cannes, la pluie à embourber jusqu’à hauteur des mornes. Ils disaient Plus de forces-l’esclavage, et les bœufs perdaient leur foie en une pourriture verte, les mulets tout au même et les chevaux pareils. Le bétail décimé bloquait l’aléliron des moulins et privait de bagasse la flamme des sept chaudières dans chaque sucrerie.
Dans le Sud, Marie-Sophie, les pierres à chaux me donnent mortier. En bord de mer, je grille à la manière des Caraïbes, coquillages et polypiers qui donnent manman-ciment.
À la mort de la moindre bête, le Béké surgissait, plus blanc que le lin de ses linges. Il ordonnait d’autopsier l’animal. On le voyait anxieux tandis que le fer tranchait dans la rondeur ventrale. On le voyait épouvanté quand le foie apparaissait pourri par l’invincible. Il gueulait alors : Poison !… Géreur, commandeurs, économes, vétérinaires ouvrant la ronde, hélaient aussi : Poison !… Poison !… Puis venait la harangue : Il y a parmi vous de mauvais nègres malgré le bien que je vous fais. La menace : Le coupable va sucer le piment d’un enfer !… Enfin, manière de représailles sur plus de trois semaines, il supprimait le cocomerlo, réduisait la morue, bouclait les hommes dans l’écurie pour les priver des femmes embagassées dans les cases à bagasse.
Plus tard, pour terrifier les empoisonneurs, les békés inventèrent le cachot. J’en vois encore de-ci de-là dans les paysages qui gardent mémoire, et chaque fois je frissonne. Leurs pierres ont conservé grises des tristesses sans fond. Les présumés coupables n’en sortaient plus jamais, sauf peut-être avec le fer aux pieds, le fer au cou, le fer à l’âme pour fournir un travail au-delà des fatigues. Permets-moi de ne pas te décrire le cachot car tu comprends, Marie-Sophie, disait mon papa, il ne faut pas illustrer ces choses-là, afin de laisser à ceux qui les ont construites la charge totale de leur existence.
Cette horreur n’a bien entendu servi à rien. Que peut-on contre la force des hommes de force ? Les bêtes continuaient à mourir, les enfants à ne pas naître, les habitations à trembloter. Comme bien d’autres, le papa de mon papa mourut dans un de ces cachots. C’était un homme-guinée à ce qu’il paraît, tout sombre, tout muet, avec de grands yeux tristes et des poils aux oreilles. Il faisait tout très bien, sa coupe lors des récoltes, son sarclage quand il fallait nettoyer. Il tenait son jardin avec des gestes lents. Seule inquiétude : il ne riait à aucune heure mais souriait aux oiseaux observés à loisir. Et si on lui mandait une parole (car on le sentait un brin spécial), il se levait du pas de sa case en murmurant une messe basse, inaudible toujours. Certains y percevaient des formules de puissance auxquelles se soumettaient on ne sait quels loas. Cela se crut d’autant mieux que le bougre parvint un jour à se guérir d’une frappe de la bête-longue. C’était une heure de champs. On vit pourtant l’éclair de la bête à hauteur de son cou. On vit pourtant l’enflure de sa veine dessous sa peau grillée. On le crut pourtant terrassé quand il roula dans l’herbe, roula par-ci, roula par-là, arrachant telle feuille, grafignant telle écorce, mâchant telle racine, beuglant dans une langue inconnue une sorte de chant trouble. Ramené à sa case sur le dos d’un mulet, il y passa quatre jours, ou peut-être plus, dédaignant le remède d’une matrone-guérisseuse vréyée par le Béké. On ne comptait pourtant plus sur lui : quand la bête frappe c’est annonce-l’enterrement. Mais lui, excusez, réapparut pourtant au clair d’un jour de pause, pour seulement visiter une sorte de pied-caïmite dont le feuillage vibrait des folies de vingt merles. Son cou conserva des écailles et un brin de raideur, mais dès lors sa santé fut parfaite. Il ne devait la perdre (ou la laisser tomber) que dans l’éternité ténébreuse du cachot. » Patrick Chamoiseau, Texaco, Gallimard, 1992.

La première république d’Amérique latine. Une république noire.

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« En effet, quand on étudie la psychologie du marron avec soin, on s’aperçoit qu’il n’était rien d’autre qu’un révolté dont la détermination de rompre avec le statut de l’opprimé se manifesta dans sa décision de défendre ses privilèges inaliénables d’homme en se réfugiant en quelque lieu inaccessible aux suppôts du conformisme social. Et aiguillés par les mêmes instincts, tous ceux en qui bouillonnaient les mêmes motifs d’action, se rejoignirent, se groupèrent en un si grand nombre, à un moment donné, que l’autorité dominguoise fut sérieusement inquiétée par ce mouvement insurrectionnel », nous explique de son côté l’historien et ethnologue haïtien Jean Price-Mars dans La République d’Haïti et la République Dominicaine, Port-au-Prince, 1931.

