La educación está de luto

La educación está de luto. Comparto esta frase publicada en las redes sociales. La comparto, empero, mucho más allá del drama conmovedor ocurrido en una escuela de Moreno.

Hace décadas que la educación está de luto en la provincia de Buenos Aires. La señora Vidal no es la primera que mira para otro lado cuando se trata de enfocar el problema educativo más allá de los conflictos gremiales. Antes que ella, Duhalde, Rukauf, Scioli no hicieron otra cosa.

La educación hace agua, en reglas generales, por todos lados. Si bien la escuela secundaria de Santa Clara del Mar, donde vivo, brilla por el estado de sus instalaciones, he visto, en mis periplos por la provincia, escuelas sin agua, sin electricidad, o con tales problemas de humedad que las paredes tenían corriente, o escuelas pobladas por ratas…

Y, por el otro lado, una crisis pedagógica, también, por supuesto, con excepciones, de tal gravedad que los jóvenes bonaerenses se encuentran con un precipicio al entrar a la universidad.

Enfocaré mi crítica en un punto que me toca de cerca. En reglas generales, pues existen honrosas excepciones, los adolescentes bonaerenses aprenden de manera catastrófica su lengua materna. Y, lo más grave, no les enseñan a amarla.

Y aquí pienso en mi propia experiencia. El castellano era mi lengua segunda y al llegar a primer año sólo había leído en ese idioma los libros de la colección Robin Hood. Hoy, casi sesenta años después,  hay versos de Miguel Hernández, de Alfonsina Storni, de Fernández Moreno que revolotean en mi memoria. ¡Y un amor indefectible por la lengua castellana! Amor por la lengua que es para mí la base del amor por la tierra.

Me da también la impresión de que los políticos, de cualquier bando que sean, se interesan exclusivamente por proyectos a corto plaza que les permitan mantenerse en el poder. La reforma del sistema educativo es un proyecto a muy largo plazo que forjaría el futuro de muchas generaciones.

La educación es fuente de libertad, de libertad de pensar, de libertad de decidir.

Por ahora la educación sigue de luto…

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God bless America – Charles Bukowski

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« j’avais toujours l’impression d’être
dans un bus
interurbain
qui m’emmenait
quelque part.
de regarder par une fenêtre
crasseuse le
néant. »

Je savais, bien sûr,  qui était Charles Bukowski, j’avais même vu, il y a bien longtemps, l’Apostrophes où il dû quitter le studio, ivre mort. Mais, je n’avais jamais rien lu de lui.
Tout arrive dans la vie. Je viens donc de lire, presque l’un après l’autre, (Merci, Julia !), des romans, des nouvelles, des recueils de contes ainsi que des poèmes de cet auteur que l’on dit maudit.
C’est le portrait grinçant d’une Amérique très souvent minable que nous présente Charles Bukowski. Ce paysage désolant, ces trottoirs crasseux, l’air pollué, les bars tristes sont ceux d’un Los Angeles qui n’a rien à voir avec le cliché hollywoodien que l’on se fait de cette ville .
Dans ce décor, presque inchangé de roman en roman et de conte en conte, le protagoniste, qu’il s’appelle Bukowski, Chinaski, Hank et même Nick Belane, le détective raté de Pulp, est toujours Charles Bukowski,  accompagné de  ses amours pour l’alcool, les femmes, les courses de chevaux… l’ordre des facteurs…

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« Le gros problème, jusqu’à présent, c’est qu’il y a toujours eu d’énormes différences entre la littérature et la vie, et ceux qui font de la littérature n’ont pas intégré la vie à leurs textes, et ceux qui sont pleinement dans la vie se sentent exclus de la littérature.» Dans cette phrase, tiré de Sur l’écriture, recueil de sa  correspondance,  réside peut-être le secret de l’œuvre de Bukowski, qui, quant à lui, intégra la vie, SA vie à son œuvre. Bien qu’elle ne soit pas strictement autobiographique, avec quelques exceptions, il s’en inspira largement. Presque toujours, cependant, avec des jeux de masques. Dans Souvenirs d’un pas grand-chose, livre qui retrace la vie de l’écrivain depuis son enfance, le protagoniste se nomme Henry Chinaski, ainsi que celui du Postier, tout aussi autobiographique..

« « Parfait, et maintenant tu baisses ton pantalon. »
Je baissai mon pantalon.
« Et ton caleçon. »
Je le baissai, lui aussi.
Il attaqua avec le cuir. Le premier coup me fit plus de peur que de mal. La douleur arriva avec le second. Et augmenta avec chacun de ceux qui le suivirent. Au début, je sentais bien qu’il y avait des murs, un siège de W.-C., une baignoire. À la fin, je ne vis plus rien du tout. Il me réprimandait tout en me battant mais je ne comprenais pas ce qu’il disait. Je pensai à ses roses, à la façon dont il s’y prenait pour les faire pousser dans la cour. Je pensai à son automobile dans le garage. J’essayai de ne pas hurler. Je savais que si je le faisais, il s’arrêterait sans doute : de le savoir et de deviner qu’il avait envie de m’entendre hurler m’en empêchaient. Les larmes coulaient de mes yeux mais je restais silencieux. Au bout d’un moment, tout ne fut plus qu’une espèce de grand tourbillon, de confusion générale d’où il n’émergeait plus qu’une seule possibilité parfaitement horrible : celle de rester là jusqu’à la fin des temps. Pour finir, comme quelque chose qui démarre avec une secousse, je commençai à sangloter. Et avalai les cochonneries salées qui m’avaient coulé dans la gorge et me mis à m’étouffer. Il s’arrêta.
Il n’était plus là. Je sentis à nouveau la présence du miroir et de la petite fenêtre. Là-bas, il y avait le cuir à rasoir ; il était accroché à un piton, il était long, il était marron, il était tout tordu. Comme j’étais incapable de me pencher pour remonter mon pantalon et mon caleçon, je gagnai la porte avec maladresse, mes habits autour de mes chevilles. J’ouvris et trouvai ma mère debout dans le couloir.
« C’est pas bien, lui dis-je. Pourquoi est-ce que tu n’es pas venue à mon secours ?
— Le père a toujours raison », me répondit-elle. » (Souvenirs d’un pas grand-chose)

Voici qui en dit long sur l’ambiance familiale…

Jusqu’au dénouement…

« La pauvre femme essayait de me retenir par le pan de la chemise.
« Écoute, Henry, dit-elle, va te prendre une chambre quelque part ! J’ai dix dollars ! Prends-les et trouve-toi quelque chose ailleurs ! »
Je me retournai : elle était en train de me tendre un billet de banque.
« Laisse tomber, fis-je. J’vais m’en aller, c’est tout.
— Non, Henry, tiens ! Prends l’argent ! Fais-le pour moi ! Pour ta mère !
— Bon, bon… d’accord… »
J’empochai son billet.
« Merci. Ça fait beaucoup d’argent…
— Ça n’fait rien, Henry. Je t’aime fort, Henry, mais il faut quand même que tu t’en ailles. »
Elle me dépassa en courant lorsque j’arrivai près de la maison. Je découvris le carnage : linge sale, et propre, chaussettes, chemises, pyjama, une vieille robe de chambre, tout, y compris ma valise ouverte, avait été balancé en travers de la pelouse et jusque sur le trottoir. Mes manuscrits voletaient au vent, avaient atterri dans le caniveau, il y en avait partout.
Ma mère remonta l’allée du garage en courant et je lui criai très fort afin que mon père puisse entendre :
« DIS-LUI DE SORTIR DE LÀ QUE J’Y PÈTE LE CRÂNE, À C’T’ENFOIRÉ !
Je commençai par rassembler mes manuscrits. Me faire ça, à moi, c’était taper vraiment bas. Mes brouillons étaient la seule chose à laquelle il n’avait aucun droit de toucher. Une page ramassée dans le caniveau, une autre sur la pelouse, une autre encore dans la rue, je me sentis un peu mieux. Je rassemblai toutes celles que je pus trouver, les fourrai dans la valise, mis une chaussure par-dessus et allai récupérer la machine à écrire. Elle s’était détachée de son coffret mais avait l’air en bon état. Je regardai mes guenilles éparpillées ici et là. Je laissai mon linge sale, et aussi mon pyjama – ce n’était jamais qu’une vieille paire des siens qu’il m’avait passée parce qu’il n’en voulait plus. En dehors de ça, il n’y avait pas grand-chose d’autre à emballer. Je refermai la valise, pris ma machine à écrire et commençai à m’éloigner. Derrière les rideaux, il y avait deux visages qui me regardaient. Je les voyais bien. Et puis je les oubliai vite, remontai l’avenue de Longwood, traversai la 21e Rue et m’attaquai à la colline de Westview. Je ne me sentais guère différent. Je n’étais, comme toujours, ni rayonnant ni abattu : ça continuait, un point c’est tout. » (Souvenirs d’un pas grand-chose)

On a vu mieux comme début dans la vie !
Suivra une longue traversée de l’Amérique, une vie de vagabond, déjà sous le signe de l’alcool, où Bukowski sera chauffeur de poids lourd, pompiste, liftier, manutentionnaire dans une usine de biscuits pour chien… La face cachée de l’American Dream !
La crasse, les chambres d’hôtel minables, les appartements tout aussi tristes, les bars gris deviennent son décor quotidien. Un décor que nous découvrirons dans ses textes.
En 1952, l’écrivain commence à travailler comme postier.

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« Chaque tournée avait ses pièges et seuls les facteurs titulaires les connaissaient. C’était tous les jours une vacherie différente, et fallait toujours s’attendre à un viol, un meurtre, des chiens ou autre insanité du même tabac. Les titulaires voulaient pas vous dire leurs petits secrets. C’était le seul avantage qu’ils avaient – ça et le fait de connaître leurs casiers de tri par cœur. C’était vraiment la joie pour un nouveau, surtout pour celui qui buvait toute la nuit, se couchait à 2 h du matin et se levait à 4 h 30 après avoir baisé et chanté toute la nuit, et qui l’étalait quand même, enfin presque.
Un jour j’étais dans la rue et la tournée se passait bien, c’était pourtant une nouvelle, et je pensais, nom de dieu, peut-être que pour la première fois en deux ans je vais pouvoir déjeuner.
J’avais une gueule de bois pas possible, mais tout s’est pourtant passé au poil jusqu’à ce que je tombe sur cette poignée de courrier adressé à une église. L’adresse n’avait pas le numéro de la rue, juste le nom de l’église et celui du boulevard où elle se trouvait. J’ai monté les marches, moi et ma gueule de bois. Impossible de trouver une boîte aux lettres là-dedans, ni personne. Rien que des cierges qui brûlaient. Des petits bols pour se tremper les doigts dedans. Et la chaire vide qui me regardait, et toutes les statues, rouge pâle et bleues et jaunes, les fenêtres fermées, une matinée chaude à en crever.
Oh, bordel, j’ai pensé.
Et je suis sorti.
J’ai fait le tour par le côté de l’église et j’ai trouvé un escalier qui descendait. J’ai franchi une porte ouverte. Et vous savez pas ce que j’ai vu ? Une rangée de chiottes. Et de douches. Mais il faisait sombre. Toutes les lumières étaient éteintes. Comment qu’ils voulaient qu’un bonhomme trouve une boîte aux lettres dans le noir ? Et puis j’ai vu l’interrupteur. J’ai fait marcher le truc et les lumières se sont allumées dans toute l’église, dedans comme dehors. Je suis passé dans la pièce à côté et il y avait des chasubles de prêtres étalées sur une table. Il y avait une bouteille de vin.
Nom de Dieu, que je pensais, y’a vraiment que moi pour tomber dans des trucs pareils.
J’ai pris la bouteille, j’en ai pris une bonne lampée, j’ai laissé les lettres sur les chasubles et suis retourné aux douches et aux toilettes. J’ai fermé la lumière et j’ai chié dans le noir en fumant une cigarette. J’ai bien pensé à prendre une douche mais je voyais d’ici les manchettes des journaux : FACTEUR SURPRIS EN TRAIN DE BOIRE LE SANG DIVIN ET DE PRENDRE UNE DOUCHE, À POIL, DANS UNE ÉGLISE CATHOLIQUE.
Alors finalement j’ai pas eu le temps de déjeuner et quand je suis rentré Jonstone m’a collé un rapport pour avoir vingt-trois minutes de retard sur l’horaire. »(Le postier)
Il publie quelques uns de ses poèmes dans des revues underground ainsi que les « Notes d’un vieux dégueulasse » qui apparaissent dans Open Pussy, dont l’histoire nous est racontée dans Vie et mort d’un journal underground ainsi que les déboires du propre Bukowski avec la censure de l’époque.

« — Vous pouvez entrer, m’a dit le secrétaire avant de s’éclipser.
Je suis entré. Les deux types se sont levés. On s’est retrouvés tous les trois sous la lampe au milieu des ténèbres et là, je ne sais pas pourquoi, mais j’ai repensé à tous ces assassinats.
Puis je me suis dit, on est en Amérique, papa, Hitler est mort. Enfin j’espère.
— Bukowski ?
— Ouais ?
Les deux types m’ont serré la main.
— Asseyez-vous.
Super, mec.
— Voici M. …, de Washington, a dit l’autre, une huile locale.
Je n’ai rien dit. La lampe n’était pas mal. Un abat-jour en peau humaine 

Washington a pris la parole. Il tenait une sacoche où nageaient trois ou quatre papelards.

— Eh bien, M. Bukowski…
— Ouais ?
— Vous avez quarante-huit ans et vous êtes employé par le gouvernement des États-Unis depuis onze ans.
— Ouais.
— Vous avez été marié deux ans et demi une première fois, vous avez divorcé et vous avez épousé votre femme actuelle. Depuis quand ? Nous aimerions le savoir.
— Pas de date. Pas de mariage.
— Vous avez un enfant ?
— Ouais.
— Quel âge ?
— Quatre ans.
— Vous n’êtes pas marié ?
— Non.
— Vous versez une pension alimentaire ?
— Oui.
— De combien ?
— À peu près ce qu’il faut.
Washington s’est renversé dans son fauteuil. Personne n’a pipé mot pendant cinq bonnes minutes.

Une pile d’Open Pussy, journal underground, a fait son apparition.
Washington a demandé :

— C’est bien vous qui écrivez ces Mémoires d’un vieux dégueulasse ?
— Ouais.
Washington a tendu un numéro à M. Los Angeles.

— Vous avez vu celui-là ?
— Non non, pas encore.
En surimpression sur le papier, il y avait une bite à pattes, une ENORME bite à pattes. C’était l’histoire d’un copain que j’avais enculé par erreur, pendant une cuite, en le prenant pour une copine. Il m’avait fallu deux semaines pour virer le copain de chez moi, et l’histoire était vraie.
Washington a demandé :

— Vous appelez ça écrire ?
— Je ne connais rien à l’écriture. Mais je trouvais que c’était une histoire amusante. Vous trouvez que ça manque d’humour ?
— Mais cette… cette illustration en travers de la page ?
— La bite à pattes ?
— Oui.
— Le dessin n’est pas de moi.
— Vous n’avez aucune responsabilité dans le choix des illustrations ?
— On boucle le mardi soir.
— Et vous ne venez pas le mardi soir.
— Je suis censé venir le mardi soir.
Ils ont passé un moment à feuilleter Open Pussy et à regarder mes articles.
— Vous savez, a dit M. Washington en tapotant les Open Pussy du dos de la main, vous auriez mieux fait de vous cantonner à la poésie, mais puisque vous vous engagez sur cette voie…
Et de tapoter les Open Pussy.
J’ai laissé passer deux minutes et demi. Puis j’ai demandé :
— Faut-il considérer les fonctionnaires des Postes comme la nouvelle critique littéraire ?
— Pas du tout, a dit M. Washington, nous ne disons pas ça.
J’ai encore attendu.
— Une certaine tenue est exigée de nos employés. Vous êtes sous l’Œil du Public. Vous devez avoir une conduite exemplaire.
— Il me semble, dis-je, que vous attaquez ma liberté d’expression, avec menace de licenciement. Ça pourrait intéresser le syndicat.
— Si seulement vous n’aviez pas écrit ces articles !
— Messieurs, il y a dans la vie de chacun un moment où il faut choisir de fuir ou de résister. Je choisis de résister.
Silence.
Attente.
Attente.
Froissements d’Open Pussy.
Puis M. Washington :
— M. Bukowski ?
— Ouais ?
— Avez-vous l’intention d’écrire d’autres articles au sujet des Postes ?
J’avais écrit ce papier qui me paraissait plus comique que méchant – mais après tout, j’ai peut-être l’esprit tordu.
À moi de les faire attendre. J’ai fini par lâcher :
— Non, à moins que vous ne m’y obligiez.
À eux de jouer la montre. On aurait dit ces parties d’échecs où tu espères que l’autre va bouger la mauvaise pièce : découvrir ses pions, ses fous, cavaliers, roi, reine, tripes (et là, pendant que tu lis ça, je suis toujours dans mon putain de boulot. Super, mec, envoyez deux dollars pour bière et couronnes au Fond de Réadaptation Charles Bukowski, 5 rue de…).
Washington s’est levé.
Los Angeles s’est levé.
Charles Bukowski s’est levé.
Washington a dit :
— Je crois que l’entretien est terminé.
Nous nous sommes serrés la main comme des cobras rendus fous par un coup de soleil. » (Contes de la folie ordinaire, malheureuse traduction du titre anglais Erections, Ejaculations, Exhibitions and General Tales of Ordinary Madness).

Dans ce même recueil, nous découvrons que, bien que son quotidien lui serve d’inspiration, l’imagination la plus débridée y a sa place. Un exemple, Le petit ramoneur (encore une horrible traduction, dans ce cas de Six inches !)

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« Je ne mesurais plus que soixante centimètres. Je devais monter sur une petite chaise percée pour chier. Comme convenu, j’avais toujours droit à la bière.
— Ah, disait Sarah, mon toutou à moi ! Si petit, si mignon !
Pour l’amour aussi c’était terminé. Tout avait fondu en proportion. Je lui montais encore dessus, mais au bout d’un moment elle m’enlevait et se mettait à rire.
— Tu essaies encore, vilain canard !
— Je ne suis pas un canard, je suis un homme !
— Oh le charmant petit bonhomme ! Sarah me soulevait et m’embrassait avec ses lèvres bien rouges…
Elle m’a fait descendre jusqu’à vingt centimètres. Elle m’emmenait faire les courses dans son sac, et je pouvais regarder par les trous qu’elle avait percés dans le cuir. Je dois lui reconnaître une chose : elle m’avait laissé ma bière. Je buvais avec une paille. Un litre durait un mois, contre trois quarts d’heure dans le bon vieux temps. Je m’étais résigné. Je savais que si elle le voulait elle pouvait m’anéantir. Vingt centimètres, c’est encore mieux que rien. Une toute petite vie a l’air formidable quand on approche du bout. Donc, je faisais rire Sarah, et c’était tout ce que je pouvais faire. Elle me fabriquait des petits costumes et des souliers et me posait sur la radio, mettait de la musique et disait :
— Danse, Tom Pouce ! Danse, mon minou ! Danse, petit clown !
Je ne pouvais plus aller toucher mon chômage, donc je dansais, et Sarah claquait des mains en riant.
Vous savez, j’avais très peur des araignées et les moustiques étaient dodus comme des aigles, et un petit chat aurait pu m’attraper et me torturer comme un souriceau. Pourtant, la vie était toujours belle. Je dansais, je chantais, je m’accrochais. Le plus petit des hommes se satisfait toujours du peu qu’on lui laisse. »

On retrouve cette même imagination débordante dans Pulp avec deux personnages féminins hauts en couleur. Lady Death, d’abord.
« Elle entra.
Soyons précis, elle n’était pas ce qu’on appelle une gravure de mode. À la limite de la déchirure, sa robe avait du mal à la contenir tout entière. La classique overdose de chocolats maltés glacés. J’ajoute qu’elle se déplaçait sur des talons si hauts qu’on aurait pu les confondre avec des échasses. Quand elle traversa l’espace qui nous séparait, elle me fit penser à une grue couronnée qui aurait forcé sur l’alcool. Vingt dieux, ce qu’elle tanguait. Mais quel sublime flash de chair fraîche !
— Asseyez-vous, lady.
Elle se posa et croisa haut ses jambes. Elle était si proche de moi que je faillis en perdre la vue.
— Voilà une visite qui me fait plaisir, dis-je.
— Arrêtez les frais, s’il vous plaît. Il n’y a là rien que vous n’ayez déjà vu.
— Vous vous trompez, lady… Lady comment, à propos ?
— Lady Death. On m’appelle aussi la Grande Faucheuse.
— La Grande Faucheuse ? Vous bossez dans un cirque ? Ou dans le ciné ?
— Non.
— Lieu de naissance ?
— Aucun intérêt.
— Et vous êtes venue au monde le… ?
— Cessez de faire le gugusse.
— J’essaie juste de planter le décor.
En vérité, c’est moi qui étais planté. Je n’avais d’yeux que pour ses jambes. Depuis toujours, je suis un mec à jambes. C’est la première chose que j’ai vue en venant au monde. Mais, à l’époque, je n’avais d’autre souci que de me faufiler à travers. Depuis, j’ai bien essayé de refaire le chemin en sens inverse, mais sans toujours réussir mon coup.
Elle fit claquer ses doigts.
— Hé, on se calme, on refait surface. »

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Une autre des femmes du roman est une « monstresse de l’espace » appelée Jeannie Nitro.

