Prix Nobel de la Paix – Premio Nobel de la Paz

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Le prix Nobel de la Paix vient d’être attribué. On peut, dans ce cas, affirmer que justice est faite. Rappelons que, par exemple, il fut attribué a Henry Kissinger qui signa, il est vrai, le traité qui mit fin à la guerre de Vietnam, mais qui mit en place les dictatures sanglantes des années 70 en Amérique latine.En 2018, les lauréats du prix sont un homme et une femme, luttant tous deux contre la violence faite aux femmes considérée comme une arme de guerre, Nadia Murad et Denis Mukwege.

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Nadia Murad est une jeune femme appartenant à la communauté yésidie irakienne, l’une des cibles des djiadistes de l’État islamique.
Ces kurdophones font partie des populations monothéistes les plus anciennes de la Mésopotamie. Ils furent persécutés aussi bien par les chrétiens que par les musulmans de puis toute éternité, mais l’apparition des fondamentalistes de Daesh signa, pourrait-on dire, leur arrêt de mort.
Nadia Murad fut l’une de ces jeunes filles réduites à l’esclavage sexuel par l’EI. Elle n’avait que 21 ans.
Elle fut vendue, revendue, violée et torturée jusqu’à ce qu’elle pût s’échapper de ses bourreaux.
Elle devint alors la porte-parole des femmes yésidies. En 2015, elle s’exprima devant le Conseil de sécurité  des Nations Unies. Ceci permit de mettre en lumière les atrocités faites aux femmes par l’intolérance démesurée des djiadistes. L’ONU ne sert malheureusement qu’à cela, les lobbies du gaz, du pétrole, des armes et des minerais rares y font encore la loi.
Et cette lumière ne doit pas s’éteindre, il y aurait encore, selon Nadia Murad, au moins 3 000 captives yésidies en mains de l’EI.

Voici ce qu’écrit Nadia Murad dans son livre Pour que je sois la dernière (Fayard, 2028). Je doute, vu l’ordre actuel du monde, que son souhait  puisse se réaliser dans le proche avenir.

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« J’ai traversé la maison pour rejoindre la porte latérale. Plus encore que d’ordinaire, chaque pièce me paraissait toute vibrante de souvenirs. Je suis passée dans le salon, où mes frères s’asseyaient durant les longues soirées d’été pour boire du thé fort et sucré avec d’autres hommes du village ; dans la cuisine, où mes sœurs me gâtaient en préparant mon repas préféré, de l’okra et des tomates ; dans ma chambre, où Kathrine et moi enduisions nos cheveux de pleines paumes d’huile d’olive, nous endormant la tête enveloppée d’un film plastique et nous réveillant dans l’odeur poivrée de l’huile tiède. J’ai repensé aux repas que nous prenions dans la cour, toute la famille assise en rond sur un tapis, glissant des bouchées de riz luisantes de beurre entre deux morceaux de pain frais. C’était une maison toute simple où l’on pouvait se sentir à l’étroit. Elias menaçait toujours de partir avec sa famille pour qu’ils aient plus de place, mais il ne l’a jamais fait.
J’entendais nos moutons, blottis dans la cour. Leurs toisons s’épaississaient tandis que leurs corps s’affaiblissaient, faute de nourriture. Je ne supportais pas l’idée qu’ils meurent ou qu’ils soient abattus et mangés par les combattants. Ils étaient tout ce que nous possédions. Je regrette de n’avoir pas pensé à graver dans ma mémoire tous les détails de chez nous, sans exception – les couleurs vives des coussins du salon, les épices qui parfumaient la cuisine, ou même le bruit de l’eau qui gouttait dans la douche –, mais je ne savais pas que je quittais ma maison pour toujours. »

« J’ignorais à quel point l’EIIL nous détestait et ce qu’il était capable de faire. Malgré notre terreur, je crois qu’aucun de ceux qui se sont dirigés vers l’école ce jour-là n’aurait pu prédire avec quelle cruauté nous serions traités. Et pourtant, pendant que nous marchions, le génocide avait déjà commencé. »

« C’était la première fois que j’entendais quelqu’un utiliser ce mot arabe à mon propos. Quand l’EIIL avait pris le Sinjar et avait commencé à enlever des Yézidis, les combattants appelaient leur butin humain sabaya (sabiyya au singulier), désignant ainsi les jeunes femmes qu’ils avaient l’intention d’acheter et de vendre comme esclaves sexuelles. Cet élément de leur projet nous concernant reposait sur une interprétation du Coran bannie depuis longtemps des communautés musulmanes du monde entier, mais qui figurait dans les fatwas et les brochures officielles de l’EIIL avant qu’il n’attaque le Sinjar. Les filles yézidies étaient considérées comme des infidèles : or, selon l’interprétation que ces combattants donnaient du Coran, violer une esclave n’est pas un péché. Nous étions censées attirer de jeunes recrues qui viendraient gonfler les rangs des combattants, sachant que nous leur serions offertes en récompense pour leur loyauté et leur bonne conduite. Ce sort attendait toutes les filles qui se trouvaient dans le car. Nous n’étions plus des êtres humains – nous étions des sabaya. »