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Price-Mars fait ici référence au soulèvement de 1791. Les habitations furent pillées et incendiées, les colons qui ne furent pas massacrés fuirent, laissant l’île aux mains d’une armée noire commandée par Toussaint Louverture.
Parvenu au pouvoir, Bonaparte y envoya une armée commandée par le général Leclerc qui fit prisonnier Toussaint Louverture. Le libérateur d’Haïti mourut en 1803 au fort de Joux, près de Besançon. L’armée française fut cependant vaincue par les Haïtiens qui proclamèrent, le 1er janvier 1804, leur indépendance. C’était la première république indépendante d’Amérique latine.
La France, qui a du mal à accepter la perte de sa colonie la plus riche, ne « concède » son indépendance à Haïti qu’en 1825. En échange, le roi Charles X exige une indemnité de 150 millions de francs or, l’équivalent d’une année de revenus de l’ancienne colonie.
Pour payer ce qu’on pourrait appeler ce chantage, l’État haïtien doit emprunter des sommes considérables aux banques françaises. La dette est soldée en 1883. Or, Haïti ne finira de ppayer les agios de l’emprunt qu’en 1946 !

« Haïti continue à payer, au prix fort, les conséquences de sa naissance. Le moins qu’on puisse dire est que son avènement, entre 1802 et 1804, n’était pas souhaité. Faute de tuer le nouveau-né, les pays occidentaux, la France de Napoléon Bonaparte en tête, ont tenté d’étouffer l’enfant adultérin de la Révolution française. Le pays connut alors la pire saignée de son histoire, pire encore que celle de 2010 : celle de la guerre d’indépendance. Haïti, seule révolte d’esclaves qui ait accouché d’un Etat, est né du rejet du colonisateur français. Crime de lèse-majesté du Nord. » Haïti, la tectonique de la misère, Christophe Wargny, Le Monde Diplomatique, février 2010.

La mémoire en question

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Pendant longtemps la mémoire de l’esclavage, dans la France d’outremer aussi bien qu’en métropole, se limita a commémorer l’abolition présentée comme une œuvre républicaine généreuse et éclairée.
La mémoire des souffrances endurées, dans le cas des anciens esclaves et de leurs descendants, se vit cantonnée dans la sphère familiale, et le plus souvent dans le silence et une certaine forme d’oubli.
Cet oubli était la seule manière, selon les dirigeants, de projeter les nouveaux citoyens dans un avenir d’égalité et d’émancipation. Avenir qui, dans la plupart des cas, est bien loin d’être arrivé, 170 ans plus tard.
Les intellectuels d’outremer ont œuvré sans cesse pour que la véritable mémoire de l’esclavage ne se dilue pas dans le discoures lénifiant des pouvoirs publics.
Parmi eux, Serge Bilé, réalisateur d’une émouvante série de reportages des descendants d’esclaves, Paroles d’esclavage.

https://www.youtube.com/watch?v=2pf9L3Ogxb0&list=PLRJLOTanZ-o5y3wp9lV_jg_aWHM-oftSb&index=3

https://www.youtube.com/watch?v=EGvn8d2GuDs

En métropole, la mémoire de l’esclavage est presque inexistante jusqu’à la commémoration des 150 ans de l’abolition, en 1998. Le vote de la loi Taubira, en 2001, et l’installation d’une journée commémorative, en 2005, ont mis le sujet sur le devant de la scène. On met, à partir de là, l’accent sur les victimes de l’esclavage, sur la reconnaissance du crime contre l’humanité.
Or, encore une fois, quelques voix discordantes se font entendre. En 2005, 40 députés UMP demandent au président Chirac d’abroger l’article de la loi de 2001 qui stipule que : « Les programmes scolaires et les programmes de recherche en histoire et en sciences humaines accorderont à la traite négrière et à l’esclavage la place conséquente qu’ils méritent. La coopération qui permettra de mettre en articulation les archives écrites disponibles en Europe avec les sources orales et les connaissances archéologiques accumulées en Afrique, dans les Amériques, aux Caraïbes et dans tous les autres territoires ayant connu l’esclavage sera encouragée et favorisée. » Ils souhaitent cette abrogation « au titre du parallélisme des formes et par soucis d’égalité de traitement » après l’abrogation en février dernier d’un article de la loi sur les rapatriés qui stipulait que « les programmes scolaires reconnaissent en particulier le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord. »
Jacques Chirac, qui avait déjà fait preuve de la haute idée qu’il a du devoir de mémoire quand, en 1995, commémorant la Rafle du Vel d’Hiv, il déclara : « La France, patrie des Lumières et des Droits de l’Homme, terre d’accueil et d’asile, la France, ce jour-là, accomplissait l’irréparable. Manquant à sa parole, elle livrait ses protégés à leurs bourreaux », ne donna pas suite à cette ignoble demande.

Le travail sur la mémoire de l’esclavage n’a de cesse. Cette année, par exemple, la chaîne franco allemande ARTE, présenta une série documentaire Les routes de l’esclavage, dont l’une des auteures est Fanny Glissant, nièce de l’écrivain et penseur martiniquais Édouard Glissant.

https://www.youtube.com/watch?v=N4lTwr_j34o
https://www.youtube.com/watch?v=2KCVH80x3TQ&t=39s
https://www.youtube.com/watch?v=jl3Dikx60Lw
https://www.youtube.com/watch?v=bXk2eKuxvZY

Je voudrais conclure avec une citation d’un autre grand écrivain martiniquais, Patrick Chamoiseau :