« — Belane, dit-elle tout en continuant à déambuler, j’appartiens à la première vague des envahisseurs. Mission : prendre le pouvoir sur la Terre.
— Tiens donc, et pourquoi ?
— La planète Zaros d’où je viens est surpeuplée. En conséquence, nous avons besoin d’espace vital.
— Ah, je comprends, mais alors pourquoi ne pas vous être annoncés ? On vous aurait accueillis à bras ouverts. Vous nous ressemblez. Et vous vous seriez sans difficulté fondus dans la masse.
Jeannie s’immobilisa et me dévisagea.
— Belane, on ne vous ressemble pas. Ce que tu vois en ce moment n’est qu’un mirage.
Elle revint s’asseoir sur le bureau.
— À quoi ressembles-tu, alors ?
— À ceci, dit-elle.
L’éclair pourpre frappa de nouveau. Jeannie se volatilisa. Je regardai sous le bureau. La chose était là. Un serpent d’une taille au-dessus de la moyenne, mais au lieu d’écaillés il était recouvert de poils pas très ragoûtants. Juste au centre de son corps, une protubérance ornée d’un œil unique et humide. Par contre, la tête en était dépourvue et ne comportait qu’une bouche minuscule. L’horreur à la puissance mille ! Me saisissant du téléphone, je le jetai avec force sur cette chose. Mais je la ratai. Elle avait réussi à se faufiler sous le bureau pour gagner le tapis sur lequel elle avançait en ondulant. Je lui courus après et cherchai à l’écraser sous mon talon. Mais il y eut un nouvel éclair pourpre, et Jeannie réapparut.
— Tu déconnes, ou quoi ? dit-elle, furieuse. Hein, que t’as essayé de me tuer ? La prochaine fois que tu me refais ce coup-là, c’est moi qui te liquide.
Ses yeux rougeoyaient d’une lueur assassine.
— T’as raison, ma chatte, cent fois raison. J’ai paniqué. Excuse-moi. »

Ce roman, où l’on voit apparaître aussi Louis-Ferdinand Céline, le dernier publié par Bukowski, juste avant sa mort, en 1994, est un parfait exemple du style de l’écrivain, des dialogues percutants, des phrases courtes et des chapitres tout aussi courts, parfois même très courts. À titre d’exemple, le chapitre dix :

« Passons allègrement sur le reste de l’après-midi et la nuit qui suivit. Il ne se passa rien, et ce serait gaspiller votre temps que d’en parler. »

Imagination, humour débridés qui apparaissent déjà dans Journal d’un vieux dégueulasse, le livre qui assura le succès de Bukowski de par le monde.

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« le gamin étendit le bras, s’empara de la bouteille et s’enfila une rasade, puis il s’assit et poursuivit :
— mister Henderson, je suis la réponse à vos prières.
— petit gars, répliqua Henderson, t’es trop jeune pour boire cette merde.
— je suis plus vieux que je ne le parais.
— et moi, j’ai quelque chose pour te faire encore un peu plus vieillir.
Henderson pressa le bouton qui se trouvait sous son bureau, ce qui, en clair, voulait dire Bull Kronkite. prétendre que ce Bull-là fût un tueur serait mentir, mais en revanche je peux vous garantir que fumer du Bull Durham par le trou du cul, après avoir eu affaire à lui, témoignerait d’une chance inouïe. d’ailleurs, il faillit arracher la porte lorsqu’il rappliqua.
— lequel, patron ? aboya-t-il en nous reluquant mais sans cesser d’assouplir ses énormes battoirs d’imbécile borné.
— le merdeux avec ses ailes en papier, fit Henderson.
Bull prit son élan.
— ne me touchez pas, piailla le merdeux aux ailes de papier. mais quand Bull chargea – MON DIEU, PROTÉGEZ-MOI – le merdeux S’ENVOLA ! et se mit à décrire, en rasant le plafond, de grands cercles tout autour de la pièce. d’un même élan, Henderson et moi, nous nous précipitâmes vers la bouteille, mais le vieil homme me battit d’un goulot, tandis que Bull, lui, tombait à genoux.
— SEIGNEUR QUI ÊTES AUX CIEUX, PARDONNEZ MES OFFENSES ! UN ANGE ! UN ANGE !
— déconnez pas ! lui lâcha l’ange tout en continuant à planer.
puis, il ajouta :
— je ne suis pas un ange, je n’ai d’autre ambition que d’aider les Bleus. d’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours été un de leurs supporters.
— bon, d’accord, redescends et causons boulot, dit Henderson.
l’ange, ou quoi qu’il fut, amorça sa descente pour venir se poser sur une chaise. aussitôt Bull le débarrassa de ses chaussures et de ses chaussettes pour lui embrasser les pieds.
Henderson se pencha et, ne dissimulant pas son dégoût, il glaviota sur Bull, avant de lui hurler pleine poire :
— va te faire foutre, taré débile ! il n’y a rien que je déteste plus que la sentimentalité dégoulinante.
s’essuyant le visage, Bull s’éclipsa avec dignité.
Henderson farfouilla alors dans ses tiroirs.
— pute borgne, il m’avait pourtant bien semblé que j’avais là-dedans des contrats types.
mais, à défaut d’un formulaire, il avait mis la main sur une autre bouteille qu’il ouvrit, sans quitter du regard le kid.
— dis-moi, sais-tu frapper une balle à effet ? une balle coupée ? et comme t’en sors-tu avec une glissante ?
— et comment, bordel de dieu, le saurais-je ? s’exclama le kid. il m’a fallu me cacher pour survivre. tout ce que je sais, je l’ai appris dans les journaux et à la télé, mais j’ai toujours été un fan des Bleus, et depuis le début de la saison je souffre pour vous.
— alors, comme ça, tu t’es planqué ? mais où ? dans le Bronx, même dans une cage d’ascenseur, un type avec des ailes serait vite repéré, c’est quoi ta combine ? et ces machins, dis-moi, comment les as-tu fabriqués ?
— à quoi bon vous ennuyer avec les détails, mister Henderson ?
— à propos, c’est quoi ton nom, kid ?
— Jimmy. Jimmy Crispin. J.C. pour les intimes.
— hé, kid, tu me montes quel bateau, là ? avec ton J.C., tu te foutrais pas de moi, par hasard ?
— oh, non, mister Henderson.
— eh bien, serre-m’en une.
ils se la serrèrent.
— bonté divine, ce que t’as les mains FROIDES ! depuis quand t’as pas fait un vrai repas ?
— pour mon 4-heures, je me suis tapé un poulet-frites et de la bière.
— bois un coup, kid.
Henderson se retourna vers moi :
— Bailey ?
— vouais.
— vous me convoquez pour demain matin 10 heures cette foutue équipe au grand complet. aucune absence ne sera tolérée. depuis la bombe atomique, on n’a pas trouvé mieux, maintenant, on se rentre et on se pieute. t’as un endroit pour dormir, kid ?
— évidemment, s’écria le kid avant de décoller droit vers les escaliers. »

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Ces extraits donnent une idée du style de Bukowski, un style qui ne respecte pas trop les conventions littéraires de l’époque. Il nomme un chat un chat, un cul un cul et ainsi de suite. Il nous montre que l’American Dream n’est qu’une fable pour une grande quantité d’Américains qui subissent la violence de la misère quotidienne. Or, si le ton général est noir, il n’est pas désespéré car l’auteur  est capable de rire du monde violent qui l’entoure et surtout de lui-même.

Je sais aussi très bien que le langage cru de Charles Bukowski peut en choquer plus d’un. Or, il s’agit là d’une littérature bien vivante, au-delà d’une certaine brutalité, qui nous parle d’un quotidien souvent misérable mais profondément humain, de relations silencieuses où la communication est presque inexistante. D’un monde sans issu dont l’alcool et le sexe seraient l’exutoire.
Et, bien que Bukowski soit mort en 1994, j’ai l’impression que sa littérature peut nous aider à mieux comprendre cet énorme voisin, parfois si encombrant, les États-Unis. Et même, qui sait, les États-Unis de M Trump.

https://www.rts.ch/archives/tv/culture/visiteurs-du-soir/3467133-charles-bukowski.html

https://bukowski.net/#

« tenía siempre la impresión de estar
en un bus
interurbano
que me llevaba 
a algún lado.
mirar por una ventanilla 
asquerosa
la nada. »

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Sabía, por supuesto, quien era Charles Bukowski, aún, había visto, hace mucho tiempo, el programa de televisión Apostrophes en el que había tenido que abandonar el estudio totalmente ebrio. Pero no había leído nada de él.
Todo llega en la vida. Acabo entonces de leer, casi uno tras otro, (¡Gracias, Julia !), novelas, cuentos así como poemas de este autor que denominan maldito.
Es un retrato chirriante de unos Estados Unidos lo más a menudo lamentables que nos presenta Charles Bukowski. Este paisaje desolador, estas veredas mugrientas, el aire contaminado, los bares tristes son los de un Los Angeles que nada tiene que ver con el cliché hollywoodiano que nos hacemos de esta ciudad.
En este decorado, casi sin cambios de novela en novela y de cuento en cuento, el protagonista, que se llame Bukowski, Chinaski, Hank y aún Nick Belane, el detective frustrado de Pulp, es siempre Charles Bukowski,  acompañado por su amor por el alcool, las mujeres, las carreras de caballos … el orden de los factores…

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« El gran problema, hasta ahora, es que siempre hubo enormes diferencias entre la literatura y la vida, y los que hacen literatura no integraron la vida a sus textos, y los que están plenamente en la vida se sienten excluidos de la literatura.” En esta frase, extraída de Sobre la escritura, recopilación de su correspondencia, reside quizás el secreto de la obra de Bukowski, quien, de su lado, integró la vida, SU vida a su obra. Aunque no sea estrictamente autobiográfica, con algunas excepciones, se inspiró ampliamente en ella. Casi siempre, sin embargo, con juegos de máscaras. En La senda del perdedor, libro que retrasa la vida del escritor desde su infancia, el protagonista se llama Henry Chinaski, así como el del Cartero, tan autobiográfico como aquel.

« ‘’Perfecto, y ahora bajás tu pantalón.’’
Bajé mi pantalón.
‘’Y tu calzoncillo.’’ 
Lo bajé también
Atacó con el cuero. El primer golpe me dio más miedo que dolor. El dolor llegó con el segundo. Y aumentó con cada uno de los que siguieron. Al principio, me daba cuenta de que había paredes, una tapa de inodoro, una bañera. Al final, ya no veía nada. Me regañaba mientras me golpeaba pero yo no entendía lo que decía. Yo pensaba en sus rosas, en la manera que tenía de hacerlas crecer en el patio. Pensaba en su automóvil en el garaje. Trataba de no gritar. Sabía que si lo hacía, sin duda se detendría: el saberlo y el adivinar que tenía ganas de oírme gritar me lo impedían. Las lágrimas caían de mis ojos pero seguía silencioso. Al cabo de un momento, todo no fue más que una suerte de  gran torbellino, de confusión general de la cual sólo emergía una sola posibilidad perfectamente horrible: la de quedarme allí hasta el fin de los tiempos. Para terminar, como algo que arranca con un sacudón, empecé a sollozar. Y tragué porquerías saladas que se había derramado en mi garganta y empecé a ahogarme. Se detuvo.
Ya no estaba allí. Sentí de nuevo la presencia del espejo y de la ventanita. Allí estaba el cuero para navaja, estaba colgado de un gancho, era largo, era marrón, y estaba todo torcido. Como era incapaz de inclinarme para levantar mi pantalón y mi calzoncillo, fui hasta la puerta con torpeza, mi ropa alrededor de mis tobillos. Abrí y encontré a mi madre parada en el pasillo.  
‘’No está bien, le dije. ¿Por  qué no viniste en mi auxilio?
— El padre siempre tiene razón’’, me respondió.. » (La senda del perdedor)

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Lo que dice bastante sobre el ambiente familiar…
Hasta el desenlace…

« La pobre mujer trataba de retenerme tirando de mi camisa.
‘’Oime, Henry, dijo, ¡andá a alquilar alguna habitación! ¡Tengo diez dólares! ¡Tomalos y encontrá algo en algun lado!’’
Me volví : me estaba tendiendo un billete.
‘’Dejá, dije. Me voy, eso es todo.
— No, Henry, ¡tomá! ¡Tomá el dinero! ¡Hacelo por mi! ¡Por tu madre! 
— Bueno, bueno… de acuerdo… »
Agarré su billete.
‘’Gracias. Es mucha plata…
— No es nada, Henry. Te quiero mucho, Henry, pero tenés que irte.’’
Me pasó corriendo mientras yo llegaba cerca de casa. Descubrí el desastre : ropa sucia y limpia, medias, camisas, piyama, una vieja bata, todo, así como mi valija abierta, había sido tirado sobre el pasto y hasta la vereda. Mis manuscritos volaban al viento, había aterrizado en la alcantarilla, estaban por todos lados.
Mi madre subió el camino del garaje corriendo y le grité muy fuerte para que mi padre pudiese oir :
‘’¡DECILE QUE SALGA DE AHI QUE LE ROMPO LA CARA, A ESE HIJO DE PUTA!’’
Comencé a juntar mis manuscritos. Hacerme eso era golpear realmente muy bajo. Mis borradores eran lo único que no tenía derecho de tocar. Una página encontrada en la alcantarilla, otro sobre el pasto, otro aún en la calle, me sentí un poco mejor. Junté todas las que pude encontrar, las metí en la valija, puse un zapato encima y fui a recuperar la máquina de escribir. Se había salido de su estuche pero parecía en buen estado. Miré mis harapos desparramados aquí y allá. Dejé la ropa sucia y también el piyama –sólo era uno viejo suyo que me había dado porque ya no lo quería. Fuera de esto, ya no había mucho por empacar. Cerré la valija, tomé mi máquina de escribir y empecé a alejarme. Detrás de las cortinas había dos rostros que me miraban. Los veía bien. Y luego los olvidé rápido, subí por la avenida de Longwood, crucé la calle 21 y ataqué la colina de Westview. No me sentía diferente. No estaba, como siempre, ni radiante ni abatido: todo continuaba, punto y aparte.» (La senda del perdedor)

¡Se han visto cosas mejores para empezar una vida!
Seguirá un largo recorrido por Estados Unidos, una vida de vagabundo, ya bajo el signo del alcohol, en la que Bukowski será camionero, playero, botones, almacenista en una fábrica de alimento para perros… ¡La cara oculta del American Dream!
La roña, las habitaciones de hotel miserables, los departamentos igual de tristes, los bares grises se vuelven su decorado cotidiano. Un decorado que descubriremos en sus textos.
En 1952, el escritor comienza a trabajar como cartero.

Cartero, Charles Bukowski

« Cada recorrida tenías sus trampas y sólo los carteros titulares las conocían. Todos los días había una maldad diferente, y podían esperar una violación, un asesinato, perros o cualquier otra locura del mismo tipo. Los titulares no querían decirnos sus secretitos. Era la única ventaja que tenían –eso y conocer sus casilleros de clasificación de memoria. Era realmente una maravilla para uno novato, sobre todo para aquel que bebía toda la noche, se acostaba a las 2 de la mañana y se despertaba a las 4 y media después de haber cogido y cantado toda la noche, y que se la creía aún así, o casi.
Un día, yo estaba en la calle y la recorrida iba bien, sin embargo era una nueva, y pensaba, por dios, puede que por primera vez en dos años pueda almorzar.
Tenía una resaca enorme, pero sin embargo todo anduvo al pelo hasta que caí sobre ese montón de cartas dirigidas a una iglesia. La dirección no tenía el número de la calle, sólo el nombre de la iglesia y el del bulevar donde se encontraba. Subimos los escalones, yo y mi resaca. Imposible encontrar un buzón, ni a nadie. Nada más que cirios que ardían. Cacharritos para mojarse los dedos. Y el púlpito vacío que me miraba, y todas las estatuas, rojo pálido y azules y amarillas, con las ventanas cerradas, una mañana para reventar de calor.
Oh, mierda, pensé.
Y salí
Di la vuelta por el lado de la iglesia y encontré una escalera que bajaba. Entré por una puerta abierta. ¿Y saben lo que vi? Una hilera de inodoros. Y de duchas. Pero estaba oscuro. Todas las luces estaban apagadas. ¿Cómo querían que un tipo encontrara un buzón en la oscuridad? Y luego vi el interruptor. Lo hice andar y las luces se encendieron en toda la iglesia ; dentro como afuera. Pasé a la pieza de al lado y había casullas de cura desparramadas sobre una mesa. También había una botella de vino. 
Por Dios, pensaba, sólo a mi me pasan estas cosas.
Tomé la botella, tomé un buen trago, dejé las cartas sobre las casullas y volví a las duchas y al baño. Apagué la luz y cagué en la oscuridad fumando un cigarrillo. Por más que pensé en ducharme veía los títulos de los diarios : CARTERO SORPRENDIDO TOMANDO LA SANGRE DIVINA Y DUCHÁNDOSE EN BOLAS EN UNA IGLESIA CATÓLICA.  
Entonces, al final no tuve tiempo de almorzar y cuando volví Jonstone me puso un apercibimiento por llegar veintitrés minutos tarde.»(El cartero)

Publica algunos de sus poemas en revistas urderground así como Escritos de un viejo indecente que aparecen en Open Pussy, cuya historia nos es contada en Vida y muerte de un diario underground tanto como los problemas del propio Bukowski con la censura de la época.
« — Puede entrar, me dijo el secretario antes de desaparecer.
Entré. Los dos tipos se levantaron. Nos encontramos los tres bajo la lámpara en medio de las tinieblas y ahí, no se por qué, pensé en todos esos asesinatos.
Luego me dije, estamos en América, papá, Hitler está muerto. Enfin, eso espero.
— Bukowski ?
—¿Se?
Los dos tipos me dieron la mano.
— Siéntese.
Joya, chabón.
— Este es M…, de Washington, dijo el otro, un capo local.
No dije nada. La lámpara no era fea. ¿Una pantalla de piel humana?
El Sr. Washington tomó la palabra. Tenía un bolso donde nadaban tres o cuatro papeluchos.
— Y bien, Sr. Bukowski…
— ¿Se?
— Tiene cuarenta y ocho años y hace once que es empleado del gobierno de los Estados Unidos.
— Se.
— Estuvo casado dos años y medio por primera vez, se divorció y se casó con su mujer actual. ¿Desde cuando? Nos gustaría saberlo.
— No hay fecha. No hubo casamiento.
— ¿Tiene una hija ?
— Se.
— ¿Qué edad?
— Cuatro años.
— ¿No está casado?
— No.
— ¿Paga alimentos?
— Sí.
— ¿Cuanto?
— Más o menos lo necesario.
El sr. Washington se apoltronó en su sillón. Nadie abrió la boca durante unos cinco minutos.
Una pila de Open Pussy, diario underground, hizo su aparición.
El sr. Washington preguntó:
— ¿Usted escribe lo del viejo indecente?
— Se.
El sr. Washington le dió un número al sr. Los Angeles.
— ¿Vió este?
— No no, todavía no.
En sobreimppresión sobre el papel, había una verga con patas, una ENORME verga con patas. Era la historia de un amigo que me había cogido por error, durante una borrachera, tomándolo por una amiga, necesité dos semanas para rajar al amigo de casa, y la historia era verdadera.
El sr. Washington preguntó:
— ¿A esto lo llama escribir?
— No se nada de escritura. Pero me pareció que era una historia divertida. ¿Le parece que le falta humor?
— ¿Pero esta… esta ilustración en medio de la hoja?
— ¿La verga con patas?
— Sí.
— El dibujo no es mío.
— ¿No tiene ninguna responsabilidad en la elección de las ilustraciones?
— Cerramos el martes a la noche.
— Y usted no va el martes a la noche.
— Debo ir el martes a la noche.
Pasaron un momento hojeando Open Pussy y mirando mis artículos.
— Sabe, dijo el sr. Washington golpeando los Open Pussy con el dorso de la mano, mejor se hubiera quedado con la poesía, pero ya que toma ese camino…
Y golpetea los Open Pussy.
Dejé pasar dos minutos y medio. Luego pregunté:
— ¿Hay que considerar a los empleados del Correo como la nueva crítica literaria?
— Para nada, dijo el sr. Washington, no decimos eso.
Seguí esperando.
— Un cierto comportamiento es exigido a nuestros empleados. Usted está bajo la Mirada del Público. Debe tener una conducta ejemplar.
— Me parece, dije, que atacan mi libertad de expresión, con amenaza de despido. Podría interesarle al sindicato.
— ¡Si sólo no hubiera escrito esos artículos!
— Señores, hay en la vida de cada uno, un momento en el que hay que elegir entre huir o resistir. Yo elegí resistir.
Silencio.
Espera.
Espera.
Crugidos de Open Pussy.
Luego el sr. Washington:
— Sr. Bukowski ?
— ¿Sí?
— ¿Tiene la intención de escribir otros artículos sobre el Correo?
Había escrito ese papel que me parecía más cómico que malvado –pero, después de todo, puede que tenga la mente torcida.
Me tocaba hacerlos esperar. Terminé por decir:  
— No, a menos que ustedes no me obliguen.
Les tocaba ahora jugar contra reloj. Parecía una de esos juegos de ajedrez en que esperás que el otro vaya a mover la mala pieza: descubrir sus peones, sus alfiles, caballos, rey, reina, tripas, (y en ese momento, mientras leés esto, estoy todavía en mi trabajo puto. Bravo, chabón, manden dos dólares para la cerveza y las coronas al Fondo de Readaptación  Charles Bukowski, 5 calle…).
El sr. Washington se levantó.
El sr. Los Angeles se levantó.
El sr. Charles Bukowski se levantó.
El sr. Washington dijo:
— Creo que la entrevista terminó.
Nos dimos la mano como cobras enloquecidas por una insolación.» (Erecciones, eyaculaciones, exhibiciones)

En este mismo libro descubrimos que, aunque su vida cotidiana le sirva de inspiración, la imaginación más desenfrenada también tiene su lugar. Un ejemplo, Quince centímetros.

