Antonio, Juanito, Ramona…

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Un souvenir. Je devais avoir tout au plus 16 ans et je promenais mon adolescence inquiète dans la rue Florida, à Buenos Aires, de galerie d’art en librairie, et de librairie en galerie d’art. Une de celle-ci présentait une exposition de gravures et de collages d’Antonio Berni d’un de ses personnages phare, Ramona Montiel.

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Il me faut dire qu’à cette époque-là je découvrais l’art moderne par le biais des peintres argentins de ces années 60. Chez moi, on arrivait tout juste aux impressionnistes. Abstraits, cubistes et autres Picasso n’étaient que d’infâmes barbares.
Je fus ébloui par ces œuvres de Berni, par leur liberté technique, apparentée pourrait-on dire au pop art, transcendé cependant par leur message social. Ramona Montiel provient, comme l’autre personnage emblématique de l’œuvre de Berni, Juanito Laguna, du bidonville et devient plus tard une prostituée qui finit par avoir ses entrées dans le monde du pouvoir.
Je venais de sortir du lycée, et à cette heure-là, il n’y avait pas grand monde dans la galerie. Un monsieur avec une veste de velours côtelé s’approche de moi et me demande mon opinion sus les collages. C’était Antonio Berni.
Dans la brume de ces souvenirs si lointains, je vois encore le peintre m’expliquer qu’il récoltait parmi les déchets le matériel qui lui servirait à composer ses collages.
Ce ne fut que bien plus tard que je lus ce qu’il en avait dit :
« J’étais en train de faire des esquisses dans les faubourgs et je me rendis compte que la peinture ne me suffisait pas pour atteindre l’intensité expressive que je cherchais. J’ai commencé ainsi à récolter dans la rue ce que j’y trouvais et je l’incorporais sur la toile. Et, pendant ce temps-là, je pensais : si un beau jour je ne peins plus, j’ai une profession : chiffonnier ».
Antonio Berni, “El nuevo realismo”, revista Forma, nº 1, Buenos Aires, agosto de 1936, p. 8.

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Antonio Berni, né à Rosario de parents italiens en 1905, reçut en 1962, le premier prix de dessin et gravure de la XXXe biennale de Venise, pour un ensemble de gravures sur bois consacrées à Juanito Laguna, « gamin pauvre de Buenos Aires ».
Le cycle de Juanito Laguna représente un tournant dans la production artistique de Berni et un grand renouvellement de son œuvre par le recours au collage et à l’assemblage.
« Je vois et je ressens Juanito Laguna comme un archétype, l’archétype d’une réalité argentine et latinoaméricaine. (…) Juanito Laguna ne demande pas l’aumône, il réclame de la justice ; il met en conséquence les gens devant cette disjonctive ; le crétins s’apitoieront et feront de la bienfaisance auprès des Juanito Laguna ; les hommes et les femmes bien, lui offriront la justice. Il s’agit de cela. (…)Les Juanito Laguna ont enrichi bien du monde et même moi ; mais je ne les ai pas exploités, je les revendique. Qui a fait l’Argentine ? La masse des travailleurs, tout ce peuple a aidé à construire ce pays, avec son sacrifice et son travail ; ce sont les Juanito Laguna qui l’ont fait, et quand leurs forces le leur permettent vont travailler à l’usine, aux champs, où que ce soit. »

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Juanito Laguna s’inspire des centaines d’enfants que l’artiste croisa dans les bidonvilles ou les quartiers périphériques de Buenos Aires. Il l’imagine comme étant l’enfant d’un ouvrier métallurgique qui habite dans un bidonville et qui passe son temps à jouer librement dans la rue. « Juanito est un enfant pauvre mais ce n’est pas un pauvre enfant. Il n’est pas vaincu par les circonstances mais c’est un être plein de vie et d’espoir… », nous dit l’artiste.
Sur ces collages et ces assemblages, nous voyons Juanito apprendre à lire, célébrer Noël, nager avec son chien dans un environnement de bouts de chiffons, de boÎtes de conserve aplaties, de bois, de ferraille…

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Le personnage de Ramona Montiel fut créé durant le séjour parisien de Berni, en 1962. C’est une jeune couturière de Buenos Aires qui pour atteindre une vie meilleure va devenir prostituée.
« Ramona est le symbole d’une autre réalité sociale pleine de misère, pas exclusivement sur le plan matériel, comme dans le cas de Juanito, mais aussi sur l’autre, celui de l’esprit, avec ces déséquilibres névrotiques, propres à une femme de sa condition sociale, attrapée par la toile d’araignée de la société de consommation… », affirmait Antonio Berni.