Migrants, part of a group intercepted aboard dinghies off the coast in the Mediterranean Sea, stand upon arrival at the port of Motril
« Oui, dans cette nuit, sur ce radeau, dessous cet horizon glacé, au cœur des abris frissonnants, des camps et des bivouacs, détruits à chaque instant recommencés toujours, en Europe, mais aussi en Asie, en Afrique, en terre des Caraïbes et des autres Amériques, ce que vous dites, mes chères, déclenche dans les géographies du vent, en étincelles de sel, en étincelles de ciel, une étrange conférence de poètes et de grands êtres humains…
Qu’est-ce donc qu’agir ou que porter manœuvre au-delà de l’urgence sans délaisser l’urgence ou rater l’essentiel et sans considérer qu’au principe de ce drame règnent des forces invisibles ?
Pourtant, comment ne pas les voir ? Le néolibéralisme qui tend à triompher ; sa finance versée aux hystéries létales ; le Politique se désertant lui-même dans des démocraties devenues erratiques ; l’État qui s’amenuise, abandonnant la barre aux seuls économistes et qui s’incline sous d’innombrables entités mercantiles, diffuses et agissantes dans le tissu du monde.  Pas un logiciel, pas un écran, pas une trouvaille des nano et des bio-techno-sciences qui échappe à leur dogme !… Et voici ce que provoque ce planétaire assombrissement : l’exclusion, le rejet, la violence, la bêtise, la haine et l’indécence qui fermentent de partout, qui s’amplifient dans les boucles d’algorithmes et de réseaux sociaux, qui explosent dans la horde instinctive des médias que ces réseaux sociaux fascinent jusqu’à rendre mimétiques. Cet effondrement engendre une perte de l’éthique, et quand l’éthique défaille c’est la beauté qui tombe. Pasolini avait raison de se troubler ainsi en face d’une nuit politique italienne qui semblait triomphante. Une nuit similaire nous avale, sans alarme, insensible, invisible, jusqu’à soudain prendre carnation malveillante sous une mèche blonde aux commandes de la nation la plus puissante des hommes…
 
La mort visible.
 
Mais quittons l’invisible et demeurons sur ce que vous voyez en cet instant crépusculaire comme depuis des années, comme d’année en année, pour des années encore, des gens, des milliers de personnes, pas de méduses ou des grappes d’algues jaunes mais des gens, petites grandes vieilles toutes qualités de personnes qui  dépérissent et qui périssent et longtemps vont mourir dans des garrots de frontières, en bordure des nations, des villes et des États de droit…
Les frontières de l’Europe s’érigent en de mauves meurtrières.  Elles alimentent un des enfers de Dante et réinstallent une manière de ce Gouffre dont a parlé Glissant. Gouffre de vies noyées, de paupières ouvertes fixes, de plages où des corps arrachés aux abysses vont affoler l’écume. Gouffre d’enfants flottés, ensommeillés dans un moule de corail, avalés par le sable ou désarticulés tendres par des houles impavides. »
Patrick Chamoiseau, Frères Migrants, Seuil, 2017

Bibliographie et sitographie
Marcus Rediker, Au Bord du Négrier, Seuil, 2013
Marcel Dorigny et Bernard Gainot, Atlas des esclavages, Autrement, 2013
Histoire générale de l’Afrique, Unesco, Tomes VI et VII
Patrick Chamoiseau, Texaco, Gallimard, 1992
Patrick Chamoiseau, Frères Migrants, Seul, 2017
http://histoirecoloniale.net

Cuando la mayoría de los países europeos establecieron su riqueza y su poderío por medio de lo que fácilmente se podrían nombrar crímenes contra la humanidad, la esclavitud y la colonización, cierran hoy sus puertas a refugiados cuya miseria y la violencia que sufren y que les hacen huir sus países son aún en parte su responsabilidad por múltiples razones. Por un lado, una política neocolonial que consiste en mantener en el poder durante décadas a dictadores, Sassou-Nguesso, Bongo, Kabila…, que firman, como contrapartida, jugosos contratos con empresas europeas, Total, Bolloré y otras en lo que concierne a las francesas.

Por otro lado, poblaciones enteras huyen de la hambruna producida por la desertificación de su tierra. Un ejemplo de ello es la desforestación de grandes regiones de Malasia y del África con la meta de producir aceite de palma. Esta desforestación ya destruyó ecosistemas enteros y puesto en peligro la supervivencia de muchas especies como es el caso de los orangutanes de Sumatra. ¡Y todo esto para producir biodiesel, un carburante aparentemente ecológico!

La “misión” colonizadora

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El resultado de una larga historia de espoliaciones y de horrores que no forma desgraciadamente parte de la « novela nacional », ese relato patriótico que quiere ser centralizador y que aún se enseña en las escuelas de Francia.
Es esta novela nacional, adornado en gran parte, por no decir trucado, que permitió, en 2016, afirmar a Nicolas Sarkozy que « a partir del momento en que son ustedes franceses, sus antepasados son galos », de la misma manera que se había atrevido a sostener, en la universidad de Dakar,   que “el hombre africano no había entrado aún en la historia”.
El mismo Sarkozy que, en tiempos en que era ministro del Interior, hizo votar la ley del 27 de febrero de 2005, cuyo artículo 4 estipula que « los programas escolares deben insistir sobre el aspecto positivo de la colonización”.
Estas declaraciones son como una suerte de eco de las deliberaciones del 28 de julio de 1885, en la Cámara de Diputados,  en las que se enfrentaron Jules Ferry,  de quien los manuales escolares nos ofrecen una imagen muy distinta,  y Georges Clémenceau.
Estas ideas de Jules Ferry sobre la colonización pueden resumirse así:

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« Digo que las razas superiores tienen deberes. Estos deberes, señores, se desconocieron muy a menudo en la historia de los siglos precedentes, y ciertamente, cuando los soldados y los exploradores españoles introducían la esclavitud en la América Central, no cumplían con su deber de hombres de raza superior. Pero, en nuestros días, sostengo que la naciones europeas cumplen con amplitud, con grandeza y honestidad, este deber superior de civilización.
¿Acaso pueden ustedes negar, alguien puede negar que hay más justicia, más orden material y moral, más equidad, más virtudes sociales en África del Norte desde que Francia la conquistó? Cuando fuimos a Argel para destruir la piratería, y asegurar la libertad de comercio en el Mediterráneo, ¿era acaso obra de bandidos, de conquistadores, de destructores? ¿Es posible negar que, en India, y a pesar de los episodios dolorosos que se encuentran en la historia de esta conquista, hay hoy infinitamente más justicia, más luz, orden, virtudes públicas y privadas desde la conquista inglesa que antes?»
Clémenceau, por su parte, contestaba de esta manera a las pretensiones civilizadoras de la colonización esgrimidas por Ferry :

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« Las razas superiores tienen sobre las razas inferiores un derecho que ejercen, ese derecho, por una transformación particular, es al mismo tiempo un deber de civilización. He aquí en términos propios la tesis del sr. Ferry, y vemos al gobierno francés ejerciendo su derecho sobre las razas inferiores yendo a hacerles la guerra y convirtiéndolas por la fuerza a los beneficios de la civilización. ¿Razas superiores? razas inferiores? ¡Se dice muy rápido! Por mi parte, me calmo singularmente desde que vi a sabios alemanes demostrar científicamente que Francia debía ser vencida en la guerra franco-alemana porque el francés es de una raza inferior al alemán. Desde ese momento, lo confieso, miro dos veces antes de volverme hacia un hombre y hacia una civilización, y pronunciar: hombre o civilización inferior. ¡Raza inferior, los Hindúes! ¡Con esa gran civilización refinada que se pierde en la noche de los tiempos! ¡con esa gran religión budista que dejó la India por China, con esa gran floración de arte de la que aún vemos hoy magníficos vestigios! ¡Raza inferior, los Chinos! con esa civilización cuyos orígenes son desconocidos y que parece haber sido llevada en un principio hasta sus límites extremos. ¡Inferior Confucio! Realmente, hoy mismo, permítanme decir que, cuando los diplomáticos chinos se encuentran con ciertos diplomáticos europeos, hacen buena figura y que, si se quieren consultar los anales diplomáticos de ciertos pueblos,  se pueden ver documentos que prueban con seguridad que la raza amarilla, desde el punto de vista del entendimiento de los negocios, del buen manejo de operaciones infinitamente delicadas, no es en nada inferior a los que se apuran demasiado en proclamar su supremacía. No quiero juzgar el fondo de la tesis que fue traida aquí y que no es otra cosa que la proclamación de la primacía de la fuerza sobre el derecho; la historia de Francia desde la Revolución es una viva protesta contra esta inicua pretensión.»

Por otra parte, aún si no es contrario a la colonización de Argelia, Guy de Maupassant se insurge contra el atropello ejercido por el europeo sobre el árabe:
« Al consistir nuestro sistema de colonización en arruinar al árabe, a despojarlo sin descanso, a perseguirlo sin merced y a hacerlo reventar de miseria, veremos aún otras insurrecciones. »

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La colonización encontró entonces su justificación en la imagen de los pueblos colonizados descriptos como salvajes e incapaces de desarrollarse por sí mismos. La conquista colonial permitió por otra parte a las misiones cristianas entrar más fácilmente al continente africano. Penetraron en él al mismo tiempo que el ejército cuya función era la de « pacificar » la región.
Para el cardenal Lavigerie, superior de los Frailes Blancos, su misión de evangelización era un complemento de la conquista militar. He aquí cómo se dirigía a los militares : « Son ustedes los que abren las puertas de este mundo inmenso. (…) Ya está abierto por su conquista. Un día, si son, por sus virtudes, dignos de una misión tan bella, la vida renacerá allí con la luz, y todos estos pueblos hoy perdidos en la muerte, reconocerán que les deben a ustedes su existencia; y al conocer su historia, su gloria, su valor, estarán orgullosos de sus antepasados».
Constatamos entonces que las inmundas palabras del sr. Sarkozy se unen directamente con estas expresiones así como con las publicaciones de las Misiones Cristianas que describían a los africanos como « niños grandes » a quienes los europeos esclarecidos debían enseñar todo.

Un discurso discordante, y que se hizo oír mucho más tarde, en 1950, fue el del cineasta  militante René Vautier que realiza  Afrique 50, un film de 17 minutos que denuncia la explotación de los hombres y las riquezas africanos.
Enviado a África por el Ministerio de Educación para documentar la obra civilizadora de los colonizadores, Vautier se aparta de esta misión y realiza un panfleto político, el primer film anticolonialista francés.
Esta crítica frontal de las exacciones del colonialismo francés valió a Vautier sufrir un año de cárcel. Por otra parte el film fue prohibido en Francia hasta 1996, y esto gracias al director de la Cinemateca de la época, Jean Rouch.

https://www.youtube.com/watch?v=vb3DkggPtaQ

La abolición de la esclavitud

« La esclavitud es la negación del ser humano para reducirlo al estado de fuerza de trabajo bruto. No está relacionada ni a una civilizació, ni a un espacio geográfico, ni a una época dada: fue una deas formas más constantes, a lo largo de la larga historia de las civilizaciones, del dominio absoluto de hombres por otros hombres. La esclavitud, definida en términos jurídicos, hace del individuo la cosa de un amo que dispone soberanamente de su cuerpo, de su trabajo y de sus bienes. Puede ser vendido, alquilado, cedido por contrato, al igual que un animal.»
Esta definición de Marcel Dorigny y Bernard Gainot, autores del Atlas de la Esclavitud, nos recuerda el otro crimen que permitió a varios países, Inglaterra, España, Francia y Portugal, entre otros, volverse potencias, la esclavitud que también está en la base del flagelo del racismo que estipula que los seres humanos son superiores o inferiores según el color de su piel o su origen geográfico.