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« No medía más que sesenta centímetros. Debía subir sobre una sillita agujereada para cagar. Como convenido, siempre tenía derecho a una cerveza.
— Ah, decía Sarah, ¡Mi perrito! ¡Tan chiquito, tan bonito!
Para el amor también estaba terminado. Todo se había derretido en proporción. Me le subía aún encima, pero después de un momento me sacaba y se largaba a reír.
— ¡Todavía tratás, viejo pato!
— ¡No soy un pato, soy un hombre!
— ¡Oh,  que encantador hombrecito! Sarah me levantaba y me besaba con sus labios bien rojos…
Me hizo achicar hasta veinte centímetros. Me llevaba a hacer las compras en su cartera, y yo podía mirar por los agujeros que había hecho ella en el cuero. Debo reconocer una cosa: me había dejado mi cerveza. Bebía con una paja. Un litro duraba un} mes, contra tres cuartos de horas en los viejos tiempos. Me había resignado. Yo sabía que si lo deseaba, ella podía aniquilarme. Veinte centímetros es mejor que nada. Una vida pequeñita parece formidable cuando nos acercamos del final. Hacía entonces reír a Sarah y era todo lo que podía hacer. Elle me fabricaba trajecitos y zapatos y me ponía sobre la radio, ponía música y decía:
— ¡Bailá, Pulgarcito! ¡Bailá, gatito! ¡Bailá, payasito!
Yo ya no podía ir a cobrar mi desempleo, entonces bailaba, y Sarah aplaudía riendo.
Saben, tenía mucho miedo de las arañas y los mosquitos eran rechonchos como águilas, y un gatito podía agarrarme y torturarme como a un ratoncito. Sin embargo, la vida seguía siendo bella. Yo bailaba, cantaba, me agarraba. El más pequeño de los hombres se satisface siempre de lo poco que le dejan.»

Encontramos esta misma imaginación desbordante en Pulp, con dos personajes femeninos muy coloridos., Primero, Lady Death.

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« Ella entró.
Seamos precisos, no era lo que se llama un folletín de modas. Al límite des desgarro, a su vestido le costaba contenerla por entero. La clásica sobredosis de chocolate malteado helado. Agrego que se desplazaba sobre tacos tan altos que se los podía confundir con zancos. Cuando cruzó el espacio que nos separaba, me hizo pensar en una grulla coronada que hubiese tomado de más. Veinte dioses, lo que oscilaba. ¡Pero qué sublime flash de carne fresca!
— Siéntese, lady.
Se posó y cruzó bien alto las piernas. Estaba tan cerca de mi que estuve por perder la vista.
— Es una visita que me da gusto, dije.
— Pare ahí, por favor. No tengo nada que no conozca.
— Se equivoca, lady… ¿Lady cuanto?
— Lady Death. Me llaman también la Gran cegadora.
— ¿La Gran Cegadora? ¿Labura en un circo? ¿O en el cine?
— No.
— ¿Lugar de nacimiento?
— Ningún interés.
— ¿Y llegó al mundo el día…?
— Deje de hacerse el vivo.
— Sólo trataba de plantar el decorado
En realidad, yo estaba anonadado. Sólo tenía ojos para sus piernas. Desde siempre, soy un tipo amante de las piernas. Es lo primero que vi al llegar al mundo. Pero en esa época mi única preocupación era deslizarme para fuera. Luego, he tratado de hacer el mismo camino en sentido inverso, pero sin lograrlo siempre.
Chasqueó los dedos..
— Eh, nos calmamos, Volvemos a la superficie. »

Otra de las mujeres de la novela es una « monstrua del espacio » llamada Jeannie Nitro.

« — Belane, dijo mientras seguía deambulando, pertenezco a la vanguardia de los invasores. Misión: tomar el poder en la tierra.
— Vaya, ¿y por qué?
— El planeta Zaros de donde vengo está sobrepoblado. En consecuencia, necesitamos espacio vital.
— Ah, comprendo, ¿por qué no haber avisado? Los hubiéramos recibido con los brazos abiertos. Se parecen a nosotros. Se habrían fácilmente perdido en la masa.
Jeannie se inmovilizó y me miró.
— Belane, no nos parecemos. Lo que ves en este momento es sólo un espejismo.
Volvió a sentarse sobre el escritorio.
— ¿Se parecen a qué, entonces?
— A esto, dijo.
El relámpago púrpura golpeó de nuevo. Jeannie se volatilizó. Miré bajo el escritorio., La cosa estaba allí. Una serpiente de un tamaño superior a lo normal, pero en vez de escamas estaba recubierta de pelos bastante asquerosos. Justo en la mitad de su cuerpo una protuberancia adornada con un ojo único y húmedo. La cabeza, por lo contrario, estaba desprovista de ojos y sólo llevaba una boca minúscula. ¡El horror a la milésima potencia! Tomé el teléfono y lo arrojé con fuerza sobre esa cosa. Pero no le di. Había logrado deslizarse bajo el escritorio para llegar a la alfombra sobre la que avanzaba ondulando. Le corrí detrás y traté de aplastarla con mi taco. Pero hubo un nuevo relámpago púrpura y Jeannie reapareció.
— ¿Pelotudeás o qué? Dijo furiosa. Eh, ¿trataste de matarme? La próxima vez que vuelvas a hacerlo, te liquido.
Sus ojos brillaban con una luz asesina.
— Tenés razón, gatita, cien veces razón. Entré en pánico. Disculpame.»

Esta novela, en la que también se ve apparecer a Louis-Ferdinand Céline, la última publicada por  Bukowski, justo antes de su muerte, en 1994, es un perfecto ejemplo del estilo del escritor, diálogos contundentes, frases cortas y capítulos también cortos, a veces muy cortos. A título de ejemplo, el capítulo diez:

« Pasemos alegremente de largo el resto de la tarde y de la noche que siguieron. No pasó nada, y hablar de ello sería desperdiciar el tiempo de ustedes.»

Imaginación, humor desenfrenado que ya aparecen en los Escritos de un viejo indecente, el libro que aseguró el éxito de Bukowski en todo el mundo.

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« el chico extendió el brazo, se apoderó de la botella y tomó un trago, luego se sentó y prosiguió:  
— mister Henderson, soy la respuesta a sus plegarias.
— chiquito, replicó  Henderson, sos demasiado joven para tomar esta mierda.
— soy más viejo de lo que parezco.
— y yo, tengo algo para hacerte envejecer un poco más.  
Henderson apretó el timbre que se encontraba bajo su escritorio, lo que, claramente, quería decir Bull Kronkite. Pretender que este Bull fuera un asesino sería mentir, pero puedo garantizarles que fumar Bull Durham con el agujero del culo, después de haberlo encarado, sería una suerte inaudita. Por otra parte, casi arranca la puerta cuando entró. 
— cual, patrón ? ladró mientras nos miraba sin dejar de ablandar sus enormes patas de imbécil tarado.
— el boludo con alas de papel, dijo Henderson.
Bull tomó impulso.
— no me toque, pió el boludo con alas de papel, pero cuando Bull arremetió – DIOS MÍO; PROTÉGEME ! el boludo ¡SE VOLÓ! Y se puso a describir, al ras del cielorraso, grandes círculos alrededor de la pieza, con un mismo impulso, Henderson y yo, nos arrojamos hacia la botella, pero el viejo me ganó, mientras que Bull caía de rodillas.
— SEÑOR QUE ESTÁS EN LOS CIELOS, ¡PERDONA MIS PECADOS! ¡UN ÁNGEL! ¡UN ÁNGEL!
— ¡no boludee!,  le mandó el ángel sin dejar de planear.
luego, agregó:
— no soy un ángel, mi única ambición es ayudar a los Azules, lo más lejos que me acuerdo, siempre fui incha de ellos.
— bueno, de acuerdo, bajá y charlemos de laburo, dijo Henderson.
el ángel, o lo que fuere, empiezo a bajar para terminar posándose sobre una silla. enseguida Bull le sacó zapatos y medias para besarle los pies.
Henderson se inclinó y, sin disimular su disgusto, escupió sobre Bull, antes de aullarle en la jeta :
—¡andá a cagar, tarado imbécil! no hay nada que odie más que el sentimentalismo baboso.  
secándose el rostro, Bull se eclipsó dignamente.
Henderson buscó entonces en sus cajones.
— puta, me parecía que tenía aquí modelos de contrato.
pero, a falta de un formulario, había puesto la mano sobre otra botella que abrió sin dejar de mirar al kid.
— decime, ¿sabés golpear una pelota con efecto? ¿una cutter? ¿y cómo te las arregl´s con una deslizante?
— ¿y cómo carajo podría saberlo? Exclamó el kid, tuve que esconderme para sobrevivir. todo lo que se lo aprendí en los diarios o en la tele, pero siempre fui incha de los Azules, y desde el comienzo de la temporada sufro por ustedes.
— ¿entonces, así, te escondiste? ¿dónde? en el Bronx, aún en un hueco de ascensor, un tipo con alas sería descubierto rápidamente, ¿cual es tu truco? ¿y esas cosas, decime, cómo las fabricaste?
— ¿para qué aburrirlo con detalles, mister Henderson?
— a propósito, ¿cómo te llamás, kid?
— Jimmy. Jimmy Crispin. J.C. para los íntimos.
— eh, kid, ¿qué me contás? ¿por casualidad no me estás jodiendo con eso de J.C.?
— oh, no, mister Henderson.
— y bien, choque los cinco.
se dieron la mano .
— por Dios, ¡qué FRÍAS tenés las manos! ¿hace cuanto que no comés realmente ?
— para la merienda me comí un pollo con fritas y cerveza.
— tomate un trago, kid.
Henderson se volvió hacia mí:
— ¿Bailey?
— se.
— me convoca para mañana a las 10 de la mañana a todo el equipo de mierda ninguna ausencia será tolerada no hay nada mejor desde la bomba atómica ahora a casa y a la cama. ¿tenés un lugar donde dormir, kid?
— evidentemente, exclamó el kid antes de levantar vuelo hacia las escaleras.»

Estos textos nos da una idea del estilo de Bukowski, un estilo que no respecta demasiado las convenciones literarias de la época. Llama al pan pan, al culo culo y así sucesivamente. Nos muestra que el American Dream sólo es una fábula para una gran cantidad de norteamericanos que sufren la violencia de la miseria cotidiana. Si el tono general es, empero, oscuro, no es desesperado ya que el autor es capaz de reírse del mundo violento que lo rodea y sobre todo de sí mismo.

Se también que el lenguaje crudo de Charles Bukowski puede chocar a más de uno. Se trata, empero, de una literatura muy viva, más allá de una cierta brutalidad, que nos habla de una cotidianeidad a menudo miserable, pero profundamente humana, de relaciones silenciosas en las que la comunicación es casi inexistente. Un mundo sin salida en el que el sexo y el alcohol son exutorios.
Y, aunque Bukowski haya muerto en 1994, tengo la impresión de que su literatura puede ayudarnos a comprender mejor a ese enorme vecino, a veces tan molesto, Los Estados Unidos. Y aún, quien sabe, a los Estados Unidos del Sr. Trump.

https://www.rts.ch/archives/tv/culture/visiteurs-du-soir/3467133-charles-bukowski.html

https://bukowski.net/#

Invisibles

Negro che (2006)
Réalisateur : Alberto Masliah

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Onze ans après l’avoir découvert durant une projection à l’Alliance Française de Mar del Plata, je viens de visionner de nouveau l’exceptionnel documentaire Negro che, du réalisateur argentin Alberto Masliah.
Negro che, éloquemment sous-titré « Les premiers disparus », est un documentaire dont le but est de démontrer la fausseté de l’idée, ancrée dans l’imaginaire argentin depuis la moitié du XIXe siècle, qu’il n’y a plus de Noirs dans leur pays.
Ce mythe d’une nation aux racines presque exclusivement européennes est né quand l’Argentine ouvrit ses portes à des foules d’immigrés, en provenance principalement d’Italie et d’Espagne. Un mythe qui perdure actuellement et pas exclusivement en ce qui concerne les Afro-descendants. Je pense à l’expression,  chère à beaucoup de bien-pensants, « pueblos originarios » (peuples autochtones) qui continue finalement d’exclure les descendants des premiers habitants des terres argentines du reste de la société.

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Un exemple, aussi bien grotesque que tragique, de cette invisibilité des Noirs en Argentine, est ce qui est arrivé à Pocha Lamadrid, descendante d’esclaves, argentine depuis des générations et fondatrice de l’association Africa Vive. Invitée à un congrès au Panama, Pocha se présente à l’aéroport de Buenos Aires. « Ce passeport est bidon ! », s’exclame l’employée de Migrations. Elle ne pouvait pas être Argentine et Noire ! Résultat : 6 heures de garde à vue et une blessure encore béante malgré les excuses de l’Administration.

Le film se structure autour de l’organisation d’une soirée à la « Casa Suiza » où la communauté afro argentine fêtait le carnaval jusque dans les années 60. Un retour aux sources, pourrait-on dire. Durant 90 minutes de différentes voix témoignent du rejet de la société argentine envers les Noirs, ainsi que de leur appartenance à l’Argentine et de l’importance de sauvegarder ce qu’il reste de leurs racines africaines, par le biais, principalement, de la musique. Posséder un tambour, est dans une famille, le symbole de cet héritage africain.

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Parmi les personnes interviewées on retrouve des descendants des esclaves de vieilles familles traditionnelles ainsi que ceux d’une immigration bien moins connue que l’européenne, celle de capverdiens arrivés en Argentine au début du XXe siècle.
Or, parfois, tout comme il est difficile  au citoyen lambda d’accepter l’existence de citoyens noirs en Argentine, certains afro descendants, à cause de multiples métissages, comme l’explique très bien Flavia Salvo, ont du mal à reconnaître eux-mêmes leurs racines.

https://www.youtube.com/watch?v=iKB1ZGDBRRQ

Un chemin important a été parcouru depuis 2006 en ce qui concerne la présence d’un héritage africain dans la culture et l’histoire argentines, ainsi que la reconnaissance de la présence de la communauté noire dans le pays, comme le prouve le blog AfroAmnericanas de M Alejandro Frigerio.

http://alejandrofrigerio.blogspot.com/2011/07/dia-de-la-mujer-afrodescendiente-2.html

C’est bien vrai, comme le dit dans Negro che, la si lucide Miriam Gomes, que les races n’existent pas mais que, cependant, le racisme existe. Rendre invisible une partie de la population d’un pays est une forme de racisme et ce film d’Alejandro Masliah nous aide à lutter contre ce racisme sournois.

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Once años después de haberlo descubierto durante una proyección en la Alianza Francesa de Mar del Plata, acabo de volver a ver el excepcional documental Negro che, del realizador argentino  Alberto Masliah.
Negro che, elocuentemente subtitulado « Los primeros desaparecidos », es un documental cuya objetivo es demostrar la falsedad de la idea, anclada en el imaginario argentino desde mediados del siglo XIX, que ya no hay negros en su país.
Este mito de una nación de raíces casi exclusivamente europeas nació cuando la Argentina abrió sus puertas a una multitud de inmigrantes, provenientes principalmente de Italia y de España. Un mito que perdura  actualmente y no exclusivamente en lo que concierne a los afro descendientes. Pienso en la expresión, amada por muchos bien pensantes, de « pueblos originarios » que sigue finalmente excluyendo a los descendientes de los primeros pobladores de las tierras argentinas del resto de la sociedad.
Un ejemplo, tan grotesco como trágico, de esta invisibilidad de los negros en Argentina, es lo que ocurrió a Pocha Lamadrid, descendiente de esclavos, argentina desde hace generaciones y fundadora de la asociación África Vive. Invitada a un congreso en Panamá, Pocha se presenta en el aeropuerto de Buenos Aires. « ¡Este pasaporte es trucho! », exclama la empleada de Migraciones. ¡No podía ser argentina y negra! Resultado: 6 horas de detención y una herida aún abierta a pesar de las excusas de la Administración.

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El film se estructura alrededor de la organización de una fiesta en la Casa Suiza donde la comunidad afroargentina festejaba el carnaval hasta los años 60. Podría llamarse una vuelta a las fuentes. Durante 90 minutos diferentes voces testimonian sobre el rechazo de la sociedad argentina hacia los negros, así como sobre su pertenencia a la Argentina y la importancia de salvaguardar lo que queda de sus raíces africanas, por el intermedio, principalmente, de la música. Tener un tambor e, en una familia, el símbolo de esta herencia africana.
Entre las personas interrogadas encontramos descendientes de esclavos de la familias tradicionales así como los de una inmigración mucho menos conocida que la europea, la de caboverdianos llegados a la Argentina a comienzos del siglo XX.
A veces, empero, así como es difícil para el ciudadano común de aceptar la existencia de ciudadanos negros en Argentina, algunos afrodescendientes, a causa de los múltiples mestizajes, como lo explica muy bien Flavia Salvo, tienen  dificultades en reconocer ellos mismos sus raíces.

https://www.youtube.com/watch?v=iKB1ZGDBRRQ

 Un camino importante ha sido recorrido desde 2006 en lo que concierne a la presencia de una herencia africana en la cultura y la historia argentinas, así como al reconocimiento de la presencia de una comunidad negra en el país, como lo prueba el blog AfroAmnericanas del sr. Alejandro Frigerio.

http://alejandrofrigerio.blogspot.com/2011/07/dia-de-la-mujer-afrodescendiente-2.html

Es muy cierto, como lo dice en Negro che, la tan lúcida Miriam Gomes, que las razas no existen pero que, sin embargo, el racismo existe. Volver invisible a una parte de la población de un país es una forma de racismo y este film de Alejandro Masliah nos ayuda a luchar contra este racismo encubierto.

Fraternité – Fraternidad

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Liberté, Égalité, Fraternité. Ces trois mots, qui proviennent en droite ligne des idéaux de la Révolution de 1789,  forment la devise de l’État français.
La Fraternité avait, jusqu’ici, été la plus laissée pour compte. Il existait même ce que  l’on appelle le « délit de solidarité » qui punissait d’un emprisonnement de 5 ans et d’une amende de 30 000€ celui qui aurait prêté une quelconque aide aux migrants en situation irrégulière. Or, qui dit solidarité, dit fraternité.
Le 6 juillet dernier, le Conseil constitutionnel  vient de mettre fin à cette situation pour le moins incongru. Tous ceux qui, dans un but humanitaire, apporteront une aide fraternelle à l’étranger irrégulier ne pourront plus faire l’objet de poursuites judiciaires. La fraternité, donc, est « un principe à valeur constitutionnelle ».
Cette reconnaissance implique comme première conséquence « la liberté d’aider autrui, dans un but humanitaire, sans considération de la régularité de son séjour sur le territoire national ».
Il est clair alors que l’aide aux migrants ne peut pas, comme l’a fait maintes reprises le gouvernement Macron, être assimilée aux agissements maffieux des « passeurs ».
Cédric Herrou, agriculteur dans la vallée de la Roya, frontalière avec l’Italie et condamné en 2017 à quatre mois de prison avec sursis pour avoir accueilli chez lui quelque deux cents migrants, estime que « la décision du Conseil constitutionnel  est un rappel aux valeurs de la France ».
Herrou était devenu le symbole d’un acharnement judiciaire qui visait aussi nombre de bénévoles d’associations humanitaires, transformés de ce fait en délinquants.