Deux personnages, Ramona et Juanito, et un peintre, à mon avis qui n’est que l’avis d’un amateur, l’un des plus grands du XXe siècle, en Argentine.
Et, en outre, le beau souvenir d’un grand artiste qui a bien voulu discuter un moment avec le gamin que j’étais, il y a plus de 50 ans.

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Un recuerdo. Yo debía tener como mucho 16 años y paseaba mi adolescencia inquieta por la calle Florida, en Buenos Aires, de galería de arte en librería, y de librería en galería de arte. Una de estas presentaba una exposición de grabados y collages de Antonio Berni sobre uno de sus personajes emblemáticos, Ramona Montiel.

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Hay que decir que en esa época, yo descubría el arte moderno por intermedio de los pintores argentinos de los años 60. En casa se llegaba como mucho a los impresionistas. Abstractos, cubistas y otros Picasso sólo eran bárbaros infames.
Me encandilaron las obras de Berni, por su libertad técnica, podría decirse que emparentada al pop art, trascendido este por su mensaje social. Ramona Montiel proviene, como su otro personaje emblemático, Juanito Laguna, de la villa miseria y más tarde se vuelve una prostituta que termina por tener contactos con el poder.
Acababa de salir del colegio, y a esa hora no había mucha gente en la galería. Un señor con un saco de corderoy se me acerca y me pide mi opinión sobre los collages. Era Antonio Berni.
En la bruma de estos recuerdos tan lejanos, veo aún al pintor explicarme que juntaba entre los deshechos el material que le serviría para componer sus collages..
Mucho más tarde leí lo que había dicho sobre ello:
« Yo andaba haciendo apuntes por las barriadas y advertí que no me alcanzaba la pintura en sí para alcanzar la intensidad expresiva que buscaba. Así que empecé a juntar de la calle lo que encontraba y lo iba incorporando en la tela. Y, mientras tanto, pensaba: si algún día no pinto más, ya tengo profesión: ciruja.».
Antonio Berni, “El nuevo realismo”, revista Forma, nº 1, Buenos Aires, agosto de 1936, p. 8.

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Antonio Berni, nacido en Rosario de padres italianos en 1905, recibió en 1962 el primer premio de dibujo y grabado de la XXX bienal de Venecia, por un conjunto de xilografías consagradas a Juanito Laguna, “pibe pobre de Buenos Aires”.
El ciclo de Juanito Laguna representa un cambio en la producción artística de Berni y una gran renovación de su arte con el recurso del collage y el ensamblado.
« Yo, a Juanito Laguna lo veo y lo siento como arquetipo que es; arquetipo de una realidad argentina y latinoamericana […] Juanito Laguna no pide limosna, reclama justicia; en consecuencia pone a la gente ante esa disyuntiva; los cretinos compadecerán y harán beneficencia con los Juanitos Laguna; los hombres y mujeres de bien, les harán justicia. De eso se trata. […]
Los Juanitos Laguna han enriquecido a mucha gente y también a mí; pero yo no los he explotado, yo estoy reivindicándolos. ¿Quiénes han hecho a la Argentina, eh? La masa trabajadora, todo ese pueblo que ha puesto el hombro para hacer un país, con su sacrificio y su trabajo; lo han hecho los Juanitos Laguna que, apenas sus fuerzas se lo permiten, van a trabajar a las fábricas, al campo, donde sea

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Juanito Laguna se inspira en cientos de niños que el artista cruzó en las villas o en los barrios periféricos de Buenos Aires. Lo imagina como el hijo de un obrero metalúrgico que vive en una villa miseria y que pasa su tiempo jugando libremente en la calle. « Juanito es un niño pobre no un pobre niño. No está vencido por las circuntancias pero es un ser lleno de vida y de esperanza…», nos dice el artista.
En sus collages y sus ensamblados, vemos a Juanito aprender a leer, celebrar Navidad, nadar con su perro en un entorno de trapos, de latas aplastadas, de madera, de hierro…