Si je parlais des minerais rares, c’est qu’il y en a un qui se trouve sur tous nos smartphones, le coltan, extrait principalement dans la région de Kivu, en République démocratique du Congo. Il est ensuite transformé et commercialisé au Rwanda et exporté en Chine ou en Europe.

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Il s’agit donc pour les compagnies minières, belges pour la plupart, d’obtenir le minerai au moindre prix. Comme le coltan se trouve, au Kivu, sur des terres occupées par de petits agriculteurs, des troupes de mercenaires vont les chasser. Leur politique de terreur a comme arme principale le viol et la torture des femmes et des fillettes.
C’est justement dans le Nord-Kivu, à Bukavu, que le docteur Denis Mukwege a installé, il y a plus de 20 ans, la clinique où il soigne, répare, toutes ces femmes en détresse. Au risque de sa vie, car il dénonce les compromissions et la corruption du régime du président Kabila.

Je citerai l’introduction du documentaire de 2014,  Congo, un médecin pour sauver les femmes, d’Angèle Diabang.

« En Afrique, à l’est du Congo, le Kivu ressemble à un paradis. C’est aussi une région en guerre depuis 20 ans. Les richesses du sol, comme du sous-sol, attirent les convoitises des grandes puissances et des pays voisins. Les femmes sont les premières victimes et leurs vagins sont devenus un champ de bataille où s’affrontent les groupes armés.
Un chirurgien a réparé près de 40 000 femmes, il s’appelle Denis Mukwege. Il crie sa colère dans le monde entier. À l’ONU auprès des présidents des grandes nations et dans les médias. »

https://www.youtube.com/watch?v=vb_c3GoGQ54

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Je citerai finalement une bande dessinée, Kivu, de Jean Van Hamme et Christophe Simon, éditions Le Lombard, 2018, un vrai hommage au docteur Mukwege ainsi qu’une forte dénonciation de la situation au Congo et des agissements maffieux des entreprises belges.

On peut, bien entendu, se réjouir d’un prix Nobel de la Paix bien mérité, mais, est-il si utopiste de continuer à espérer l’avènement d’un monde un peu plus juste ?

 

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El premio Nobel de la Paz acaba de ser atribuido. Se puede decir, en este caso, que se hace justicia. Recordemos que, por ejemplo, fue atribuido a Henry Kissinger que firmó, es verdad el tratado que puso fin a la guerra de Vietnam, pero que organizó a las sangrientas dictaduras de los años 70 en América Latina. En 2018, los ganadores del premio son un hombre y una mujer que luchan ambos contra la violencia hecha a las mujeres consideradas como un arma de guerra, Nadia Murad y Denis Mukwege.

Nadia Murad es una joven perteneciente a la comunidad yesidi iraquí, uno de los blancos de los dyiadistas del Estado Islámico.
Estos kurdoparlantes forman parte de una de las poblaciones monoteístas más antiguas de la Mesopotamia.  Fueron perseguidos tanto por los cristianos como por los musulmanes desde siempre, pero la aparición de los fundamentalistas de Daesh marcó, se puede decir, su decreto de muerte.

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Nadia Murad fue una de esas jóvenes reducidas a la esclavitud sexual por el EI. Sólo tenía 21 años.
Fue vendida, vuelta a vender, violada y torturada hasta que pudo escapar de sus verdugos.
Se volvió entonces la portavoz de las mujeres yesidi. En 2015 se expresó ante el Consejo De Seguridad de las Naciones Unidas. Esto permitió poner a la luz del día las atrocidades hechas a las mujeres por la intolerancia desmesurada de los dyihadistas.  La ONU sólo sirve desgraciadamente para eso, los lobbys del gas, del petróleo, de las armas y de los minerales raros todavía dictan la ley.
Y esta luz no debe apagarse, habría aún, según Nadia Murad, 3.000 cautivas yesidis en manos del EI.

Esto es lo que escribe Nadia Murad en su libro Para que yo sea la última. Dudo, visto el orden actual del mundo, que su deseo pueda realizarse.