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Tout ceci ne veut bien évidemment pas dire que d’ores et déjà la fraternité et la solidarité régneront sur la douce terre de France.
Même si la décision du Conseil constitutionnel est un pas en avant, il serait bien naïf de croire que le racisme, l’homophobie, l’intolérance et, aussi, l’indifférence face à la douleur d’autrui, disparaîtront d’un coup de baguette magique. Non seulement dans le soi-disant pays des Droits de l’homme, mais dans le monde entier, des pyromanes obsédés par la religion, les racines, l’orientation sexuelle font la loi.
« L’égoïsme et la haine ont une seule patrie, la fraternité n’en a pas », disait Lamartine, tandis que l’homme aux semelles de vent,   Arthur Rimbaud, affirmait que « Je est un autre ».
Il nous faut écouter les poètes. Il nous faut sauver la fraternité et pour cela il nous faut attaquer l’ignorance. Regardons l’Autre droit dans ses yeux et nous nous verrons nous-mêmes.

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Libertad, Igualdad, Fraternidad. Estas tres palabras que provienen en línea directa de los ideales de la Revolución de 1789, forman el lema del Estado francés.
La Fraternidad había, hasta hoy, sido más dejada de lado. Existía aún lo que se llama un « delito de solidaridad » que castigaba con un encarcelamiento de 5 años y una multa de 30.000€ al que habría prestado cualquier ayuda a los migrantes en situación irregular. Empero, quien dice solidaridad, dice fraternidad.
El 6 de julio último, en Consejo Constitucional acaba de poner fin a esta situación por lo menos insólita. Todos aquellos que, con un fin humanitario, traigan una ayuda fraterna al extranjero irregular ya no podrán ser el objeto de persecuciones judiciales. La fraternidad es, entonces, “un principio de valor constitucional”.
Este reconocimiento implica como primera consecuencia “la libertad de ayudar al otro, con un objetivo humanitario, sin consideración de la regularidad de su estadía en el territorio nacional”.
Queda claro entonces que la ayuda a los migrantes no puede, como lo ha hecho en muchas oportunidades el gobierno Macron, ser asimilada a los hechos mafiosos de los « transportadores ».
Cédric Herrou, agricultor del valle de la Roya, fronterizo con Italia, y condenado en 2017 a cuatro meses de prisión con sobreseimiento por haber recibido en su casa a unos doscientos migrantes, estima que « la decisión del Consejo Constitucional es un recordatorio de los valores de Francia ».
Herrou se había vuelto el símbolo de un encarnizamiento judicial que apuntaba también a muchos voluntarios de asociaciones humanitarias, transformados de esta manera en delincuentes.

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Todo esto no quiere decir evidentemente que de ahora en más la fraternidad y la solidaridad reinarán en la dulce tierra de Francia.
Aún si la decisión del Consejo Constitucional es un paso adelante, sería muy ingenuo creer que el racismo, la homofobia, la intolerancia y, también, la indiferencia ante el dolor ajeno, desaparecerán con un golpe de varita mágica. No sólo en la supuesta tierra de los Derechos Humanos, sino también en el mundo entero, pirómanos obsesionados por la religión, las raíces, la orientación sexual, dictan la ley.
« El egoísmo y el odio tienen una sola patria, la fraternidad no tiene», decía Lamartine, mientras que el hombre con suelas de viento, Arthur Rimbaud, afirmaba que “Yo es otro”.
Debemos escuchar a los poetas. Debemos salvar la fraternidad y para ello debemos atacar la ignorancia. Miremos a Otro a los ojos y nos veremos a nosotros mismos. 

La mémoire qui flanche – La memoria que flaquea

Alors que la plupart des pays européens ont établi leur richesse et leur puissance au moyen de ce que l’on peut aisément nommer des crimes contre l’humanité, l’esclavage et la colonisation, ils ferment aujourd’hui leurs portes à des réfugiés dont la misère et la violence qu’ils subissent et qui leur font fuir leurs pays sont encore en partie leur responsabilité pour de multiples raisons. D’un côté, un politique néocoloniale qui consiste à maintenir au pouvoir durant des décennies des dictateurs, Sassou-Nguesso, Bongo, Kabila…, qui signent, en contrepartie, de juteux contrats avec les entreprises européennes, Total, Bolloré et autres, en ce qui concerne les françaises.

D’un autre côté, des populations entières fuient la famine produite par la désertification de leur contrée. Un exemple en est la déforestation de vastes régions de la Malaisie et de l’Afrique dans le but de produire de l’huile de palme. Cette déforestation a déjà détruit des écosystèmes complets et mis en danger la survie de maintes espèces comme c’est le cas des orangs-outans de Sumatra. Et tout cela pour produire du biodiesel, un carburant soi-disant écologique !
La « mission » colonisatrice

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Le résultat d’une longue histoire de spoliations et d’horreurs qui ne fait malheureusement pas partie du « roman national », ce récit patriotique qui se veut centralisateur et qui est encore et toujours enseigné en France.
C’est ce roman national, en grande partie enjolivé, pour ne pas dire truqué, qui  a permis , en 2016, à Nicolas Sarkozy d’affirmer  que « dès que vous devenez français, vos ancêtres sont gaulois », tout comme il avait osé soutenir à l’Université de Dakar que « l’homme africain n’est pas entré dans l’histoire ».
Ce même Sarkozy qui, du temps qu’il était ministre de l’Intérieur fit voter la loi du 27 février 2005, dont l’article 4 stipule que « les programmes scolaires doivent insister sur l’aspect positif de la colonisation ».

Ces déclarations sont comme une sorte d’écho des délibérations du 28 juillet 1885, à l’Assemblée nationale, où s’affrontèrent Jules Ferry, de qui les manuels scolaires nous offrent une toute autre image, et Georges Clémenceau.
Les idées de Jules Ferry sur la colonisation peuvent se résumer ainsi :

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« Je dis que les races supérieures ont des devoirs. Ces devoirs, messieurs, ont été souvent méconnus dans l’histoire des siècles précédents, et certainement, quand les soldats et les explorateurs espagnols introduisaient l’esclavage dans l’Amérique centrale, ils n’accomplissaient pas leur devoir d’hommes de race supérieure. Mais, de nos jours, je soutiens que les nations européennes s’acquittent avec largeur, avec grandeur et honnêteté, de ce devoir supérieur de civilisation.
Est-ce que vous pouvez nier, est-ce que quelqu’un peut nier qu’il y a plus de justice, plus d’ordre matériel et moral, plus d’équité, plus de vertus sociales dans l’Afrique du Nord depuis que la France a fait sa conquête ? Quand nous sommes allés à Alger pour détruire la piraterie, et assurer la liberté du commerce dans la Méditerranée, est-ce que nous faisions œuvre de forbans, de conquérants, de dévastateurs ? Est-il possible de nier que, dans l’Inde, et malgré les épisodes douloureux qui se rencontrent dans l’histoire de cette conquête, il y a aujourd’hui infiniment plus de justice, plus de lumière, d’ordre, de vertus publiques et privées depuis la conquête anglaise qu’auparavant ? »

Clémenceau, pour sa part, répondait de cette manière aux prétentions civilisatrices de la colonisation escrimées par Ferry :

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« Les races supérieures ont sur les races inférieures un droit qu’elles exercent, ce droit, par une transformation particulière, est en même temps un devoir de civilisation. Voilà en propres termes la thèse de M. Ferry, et l’on voit le gouvernement français exerçant son droit sur les races inférieures en allant guerroyer contre elles et les convertissant de force aux bienfaits de la civilisation. Races supérieures ? races inférieures, c’est bientôt dit ! Pour ma part, j’en rabats singulièrement depuis que j’ai vu des savants allemands démontrer scientifiquement que la France devait être vaincue dans la guerre franco-allemande parce que le Français est d’une race inférieure à l’Allemand. Depuis ce temps, je l’avoue, j’y regarde à deux fois avant de me retourner vers un homme et vers une civilisation, et de prononcer : homme ou civilisation inférieurs. Race inférieure, les Hindous ! Avec cette grande civilisation raffinée qui se perd dans la nuit des temps ! avec cette grande religion bouddhiste qui a quitté l’Inde pour la Chine, avec cette grande efflorescence d’art dont nous voyons encore aujourd’hui les magnifiques vestiges ! Race inférieure, les Chinois ! avec cette civilisation dont les origines sont inconnues et qui paraît avoir été poussée tout d’abord jusqu’à ses extrêmes limites. Inférieur Confucius ! En vérité, aujourd’hui même, permettez-moi de dire que, quand les diplomates chinois sont aux prises avec certains diplomates européens, ils font bonne figure et que, si l’un veut consulter les annales diplomatiques de certains peuples, on y peut voir des documents qui prouvent assurément que la race jaune, au point de vue de l’entente des affaires, de la bonne conduite d’opération infiniment délicates, n’est en rien inférieure à ceux qui se hâtent trop de proclamer leur suprématie. Je ne veux pas juger au fond la thèse qui a été apportée ici et qui n’est pas autre chose que la proclamation de la primauté de la force sur le droit ; l’histoire de France depuis la Révolution est une vivante protestation contre cette inique prétention. »

D’autre part, même s’il n’est pas contraire à la colonisation de l’Algérie, Guy de Maupassant s’insurge contre la mainmise exercée par l’Européen sur l’Arabe :
« Notre système de colonisation consistant à ruiner l’Arabe, à le dépouiller sans repos, à le poursuivre sans merci et à le faire crever de misère, nous verrons encore d’autres insurrections. »

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La colonisation trouva donc sa justification dans l’image des peuples colonisés décrits comme sauvages et incapables de se développer par eux-mêmes. La conquête coloniale permit d’ailleurs aux missions chrétiennes d’entrer plus aisément sur le continent africain. Elles y pénétraient en même temps que l’armée dont la fonction était de « pacifier » la région.
Pour le cardinal Lavigerie, supérieur des Frères blancs, leur mission d’évangélisation était un complément de la conquête militaire. Voici comment il s’adressait aux militaires : « C’est vous qui ouvrirez les portes de ce monde immense (..). Déjà il est ouvert par votre conquête. Un jour, si vous êtes, par vos vertus, dignes d’une mission si belle, la vie y renaîtra avec la lumière, et tous ces peuples, aujourd’hui perdus dans la mort, reconnaîtront qu’ils vous doivent leur existence ; et en apprenant votre histoire, votre gloire, votre valeur, ils seront fiers de leurs ancêtres »

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Nous constatons donc que les ignobles propos de M Sarkozy se relient en droite ligne avec ces expressions tout comme avec celles des publications des Missions chrétiennes qui décrivaient les Africains comme de « grands enfants » à qui les Européens éclairés devaient tout apprendre.

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Un discours discordant, et qui se fit entendre bien plus tard, en 1950, fut celui du cinéaste militant René Vautier qui réalise Afrique 50, un film de 17 minutes qui dénonce l’exploitation des hommes et des richesses africains.
Envoyé en Afrique par le Ministère de l’éducation pour documenter l’œuvre civilisatrice des colonisateurs, Vautier se détourne de cette mission pour réaliser un brûlot politique, le premier film anticolonialiste français.
Cette critique frontale des exactions du colonialisme français valu a Vautier d’écoper un an de prison. Le film fut d’ailleurs interdit en France jusqu’en 1996, et ce grâce au directeur de la Cinémathèque de l’époque, Jean Rouch.

https://www.youtube.com/watch?v=vb3DkggPtaQ

L’esclavage et son abolition

« L’esclavage est la négation de l’être humain pour le réduire à l’état de force de travail brut. Il n’est attaché ni à une civilisation, ni à un espace géographique, ni à une époque donnée : il a été l’une des formes les plus constantes, au fil de la longue histoire des civilisations, de la domination absolue d’hommes par d’autres hommes. L’esclavage, défini en termes juridiques, fait de l’individu la chose d’un maître qui dispose souverainement de son corps, de son travail et de ses biens. Il peut être vendu, loué, cédé à bail, à l’instar d’un animal. »
Cette définition de Marcel Dorigny et Bernard Gainot, auteurs de l’Atlas de l’Esclavage, nous renvoie à l’autre crime qui permit à plusieurs pays, l’Angleterre, l’Espagne, la France, le Portugal, parmi d’autres, de devenir des puissances, l’esclavage qui est aussi à la base du fléau du racisme qui stipule que les êtres humains sont supérieurs ou inférieurs selon la couleur de leur peau ou leur origine géographique.
L’esclavage, enfin, qui fut aboli, ce n’est pas un hasard, à la même époque où les pays qui le pratiquaient devinrent des empires coloniaux.
On les avait sur place, les esclaves qui perdaient du fait cet horrible qualificatif pour devenir des peuples à qui on apportait les lumières de la civilisation.

Portrait de Christiane TAUBIRA, Garde des Sceaux, ministre de la Justice. Chancellerie le 6 juin 2012

Voici ce que nous dit Christiane Taubira, auteure de la loi de 2001 qui reconnaît l’esclavage comme un crime contre l’humanité, sur l’influence qu’il exerce encore sur les mentalités.
« Mais l’esclavage n’est pas que du passé, puisqu’il influence aujourd’hui encore notre façon de penser, nos modes de représentation! Il est aux racines même du racisme, qui fait des ravages dans notre république. Ce racisme qui pourrit la société, attaque les personnes, écrase les destinées. Ce racisme qui fait que certains ont l’arrogance de se sentir supérieurs et ne reconnaissent pas à d’autres, du fait de la couleur de leur peau, leur intégrité humaine ou leur droit légal, légitime, d’appartenir à la république. Oui, tout cela est né de là et à ce moment-là.
Pourquoi? Parce que la doctrine raciale, dont découlera le racisme, a été conçue pour justifier un système économique d’exploitation sur la souffrance et sur l’exploitation des esclaves. Uniquement pour permettre aux pays capitalistes de s’enrichir à moindre coût. Alors il faut bien que l’on comprenne le sens de ce que fut l’esclavage, mais aussi les conséquences actuelles de ce crime. »

En France, le combat pour l’abolition de l’esclavage prit de l’ampleur aux abords de la période révolutionnaire.

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Or, auparavant, en 1748, dans L’esprit des lois, Montesquieu écrivit un texte satirique nommé De l’esclavage des Nègres :
« Il est impossible que nous supposions que ces gens-là soient des hommes, parce que, si nous les supposions des hommes, on commencerait à croire que nous ne sommes pas nous-mêmes chrétiens. Si j’avais à soutenir le droit que nous avons eu de rendre les Nègres esclaves, voici ce que je dirais : Les peuples d’Europe ayant exterminé ceux de l’Amérique, ils ont dû mettre en esclavage ceux de l’Afrique, pour s’en servir à défricher tant de terres ».
Puis, en 1755, l’Encyclopédie de Diderot publia deux articles du chevalier de Jaucourt, où il demandait l’abolition de l’esclavage.
En 1788, Brissot fonde la Société des amis des Noirs, qui luttera jusqu’à obtenir l’abolition en 1794.
De son côté, Olympe de Gouges, qui mena de nombreux combats, notamment ceux en faveur des droits de la femme, s’engagea pour l’abolition de l’esclavage en publiant Zamore et Mirza, une pièce de théâtre:

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« Ils se servent de nous dans ces climats comme ils se servent des animaux dans les leurs. Ils sont venus dans ces contrées, se sont emparés des terres, des fortunes, des naturels, des îles, et ces fiers ravisseurs des propriétés d’un peuple doux, et paisible dans ses foyers, firent couler tout le sang de leurs noblesvictimes, se partagèrent entr’eux leurs dépouilles sanglantes, et nous ont faits esclaves pour récompense des richesses qu’ils ont ravies, et que nous leur conservons. Ce sont leurs propres champs qu’ils moissonnent, semés de cadavres d’habitants, et ces moissons sont actuellement arrosées de nos sueurs et de nos larmes. La plupart de ces maîtres barbares nous traitent avec une cruauté qui fait frémir la nature. Notre espèce trop malheureuse s’est habituée à ces châtiments. Ils se gardent bien de nous instruire. Si nos yeux venaient à s’ouvrir, nous aurions  horreur de l’état où ils nous ont réduits, et nous pourrions secouer un joug aussi cruel que honteux ; mais est-il en notre pouvoir de changer notre sort ? »

Plus de cinq ans d’âpres débats durent s’écouler avant que l’Assemblée ne votât l’abolition de l’esclavage, qualifié de crime de lèse-humanité, le 16 pluviôse de l’An II (4  février 1794).
Malheureusement, Bonaparte vint qui, en 1802, annula cette abolition et remit en marche les rouages de l’horreur.
Puis, entre 1832 et 1845, plusieurs propositions d’abolition furent proposées, farouchement combattues par les colons antillais.
Face à ces tergiversations, quelques personnalités adoptèrent des positions plus radicales comme le mulâtre antillais Cyrille Bisette.
« Nous n’avons jamais pu concevoir un état intermédiaire entre la liberté et l’esclavage ; l’esclavage une fois aboli, doit mourir tout entier Toute trace d’esclavage doit s’effacer sans retour. Voulez-vous que le Noir nouvellement affranchi apprenne à être libre ? Qu’il entre dans toute la plénitude de sa nouvelle existence. »

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Mais le nom qui reste le plus associé à l’abolition de l’esclavage de 1848 est celui de Victor Schoelcher. Dès 1842, il réclama son abolition immédiate. La Seconde République, issue de la révolution de 1848, nomma une commission présidée par Schoelcher chargée d’organiser la fin de l’esclavage.
Or, même si l’abolition s’accompagna de mesures qui bénéficiaient les anciens esclaves, elles visaient principalement leurs droits de citoyens, omettant une réforme foncière qui aurait permis aux nouveaux-libres de devenir propriétaires de leurs cases et de leurs jardins. Par contre, elle attribua aux anciens maîtres une indemnité sur la perte de main d’œuvre.

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Le Portugal et l’Espagne, premiers conquérants, sont aussi les premiers à implanter l’esclavage en Amérique. Il devient, avec ces deux pays, une exploitation économique à grande échelle.
Quant à la France, ce n’est qu’en 1642 que Louis XIII donna une forme légale à la traite qui avait cependant commencé auparavant. Les premiers esclaves débarquèrent d’ailleurs en Martinique en 1605.
Les historiens calculent que le nombre de déportés entre 1500 et 1848 est de 10 404 390.

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Cette déportation se faisait bien évidemment par la mer dans des navires spécialement conçus pour cette cargaison humaine. Un univers concentrationnaire où les Africains connaissent l’enfer : nus, examinés, palpés, marqués au fer comme du bétail, ils sont entassé dans l’entrepôt du bateau, dans le noir et sans même pouvoir bouger.
La mortalité variait d’un 10 à un 20%, beaucoup plus quand les Noirs,  désespérés, se révoltaient.
Arrivés sur la terre ferme, les Antilles, la Guyane, la Réunion, les esclaves rejoignaient l’ »habitation » (la plantation) du maître qui les avait achetés.
Ils y perdent leur identité d’origine car ils se retrouvent avec des Africains provenant des régions les plus diverses et parlant les langues les plus diverses.

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Ils logeaient dans des cases en bois et en torchis et leurs journées étaient épuisantes : coupe de la canne à sucre et broyage au moulin, préparation de la terre et plantation, construction, entretien et réparation continuelles de la plantation. Les instants libres étaient consacrés à cultiver le lopin de terre qui leur est alloué. Il ne leur restait que le dimanche, le Code Noir de Louis XIV le veut ainsi, pour se reposer.
Il ne faut pas croire que ces hommes et ces femmes acceptaient leur condition d’esclaves sans se révolter. Il y avait une sorte de résistance passive, mettre de la mauvaise volonté dans l’exécution du travail, ou plus radicalement, avorter ou tuer les nouveaux nés pour les mères qui ne voulaient pas pour leurs enfants la vie qu’elles menaient. Les suicides abondaient.
Ils fuyaient aussi dans les forêts, on les appelait alors « Nègres marrons », de l’espagnol « cimarrón ». Repris, les Nègres marrons étaient soumis á la justice du Roi et à celle du maître. Ils étaient torturés à mort, pour payer leur faute mais principalement pour l’exemple.