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El personaje de Ramona Montiel fue creado durante la estancia parisina de Berni, en 1962. Es una joven costurera de Buenos Aires que, para alcanzar una vida mejor, se vuelve prostituta..
« Ramona es el símbolo de otra realidad social cargada de miseria, ya no en el exclusivo plano material, como en el caso de Juanito, sino también en el otro, en el del espíritu, con sus desequilibrios neuróticos propios de una mujer de su condición social, atrapada por la telaraña de la sociedad de consumo.», afirmaba Antonio Berni.

Dos personajes, Ramona y Juanito, y un pintor, según mi opinión que sólo es la opinión de un aficionado, uno de los mayores del siglo XX en la Argentina.
Y, además, el bello recuerdo de un gran artista que se avino a charlar un momento con el pibe que yo era, hace más de 50 años

So long. Mr Cohen!

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Leonard Cohen est parti hier en tournée sous d’autres cieux. Un artiste hors normes, incomparable, dont les chansons, So long Marianne, Suzanne, The partisan…, ont rythmé des pans importants de ma vie. Une grande tristesse même si ses chansons nous accompagnerons toujours.
Il y a moins d’un mois, Cohen venait de publier son dernier album, You want it darker, dont la chanson titre pourrait être considérée comme un dernier regard sur le monde. L’accompagnement du chœur de la Synagogue de Montréal est remarquable.
https://www.youtube.com/watch?v=v0nmHymgM7Y

If you are the dealer, I’m out of the game
If you are the healer, it means I’m broken and lame
If thine is the glory then mine must be the shame
You want it darker
We kill the flame

Magnified, sanctified, be thy holy name
Vilified, crucified, in the human frame
A million candles burning for the help that never came
You want it darker
Hineni, hineni
I’m ready, my lord

Si tu es le croupier, je suis hors du jeu
Si tu es le guerisseur, ça signifie que je suis brisé et bancal
Si le tien est la gloire alors le mien doit être la honte
Tu le veux plus sombre
Nous tuons la flamme

Magnifié, sanctifié, soit ton saint nom
Vilipendé, crucifié, dans la constitution humaine
Un million de bougies qui brûlent pour une aide qui n’est jamais venue
Tu le veux plus sombre
Me voici, me voici
Je suis prêt, Seigneur

Un disque simple et profond, lumineux et sombre à la fois, dans la lignée de toute l’œuvre de Leonard Cohen qui, en 45 ans de carrière, n’a publié que quatorze albums.
Pour la sortie de cet album ultime, l’artiste canadien confiait aux Inrocks. « Je n’ai pas peur de la mort, ce sont les préliminaires qui m’inquiètent » Il y parlait aussi de la disparition de sa muse, Marianne Ihlen, l’inspiratrice de So long, Marianne et dévoilait la lettre qu’il lui avait adressée :
Marianne, le temps où nous sommes si vieux et où nos corps s’effondrent est venu, et je pense que je vais te suivre très bientôt. Sache que je suis si près derrière toi que si tu tends la main, je pense que tu pourras atteindre la mienne. Tu sais que je t’ai toujours aimée pour ta beauté et ta sagesse, je n’ai pas besoin d’en dire plus à ce sujet car tu sais déjà tout cela. Maintenant, je veux seulement te souhaiter un très bon voyage. Adieu, ma vieille amie. Mon amour éternel, nous nous reverrons.”
https://www.youtube.com/watch?v=-ACgCmBubb4

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Né le 21 septembre 1934 à Montréal a sorti son premier album en 1967, un premier recueil de chansons qui nous parle du mal-être et du dépit amoureux. Dès ces débuts, nous pourrions dire que tout le talent de Leonard Cohen se trouve dans ces premières chansons douces et hypnotiques, dans ce mélange de profondeur et de détachement.
Aujourd’hui, devant la triste nouvelle de la disparition de ce grand artiste, tant de chansons se bousculent dans ma tête et dans mon cœur.