La esclavitud, por fin, que fue abolida, no es casualidad, en la misma época en que los países que la practicaban se volvieron imperios coloniales.
Los esclavos estaban allí, los esclavos que perdían por ello ese horrible calificativo para volverse pueblos a quienes se llevaba las luces de la civilización.

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Esto es lo que nos dice Christiane Taubira, autora de la ley de 2001 que reconoce a la esclavitud como un crimen contra la humanidad, sobre la influencia que ejerce aún sobre las mentalidades.
« ¡Pero la esclavitud no es el pasado ya que influencia aún hoy nuestra manera de pensar, nuestros modos de representación! Está en las raíces mismas del racismo, que hace estragos en nuestra república. Este racismo que pudre a la sociedad, ataca a las personas, aplasta los destinos. Este racismo que que hace que algunos tengan la arrogancia de sentirse superiores y no reconozcan a los otros, por el hecho de su color de piel, su integridad humana o su derecho legal, legítimo, de pertenecer a la república. Sí, todo esto nació de eso y en ese momento.
¿Por qué? Porque la doctrina racial, de la que provendrá el racismo, fue concebida para justificar un sistema económico de explotación sobre el sufrimiento y sobre la explotación de los esclavos. Únicamente para permitir a los países capitalistas enriquecerse a bajo costo. Entonces, es necesario que comprendamos el sentido de lo que fue la esclavitud, pero también las consecuencias actuales de ese crimen.»

En Francia, el combate por la abolición de la esclavitud tomó amplitud cerca del período revolucionario.

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Antes, empero, en 1748, en El Espíritu de las Leyes, Montesquieu escribió un texto satírico llamado De la Esclavitud de los Negros:
« Es imposible que supongamos que estos seres sean hombres, porque si los supusiéramos hombres, comenzaríamos a creer que nosotros mismos no somos cristianos. Si tuviera que defender el derecho que tuvimos de volver esclavos a los negros, esto es lo que diría: Habiendo exterminado los pueblos de Europa a los de América, tuvieron que volver esclavos a los de África, para usarlos para cultivar tantas tierras ».
Luego, en 1755, la Enciclopedia de Diderot publicó dos artículos del caballero de Jaucourt en que que éste pedía la abolición de la esclavitud.
En 1788, Brissot funda la Sociedad de amigos de los negros, que luchará hasta obtener la abolición en 1794.
Por su lado, Olympe de Gouges, que llevó adelante numerosos combates, sobre todo aquellos a favor de los derechos de la mujer, se comprometió con la abolición de la esclavitud publicando Zamore et Mirza, una obra de teatro:

«Se sirven de nosotros en estos climas como se servían de los animales en los propios. Vinieron a estas tierras, se apoderaron de las tierras, de las fortunas, de los aborígenes, de las islas, y estos orgullosos ladrones de las propiedades de un pueblo dulce, y apacible en sus hogares, hicieron correr toda la sangre de sus nobles víctimas, compartieron sus despojos sangrientos, y nos hicieron esclavos como recompensa de las riquezas que robaron y que les conservamos. Son sus propios campos los que cultivan, sembrados de cadáveres de habitantes, y estas cosechas están actualmente regadas por nuestro sudor y nuestras lágrimas. La mayoría de estos amos bárbaros nos tratan con una crueldad que hace estremecerse a la naturaleza. Nuestra especie demasiado desgraciada se acostumbró a estos castigos. Se cuidan bien de instruirnos. Se nuestros ojos se abrieran, estaríamos espantados del estado en que nos redujeron, y podríamos sacudir un yugo tan cruel como vergonzoso; ¿pero está en nuestro poder cambiar nuestra suerte?»

Más de cinco años de ásperos debates debieron transcurrir antes de que la Asamblea votara la abolición de la esclavitud, calificada como crimen de lesa humanidad, el 16 pluvioso del año II (4 de febrero de 1794).
Desgraciadamente llegó Bonaparte y, en 1802, anuló esta abolición y volvió a poner en marcha el mecanismo del horror.
Luego, entre 1832 y 1845, varias propuestas de abolición fueron propuestas, acerbamente combatidas por los colonos antillanos.
Frente a estas tergiversaciones, algunas personalidades adoptaron posiciones más radicales como el mulato antillano Cyrille Bisette.

« Nunca pudimos concebir un estado intermediario entre la esclavitud y la libertad; una vez abolida la esclavitud, debe morir completamente. Todo rastro de esclavitud debe borrarse sin vuelta. ¿Quieren ustedes que el negro recientemente liberado aprenda a ser libre? ¿Qué entre en toda la plenitud de su nueva existencia?»