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« GRAND-PAPA DU CACHOT. Le papa de mon papa était empoisonneur. Ce n’était pas un métier mais un combat contre l’esclavage sur les habitations. Je ne vais pas te refaire l’Histoire, mais le vieux nègre de la Doum révèle, dessous l’Histoire, des histoires dont aucun livre ne parle, et qui pour nous comprendre sont les plus essentielles. Donc, parmi ceux qui rouclaient pour planter au béké ses cannes ou son café, régnaient des hommes de force. Ceux-là savaient des choses que l’on ne doit pas savoir. Et ils faisaient vraiment ce que l’on ne peut pas faire. Ils avaient mémoire des merveilles oubliées : Pays d’Avant, le Grand Pays, la parole du grand pays, les dieux du grand pays… sans les différencier cela les soumettait à d’autres exigences. Ils charriaient à l’épaule une souffrance commune. Ils guérissaient les pians mais pas les douces langueurs qui renvoyaient le mort vers le pays d’avant. Comme ça, ils contrariaient l’injuste prospérité de ces habitations dans cette chaux de douleurs. Les hommes de force disaient Pas d’enfants d’esclavage, et les femmes n’offraient que des matrices crépusculaires aux soleils de la vie. Ils disaient Pas de récoltes, et les rates se mettaient à ronger les racines, les vents à dévaster, la sécheresse à flamber dans les cannes, la pluie à embourber jusqu’à hauteur des mornes. Ils disaient Plus de forces-l’esclavage, et les bœufs perdaient leur foie en une pourriture verte, les mulets tout au même et les chevaux pareils. Le bétail décimé bloquait l’aléliron des moulins et privait de bagasse la flamme des sept chaudières dans chaque sucrerie.
Dans le Sud, Marie-Sophie, les pierres à chaux me donnent mortier. En bord de mer, je grille à la manière des Caraïbes, coquillages et polypiers qui donnent manman-ciment.
À la mort de la moindre bête, le Béké surgissait, plus blanc que le lin de ses linges. Il ordonnait d’autopsier l’animal. On le voyait anxieux tandis que le fer tranchait dans la rondeur ventrale. On le voyait épouvanté quand le foie apparaissait pourri par l’invincible. Il gueulait alors : Poison !… Géreur, commandeurs, économes, vétérinaires ouvrant la ronde, hélaient aussi : Poison !… Poison !… Puis venait la harangue : Il y a parmi vous de mauvais nègres malgré le bien que je vous fais. La menace : Le coupable va sucer le piment d’un enfer !… Enfin, manière de représailles sur plus de trois semaines, il supprimait le cocomerlo, réduisait la morue, bouclait les hommes dans l’écurie pour les priver des femmes embagassées dans les cases à bagasse.
Plus tard, pour terrifier les empoisonneurs, les békés inventèrent le cachot. J’en vois encore de-ci de-là dans les paysages qui gardent mémoire, et chaque fois je frissonne. Leurs pierres ont conservé grises des tristesses sans fond. Les présumés coupables n’en sortaient plus jamais, sauf peut-être avec le fer aux pieds, le fer au cou, le fer à l’âme pour fournir un travail au-delà des fatigues. Permets-moi de ne pas te décrire le cachot car tu comprends, Marie-Sophie, disait mon papa, il ne faut pas illustrer ces choses-là, afin de laisser à ceux qui les ont construites la charge totale de leur existence.
Cette horreur n’a bien entendu servi à rien. Que peut-on contre la force des hommes de force ? Les bêtes continuaient à mourir, les enfants à ne pas naître, les habitations à trembloter. Comme bien d’autres, le papa de mon papa mourut dans un de ces cachots. C’était un homme-guinée à ce qu’il paraît, tout sombre, tout muet, avec de grands yeux tristes et des poils aux oreilles. Il faisait tout très bien, sa coupe lors des récoltes, son sarclage quand il fallait nettoyer. Il tenait son jardin avec des gestes lents. Seule inquiétude : il ne riait à aucune heure mais souriait aux oiseaux observés à loisir. Et si on lui mandait une parole (car on le sentait un brin spécial), il se levait du pas de sa case en murmurant une messe basse, inaudible toujours. Certains y percevaient des formules de puissance auxquelles se soumettaient on ne sait quels loas. Cela se crut d’autant mieux que le bougre parvint un jour à se guérir d’une frappe de la bête-longue. C’était une heure de champs. On vit pourtant l’éclair de la bête à hauteur de son cou. On vit pourtant l’enflure de sa veine dessous sa peau grillée. On le crut pourtant terrassé quand il roula dans l’herbe, roula par-ci, roula par-là, arrachant telle feuille, grafignant telle écorce, mâchant telle racine, beuglant dans une langue inconnue une sorte de chant trouble. Ramené à sa case sur le dos d’un mulet, il y passa quatre jours, ou peut-être plus, dédaignant le remède d’une matrone-guérisseuse vréyée par le Béké. On ne comptait pourtant plus sur lui : quand la bête frappe c’est annonce-l’enterrement. Mais lui, excusez, réapparut pourtant au clair d’un jour de pause, pour seulement visiter une sorte de pied-caïmite dont le feuillage vibrait des folies de vingt merles. Son cou conserva des écailles et un brin de raideur, mais dès lors sa santé fut parfaite. Il ne devait la perdre (ou la laisser tomber) que dans l’éternité ténébreuse du cachot. » Patrick Chamoiseau, Texaco, Gallimard, 1992.

La première république d’Amérique latine. Une république noire.

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« En effet, quand on étudie la psychologie du marron avec soin, on s’aperçoit qu’il n’était rien d’autre qu’un révolté dont la détermination de rompre avec le statut de l’opprimé se manifesta dans sa décision de défendre ses privilèges inaliénables d’homme en se réfugiant en quelque lieu inaccessible aux suppôts du conformisme social. Et aiguillés par les mêmes instincts, tous ceux en qui bouillonnaient les mêmes motifs d’action, se rejoignirent, se groupèrent en un si grand nombre, à un moment donné, que l’autorité dominguoise fut sérieusement inquiétée par ce mouvement insurrectionnel », nous explique de son côté l’historien et ethnologue haïtien Jean Price-Mars dans La République d’Haïti et la République Dominicaine, Port-au-Prince, 1931.

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Price-Mars fait ici référence au soulèvement de 1791. Les habitations furent pillées et incendiées, les colons qui ne furent pas massacrés fuirent, laissant l’île aux mains d’une armée noire commandée par Toussaint Louverture.
Parvenu au pouvoir, Bonaparte y envoya une armée commandée par le général Leclerc qui fit prisonnier Toussaint Louverture. Le libérateur d’Haïti mourut en 1803 au fort de Joux, près de Besançon. L’armée française fut cependant vaincue par les Haïtiens qui proclamèrent, le 1er janvier 1804, leur indépendance. C’était la première république indépendante d’Amérique latine.
La France, qui a du mal à accepter la perte de sa colonie la plus riche, ne « concède » son indépendance à Haïti qu’en 1825. En échange, le roi Charles X exige une indemnité de 150 millions de francs or, l’équivalent d’une année de revenus de l’ancienne colonie.
Pour payer ce qu’on pourrait appeler ce chantage, l’État haïtien doit emprunter des sommes considérables aux banques françaises. La dette est soldée en 1883. Or, Haïti ne finira de ppayer les agios de l’emprunt qu’en 1946 !

« Haïti continue à payer, au prix fort, les conséquences de sa naissance. Le moins qu’on puisse dire est que son avènement, entre 1802 et 1804, n’était pas souhaité. Faute de tuer le nouveau-né, les pays occidentaux, la France de Napoléon Bonaparte en tête, ont tenté d’étouffer l’enfant adultérin de la Révolution française. Le pays connut alors la pire saignée de son histoire, pire encore que celle de 2010 : celle de la guerre d’indépendance. Haïti, seule révolte d’esclaves qui ait accouché d’un Etat, est né du rejet du colonisateur français. Crime de lèse-majesté du Nord. » Haïti, la tectonique de la misère, Christophe Wargny, Le Monde Diplomatique, février 2010.

La mémoire en question

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Pendant longtemps la mémoire de l’esclavage, dans la France d’outremer aussi bien qu’en métropole, se limita a commémorer l’abolition présentée comme une œuvre républicaine généreuse et éclairée.
La mémoire des souffrances endurées, dans le cas des anciens esclaves et de leurs descendants, se vit cantonnée dans la sphère familiale, et le plus souvent dans le silence et une certaine forme d’oubli.
Cet oubli était la seule manière, selon les dirigeants, de projeter les nouveaux citoyens dans un avenir d’égalité et d’émancipation. Avenir qui, dans la plupart des cas, est bien loin d’être arrivé, 170 ans plus tard.
Les intellectuels d’outremer ont œuvré sans cesse pour que la véritable mémoire de l’esclavage ne se dilue pas dans le discoures lénifiant des pouvoirs publics.
Parmi eux, Serge Bilé, réalisateur d’une émouvante série de reportages des descendants d’esclaves, Paroles d’esclavage.

https://www.youtube.com/watch?v=2pf9L3Ogxb0&list=PLRJLOTanZ-o5y3wp9lV_jg_aWHM-oftSb&index=3

https://www.youtube.com/watch?v=EGvn8d2GuDs

En métropole, la mémoire de l’esclavage est presque inexistante jusqu’à la commémoration des 150 ans de l’abolition, en 1998. Le vote de la loi Taubira, en 2001, et l’installation d’une journée commémorative, en 2005, ont mis le sujet sur le devant de la scène. On met, à partir de là, l’accent sur les victimes de l’esclavage, sur la reconnaissance du crime contre l’humanité.
Or, encore une fois, quelques voix discordantes se font entendre. En 2005, 40 députés UMP demandent au président Chirac d’abroger l’article de la loi de 2001 qui stipule que : « Les programmes scolaires et les programmes de recherche en histoire et en sciences humaines accorderont à la traite négrière et à l’esclavage la place conséquente qu’ils méritent. La coopération qui permettra de mettre en articulation les archives écrites disponibles en Europe avec les sources orales et les connaissances archéologiques accumulées en Afrique, dans les Amériques, aux Caraïbes et dans tous les autres territoires ayant connu l’esclavage sera encouragée et favorisée. » Ils souhaitent cette abrogation « au titre du parallélisme des formes et par soucis d’égalité de traitement » après l’abrogation en février dernier d’un article de la loi sur les rapatriés qui stipulait que « les programmes scolaires reconnaissent en particulier le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord. »
Jacques Chirac, qui avait déjà fait preuve de la haute idée qu’il a du devoir de mémoire quand, en 1995, commémorant la Rafle du Vel d’Hiv, il déclara : « La France, patrie des Lumières et des Droits de l’Homme, terre d’accueil et d’asile, la France, ce jour-là, accomplissait l’irréparable. Manquant à sa parole, elle livrait ses protégés à leurs bourreaux », ne donna pas suite à cette ignoble demande.

Le travail sur la mémoire de l’esclavage n’a de cesse. Cette année, par exemple, la chaîne franco allemande ARTE, présenta une série documentaire Les routes de l’esclavage, dont l’une des auteures est Fanny Glissant, nièce de l’écrivain et penseur martiniquais Édouard Glissant.

https://www.youtube.com/watch?v=N4lTwr_j34o
https://www.youtube.com/watch?v=2KCVH80x3TQ&t=39s
https://www.youtube.com/watch?v=jl3Dikx60Lw
https://www.youtube.com/watch?v=bXk2eKuxvZY

Je voudrais conclure avec une citation d’un autre grand écrivain martiniquais, Patrick Chamoiseau :

Migrants, part of a group intercepted aboard dinghies off the coast in the Mediterranean Sea, stand upon arrival at the port of Motril
« Oui, dans cette nuit, sur ce radeau, dessous cet horizon glacé, au cœur des abris frissonnants, des camps et des bivouacs, détruits à chaque instant recommencés toujours, en Europe, mais aussi en Asie, en Afrique, en terre des Caraïbes et des autres Amériques, ce que vous dites, mes chères, déclenche dans les géographies du vent, en étincelles de sel, en étincelles de ciel, une étrange conférence de poètes et de grands êtres humains…
Qu’est-ce donc qu’agir ou que porter manœuvre au-delà de l’urgence sans délaisser l’urgence ou rater l’essentiel et sans considérer qu’au principe de ce drame règnent des forces invisibles ?
Pourtant, comment ne pas les voir ? Le néolibéralisme qui tend à triompher ; sa finance versée aux hystéries létales ; le Politique se désertant lui-même dans des démocraties devenues erratiques ; l’État qui s’amenuise, abandonnant la barre aux seuls économistes et qui s’incline sous d’innombrables entités mercantiles, diffuses et agissantes dans le tissu du monde.  Pas un logiciel, pas un écran, pas une trouvaille des nano et des bio-techno-sciences qui échappe à leur dogme !… Et voici ce que provoque ce planétaire assombrissement : l’exclusion, le rejet, la violence, la bêtise, la haine et l’indécence qui fermentent de partout, qui s’amplifient dans les boucles d’algorithmes et de réseaux sociaux, qui explosent dans la horde instinctive des médias que ces réseaux sociaux fascinent jusqu’à rendre mimétiques. Cet effondrement engendre une perte de l’éthique, et quand l’éthique défaille c’est la beauté qui tombe. Pasolini avait raison de se troubler ainsi en face d’une nuit politique italienne qui semblait triomphante. Une nuit similaire nous avale, sans alarme, insensible, invisible, jusqu’à soudain prendre carnation malveillante sous une mèche blonde aux commandes de la nation la plus puissante des hommes…
 
La mort visible.
 
Mais quittons l’invisible et demeurons sur ce que vous voyez en cet instant crépusculaire comme depuis des années, comme d’année en année, pour des années encore, des gens, des milliers de personnes, pas de méduses ou des grappes d’algues jaunes mais des gens, petites grandes vieilles toutes qualités de personnes qui  dépérissent et qui périssent et longtemps vont mourir dans des garrots de frontières, en bordure des nations, des villes et des États de droit…
Les frontières de l’Europe s’érigent en de mauves meurtrières.  Elles alimentent un des enfers de Dante et réinstallent une manière de ce Gouffre dont a parlé Glissant. Gouffre de vies noyées, de paupières ouvertes fixes, de plages où des corps arrachés aux abysses vont affoler l’écume. Gouffre d’enfants flottés, ensommeillés dans un moule de corail, avalés par le sable ou désarticulés tendres par des houles impavides. »
Patrick Chamoiseau, Frères Migrants, Seuil, 2017

Bibliographie et sitographie
Marcus Rediker, Au Bord du Négrier, Seuil, 2013
Marcel Dorigny et Bernard Gainot, Atlas des esclavages, Autrement, 2013
Histoire générale de l’Afrique, Unesco, Tomes VI et VII
Patrick Chamoiseau, Texaco, Gallimard, 1992
Patrick Chamoiseau, Frères Migrants, Seul, 2017
http://histoirecoloniale.net

Cuando la mayoría de los países europeos establecieron su riqueza y su poderío por medio de lo que fácilmente se podrían nombrar crímenes contra la humanidad, la esclavitud y la colonización, cierran hoy sus puertas a refugiados cuya miseria y la violencia que sufren y que les hacen huir sus países son aún en parte su responsabilidad por múltiples razones. Por un lado, una política neocolonial que consiste en mantener en el poder durante décadas a dictadores, Sassou-Nguesso, Bongo, Kabila…, que firman, como contrapartida, jugosos contratos con empresas europeas, Total, Bolloré y otras en lo que concierne a las francesas.

Por otro lado, poblaciones enteras huyen de la hambruna producida por la desertificación de su tierra. Un ejemplo de ello es la desforestación de grandes regiones de Malasia y del África con la meta de producir aceite de palma. Esta desforestación ya destruyó ecosistemas enteros y puesto en peligro la supervivencia de muchas especies como es el caso de los orangutanes de Sumatra. ¡Y todo esto para producir biodiesel, un carburante aparentemente ecológico!

La “misión” colonizadora

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El resultado de una larga historia de espoliaciones y de horrores que no forma desgraciadamente parte de la « novela nacional », ese relato patriótico que quiere ser centralizador y que aún se enseña en las escuelas de Francia.
Es esta novela nacional, adornado en gran parte, por no decir trucado, que permitió, en 2016, afirmar a Nicolas Sarkozy que « a partir del momento en que son ustedes franceses, sus antepasados son galos », de la misma manera que se había atrevido a sostener, en la universidad de Dakar,   que “el hombre africano no había entrado aún en la historia”.
El mismo Sarkozy que, en tiempos en que era ministro del Interior, hizo votar la ley del 27 de febrero de 2005, cuyo artículo 4 estipula que « los programas escolares deben insistir sobre el aspecto positivo de la colonización”.
Estas declaraciones son como una suerte de eco de las deliberaciones del 28 de julio de 1885, en la Cámara de Diputados,  en las que se enfrentaron Jules Ferry,  de quien los manuales escolares nos ofrecen una imagen muy distinta,  y Georges Clémenceau.
Estas ideas de Jules Ferry sobre la colonización pueden resumirse así:

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« Digo que las razas superiores tienen deberes. Estos deberes, señores, se desconocieron muy a menudo en la historia de los siglos precedentes, y ciertamente, cuando los soldados y los exploradores españoles introducían la esclavitud en la América Central, no cumplían con su deber de hombres de raza superior. Pero, en nuestros días, sostengo que la naciones europeas cumplen con amplitud, con grandeza y honestidad, este deber superior de civilización.
¿Acaso pueden ustedes negar, alguien puede negar que hay más justicia, más orden material y moral, más equidad, más virtudes sociales en África del Norte desde que Francia la conquistó? Cuando fuimos a Argel para destruir la piratería, y asegurar la libertad de comercio en el Mediterráneo, ¿era acaso obra de bandidos, de conquistadores, de destructores? ¿Es posible negar que, en India, y a pesar de los episodios dolorosos que se encuentran en la historia de esta conquista, hay hoy infinitamente más justicia, más luz, orden, virtudes públicas y privadas desde la conquista inglesa que antes?»
Clémenceau, por su parte, contestaba de esta manera a las pretensiones civilizadoras de la colonización esgrimidas por Ferry :

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« Las razas superiores tienen sobre las razas inferiores un derecho que ejercen, ese derecho, por una transformación particular, es al mismo tiempo un deber de civilización. He aquí en términos propios la tesis del sr. Ferry, y vemos al gobierno francés ejerciendo su derecho sobre las razas inferiores yendo a hacerles la guerra y convirtiéndolas por la fuerza a los beneficios de la civilización. ¿Razas superiores? razas inferiores? ¡Se dice muy rápido! Por mi parte, me calmo singularmente desde que vi a sabios alemanes demostrar científicamente que Francia debía ser vencida en la guerra franco-alemana porque el francés es de una raza inferior al alemán. Desde ese momento, lo confieso, miro dos veces antes de volverme hacia un hombre y hacia una civilización, y pronunciar: hombre o civilización inferior. ¡Raza inferior, los Hindúes! ¡Con esa gran civilización refinada que se pierde en la noche de los tiempos! ¡con esa gran religión budista que dejó la India por China, con esa gran floración de arte de la que aún vemos hoy magníficos vestigios! ¡Raza inferior, los Chinos! con esa civilización cuyos orígenes son desconocidos y que parece haber sido llevada en un principio hasta sus límites extremos. ¡Inferior Confucio! Realmente, hoy mismo, permítanme decir que, cuando los diplomáticos chinos se encuentran con ciertos diplomáticos europeos, hacen buena figura y que, si se quieren consultar los anales diplomáticos de ciertos pueblos,  se pueden ver documentos que prueban con seguridad que la raza amarilla, desde el punto de vista del entendimiento de los negocios, del buen manejo de operaciones infinitamente delicadas, no es en nada inferior a los que se apuran demasiado en proclamar su supremacía. No quiero juzgar el fondo de la tesis que fue traida aquí y que no es otra cosa que la proclamación de la primacía de la fuerza sobre el derecho; la historia de Francia desde la Revolución es una viva protesta contra esta inicua pretensión.»

Por otra parte, aún si no es contrario a la colonización de Argelia, Guy de Maupassant se insurge contra el atropello ejercido por el europeo sobre el árabe:
« Al consistir nuestro sistema de colonización en arruinar al árabe, a despojarlo sin descanso, a perseguirlo sin merced y a hacerlo reventar de miseria, veremos aún otras insurrecciones. »

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La colonización encontró entonces su justificación en la imagen de los pueblos colonizados descriptos como salvajes e incapaces de desarrollarse por sí mismos. La conquista colonial permitió por otra parte a las misiones cristianas entrar más fácilmente al continente africano. Penetraron en él al mismo tiempo que el ejército cuya función era la de « pacificar » la región.
Para el cardenal Lavigerie, superior de los Frailes Blancos, su misión de evangelización era un complemento de la conquista militar. He aquí cómo se dirigía a los militares : « Son ustedes los que abren las puertas de este mundo inmenso. (…) Ya está abierto por su conquista. Un día, si son, por sus virtudes, dignos de una misión tan bella, la vida renacerá allí con la luz, y todos estos pueblos hoy perdidos en la muerte, reconocerán que les deben a ustedes su existencia; y al conocer su historia, su gloria, su valor, estarán orgullosos de sus antepasados».
Constatamos entonces que las inmundas palabras del sr. Sarkozy se unen directamente con estas expresiones así como con las publicaciones de las Misiones Cristianas que describían a los africanos como « niños grandes » a quienes los europeos esclarecidos debían enseñar todo.