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https://www.youtube.com/watch?v=6vsw6w1hVGE
Des chansons murmurées plus que chantées dont les textes sont de vrais poèmes où se mêlent la pensée religieuse, l’amour, le sexe et la politique.
https://www.youtube.com/watch?v=n_56ep729TE
Des chansons qui étaient pour Cohen lui-même la quête d’une « forme d’équilibre dans le chaos de l’existence ».
https://www.youtube.com/watch?v=YrLk4vdY28Q

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Leonard Cohen partió ayer de gira bajo otros cielos. Un artista fuera de la norma, incomparable, cuyas canciones, So long Marianne, Suzanne, The partisan…, le pusieron ritmo a partes importantes de mi vida. Una gran tristeza aún si estas canciones nos acompañarán por siempre.
Hace menos de un mes, Cohen acababa de publicar su último álbum, You want it darker, cuya canción título podría ser considerada como una última mirada sobre el mundo. El acompañamiento del coro de la sinagoga de Montreal es notable.
https://www.youtube.com/watch?v=v0nmHymgM7Y

If you are the dealer, I’m out of the game
If you are the healer, it means I’m broken and lame
If thine is the glory then mine must be the shame
You want it darker
We kill the flame

Magnified, sanctified, be thy holy name
Vilified, crucified, in the human frame
A million candles burning for the help that never came
You want it darker
Hineni, hineni
I’m ready, my lord

Si sos crupier, estoy fuera del juego
Si sos sanador, eso significa que estoy quebrado y chueco brisé et bancal
Si lo tuyo es la gloria lo mío debe ser la vergüenza
Lo querés más oscuro
Matamos la llama

Magnificado, santificado, sea tu santo nombre
Vilipendiado, crucificado, en la constitución humana
Un millón de velas que arden por una ayuda que no llegó nunca
Lo querés más oscuro
Heme aquí, heme aquí
Estoy listo, Señor

Un disco simple y profundo, luminoso y sombrío a la vez, en la línea de toda la obra de Leonard Cohen que, en 45 años de carrera, sólo publicó catorce álbumes.
Para la salida de este último álbum, el artista canadiense confiaba a la revista Inrocks: “No me asusta la muerte, sus preliminares me inquietan”. Hablaba también allí de la desapariución de su musa, Marianne Ihlen, la inspiradora de So long, Marianne y develaba la carta que le había dirigido:
Marianne, el tiempo en que somos tan viejos y en que nuestros cuerpos se derrumban ha llegado, y pienso que voy a seguirte muy pronto. Sabé que estoy tan cerca detrás de vos que si tendés la mano pienso que podrás alcanzar la mía. Sabés que siempre te he amado por tu belleza y tu sabiduría, no necesito decirte más al respecto ya que lo sabés todo. Ahora, sólo quiero desearte un muy buen viaje. Adiós, mi vieja amiga. Mi amor eterno, nos volveremos a ver.”
https://www.youtube.com/watch?v=-ACgCmBubb4

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Nacido el 21 de septiembre de 1934 en Montreal, sacó su primer álbum en 1967, un primer conjunto de canciones que nos habla del malestar y el despecho amoroso. Desde sus comienzos, podríamos decir que todo el talento de Leonard Cohen se encuentra en estas primeras canciones dulces e hipnóticas, en esta mezcla de profundidad y de desapego.
Hoy, ante la triste noticia de la desaparición de este gran artista, tantas canciones de agolpan en mi cabeza y en mi corazón.

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https://www.youtube.com/watch?v=6vsw6w1hVGE
Canciones murmuradas más que cantadas cuyos textos son verdaderos poemas donde se mezclan el pensamiento religioso, el amor, el sexo y la política.
https://www.youtube.com/watch?v=n_56ep729TE
Canciones que eran para Cohen mismo la búsqueda de una « forma de equilibrio en el caos de la existencia ».
https://www.youtube.com/watch?v=YrLk4vdY28Q

Ernest Pépin, une histoire d’île – una historia de isla

« Lire c’est recréer l’âme des choses, écrire c’est fabriquer un nid pour les œufs de la mémoire »
Ernest Pépin

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Poète, romancier, essayiste, Ernest Pépin est l’une des figures de proue de la littérature antillaise. Il puise son inspiration aussi bien dans l’amour que dans l’actualité ou l’histoire des îles. Il arrive même qu’il s’inspire de la vie du peinte new-yorkais Basquiat, comme c’est le cas pour son dernier roman, Le griot de la peinture.