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Pero el nombre que permanece más asociado a la abolición de la esclavitud de 1848, es el de Victor Schoelcher. A partir de 1842 reclamó su abolición inmediata. La Segunda República, nacida de la revolución de 1848, nombró una comisión presidida por Schoelcher encargada de organizar el fin de la esclavitud.
Empero, aún si la abolición fue acompañada por medidas que beneficiaban a los esclavos liberados, apuntaban principalmente a sus derechos como ciudadanos, omitiendo una reforma inmobiliaria que habría permitido a los liberados volverse propietarios de sus chozas y de sus huertas. Atribuyó, por lo contrario, indemnizaciones a los amos por la pérdida de mano de obra.

Tierras de esclavitud

Portugal y España, primeros conquistadores, fueron también los primeros en implantar la esclavitud en América. Se vuelve, con estos dos países, una explotación económica en gran escala.
En cuanto a Francia, sólo en 1642 Luis XIII dio una forma legal a la trata que había sin embargo comenzado antes. Los primeros esclavos desembarcaron en la Martinica en 1605.
Los historiadores calculan que el número de deportados entre 1500 y 1848 fue de 10.404.390.

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Esta deportación se hacía evidentemente por mar en barcos especialmente concebidos para esta carga humana. Un universo concentracionario en el que los africanos conocían el infierno: desnudos, examinados, palpados, marcados con hierro candente como animales, se amontonados en la bodega del barco, en la oscuridad y sin poder moverse.
La mortalidad variaba en un 10 o 20%, mucho más cuando los negros, desesperados, se revelaban.
Llegados a tierra firme, la Antillas, Guyana, Reunión, los esclavos iban a la « habitación » (la plantación) del amo que los habían comprado.
Allí pierden su identidad de origen ya que se encontraban con africanos provenientes de las regiones más diversas y que hablaban las lenguas más diferentes.

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Se alojaban en chozas de madera y adobe y sus jornadas eran agotadoras: corte de la caña de azúcar y su molienda en el molino, preparación de la tierra y plantación, construcción, mantenimiento y reparaciones constantes en la plantación. Los instantes libres se consagraban a cultivar la parcela de tierra que les tocaba. Sólo les quedaba el domingo, el Código Negro de Luis XIV lo quería así, para descansar.
No hay que pensar que estos hombres y mujeres aceptaban su condición de esclavos sin rebelarse. Había una suerte de resistencia pasiva, poner mala voluntad en la ejecución del trabajo, o más radicalmente, abortar o matar al recién nacido por las madres que no querían para sus hijos la vida que llevaban. Los suicidios abundaban.
Huían también a los bosques, se los llamaba entonces « Negros marrones », del español cimarrón. Capturados, los negros marrones eran sometidos a la justicia del Rey y a la del amo. Eran torturados a muerte, para pagar su falta pero principalmente como ejemplo.

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« ABUELO DEL CALABOZO.  El papá de mi papá era envenenador. No era un oficio sino un combate contra la esclavitud en las habitaciones. No voy a volver a hacerte la Historia, pero el viejo negro del Tambor revela, por debajo de la Historia, historias de las que no habla ningún libro, y que son más que esenciales para entendernos.  Entonces, entre los que protestaban plantando caña o café para el beké, reinaban hombres fuertes. Estos sabían cosas que no se deben saber. Y hacían realmente lo que no se debe hacer. Recordaban cosas olvidadas: País de Antes, el Gran País, la palabra del gran país, los dioses del gran país… sin diferenciarlos esto los sometía a otras exigencias. Cargaban sobre sus hombros un sufrimiento común. Curaban los planos pero no las dulces languideces que volvían al muerto al país de antes. De esta manera contrariaban la injusta prosperidad de estas habitaciones en esta cal de los dolores. Los hombres fuertes decían Sin niños de la esclavitud, y las mujeres sólo ofrecían matrices crepusculares a los soles de la vida. Decían Sin cosechas, y las ratas se ponía a roer las raíces, los vientos a destruir, se sequía a arder entre las cañas, la lluvia a enlodar hasta la altura de las colinas. Decían Sin más fuerzas-esclavitud, y los bueyes perdían su hígado en una podredumbre verde, las mulas igual y los caballos también. El ganado diezmado bloqueaba rápidamente los molinos y privaba de bagazo la llama de las siete calderas en cada ingenio.   
En el Sud, Marie-Sophie, las piedras de cal me dan mortero. Al borde del mar, aso como los caribes caracoles y pólipos que dan mamá cemento.
Ante la muerte del menor animal, surgía el Beké, más blanco que el lino de su ropa. Ordenaba autopsiar al animal. Se lo veía ansioso mientras que la hoja se hundía en la redondez del vientre. Se lo veía espantado cuando el hígado aparecía podrido por lo invencible. Aullaba entonces: ¡Veneno! …Gerentes, comandantes, ecónomos, veterinarios abrían la ronda, gritaban también: ¡Veneno!… ¡Veneno!… Luego venía la arenga: Hay entre ustedes malos negros a pesar del bien que les doy. La amenaza: ¡El culpable va a chupar el pimiento de un infierno!… Por fín, como represalias por más de tres semanas, suprimía el ron, reducía el bacalao, encerraba a los hombres en la caballeriza para privarlos de las mujeres embagazadas en la chozas de bagazo.
Más tarde, para aterrar a los envenenadores, los bekés inventaron el calabozo. Aún veo algunos aquí o allá en los paisajes que conservan memoria, y cada vez me estremezco. Sus piedras han conservado grises de tristezas sin fondo. Los presuntos culpables no salían nunca más, salvo quizás con cadenas en los pies, cadenas en el cuello, cadenas en el alma para proveer un trabajo más allá de la fatiga. Permitime no describirte el calabozo, ya que entendés, Marie-Sophie, decía mi papá, no hay que ilustrar esas cosas, para dejar a los que las construyeron la carga total de su existencia.
Este horror no sirvió por supuesto para nada. ¿Qué puede uno contra la fuerza de los hombres fuertes? Los animales seguían muriendo, los niños seguían sin nacer, las habitaciones temblequeando. Como muchos otros, el papá de mi papá murió en uno de esos calabozos. Por lo que parece era un hombre-guinea, sombrío, mudo, con grandes ojos tristes y pelo en las orejas. Hacía todo muy bien, su corte durante la safra, su deshierbe cuando había que limpiar. Se ocupaba de su huerto con gestos lentos. Una sola inquietud: no se reía en ninguna hora pero sonreía a los pájaros observados a voluntad. Si le decían algo (pues se lo sentía un poco especial), se levantaba de la entrada de su choza} murmurando un cuchicheo, siempre inaudible. Algunos percibían en él fórmulas de poder a las que se sometían no se sabe qué loas.(1) Tanto más se creyó en ello que el pobre logró un día curarse de un ataque de bicho-largo. Era en una hora de campo. Se vio sin embargo el relámpago del animal a la altura de su cuello. Se vió sin embargo la hinchazón de su vena arriba de la piel quemada. Se lo creyó derribado cuando rodó en el pasto, rodo por aquí, rodo por allá, arrancando tal hoja, arrancando tal corteza, mordiendo tal raiz, mugiendo en una lengua desconocida una suerte de canto turbio. Llevado a su choza sobre el lomo de una mula, pasó allí cuatro días, o quizás más, desdeñando el remedio de una matrona-curandera enviada por el Beké. Ya no se contaba con él : cuando el animal golpea es el anuncio-entierro. Pero él, disculpen, reapareció sin embargo en la claridad de un día de pausa, para sólo visitar una suerte de caimito cuyas ramas vibraban con la locura de veinte mirlos. Su cuello conservó escamas y un poco de rigidez, pero desde entonces su salud fue perfecta. Sólo la perdió (a la dejó caer) en la eternidad tenebrosa del calabozo » Patrick Chamoiseau, Texaco, Gallimard, 1992.