Un discurso discordante, y que se hizo oír mucho más tarde, en 1950, fue el del cineasta  militante René Vautier que realiza  Afrique 50, un film de 17 minutos que denuncia la explotación de los hombres y las riquezas africanos.
Enviado a África por el Ministerio de Educación para documentar la obra civilizadora de los colonizadores, Vautier se aparta de esta misión y realiza un panfleto político, el primer film anticolonialista francés.
Esta crítica frontal de las exacciones del colonialismo francés valió a Vautier sufrir un año de cárcel. Por otra parte el film fue prohibido en Francia hasta 1996, y esto gracias al director de la Cinemateca de la época, Jean Rouch.

https://www.youtube.com/watch?v=vb3DkggPtaQ

La abolición de la esclavitud

« La esclavitud es la negación del ser humano para reducirlo al estado de fuerza de trabajo bruto. No está relacionada ni a una civilizació, ni a un espacio geográfico, ni a una época dada: fue una deas formas más constantes, a lo largo de la larga historia de las civilizaciones, del dominio absoluto de hombres por otros hombres. La esclavitud, definida en términos jurídicos, hace del individuo la cosa de un amo que dispone soberanamente de su cuerpo, de su trabajo y de sus bienes. Puede ser vendido, alquilado, cedido por contrato, al igual que un animal.»
Esta definición de Marcel Dorigny y Bernard Gainot, autores del Atlas de la Esclavitud, nos recuerda el otro crimen que permitió a varios países, Inglaterra, España, Francia y Portugal, entre otros, volverse potencias, la esclavitud que también está en la base del flagelo del racismo que estipula que los seres humanos son superiores o inferiores según el color de su piel o su origen geográfico.

La esclavitud, por fin, que fue abolida, no es casualidad, en la misma época en que los países que la practicaban se volvieron imperios coloniales.
Los esclavos estaban allí, los esclavos que perdían por ello ese horrible calificativo para volverse pueblos a quienes se llevaba las luces de la civilización.

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Esto es lo que nos dice Christiane Taubira, autora de la ley de 2001 que reconoce a la esclavitud como un crimen contra la humanidad, sobre la influencia que ejerce aún sobre las mentalidades.
« ¡Pero la esclavitud no es el pasado ya que influencia aún hoy nuestra manera de pensar, nuestros modos de representación! Está en las raíces mismas del racismo, que hace estragos en nuestra república. Este racismo que pudre a la sociedad, ataca a las personas, aplasta los destinos. Este racismo que que hace que algunos tengan la arrogancia de sentirse superiores y no reconozcan a los otros, por el hecho de su color de piel, su integridad humana o su derecho legal, legítimo, de pertenecer a la república. Sí, todo esto nació de eso y en ese momento.
¿Por qué? Porque la doctrina racial, de la que provendrá el racismo, fue concebida para justificar un sistema económico de explotación sobre el sufrimiento y sobre la explotación de los esclavos. Únicamente para permitir a los países capitalistas enriquecerse a bajo costo. Entonces, es necesario que comprendamos el sentido de lo que fue la esclavitud, pero también las consecuencias actuales de ese crimen.»

En Francia, el combate por la abolición de la esclavitud tomó amplitud cerca del período revolucionario.

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Antes, empero, en 1748, en El Espíritu de las Leyes, Montesquieu escribió un texto satírico llamado De la Esclavitud de los Negros:
« Es imposible que supongamos que estos seres sean hombres, porque si los supusiéramos hombres, comenzaríamos a creer que nosotros mismos no somos cristianos. Si tuviera que defender el derecho que tuvimos de volver esclavos a los negros, esto es lo que diría: Habiendo exterminado los pueblos de Europa a los de América, tuvieron que volver esclavos a los de África, para usarlos para cultivar tantas tierras ».
Luego, en 1755, la Enciclopedia de Diderot publicó dos artículos del caballero de Jaucourt en que que éste pedía la abolición de la esclavitud.
En 1788, Brissot funda la Sociedad de amigos de los negros, que luchará hasta obtener la abolición en 1794.
Por su lado, Olympe de Gouges, que llevó adelante numerosos combates, sobre todo aquellos a favor de los derechos de la mujer, se comprometió con la abolición de la esclavitud publicando Zamore et Mirza, una obra de teatro:

«Se sirven de nosotros en estos climas como se servían de los animales en los propios. Vinieron a estas tierras, se apoderaron de las tierras, de las fortunas, de los aborígenes, de las islas, y estos orgullosos ladrones de las propiedades de un pueblo dulce, y apacible en sus hogares, hicieron correr toda la sangre de sus nobles víctimas, compartieron sus despojos sangrientos, y nos hicieron esclavos como recompensa de las riquezas que robaron y que les conservamos. Son sus propios campos los que cultivan, sembrados de cadáveres de habitantes, y estas cosechas están actualmente regadas por nuestro sudor y nuestras lágrimas. La mayoría de estos amos bárbaros nos tratan con una crueldad que hace estremecerse a la naturaleza. Nuestra especie demasiado desgraciada se acostumbró a estos castigos. Se cuidan bien de instruirnos. Se nuestros ojos se abrieran, estaríamos espantados del estado en que nos redujeron, y podríamos sacudir un yugo tan cruel como vergonzoso; ¿pero está en nuestro poder cambiar nuestra suerte?»

Más de cinco años de ásperos debates debieron transcurrir antes de que la Asamblea votara la abolición de la esclavitud, calificada como crimen de lesa humanidad, el 16 pluvioso del año II (4 de febrero de 1794).
Desgraciadamente llegó Bonaparte y, en 1802, anuló esta abolición y volvió a poner en marcha el mecanismo del horror.
Luego, entre 1832 y 1845, varias propuestas de abolición fueron propuestas, acerbamente combatidas por los colonos antillanos.
Frente a estas tergiversaciones, algunas personalidades adoptaron posiciones más radicales como el mulato antillano Cyrille Bisette.

« Nunca pudimos concebir un estado intermediario entre la esclavitud y la libertad; una vez abolida la esclavitud, debe morir completamente. Todo rastro de esclavitud debe borrarse sin vuelta. ¿Quieren ustedes que el negro recientemente liberado aprenda a ser libre? ¿Qué entre en toda la plenitud de su nueva existencia?»

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Pero el nombre que permanece más asociado a la abolición de la esclavitud de 1848, es el de Victor Schoelcher. A partir de 1842 reclamó su abolición inmediata. La Segunda República, nacida de la revolución de 1848, nombró una comisión presidida por Schoelcher encargada de organizar el fin de la esclavitud.
Empero, aún si la abolición fue acompañada por medidas que beneficiaban a los esclavos liberados, apuntaban principalmente a sus derechos como ciudadanos, omitiendo una reforma inmobiliaria que habría permitido a los liberados volverse propietarios de sus chozas y de sus huertas. Atribuyó, por lo contrario, indemnizaciones a los amos por la pérdida de mano de obra.

Tierras de esclavitud

Portugal y España, primeros conquistadores, fueron también los primeros en implantar la esclavitud en América. Se vuelve, con estos dos países, una explotación económica en gran escala.
En cuanto a Francia, sólo en 1642 Luis XIII dio una forma legal a la trata que había sin embargo comenzado antes. Los primeros esclavos desembarcaron en la Martinica en 1605.
Los historiadores calculan que el número de deportados entre 1500 y 1848 fue de 10.404.390.

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Esta deportación se hacía evidentemente por mar en barcos especialmente concebidos para esta carga humana. Un universo concentracionario en el que los africanos conocían el infierno: desnudos, examinados, palpados, marcados con hierro candente como animales, se amontonados en la bodega del barco, en la oscuridad y sin poder moverse.
La mortalidad variaba en un 10 o 20%, mucho más cuando los negros, desesperados, se revelaban.
Llegados a tierra firme, la Antillas, Guyana, Reunión, los esclavos iban a la « habitación » (la plantación) del amo que los habían comprado.
Allí pierden su identidad de origen ya que se encontraban con africanos provenientes de las regiones más diversas y que hablaban las lenguas más diferentes.

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Se alojaban en chozas de madera y adobe y sus jornadas eran agotadoras: corte de la caña de azúcar y su molienda en el molino, preparación de la tierra y plantación, construcción, mantenimiento y reparaciones constantes en la plantación. Los instantes libres se consagraban a cultivar la parcela de tierra que les tocaba. Sólo les quedaba el domingo, el Código Negro de Luis XIV lo quería así, para descansar.
No hay que pensar que estos hombres y mujeres aceptaban su condición de esclavos sin rebelarse. Había una suerte de resistencia pasiva, poner mala voluntad en la ejecución del trabajo, o más radicalmente, abortar o matar al recién nacido por las madres que no querían para sus hijos la vida que llevaban. Los suicidios abundaban.
Huían también a los bosques, se los llamaba entonces « Negros marrones », del español cimarrón. Capturados, los negros marrones eran sometidos a la justicia del Rey y a la del amo. Eran torturados a muerte, para pagar su falta pero principalmente como ejemplo.

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« ABUELO DEL CALABOZO.  El papá de mi papá era envenenador. No era un oficio sino un combate contra la esclavitud en las habitaciones. No voy a volver a hacerte la Historia, pero el viejo negro del Tambor revela, por debajo de la Historia, historias de las que no habla ningún libro, y que son más que esenciales para entendernos.  Entonces, entre los que protestaban plantando caña o café para el beké, reinaban hombres fuertes. Estos sabían cosas que no se deben saber. Y hacían realmente lo que no se debe hacer. Recordaban cosas olvidadas: País de Antes, el Gran País, la palabra del gran país, los dioses del gran país… sin diferenciarlos esto los sometía a otras exigencias. Cargaban sobre sus hombros un sufrimiento común. Curaban los planos pero no las dulces languideces que volvían al muerto al país de antes. De esta manera contrariaban la injusta prosperidad de estas habitaciones en esta cal de los dolores. Los hombres fuertes decían Sin niños de la esclavitud, y las mujeres sólo ofrecían matrices crepusculares a los soles de la vida. Decían Sin cosechas, y las ratas se ponía a roer las raíces, los vientos a destruir, se sequía a arder entre las cañas, la lluvia a enlodar hasta la altura de las colinas. Decían Sin más fuerzas-esclavitud, y los bueyes perdían su hígado en una podredumbre verde, las mulas igual y los caballos también. El ganado diezmado bloqueaba rápidamente los molinos y privaba de bagazo la llama de las siete calderas en cada ingenio.   
En el Sud, Marie-Sophie, las piedras de cal me dan mortero. Al borde del mar, aso como los caribes caracoles y pólipos que dan mamá cemento.
Ante la muerte del menor animal, surgía el Beké, más blanco que el lino de su ropa. Ordenaba autopsiar al animal. Se lo veía ansioso mientras que la hoja se hundía en la redondez del vientre. Se lo veía espantado cuando el hígado aparecía podrido por lo invencible. Aullaba entonces: ¡Veneno! …Gerentes, comandantes, ecónomos, veterinarios abrían la ronda, gritaban también: ¡Veneno!… ¡Veneno!… Luego venía la arenga: Hay entre ustedes malos negros a pesar del bien que les doy. La amenaza: ¡El culpable va a chupar el pimiento de un infierno!… Por fín, como represalias por más de tres semanas, suprimía el ron, reducía el bacalao, encerraba a los hombres en la caballeriza para privarlos de las mujeres embagazadas en la chozas de bagazo.
Más tarde, para aterrar a los envenenadores, los bekés inventaron el calabozo. Aún veo algunos aquí o allá en los paisajes que conservan memoria, y cada vez me estremezco. Sus piedras han conservado grises de tristezas sin fondo. Los presuntos culpables no salían nunca más, salvo quizás con cadenas en los pies, cadenas en el cuello, cadenas en el alma para proveer un trabajo más allá de la fatiga. Permitime no describirte el calabozo, ya que entendés, Marie-Sophie, decía mi papá, no hay que ilustrar esas cosas, para dejar a los que las construyeron la carga total de su existencia.
Este horror no sirvió por supuesto para nada. ¿Qué puede uno contra la fuerza de los hombres fuertes? Los animales seguían muriendo, los niños seguían sin nacer, las habitaciones temblequeando. Como muchos otros, el papá de mi papá murió en uno de esos calabozos. Por lo que parece era un hombre-guinea, sombrío, mudo, con grandes ojos tristes y pelo en las orejas. Hacía todo muy bien, su corte durante la safra, su deshierbe cuando había que limpiar. Se ocupaba de su huerto con gestos lentos. Una sola inquietud: no se reía en ninguna hora pero sonreía a los pájaros observados a voluntad. Si le decían algo (pues se lo sentía un poco especial), se levantaba de la entrada de su choza} murmurando un cuchicheo, siempre inaudible. Algunos percibían en él fórmulas de poder a las que se sometían no se sabe qué loas.(1) Tanto más se creyó en ello que el pobre logró un día curarse de un ataque de bicho-largo. Era en una hora de campo. Se vio sin embargo el relámpago del animal a la altura de su cuello. Se vió sin embargo la hinchazón de su vena arriba de la piel quemada. Se lo creyó derribado cuando rodó en el pasto, rodo por aquí, rodo por allá, arrancando tal hoja, arrancando tal corteza, mordiendo tal raiz, mugiendo en una lengua desconocida una suerte de canto turbio. Llevado a su choza sobre el lomo de una mula, pasó allí cuatro días, o quizás más, desdeñando el remedio de una matrona-curandera enviada por el Beké. Ya no se contaba con él : cuando el animal golpea es el anuncio-entierro. Pero él, disculpen, reapareció sin embargo en la claridad de un día de pausa, para sólo visitar una suerte de caimito cuyas ramas vibraban con la locura de veinte mirlos. Su cuello conservó escamas y un poco de rigidez, pero desde entonces su salud fue perfecta. Sólo la perdió (a la dejó caer) en la eternidad tenebrosa del calabozo » Patrick Chamoiseau, Texaco, Gallimard, 1992.

 La primera república de América latina. Una república negra.
« En efecto, cuando se estudia la psicología del marrón con cuidado, se ve que sólo era un rebelde cuya determinación de romper con el estatus del oprimido se manifestó en su decisión de defender sus privilegios inalienables de hombre al refugiarse en algún lugar inaccesible a los seguidores del conformismo social. Y dirigidos por los mismos instintos, todos los que hervían por los mismos motivos de acción, se unieron, se agruparon en un número tan grande, en un momento dado, que la autoridad dominicana estuvo muy inquieta por este movimiento insurreccional», nos explica, por su lado, el historiador y etnólogo haitiano Jean Price-Mars en La République d’Haïti et la République Dominicaine, Port-au-Prince, 1931.

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Price-Mars hace aquí referencia al levantamiento de 1791. Las habitaciones fueron pilladas e incendiadas, los colonos que no fueron masacrados huyeron, dejando la isla en manos de un ejército negro comandado por Toussaint Louverture.
Llegado al poder, Bonaparte, envió allí un ejército al mando del general Leclerc que capturó a Toussaint Louverture. El libertador de Haití murió en 1803 en el fuerte de Joux, cerca de Besanzón. El ejército francés fue sin embargo vencido por los haitianos que proclamaron, el 1° de enero de 1804, su independencia. Era la primera república independiente de América latina.
Francia, a quien le costó aceptar la pérdida de su colonia más rica, sólo « concedió » su independencia a Haití en 1825. A cambio, el rey Carlos X exige una indemnización de 150 millones de francos oro, el equivalente de un año de ganancias de la ex colonia.
Para pagar lo que se podría llamar un chantaje, el estado haitiano debió pedir prestadas sumas considerables a los bancos franceses. La deuda se soldó en 1883. Haití, empero, ¡sólo terminará de pagar los gastos bancarios del empréstito en 1946!

« Haití sigue pagando, con un precio fuerte, las consecuencias de su nacimiento. Lo menos que se puede decir es que su advenimiento, entre 1802 y 1804, no era deseado. Al no poder matar al recién nacido, los países occidentales, con la Francia de Napoleón Bonaparte a la cabeza, intentaron ahogar al hijo adulterino de la Revolución Francesa. El país conoció entonces la peor sangría de su historia, peor aún que la de 2010: la de la guerra de la independencia. Haití, única rebelión de esclavos que haya dado a luz un estado, nació del rechazo del colonizador francés. Crimen de lesa majestad del Norte.» Haïti, la tectonique de la misère, Christophe Wargny, Le Monde Diplomatique, février 2010.

La memoria en cuestión

Durante largo tiempo la memoria de la esclavitud, en la Francia de ultramar así como en la metrópolis, se limitó a conmemorar la abolición presentada como una obra republicana generosa y esclarecida.
La memoria de los sufrimientos soportados, en el caso de los ex esclavos yt de sus descendientes, se vió encerrada en la esfera familiar, y lo más a menudo en el silencio y una cierta forma de olvido.
Este olvido era la única manera, según los dirigentes, de proyectar a los nuevos ciudadanos a un porvenir de igualdad y de emancipación. Porvenir que, en la mayoría de los casos, está lejos de haber llegado, 170 años más tarde.
Los intelectuales de ultramar han obrado sin descanso para que la verdadera memoria de la esclavitud no se diluya en el discurso adormecedor de los poderes públicos.
Entre ellos, Serge Bilé, realizador de una conmovedora serie de reportajes a descendientes de esclavos, , Paroles d’esclavage (Palabras de esclavitud).

https://www.youtube.com/watch?v=2pf9L3Ogxb0&list=PLRJLOTanZ-o5y3wp9lV_jg_aWHM-oftSb&index=3
https://www.youtube.com/watch?v=EGvn8d2GuDs

En la metrópoli, las memoria de la esclavitud es casi inexistente hasta la conmemoración de los 150 años de la abolición, en 1998. El voto de la ley Taubira, en 2001, y la implementación de una jornada conmemorativa, en 2005, pusieron el tema a la luz del día. Se insiste, a partir de entonces, en el tema de las víctimas de la esclavitud, en el reconocimiento del crimen contra la humanidad.
Una vez más, empero, algunas voces discordantes se hacen oír. En 2005, 40 diputados UMP le ppiden al presidente Chirac vetar el artículo de la ley de 2001 que estipula que: « Los programas escolares y los programas de investigación en historia y en ciencias humanas darán a la trata de negros y a la esclavitud el lugar consecuente que merecen. La cooperación que permitirá articular los archivos disponibles en Europa con las fuentes orales y los conocimientos arqueológicos acumulados en África, en las Américas, en el Caribe y en todos los otros territorios que hayan conocido la esclavitud será estimulada y favorecida”.
Jacques Chirac, que había mostrado la alta idea que tiene del deber de memoria cuando, en 1995, conmemorando la Razzia de París, declaró  « Francia, patria de las Luces y de los Derechos Humanos, tierra de acogida y de asilo, Francia, ese día, realizaba lo irreparable. Faltando a su palabra, entregaba a sus protegidos a sus verdugos”, no dio curso a este inmundo pedido.

El trabajo sobre la memoria de la esclavitud no se detiene. Este año, por ejemplo, el canal franco alemán ARTE, presentó una serie documental  Les routes de l’esclavage (Las rutas de la esclavitud), una de cuyas autoras es Fanny Glissant, sobrina del escritor y pensador martiniqués Édouard Glissant.

https://www.youtube.com/watch?v=N4lTwr_j34o
https://www.youtube.com/watch?v=2KCVH80x3TQ&t=39s
https://www.youtube.com/watch?v=jl3Dikx60Lw
https://www.youtube.com/watch?v=bXk2eKuxvZY

Querría concluir con esta cita de otro gran escritor martiniqués, Patrick Chamoiseau :

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« Sí, en esta noche, sobre esta balsa, sobre un horizonte helado, en el corazón de refugios temblorosos, campamentos y vivacs, destruidos a cada instante siempre vueltos a levantar, en Europa, pero también en Asia, en África, en la tierra del Caribe y otras Américas, lo que dicen ustedes, queridas mías, desencadena en las geografías del viento, en chispas de sal, en chispas de cielo, una extraña conferencia de poetas y de grandes seres humanos…
¿Qué es entonces actuar o qué hacer más allá de la urgencia sin dejar de lado la urgencia perderse lo esencial y sin considerar que en el principio de este drama reinan fuerzas invisibles?
Sin embargo, ¿cómo no verlos? El neoliberalismo que tiende a triunfar; su finanza volcada a las histerias letales; lo Político abandonándose a sí mismo en unas democracias que se vuelven erráticas; el Estado que disminuye, abandonando el timón sólo a los economistas y que se inclina ante innumerables entidades mercantiles, difusas y actuantes en el tejido del mundo. ¡No hay un programa, no hay una pantalla, no hay un descubrimiento de las nano y de las bio-tecno-ciencias que escape de su dogma!… Y he aquí lo que provoca este oscurecimiento planetario : la exclusión, el rechazo, la violencia, la estupidez, el odio y la indecencia que fermentan por todos lados, que se amplifican en los rulos de los algoritmos y de las redes sociales, que explotan en la horda instintiva de los medios fascinados por estas redes sociales hasta volverlos mimétics. Este derrumbe engendra una pérdida de ética, y cuando la ética desfallece cae la belleza. Pasolini tenía razón al turbarse así frente a una noche política italiana que parecía triunfal. Una noche similar nos traga, sin alarma, insensible, invisible, hasta tomar de pronto una carnación malévola bajo una mecha rubia al mando de la nación más poderosa de los hombres…
 
La muerte visible.
 