Né en 1950 au Lamentin, en Guadeloupe, Ernest Pépin fit des études de lettres modernes à l’université de Bordeaux.
Enseignant et puis critique avant d’aborder la littérature, il publie son premier recueil de poésie, Au verso du silence, en 1984. Six ans plus tard, parut L’homme au bâton, un roman tragi-comique où le folklore antillais est traité avec humour.
En 2006, L’envers du décor détruisait le cliché d’une Guadeloupe de carte postale.
Le griot de la peinture, son dernier roman est une plongée onirique dans l’œuvre du peintre Basquiat, génie rebelle des années 80 à New-York.

-Monsieur Pépin, vous écrivez (…) normalement en français, rarement en créole. Que vous pousse-t-il à choisir une expression plutôt qu’une autre, pourquoi le français de préférence ?
J’ai été formé, comme beaucoup d’autres, intellectuellement et littérairement en français. Cela me donne une certaine aisance que je n’ai pas en créole écrit. Il ne suffit pas de parler une langue pour être capable d’écrire dans cette langue. Donc, j’écris en créole par solidarité, pour m’obliger à le faire et apporter, moi aussi, ma petite pierre à l’édifice. Les textes en créole me viennent spontanément en créole. La langue alors s’impose à moi.
-Quel rôle a joué la langue créole pour vous ? Avez-vous vécu l’interdiction de l’utiliser en famille, à l’école ou dans d’autres lieux ? (…)
J’ai été élevé dans un milieu petit bourgeois, père directeur de collège, mère professeur. Donc, il n’y a pas eu d’interdiction mais tout simplement le créole n’était pas notre outil de communication. À l’époque, on trouvait « vulgaire » quelqu’un qui s’exprimait en créole. C’était injuste mais c’était comme ça ! Par contre, chez ma grand-mère, lors des vacances scolaires, le créole nous « récupérait » sans peine.
www.potomitan.info

Dis-leur

Un oiseau passe
éclat de plumes
dans le courrier du crépuscule

VA
VOLE
ET DIS-LEUR

Dis-leur que tu viens d’un pays
formé dans une poignée de main
un pays simple comme bonjour
où les nuits chantent
pour conjurer la peur des lendemains
dis-leur
que nous sommes une bouchée
répartie sur sept îles
comme les sept couleurs de la semaine
mais que jamais ne vient
le dimanche de nous-mêmes

VA
VOLE
ET DIS-LEUR

Dis-leur que les marées
ouvrent la serrure de nos mémoires
que parfois le passé souffle
pour attiser nos flammes
car un peuple qui oublie
ne connaît plus la couleur des jours
il va comme un aveugle dans la nuit du présent
dis-leur que nous passons d’île en île
sur le pont du soleil
mais qu’il n’y aura jamais assez de lumière
pour éclairer
nos morts
dis-leur que nos mots vont de créole en créole
sur les épaules de la mer
mais qu’il n’y aura jamais assez de ciel
pour brûler notre langue

VA
VOLE
ET DIS-LEUR

Dis-leur qu’à force d’aimer les hommes
nous avons appris à aimer l’arc-en-ciel
et surtout dis-leur
qu’il nous suffit d’avoir un pays à aimer
qu’il nous suffit d’avoir des contes à raconter
pour ne pas avoir peur de la nuit
qu’il nous suffit d’avoir un chant d’oiseau
pour ouvrir nos ailes d’hommes libres