 La primera república de América latina. Una república negra.
« En efecto, cuando se estudia la psicología del marrón con cuidado, se ve que sólo era un rebelde cuya determinación de romper con el estatus del oprimido se manifestó en su decisión de defender sus privilegios inalienables de hombre al refugiarse en algún lugar inaccesible a los seguidores del conformismo social. Y dirigidos por los mismos instintos, todos los que hervían por los mismos motivos de acción, se unieron, se agruparon en un número tan grande, en un momento dado, que la autoridad dominicana estuvo muy inquieta por este movimiento insurreccional», nos explica, por su lado, el historiador y etnólogo haitiano Jean Price-Mars en La République d’Haïti et la République Dominicaine, Port-au-Prince, 1931.

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Price-Mars hace aquí referencia al levantamiento de 1791. Las habitaciones fueron pilladas e incendiadas, los colonos que no fueron masacrados huyeron, dejando la isla en manos de un ejército negro comandado por Toussaint Louverture.
Llegado al poder, Bonaparte, envió allí un ejército al mando del general Leclerc que capturó a Toussaint Louverture. El libertador de Haití murió en 1803 en el fuerte de Joux, cerca de Besanzón. El ejército francés fue sin embargo vencido por los haitianos que proclamaron, el 1° de enero de 1804, su independencia. Era la primera república independiente de América latina.
Francia, a quien le costó aceptar la pérdida de su colonia más rica, sólo « concedió » su independencia a Haití en 1825. A cambio, el rey Carlos X exige una indemnización de 150 millones de francos oro, el equivalente de un año de ganancias de la ex colonia.
Para pagar lo que se podría llamar un chantaje, el estado haitiano debió pedir prestadas sumas considerables a los bancos franceses. La deuda se soldó en 1883. Haití, empero, ¡sólo terminará de pagar los gastos bancarios del empréstito en 1946!

« Haití sigue pagando, con un precio fuerte, las consecuencias de su nacimiento. Lo menos que se puede decir es que su advenimiento, entre 1802 y 1804, no era deseado. Al no poder matar al recién nacido, los países occidentales, con la Francia de Napoleón Bonaparte a la cabeza, intentaron ahogar al hijo adulterino de la Revolución Francesa. El país conoció entonces la peor sangría de su historia, peor aún que la de 2010: la de la guerra de la independencia. Haití, única rebelión de esclavos que haya dado a luz un estado, nació del rechazo del colonizador francés. Crimen de lesa majestad del Norte.» Haïti, la tectonique de la misère, Christophe Wargny, Le Monde Diplomatique, février 2010.