« Crucé la casa para llegar a una puerta lateral. Más aún que normalmente, cada pieza me parecía vibrante de recuerdos. Pasé a la sala donde mis hermanos se sentaban durante largas veladas de verano para beber té fuerte y dulce con otros hombres del pueblo; a la cocina donde mis hermanas me mimaban preparándome mi plato preferido, okra y tomates, a mi habitación donde Kathrine y yo untábamos nuestro cabello con las palmas de las manos llenas de aceite de oliva, durmiendo con la cabeza envuelta por un film plástico y despertándonos con el olor pimentado del aceite tibio. Volví a pensar en las comidas realizadas siempre en el patio, con toda la familia sentada en círculo sobre una alfombra, deslizando bocados de arroz brillantes de manteca entre dos pedazos de pan fresco. Era una casa muy simple donde podíamos sentirnos apretados. Elias amenazaba siempre con irse con su familia para que hubiera más lugar, pero nunca lo hizo.
Oía a nuestras ovejas, acurrucadas en el patio. Sus vellones crecían mientras que sus cuerpos se debilitaban, por falta de alimento. No soportaba la idea de que murieran o que fueran abatidas y comidas por los combatientes. Eran todo lo que poseíamos. Lamento no haber pensado en grabar en mi memoria todos los detalles de la casa, sin excepción –los colores vivos de los almohadones de la sala.las especias que perfumaban la cocina, o aún el ruido del agua que goteaba de la ducha-, pero no sabía que dejábamos la casa para siempre.”

« Ignoraba hasta que punto el EI nos detestaba y lo que era capaz de hacer. A pesar de nuestro terror, no creo que ninguno de los que se dirigieron hacia la escuela habría podido predecir con cuanta crueldad seríamos tratados. Y sin embargo, mientras caminábamos, el genocidio había comenzado. »

« Era la primera vez que escuchaba a alguien utilizar esta palabra árabe con respecto a mí. Cuando el EI se apoderó del Sinjar y había comenzado a secuestrar yesidis, los combatientes llamaban a su botín humano sabaya (sabiyya en singular), designando así a las jóvenes que tenían intención de comprar y vender como esclavas sexuales. Este elemento de su proyecto que nos concernía reposaba en una interpretación del Corán desechada desde hacía tiempo por las comunidades musulmanas del mundo entero, pero que figuraba en las fatwas y en los folletos oficiales del EI antes de que atacara Sinjar. Las chicas yesidis eran consideradas como infieles: empero, según la interpretación que los combatientes daban del Corán, violar a una esclava no es pecado. Nuestra misión era la de atraer a los jóvenes reclutas que vendrían a aumentar las filas de los combatientes, sabiendo que seríamos dadas en recompensa por su lealtad y su buena conducta. Esta suerte esperaba todas las chicas que se encontraban en el ómnibus. Ya no éramos seres humanos, éramos sabaya. »

Si hablaba de minerales raros, es que hay uno que se encuentra en todos nuestros celulares, el coltan, extraído principalmente en la región de Kivú, en la República Democrática del Congo. Es luego transformado y comercializado en Ruanda y exportado a China o a Europa.

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Se trata entonces, para las compañías mineras, belgas en su mayoría, de obtener este mineral al menor precio. Como el coltan se encuentra, en el Kivú, en tierras ocupadas por pequeños agricultores, tropas de mercenarios van a echarlos. Su política de terror tiene como arma principal la violación y la tortura de las mujeres y las niñas.
Justamente en el Kivú Norte, en Bukavu, el doctor Denis Mukwege instaló, hace más de 20 años, la clínica donde cura, repara, a todas estas mujeres desesperadas. A riesgo de perder la vida ya que denuncia los arreglos y la corrupción del régimen del presidente Kabila.

Citaré la introducción del documental de 2014, Congo, un médico para salvar a las mujeres, de Angèle Diabang.

« En África, en el este del Congo, Kivú parece un paraíso. Es también una región en guerra desde hace 20 años. Las riquezas del suelo como del subsuelo atraen la codicia de las grandes potencias y de los países vecinos. Las mujeres son sus primeras víctimas y sus vaginas se han vuelto el campo de batalla donde se enfrentan los grupos armados.
Un cirujano reparó a casi 40.000 mujeres. Se llama Denis Mukwege. Grita su ira en el mundo entero. En la ONU ante los presidentes de las grandes naciones y en los medios.»

https://www.youtube.com/watch?v=vb_c3GoGQ54

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Citaré finalmente una historieta, Kivu, de Jean Van Hamme y Christophe Simon, ediciones Le Lombard, 2018, un verdadero homenaje al doctor Mukwege así como una fuerte denuncia de la situación en el Congo y del accionar mafioso de las empresas belgas.

Uno puede, por supuesto, alegrarse de un premio Nobel de la Paz bien merecido, pero, ¿es acaso utopista seguir esperando el advenimiento de un mundo más justo?

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