Pero abandonemos lo invisible y permanezcamos en lo que ven en este instante crepuscular como desde hace años, como de año en año, por años todavía, gente, miles de personas, no medusas o racimos de algas amarillas, sino gente, chica grande vieja todas calidades de personas que se consumen y que perecen y durante largo tiempo van a morir en torniquetes de fronteras, al borde de las naciones, de las ciudades y de los estados de derecho…
Las fronteras de Europa se erigen con defensas malvas. Alimentan uno de los infiernos de Dante y reinstalan una forma de este Abismo del que habló Glissant. Abismo de vidas ahogadas, de párpados abiertos fijos, de playas donde los cuerpos arrancados a los fondos van a enloquecer la espuma. Abismo de niños flotados, adormecidos en un molde de coral, tragados ppor la arena o desarticulados tiernos por olas impávidas.”
Patrick Chamoiseau, Frères Migrants, Seuil, 2017

Un malaise diffus – Un malestar difuso

Tirés du beau livre de la journaliste du Monde Annick Cojean, Je ne serais pas là si, ces mots de Patti Smith qui me touchent particulièrement.images (24) 

Malgré cette énergie, intacte, il émane de vos poèmes et de vos livres une grande mélancolie.

Lorsque j’ai écrit M Train, je souffrais d’un malaise diffus que je ne parvenais pas à identifier. J’affrontais l’absence bien sûr, et une succession de deuils difficiles qui m’avaient fait perdre la joie. Mais ce n’était pas que cela. C’est vers la fin du livre que j’ai compris l’origine de ce malaise persistant. Mon âge ! Mon âge me rattrapait ! 67 ans à l’époque. Aujourd’hui 70. Oui, j’avais franchi une ligne. Et oui, je vieillissais ! Il était temps que je me confronte à ma propre chronologie. Urgent que j’envisage le temps limité qu’il me restait sur cette planète pour voir mes enfants et réaliser tous les projets que j’avais en tête. Jamais je n’avais encore pensé à cela. J’ai toujours été insouciante de mon âge et de mon apparence. Puérile. Mais la froideur de la chronologie s’imposait brutalement. J’ai fini par accepter cette réalité, ou du moins me réconcilier avec elle. Et maintenant que j’ai identifié la racine de ce qui me rongeait, je me sens beaucoup mieux.

Comment peut-on pallier l’absence ?

J’ai appris que lorsqu’on perd des êtres aimés, l’amour qu’on a partagé avec eux ne meurt pas. L’amour ne meurt pas ! Votre mère peut mourir mais ça n’interrompt nullement son amour à votre égard. Il est là, il est en vous ! Il faut vous accrocher à cela. En écrivant mon livre, je sentais une chaleur qui envahissait mon cœur et j’ai compris que c’était l’amour de mon frère. Il aidait à raviver la petite flamme vacillante à l’intérieur de moi. Et je fais tout pour qu’elle ne s’éteigne pas. Parce que l’amour est autour de moi. Celui de mon père, de ma mère, de Robert Mapplethorpe, de mon mari, de mes chiens. Je suis peut-être seule, à ce stade de ma vie, en termes de compagnon, mais je ne suis pas sans amour ! Et le fait de pouvoir écrire et de sonder ma tristesse infinie, me permet de la retourner et de découvrir son pendant qui est la joie. Je n’écris pas intentionnellement une célébration de la vie. Mais le seul fait de travailler sur des impulsions créatrices prouve que la vie est là. Ardente.

Annick Cojean, Je ne serais pas là si, Grasset, Le Monde, 2018

Extraídas del bello libro de la periodista del Monde Annick Cojean, Je ne serais pas là si (No estaría aquí si), estas palabras de Patti Smith que me tocan particularmente.

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A pesar de esta energía, intacta, emana de sus poemas y de sus libros una gran melancolía.

Cuando escribí M Train, sufría un malestar difuso que no lograba identificar. Enfrentaba la ausencia por supuesto, y una sucesión de duelos difíciles que me habían hecho perder la alegría. Pero no era eso. Al final del libro entendí el origen de ese malestar persistente. ¡Mi edad! ¡Mi edad me alcanzaba! 67 años en ese momento. Hoy 70. Sí, había franqueado una línea. ¡Y sí, envejecía! Era hora de afrontar mi propia cronología. Era urgente que encarara el tiempo limitado que me quedaba sobre este planeta para ver a mis hijos y realizar todos los proyectos que tenía en mi cabeza. Nunca antes había pensado en esto. Siempre fui indiferente a mi edad y a mi apariencia. Pueril. Pero la frialdad de la cronología se imponía brutalmente. Terminé por aceptar esta realidad, o por lo menos por reconciliarme con ella. Y ahora que identifiqué la raíz de lo que me carcomía, me siento mucho mejor.

¿Cómo se puede mitigar la ausencia?

Aprendí que cuando perdemos a seres amados, el amor que compartimos con ellos no muere. ¡El amor no muere! Su madre puede morir pero esto no interrumpe de ninguna manera su amor hacia usted. ¡Está allí, está en usted! Hay que agarrarse de eso. Al escribir mi libro, sentía una calidez que  invadía mi corazón y entendí que era el amor de mi hermano. Me ayudaba a reavivar la pequeña llama vacilante en mi interior. Y hacía todo para que no se apagara. Porque el amor está alrededor de mí. El de mi padre, el de mi madre, el de  Robert Mapplethorpe, el de mi marido, el de mis perros. Quizás esté sola, en esta etapa de mi vida, en términos de compañero, ¡pero no estoy sin amor! Y el hecho de poder escribir y de sondear mi tristeza infinita, me permite darla vuelta y descubrir su otra cara que es la alegría. No escribo intencionalmente una celebración de la vida. Pero el solo hecho de trabajar sobre impulsos creadores prueba que la vida está allí. Ardiente.

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Demain, 9 juin, Barbara aurait eu 88 ans. Elle nous quitta le 24 novembre 1997.  Cela fait plus de vingt ans. Or, sa voix et ses chansons constituent encore une référence pour de nombreux artistes de la nouvelle génération qui, compte tenu de leur âge, ne l’ont sûrement pas vu sur scène.
Je voudrais, tout d’abord, partager mon souvenir personnel de Barbara, et puis, m’occuper du film que lui consacre Matthieu Amalric.

Lily Passion

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En février 1986, je me trouvais à Paris. Mon premier voyage en France. Un beau jour, j’apprends que Barbara présente au Zénith un conte musical, Lily Passion, en compagnie, ni plus ni moins, de Gérard Depardieu.
Je les connaissais, et admirait tous les deux. Depardieu pour ses films et Barbara, j’avais découvert ses chansons dans les années 70, et j’avais visionné, en 1984, son récital Pantin 81, à l’Alliance Française de Mar del Plata. Un détail amusant, le concert était enregistré sur une cassette vidéo bien plus grande que les VHS qui s’appelait UMATIC !
En février 1986, j’assiste donc  à une représentation de Lily Passion. Barbara y joue son propre rôle, une chanteuse en tournée, et Depardieu, celui d’un assassin qui commet un crime dans chacune des villes où elle se produit. Il signe d’ailleurs chacun de ses meurtres d’une branche de mimosa.
Je conserve absolument vivante en moi l’émotion de voir Barbara arpenter le plateau comme un grand héron noir et le souvenir de cette présence formidable de Depardieu sur scène. Avant de n’avoir proféré un mot, avant de n’avoir esquissé le plus petit geste, il ÉTAIT là !
Tous deux sur une scène dépouillée, deux pianos noirs, une énorme sphère, et plus tard le rocking-chair fétiche de la chanteuse.
https://www.youtube.com/watch?v=1N7W8rB7yEI

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Tous deux forment un couple uni aussi bien par l’amour que par la mort. L’assassin fascine et effraie la chanteuse. « Pourtant cet assassin m’obsède /j’ai peur/cet assassin me suit/Qu’il me suive ou qu’il me précède/il tue/Je chante, je chante/il tue », chante-t-elle.
Dans Lily Passion apparaissent tous les sujets qui hantent l’œuvre de Barbara, l’amour impossible, la peur, le pardon, la mort…
Pour terminer avec l’une de ses chansons les plus emblématiques de la longue dame brune, celle qu’elle a dédiée à son public, Ma plus belle histoire d’amour, c’est vous.
https://www.youtube.com/watch?v=6KN2qLUUc0s

Beaucoup de concerts, de récitals, de pièces de théâtre ont jalonné mon chemin de leurs pierres blanches, Lily Passion en est assurément l’une des plus belles, l’une des plus lumineuses.

Barbara, le film

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Face au film Barbara, de Matthieu Amalric, il faut dire que je nourrissais de grandes appréhensions. Je venais d’ingurgiter  une bonne quantité de ce que l’on appelle actuellement « biopics », dont Cézanne et moi, un abominable navet où les dialogues sonnent aussi faux que la perruque dont est affublé Guillaume Canet dans le rôle de Zola.
Finalement, j’ai bien fait de voir ce film, car il ne s’agit pas du tout d’un “biopic”, un « antibiopic », pourrait-on dire, mais surtout du dialogue entre la grande chanteuse et l’actrice, la sublime Jeanne Balibar, qui doit l’incarner à l’écran.
Il s’agit en fait d’une évocation construite à partir de souvenirs comme ceux du biographe de Barbara, Jacques Tournier, d’images documentaires de l’artiste qui se mêlent  jusqu’à une certaine confusion à celles que joue l’actrice. On perd pied parfois, pour revenir ensuite à la surface.
Un très beau film qui échappe à toutes les définitions, à tous les genres.

https://www.youtube.com/watch?v=glknM7jwip8

Mañana 9 de junio Barbara cumpliría 88 años. Nos dejó el 24 de noviembre de 1997. Hace algo más de 20 años. Su voz, empero, y sus canciones, constituyen aún una referencia para numerosos artistas de la nueva generación que, teniendo en cuenta su edad, seguramente no la vieron en escena.
Querría, en principio, compartir un recuerdo personal de Barbara, y luego, ocuparme de la película que le consagra Matthieu Amalric.

Lily Passion

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En febrero de 1986 me encontraba en París. Mi primer viaje a Francia. Un buen día me entero que Barbara presenta en el Zénith un cuento musical, Lily Passion,acompañada, ni más ni menos, por Gérard Depardieu.
Los conocía y admiraba a ambos. Depardieu por sus películas y había descubierto las canciones de Barbara en los años 70, y había visto, en 1984, en la Alianza Francesa de Mar del Plata, su recital Pantin 81. Un detalle divertido, el concierto estaba grabado en una cassette video mucho más grande que las VHS llamada UMATIC.
En febrero de 1986, asistí entonces a una representación de Lily Passion. Barbara representa su propio papel, una cantante de gira, y Depardieu, el de un asesino que comete un crimen en cada una de las ciudades donde ella se produce. Firma por otra partre cada uno de sus asesinatos con una rama de acacia en flor.
Conservo absolutamente viva en mí la emoción de ver a Barbara recorrer el escenario como  una gran garza negra y el recuerdo de la presencia formidable de Depardieu en escena. Antes de haber proferido una palabra, antes de haber bosquejado un gesto, ¡ESTABA allí!
Ambos rodeados por una escenografía despojada, dos pianos negros, una enorme esfera, y, más tarde, la reposera fetiche de la cantante.
https://www.youtube.com/watch?v=1N7W8rB7yEI

LILY PASSION

Ambos forman una pareja unida tanto por el amor como por la muerte. El asesino fascina y atemoriza a la cantante. « Sin embargo este asesino me obsesiona/tengo miedo/este asesino me sigue/Que me siga o que me preceda/el mata/Yo canto, canto, el mata », canta.
En Lily Passion aparecen todos los temas que aparecen en la obra de Barbara, el amor imposible, el miedo, el perdón, la muerte…
Para terminar con una de las canciones más emblemáticas de la alta dama morena, la que dedidó a su público, , Ma plus belle histoire d’amour, c’est vous (Mi más bella historia de amor son ustedes).

https://www.youtube.com/watch?v=6KN2qLUUc0s

Muchos conciertos, recitales, obras de teatro jalonaron mi camino con sus piedras blancas, Liuly Passion es seguramente una de las más bellas y luminosas.

Barbara, el film

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Frente al film Barbara, de Matthieu Amalric, tengo que decir que alimentaba grandes aprensiones. Acababa de tragar una buena cantidad de los que se llaman actualmente « biopics », entre los cuales Cézanne et moi /Cézanne y yo), un abominable bodrio en el que los diálogos suenan tan falsos como la peluca con la que disfrazaron a Guillaume Canet en el papel de Zola.
Finalmente hice bien en mira resta película ya no no se trata en absoluto de un « biopic », un « anti-biopic » podría decirse, pero sobre todo del diálogo entre la gran cantante y la actriz, la sublime Jeanne Balibar, que debe encarnarla en la pantalla.
Se trata en realidad de una evocación construida a partir de recuerdos como los de su biógrafo Jacques Tournier, de imágenes documentales que se mezclan hasta cierta confusión con las que representa la actriz. A veces perdemos pié, pero volvemos pronto a la superficie.
Una película muy bella que escapa a todas las definiciones y a todos los géneros.

https://www.youtube.com/watch?v=glknM7jwip8

Aimé Césaire

L’inlassable combattant

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Le 17 avril 2008, s’éteignait à Fort-de-France, Martinique, Aimé Césaire, l’un des plus grands poètes en langue française du XXe siècle mais avant tout un homme en lutte contre le colonialisme et pour la cause de l’homme noir.
Ce combat traverse effectivement son œuvre ainsi que sa carrière politique.
C’est à cet homme engagé que je voudrais rendre hommage à 10 ans de sa mort.

La dénonciation du colonialisme est présente dès le premier article de Césaire paru dans L’Étudiant noir, la revue créée en 1935 par le poète martiniquais et Léon-Gontran Damas que ce dernier définit ainsi : « L’Étudiant noir, journal corporatif et de combat, ayant pour objectif la fin de la tribalisation, du système clanique en vigueur au quartier Latin ! On cessait d’être martiniquais, guadeloupéen, guyanais, africain et malgache pour n’être qu’un seul et même étudiant noir. »
Dans un article du numéro 3, de mai-juin 1935, « Conscience raciale et révolution sociale », Césaire exprime pour la première fois son idée de la négritude.

« La Négritude résulte d’une attitude active et offensive de l’esprit. Elle est sursaut, et sursaut de dignité », dira-t-il plus tard.

Il en sera de même avec ses articles dans Tropiques et Présence africaine ainsi que dans ses interventions aux deux Congrès des écrivains et artistes noirs, à Paris en 1956, puis à Rome, en 1959.
Lorsque, en 1950, Aimé Césaire publie son Discours sur le colonialisme, il est déjà reconnu comme « le grand poète noir », comme l’exprima André Breton.
Ses interventions en tant que députée à l’Assemblée nationale où il condamne les guerres coloniales de la France, sont remarquées. Pour la droite, d’ailleurs, il n’est qu’un « insulteur de la patrie ».

Le Discours, qui ne fut, d’ailleurs, jamais prononcé sur une tribune, est un réquisitoire contre l’Europe coloniale.

« L’Europe est comptable devant la communauté humaine du plus haut tas de cadavres de l’histoire », assène Césaire.

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Pour lui, l’Europe est « moralement, spirituellement indéfendable ».
Il ose mettre en parallèle la politique coloniale européenne avec le nazisme dont le continent vient tout juste de se libérer. Cette comparaison lui fut très souvent reprochée à tel point que, 45 ans après sa publication, et sous la pression de plusieurs députés, le ministre de l’Éducation, François Bayrou, retira le Discours sur le colonialisme des programmes scolaires.
Les relations tendues entre l’auteur du Cahier du retour au pays natal et les hommes politiques français se poursuivirent jusqu’à sa mort.
En 2005, Aimé Césaire refuse de rencontrer l’alors ministre de l’Intérieur Nicolas Sarkozy qui projette une visite aux Antilles qu’il finira par annuler.
La raison de ce refus ? La loi de février 2005 dont un article mentionnait « le rôle positif de la présence française outre-mer ».
Le poète ne pouvait accepter sous aucun point de vue ces mots de l’homme politique : « Le rêve européen, qui fut le rêve de Bonaparte en Egypte, de Napoléon III en Algérie, de Lyautey au Maroc, ne fut pas tant un rêve de conquête qu’un rêve de civilisation. Cessons de noircir le passé de la France. Je veux le dire à tous les adeptes de la repentance : de quel droit demandez-vous aux fils de se repentir des fautes de leurs pères, que souvent leurs pères n’ont commises que dans votre imagination. »

Or, le poète martiniquais finit par recevoir Sarkozy en 2006. Il improvisa des paroles sur la colonisation que son hôte fut bien obligé d’écouter stoïquement et puis, il lui fit cadeau de son Discours où l’on peut lire :
« L’essentiel est ici de voir clair, de penser clair, entendre dangereusement, de répondre clair à l’innocente question initiale : Qu’est-ce en son principe que la colonisation ? De convenir de ce qu’elle n’est point : ni évangélisation, ni entreprise philanthropique, ni volonté de reculer les frontières de l’ignorance, de la maladie, de la tyrannie, ni l’élargissement de Dieu, ni extension du Droit ; d’admettre une fois pour toutes, sans volonté de broncher aux conséquences, que le geste décisif est ici de l’aventurier et du pirate, de l’épicier en grand et de l’armateur, du chercheur d’or et du marchand, de l’appétit et de la force, avec derrière, l’ombre portée, maléfique, d’une forme de civilisation qui à un moment de son histoire, se constate obligée de façon interne, d’étendre à l’échelle mondiale, la concurrence de ses économies antagonistes ».

À la mort du poète, sa famille, honorant ses dernières volontés, organise des obsèques populaires sans discours ni hommages politiques. Or, Nicolas Sarkozy, déjà président de la République, a fait le déplacement en Martinique. Il y lance l’idée de l’inhumation de Césaire au Panthéon. Cette récupération est immédiatement freinée par la fille de l’écrivain.

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Il fait préciser que les rapports d’Aimé Césaire avec le pouvoir ne furent jamais aisés. Il ne plaisait pas à la bien-pensance qui le trouvait, par exemple, indigne de siéger à l’Académie française, lui, qui avait adapté la langue à son tempérament volcanique ainsi qu’aux couleurs et aux rythmes de sin île.
Comme député-maire il dut toujours faire face à l’hostilité du pouvoir central et son nom fut interdit sur les chaînes de radio et de télévision de la métropole jusqu’en 1981, quand François Mitterrand fut élu président de la République.
En outre, ce ne fut qu’en 1991 qu’une de ses pièces, La Tragédie du roi Christophe, entra à la Comédie française.

Aimé Césaire, « le prototype de la dignité humaine », comme le définissait André Breton, ne cessa sa vie durant d’affirmer l’importance de l’altérité et, d’autre part, les difficultés de la France d’établir une égalité réelle.
La lecture de ses œuvres prend un relief particulier devant la situation actuelle.
Ses textes pour un monde plus juste et sans discriminations nous interpellent encore et plus que jamais.