La memoria en cuestión

Durante largo tiempo la memoria de la esclavitud, en la Francia de ultramar así como en la metrópolis, se limitó a conmemorar la abolición presentada como una obra republicana generosa y esclarecida.
La memoria de los sufrimientos soportados, en el caso de los ex esclavos yt de sus descendientes, se vió encerrada en la esfera familiar, y lo más a menudo en el silencio y una cierta forma de olvido.
Este olvido era la única manera, según los dirigentes, de proyectar a los nuevos ciudadanos a un porvenir de igualdad y de emancipación. Porvenir que, en la mayoría de los casos, está lejos de haber llegado, 170 años más tarde.
Los intelectuales de ultramar han obrado sin descanso para que la verdadera memoria de la esclavitud no se diluya en el discurso adormecedor de los poderes públicos.
Entre ellos, Serge Bilé, realizador de una conmovedora serie de reportajes a descendientes de esclavos, , Paroles d’esclavage (Palabras de esclavitud).

https://www.youtube.com/watch?v=2pf9L3Ogxb0&list=PLRJLOTanZ-o5y3wp9lV_jg_aWHM-oftSb&index=3
https://www.youtube.com/watch?v=EGvn8d2GuDs

En la metrópoli, las memoria de la esclavitud es casi inexistente hasta la conmemoración de los 150 años de la abolición, en 1998. El voto de la ley Taubira, en 2001, y la implementación de una jornada conmemorativa, en 2005, pusieron el tema a la luz del día. Se insiste, a partir de entonces, en el tema de las víctimas de la esclavitud, en el reconocimiento del crimen contra la humanidad.
Una vez más, empero, algunas voces discordantes se hacen oír. En 2005, 40 diputados UMP le ppiden al presidente Chirac vetar el artículo de la ley de 2001 que estipula que: « Los programas escolares y los programas de investigación en historia y en ciencias humanas darán a la trata de negros y a la esclavitud el lugar consecuente que merecen. La cooperación que permitirá articular los archivos disponibles en Europa con las fuentes orales y los conocimientos arqueológicos acumulados en África, en las Américas, en el Caribe y en todos los otros territorios que hayan conocido la esclavitud será estimulada y favorecida”.
Jacques Chirac, que había mostrado la alta idea que tiene del deber de memoria cuando, en 1995, conmemorando la Razzia de París, declaró  « Francia, patria de las Luces y de los Derechos Humanos, tierra de acogida y de asilo, Francia, ese día, realizaba lo irreparable. Faltando a su palabra, entregaba a sus protegidos a sus verdugos”, no dio curso a este inmundo pedido.

El trabajo sobre la memoria de la esclavitud no se detiene. Este año, por ejemplo, el canal franco alemán ARTE, presentó una serie documental  Les routes de l’esclavage (Las rutas de la esclavitud), una de cuyas autoras es Fanny Glissant, sobrina del escritor y pensador martiniqués Édouard Glissant.

https://www.youtube.com/watch?v=N4lTwr_j34o
https://www.youtube.com/watch?v=2KCVH80x3TQ&t=39s
https://www.youtube.com/watch?v=jl3Dikx60Lw
https://www.youtube.com/watch?v=bXk2eKuxvZY

Querría concluir con esta cita de otro gran escritor martiniqués, Patrick Chamoiseau :

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« Sí, en esta noche, sobre esta balsa, sobre un horizonte helado, en el corazón de refugios temblorosos, campamentos y vivacs, destruidos a cada instante siempre vueltos a levantar, en Europa, pero también en Asia, en África, en la tierra del Caribe y otras Américas, lo que dicen ustedes, queridas mías, desencadena en las geografías del viento, en chispas de sal, en chispas de cielo, una extraña conferencia de poetas y de grandes seres humanos…
¿Qué es entonces actuar o qué hacer más allá de la urgencia sin dejar de lado la urgencia perderse lo esencial y sin considerar que en el principio de este drama reinan fuerzas invisibles?
Sin embargo, ¿cómo no verlos? El neoliberalismo que tiende a triunfar; su finanza volcada a las histerias letales; lo Político abandonándose a sí mismo en unas democracias que se vuelven erráticas; el Estado que disminuye, abandonando el timón sólo a los economistas y que se inclina ante innumerables entidades mercantiles, difusas y actuantes en el tejido del mundo. ¡No hay un programa, no hay una pantalla, no hay un descubrimiento de las nano y de las bio-tecno-ciencias que escape de su dogma!… Y he aquí lo que provoca este oscurecimiento planetario : la exclusión, el rechazo, la violencia, la estupidez, el odio y la indecencia que fermentan por todos lados, que se amplifican en los rulos de los algoritmos y de las redes sociales, que explotan en la horda instintiva de los medios fascinados por estas redes sociales hasta volverlos mimétics. Este derrumbe engendra una pérdida de ética, y cuando la ética desfallece cae la belleza. Pasolini tenía razón al turbarse así frente a una noche política italiana que parecía triunfal. Una noche similar nos traga, sin alarma, insensible, invisible, hasta tomar de pronto una carnación malévola bajo una mecha rubia al mando de la nación más poderosa de los hombres…
 
La muerte visible.
 
Pero abandonemos lo invisible y permanezcamos en lo que ven en este instante crepuscular como desde hace años, como de año en año, por años todavía, gente, miles de personas, no medusas o racimos de algas amarillas, sino gente, chica grande vieja todas calidades de personas que se consumen y que perecen y durante largo tiempo van a morir en torniquetes de fronteras, al borde de las naciones, de las ciudades y de los estados de derecho…
Las fronteras de Europa se erigen con defensas malvas. Alimentan uno de los infiernos de Dante y reinstalan una forma de este Abismo del que habló Glissant. Abismo de vidas ahogadas, de párpados abiertos fijos, de playas donde los cuerpos arrancados a los fondos van a enloquecer la espuma. Abismo de niños flotados, adormecidos en un molde de coral, tragados ppor la arena o desarticulados tiernos por olas impávidas.”
Patrick Chamoiseau, Frères Migrants, Seuil, 2017

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