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« J’admets que mettre les civilisations différentes en contact les unes avec les autres est bien,  que marier des mondes différents est excellent, qu’une civilisation, quel que soit son génie intime, à se replier sur elle-même, s’étiole, que l’échange est ici un oxygène, et que la grande chance de l’Europe est d’avoir été un carrefour, et que, d’avoir été le lieu géométrique de toutes les idées, le réceptacle de toutes les philosophies, le lieu d’accueil de tous les sentiments en fait le meilleur redistributeur d’énergie.
Mais alors je pose la question suivante, la colonisation a-t-elle vraiment mis en contact ? Ou si l’on préfère, de toutes les manières d’ « établir contact », était-elle la meilleure ?
(…)
Il faudrait d’abord étudier comment la colonisation travaille à déciviliser le colonisateur, à l’abrutir au sens propre du mot, à le dégrader, à le réveiller aux instincts enfouis, à la convoitise, à la violence, à la haine raciale, au relativisme moral et montrer que, chaque fois qu’il y a au Vietnam une tête coupée et un œil crevé –et qu’en France on accepte-, une fillette violée –et qu’en France on accepte-, un Malgache supplicié –et qu’en France on accepte-, il y a un acquis de la civilisation qui pèse de son poids mort, une régression universelle qui s’opère, une gangrène qui s’installe, un foyer d’infection qui s’étend et qu’au bout de tous ces traités violés, de tous ces mensonges propagés, de toutes ces expéditions punitives tolérées, de tous ces prisonniers ficelés et « interrogés », de tous ces patriotes torturés, au bout de cet orgueil racial encouragé, de cette jactance étalée, il y a le poison instillé dans les veines de l’Europe et le progrès lent, mais sûr, de l’ensauvagement du continent. »

https://www.youtube.com/watch?v=oBNjBu_coW4

Aimé Césaire en dates

1913 Naissance à Basse-Pointe, Martinique
1924 Fin de ses études primaire, il obtient une bourse pour le secondaire.
1931 Arrivée en hypokhâgne au lycée Louis-le-Grand, à Paris.
1934 Il fonde avec Senghor, Damas, Birago Diop la revue L’étudiant noir.
1935 Il réussit le concours d’entrée à l’École normale supérieure. Séjour en Croatie chez son ami « Pierrot », Petar Guberina, pendant lequel il commence la rédaction du Cahier d’un retour au pays natal.
1937 Il épouse Suzanne Roussi.
1939 Retour en Martinique.
1941 Fondation avec son épouse, Gibert Gratian, Aristide Maugée et René Ménil de la revue Tropiques, fréquemment censurée par Vichy. Rencontre avec André Breton.
1943 Parution aux EU de l’édition bilingue du Cahier d’un retour au pays natal, préfacée par Breton.
1945 Élu maire de Fort-de-France sous l’étiquette communiste, puis député. Il sera réélu aux élections législatives jusqu’en 1993 et aux municipales jusqu’en 2001.
1946 Il fait voter la loi de départementalisation. Parait le recueil de poèmes Les armes miraculeuses.
1947 Création, avec Alioune Diop, de la revue Présence africaine. Parution du recueil de poèmes Soleil cou coupé.
1950 Parution du Discours sur le colonialisme et de Corps perdu (avec de gravures de Picasso)
1956 Démission du Parti Communiste français.
1958 Création du Parti progressiste martiniquais.
1958 Création de la pièce Et les chiens se taisaient.
1958 Publication de Ferrements.
1961 Publication de Cadastre.
1962 Publication de Toussaint Louverture, la révolution française et le problème colonial.
1963 Création de La Tragédie du roi Christophe.
1966 Création d’Une saison au Congo.
1969 Création d’Une tempête.
1982 Publication de Moi, laminaire.
1984 Réédition de son œuvre poétique au Seuil.
2008 Décès

El infatigable combatiente

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El 17 de abril de 2008, se apagaba en Fort-de-France, Martinica, Aimé Césaire, uno de los mayores poetas de lengua francesa del siglo XX pero ante todo un hombre en lucha contra el colonialismo y a favor de la causa del hombre negro.
Este combate atraviesa efectivamente su obra así como su carrera política.
Quisiera, a 10 años de su muerte, rendir homenaje a este hombre comprometido.

La denuncia del colonialismo está presente desde el primer artículo de Césaire aparecido en L’Étudiant noir (El estudiante negro), la revista creada en 1935 por el poeta martiniqués y Léon-Gontran Damas que este último define así: « L’Étudiant noir, diario corporativo y de combate, que tenía como objetivo el fin de la tribalización, del sistema de clanes en vigor en el Barrio Latino! Dejábamos de ser martiniquésw, guyanés, africano y malgache para ser un solo y único estudiante negro.»
En un artículo del número 3, de mayo-junio 1935, « Conciencia racial y revolución social », Césaire expresa por vez primera su idea de la negritud.

« La Negritud resulta de una actitud activa y ofensiva del espíritu. Es un sobresalto, y un sobresalto de dignidad», dirá más tarde.

Lo mismo ocurrirá en sus artículos en Tropiques y Présence africaine así como en sus intervenciones en los dos Congresos de escrritores y artistas negros, en París en 1956, después en Roma, en 1959.
Cuando, en 1950, Aimé Césaire publica su Discurso sobre el colonialismo, ya es reconocido como el « gran poeta negro », como lo expresó André Breton.
Sus intervenciones en su carácter de diputado de la Asamblea Nacional en las que condena las guerras coloniales de Francia llaman la atención. Paras la derecha, por otra parte, sólo es un « insultador de la patria ».

El Discurso que, por otro lado, nunca fue pronunciado en una tribuna, es un requisitorio contra la Europa colonial.

« Europa es responsable ante la comunidad humana  de la más alta pila de cadáveresc de la historia », asesta Césaire.

Para él, Europa es « moralmente, espiritualmente indefendible».
Se atreve a poner en paralelo la política colonial europea con el nazismo del que el continente acaba de liberarse. Esta comparación le fue a menudo reprochada a tal punto que, 45 años después de su publicación, y bajo la presión de varios diputados, el ministro de Educación, François Bayrou, retiró el  Discurso sobre el colonialismo de los programas escolares.
Las tensas relaciones entre el autor del Cuaderno de un retorno al país natal y los políticos franceses prosiguieron hasta su muerte.
En 2005, Aimé Césaire se niega a encontrarse con el entonces ministro del Interior Nicolas Sarkozy que proyecta una visita a la Antillas que terminará por anular.
¿La razón de este rechazo? La ley de febrero de 2005 uno de cuyos artículos mencionaba « el papel positivo de la presencia francesa en el ultramar».
El poeta no podía aceptar bajo ningún punto de vista estas palabras del político: « El sueño europeo, que fue el sueño de Bonaparte en Egipto, de Napoleón III en Argelia, de Lyautey en Marruecos, no fue tanto un sueño de conquista sino un sueño de civilización. Dejemos de oscurecer el pasado de Francia. Quiero decir a todos los adeptos del arrepentimiento: con qué derecho le piden a los hijos de arrepentirse de las faltas de sus padres, que sus padres a menudo sólo cometieron en la imaginación de ustedes. »

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El poeta martiniqués, empero, terminó por recibir a Sarkozy en 2006. Improvisó palabras sobre la colonización que el huésped estuvo obligado de escuchar estoicamente y luego, le regaló su Discurso en el que se puede leer:

« Lo esencial es aquí ver claramente, pensar claramente, entender peligrosamente, contestar claramente la la inocente pregunta inicial: ¿Qué es la colonización en su principio? Convenir lo que no es de ninguna manera : ni evangelización, ni empresa filantrópica, ni voluntad de hacer retroceder las fronteras de la ignorancia, de la enfermedad, de la tiranía, ni el ensanchamiento de Dios, ni la extensión del Derecho; admitir de una vez por todas, sin voluntad de temer a las consecuencias, que el gesto decisivo es aquí el del aventurero y del pirata, del almacenero al por mayor  y  del naviero, del buscador de oro y del comerciante, del apetito y de la fuerza, con, detrás, la sombra puesta, maléfica, de una forma de civilización que en un momento de su historia, se ve obligada de manera interna, de extender a escala mundial, la competencia de sus economías antagonistas.»

A la muerte del poeta, su familia, honrando sus últimas voluntades, organiza exequias populares sin discursos ni homenajes políticos. Nicolas Sarkozy, ya presidente de la República, fue empero a la Martinica. Tira la idea de inhumar a Césaire en el Panteón. Esta recuperación es frenada de inmediato por la hija del escritor.

Hay que precisar que las relaciones de Aimé Césaire con el poder nunca fueron fáciles. No le gustaba a los biempensantes que le consideraban, por ejemplo, indigno de de entrar a la Academia Francesa, a él que había adaptado la lengua a su temperamento volcánico tanto como a los colores y los ritmos de su isla.
Como diputado alcalde siempre tuvo que enfrentar la hostilidad del poder central y su nombre fue prohibido en las cadenas de radio y de televisión de la metrópoli hasta 1981, cuando François Mitterrand fue elegido presidente de la República.
Por otra parte, sólo en 1991, una de sus obras de teatro, La Tragedia del rey Christophe, entró en la Comedia Francesa.

Aimé Césaire, « el prototipo de la dignidad humana», como lo definía André Breton, ne dejó en toda su vida de afirmar la importancia de la alteridad y, por otro lado, las dificultades de Francia ppara establecer una igualdad real.
La lectura de sus obras toma un relieve particular ante la situación actual.
Sus textos por un mundo más justo y sin discriminaciones nos interpelan más que nunca.

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« Admito que poner en contacto unas con otras a civilizaciones diferentes está bien, que unir mundos diferentes es excelente, que una civilización, cualquiera sea su genio íntimo, al cerrarse sobre si misma se opaca, que el intercambio es aquí oxígeno y la gran suerte de Europa es de haber sido una encrucijada, y que, el haber sido el lugar geométrico  de todas las ideas, el receptáculo de todas las filosofías, el lugar de recepción de todos los sentimientos la hace el mejor redistribuidor de energía.
Pero entonces me hago la pregunta siguiente, ¿la colonización fue realmente puesta con contacto? O si se prefiere, ¿de todas las maneras de “establecer un contacto”, era esta la mejor?
(…)
Habría que estudiar en principio cómo las colonización obra en descivilizar al colonizador, en atontarlo en el sentido propio de la palabra, en degradarlo, en despertarlo a los instintos ocultos, a la codicia, a la violencia, al odio racial, al relativismo moral y mostrar que, cada vez que hay en Vietnam una cabeza cortada y un ojo reventado –y que en Francia se lo acepta-, una niñita violada –y en Francia se lo acepta-, un Malgache torturado –y en Francia se lo acepta-, hay una ganancia de la civilización que cae como peso muerto, una regresión universal que se opera, una gangrena que se instala, un foco de infección que se extiende y que después de estos tratados violados, de todas estas mentiras propagadas, de todas estas expediciones punitorias toleradas, de todos estos prisioneros atados e « interrogados », de todos estos patriotas torturados, al final de este orgullo racial alentado, de esta jactancia desparramada, está el veneno instilado en las venas de Europa y el progreso lento, pero seguro, del ensalvajamiento del continente. »

Aimé Césaire en fechas

 

1913 Nacimiento en Basse-Pointe, Martinica
1924 Fin de sus estudios primarios, obtiene una beca para el secundario.
1931 Llegada en primer año preparatorio en el liceo Louis-le-Grand, en París.
1934 Funda con Senghor, Damas, Birago Diop la revista L’étudiant noir.
1935 Aprueba el examen de ingreso a la Escuela Normal Superior. Estadía en Croacia en lo de su amigo « Pierrot », Petar Guberina, durante el que comienza la redacción del Cuaderno de un retorno al país natal.
1937 Se casa con Suzanne Roussi.
1939 Vuelve a Martinica.
1941 Funda con su esposa, Gibert Gratian, Aristide Maugée y René Ménil la revista Tropiques, frecuentemente censurada por Vichy. Encuentro con André Breton.
1943 Aparece en los EEUU la edición bilingüe del Cuaderno de un retorno al pais natal, con prólogo de Breton.
1945 Elegido alcalde de Fort-de-France bajo la etiqueta comunista, luego diputado. Será reelegido en las elecciones legislativas hasta 1993 y en las municipales hasta 2001.
1946 Hace votar la ley que hace de la Martinica un departamento francés. Aparece el libro de poemas Las armas milagrosas.
1947 Creación, con Alioune Diop, de la revista Présence africaine. Aparición del libro  Sol cuello cortado.
1950 Aparición del  Discurso sobre el colonialismo y de Cuerpo perdido (con grabados de Picasso)
1956 Renuncia al Partido Comunista francés.
1958 Creación del Partido Progresista martiniqués.
1958 Creación de la obra Y los perros callaban.
1958 Publicación de Herrajes.
1961 Publicación de Catastro.
1962 Publicación de Toussaint Louverture, la revolución francesa y el problema colonial.
1963 Creación  de La Tragedia del rey Christophe.
1966 Creación de Una estación en el Congo.
1969 Creación de Una tempestad.
1982 Publicación de Yo, laminaria.
1984 Reedición de su obra poética en la editorial Seuil.
2008 Fallecimiento

 

 

La magie Varda – La magia Varda + J.R.

Visages, Villages
Agnès Varda et J.R.
2017

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« Le hasard a toujours été mon meilleur assistant ». Agnès Varda

Une vieille dame de 88 ans, à la coupe de cheveux au bol bicolore, et un jeune homme de 33 ans qui n’enlève sous aucun point de vue son chapeau et ses lunettes de soleil, partent en vadrouille sur les routes de France à bord d’une camionnette-labo photographique.
Tel pourrait être le synopsis un peu simpliste de Visages Villages, le film d’Agnès Varda, la vieille dame, et de J.R., le jeune homme.

Agnès Varda, l’artiste aux multiples casquettes, plasticienne, photographe et réalisatrice (Cléo de 5 à 7, Sans toit ni loi, Les glaneurs et la glaneuse, Les plages d’Agnès…).
J.R., photographe mondialement connu pour ses clichés géants collés sur toute sorte d’édifices, maisons, ponts, monuments…
Ce couple improbable, parfois burlesque à la manière de Laurel et Hardy, émouvants dans leurs échanges et dans leur recherche de sujets à photographier, nous offre un film qui est une vraie réflexion sur le temps et la mémoire.

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La mémoire du travail, comme c’est le cas du coron voué à la démolition où, tout d’abord, ils collent sur les façades des maisons en brique des images anciennes de mineurs, et puis, celle de Janine qui refuse de quitter sa maison : « On ne mettra pas dehors, il y a trop de souvenirs. J’ai dit :’’Vous ne comprenez pas ‘’ Personne ne peut comprendre ce qu’on a vécu », dit-elle.
La mémoire des traditions villageoises avec ce carillonneur qui prend la relève de son père, et, bien sûr, un peu comme une suite du lumineux Les plages d’Agnès, la mémoire de la cinéaste qui glane dans son passé pour mieux éclairer le présent.
Une mémoire active ainsi qu’une œuvre d’art éphémère : la vieille photo de Guy Bourdin par Varda collée sur un ancien blockhaus allemand de Sainte-Marguerite-sur-Mer que les marées effacent peu à peu.

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L’émotion est aussi  présente quand les deux compères rendent visite à Henri Cartier-Bresson dans le cimetière où il est enterré et durant le rendez-vous, en Suisse,  avec Jean-Luc Godard qui nous montre que le réalisateur d’À bout de souffle n’a changé en rien malgré son âge avancé.
Plus le film arrive à sa fin, plus deviennent intimes les dialogues entre ses deux auteurs. Tout comme dans ces documentaires antérieurs, Agnès Varda braque sa caméra sur ses mains tachées et ridées. Elle parle aussi des maux que l’âge lui a apportés.
J’ai mal aux escaliers, dit-elle avec humour.
Un humour qu’elle ne perd pas quand elle fait référence à la dégénérescence oculaire qui rend sa vision de plus en plus floue.

Je ne vais énumérer toutes les escales d’Agnès Varda et de J.R. dans Visages Villages. J’invite simplement mes lecteurs à suivre ces deux artistes dans leur émouvant road-movie. Un voyage magique au pays de la poésie.

https://www.youtube.com/watch?v=jc2dU9-fves

« El azar siempre fue mi mejor asistente». Agnès Varda

Faces-Places

Una anciana de 88 años, con un corte de pelo en bol bicolor, y un joven de 33 años que no se saca bajo ningún punto de vista ni su sombrero ni sus anteojos negros, salen a la aventura por las rutas de Francia a bordo de una camioneta laboratorio fotográfico.
Tal podría ser la sinopsis un poco simplista de Visages Villages (Rostros Pueblos), el film de Agnès Varda, la anciana, y de J.R., el joven.

Agnès Varda, artista con múltiples talentos, plástica, fotógrafa y realizadora (Cléo de 5 à 7, Sin techo ni ley, Los espigadores y la espigadora, Las playas de Agnès…).
J.R., fotógrafo mundialmente conocido por sus fotos gigantes pegadas sobre toda suerte de edificios, casas, puentes, monumentos…
Esta extraña pareja, a veces burlesca a la manera del Gordo y el Flaco, conmovedora en sus intercambios y en su búsqueda de temas para fotografiar, nos regala un film que es una verdadera reflexión sobre el tiempo y la memoria.

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La memoria del trabajo, como es el caso de pueblo minero destinado a ser demolido en el que, en primer término, pegan sobre las fachadas de las casas de ladrillo imágenes de viejos mineros, y luego, la de Janine que se niega a abandonar su casa : « No me echarán, hay demasiados recuerdos. Dije: ‘’Ustedes no entienden’’.  Nadie puede entender lo que vivimos», dice.
La memoria de las tradiciones pueblerinas con ese campanero que toma la posta de su padre y, por supuesto, como una continuación del luminoso Les plages d’Agnès, la memoria de la cineasta que urga en su pasado para iluminar mejor el presente.
Una memoria activa tanto como una obra de arte efímera: la vieja foto de Guy Bourdin por Varda pegada sobre un antiguo blockhaus alemán de Sainte-Marguerite-sur-Mer que las mareas borran poco a poco.

La emoción está también presente cuando los dos compinches vistan a Henri Cartier-Bresson en el cementerio donde está enterrado y durante la cita, en Suiza, con Jean-Luc Godard que nos muestra que el realizador de Sin aliento no ha cambiado nada a pesar de su edad avanzada.
Cuanto más la película se acerca al final más íntimos se vuelven los diálogos entre sus dosm autores. Como en sus documentales anteriores, Agnès Varda apunta su cámara a sus manos manchadas y arrugadas. Habla también de los males que le trajo la edad.
Me duelen las escaleras, dice con humor.
Un humor que no pierde al referirse al la degeneración ocular que vuelve su visión cada vez más opaca.

No voy a enumerar aquí todas las escalas de Agnès Varda et de J.R. en Visages Villages. Invito simplemente a mis lectores a seguir a estos dos artistas en su conmovedor road-movie. Un viaje mágico al país de la poesía.

https://www.youtube.com/watch?v=jc2dU9-fves

Deux tableaux de mon grand-père – Dos cuadros de mi abuelo

Rue de Paris et Paysage de la Pampa, deux aquarelles de René Villeminot, mon grand-père, me ramènent à cette méditation récurrente sur ma double appartenance franco-argentine.

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A-t-il ressenti quelque chose de semblable, ce grand-père que je n’ai pas connu et qui, en 1910,  a choisi l’Argentine, pour y développer ses talents d’architecte et d’enseignant ? Quels rapports s’établissaient chez lui entre l’espagnol et le français ?
Sûrement pas les mêmes que pour moi. Des rapports qui, d’ailleurs, ont varié selon les âges et les circonstances.

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Si j’ai rarement fait l’amour en français, celui-ci est plutôt la langue de mes échanges familiaux. Avec ma fille, cependant, cela n’a pas toujours été le cas. Pendant de longues années, et depuis le début de sa scolarité, elle a adopté la langue environnante : je lui parlais français, elle me répondait en espagnol. Elle n’a repris le français que vers ses 14 ans, et dès lors il est devenu notre langue commune.

Adolescent, et lorsque je nourrissais des velléités artistiques, j’ai pondu des poèmes et même une pièce de théâtre, plagiat éhonté de García Lorca, en espagnol.
Or, depuis quelques années, ma langue d’écriture, celle de ces articles,  est le français. Je transpose ensuite en espagnol.

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Et que dire des injures ? Les deux langues s’y mélangent allègrement. Je suis bien capable, dans un moment de fureur, d’exclamer :  « Putain de bordel de merde y la puta que te parió ! »

Mes deux langues se côtoient, et pas seulement dans ce cas, dans ma tête et dans mon cœur.  « J’ai deux amours », comme le chantait Joséphine Baker.

Calle de París et Paisaje de la Pampa, dos acuarelas de René Villeminot, mi abuelo, me vuelven a esta meditación recurrente sobre mi doble pertenencia francoargentina.

¿Sintió algo semejante este abuelo que no conocí y que, en 1910, eligió la Argentina para desarrollar sus talentos de arquitecto y de docente? ¿Qué relaciones se establecían en él entre el castellano y el francés?
Seguramente no eran las mismas que para mí. Relaciones que, por otra parte, han variado según las edades y las circunstancias.

Si he hecho rara vez el amor en francés, este es principalmente la lengua de mis intercambios familiares. Con mi hija, sin embargo, no fue siempre el caso. Durante largos años, y desde comienzos de su escolaridad, adoptó la lengua del contexto : yo le hablaba en francés, elle contestaba en castellano. Sólo retomó el francés hacia sus 14 años, y desde entonces se ha vuelto nuestra lengua común.

En la adolescencia, y cuando nutría veleidades artísticas, produje poemas y aún una obra de teatro, plagio desvergonzado de García Lorca, en castellano.
Desde hace algunos años, empero, mi lengua de escritura, la de estos artículos, es el francés. Transpongo luego al castellano.

¿Y qué decir de las injurias? Las dos lenguas se mezclan alegremente. Soy capaz, en un momento de ira, de exclamar:  « Putain de bordel de merde y la puta que te parió ! »

Mis dos lenguas conviven, y no sólo en este caso, en mi cabeza y mi corazón. « Tengo dos amores », como cantaba Joséphine Baker.