VA
VOLE
DIS-LEUR

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Je suis cet homme

Je suis cet homme inconsolé de t’avoir tant aimée
Qui croyait être né pour être ton héros
Cet homme à bout de souffle
À force d’avoir couru après tes étoiles
Qui croyait que la nuit se couvrait de ta peau
Je suis cet homme inconsolé de t’avoir tant aimée
Qui croyait que l’enfance ressemblait à tes seins
Cet homme à bout de soif
À force d’avoir creusé l’ambre de tes yeux
Qui croyait être né pour être ton sorcier
Je suis cet homme
Feu de joie
Feu de paille
Qui croyait que les flammes chantaient l’éternité
Je suis cet homme qui refusait le temps
Ce rendez-vous donné au miracle du toujours
Cette pierre au fond de ta rivière
Sur laquelle passe l’eau comme une fête d’amour
Je suis cet homme inconsolé de t’avoir tant aimée
Ce muet que personne n’entend
Et qui crie ton nom comme une immense prière
Dans un immense désert
Brûlé de rêves immenses auxquels personne ne croit
Et qui cherche
La clé
Le sésame
La formule magique
Du conte que nous avions inventé tous les deux
À tous les vents du monde

Dédié à James Noël

Intranquille

Dans l’affection des résonnances
Je voyagerai parmi vos tressaillements
Homme sans peau
Homme sans couleur
Souverain rêveur
J’accueillerai toutes les ailes
Les voilures ivres de vivre
Les mains pleines d’échos et de frontières
Je traverserai les trous noirs
Les flaques inquiètes du malheur
Et le centre même des tornades
J’avancerai en derviche tourneur
En mutant
En mémoire du séisme
Comme un homme qui comble l’avenir
Et que mon corps s’emplisse de souffles d’îles
Qu’il danse et tourne
Qu’il vibre
Et refonde le jardin du monde
J’ai fait ce rêve à tous les vents
Ce rêve de salamandre et de terre promise
Ce rêve à contre-monde
Et je signe cette beauté des vents
Révérence inouïe de l’oiseau en fleur
Vrai comme la liberté !

La flûte des mornes

Pour Mona

La flûte des mornes
Monte
S’enroule autour du serpent maigre
Escalade les torrents fous
Blues
Blues à boire
Blues à ti-bois
La flûte des mornes force l’énergie
Secoue la crinière des rivières
Bascule le tambour de basse
Baille la voix
Mona
Baille la voix
Les chiens de garde ont peur
Baille la voix
Mona
Bel air de la flûte des mornes
Bel air aux pieds nus
Ballet de bambous
En vérité
En vérité Mona ouvre la tête du morne
Présente au Nord
Présente au Sud
Le bouclier des voix nouvelles
En vérité
Flûte des flamands roses
Flûte des colombes bleues
Flûte des feux de bois brûlés
En vérité
Le grand vertige descend des mornes
Réveille les sept couleurs
Réveille les abeilles
Mona réveille-nous
Réveille-toi
Il n’y a pas de point final
Il n’y a pas de note finale
Il y a seulement le morne qui dégringole
Dans le bois brûlé de nos cœurs

Bonsoir !

J’étais venu à pas de loup pour te dire bonsoir
Je marchais avec la nuit
La nuit marchait avec mon émotion
La pluie plantait son chant
L’obscurité se souvenait
Et tu étais si vaste
Quelque part endormie
Le monde s’était éteint empilé sur lui-même
Mais ton visage dépliait l’écho de sa lumière
Et moi j’apprenais à consentir à toi
À n’attendre rien
À répondre à la richesse de l’absence
La nuit me récompense d’avoir pensé à toi
Elle tisse l’essentiel
L’intraduisible
La nuit c’est le ciel qui se baisse pour mieux te rêver
Le rêve est la seule chance de la nuit
Et ton sommeil suffit à libérer dans le monde
Des millions d’étoiles qui te disent
BONSOIR

Le vent m’a demandé

Le vent m’a demandé
Quelle est ton histoire
C’est une histoire de vents et de mers enchaînées
Une histoire de caravelles et de bateaux négriers
Une histoire d’îles volées et de cimetières d’eau salée

Le vent m’a demandé
Quelle est ton histoire
C’est une histoire de cannes et de jardins créoles
Une histoire de maîtres et d’esclaves tourmentés par l’histoire
Une histoire des couleurs du monde
Une histoire de peuples qui déménagent les greniers du monde
Une goutte d’île dans l’histoire des continents

Le vent m’a demandé
Quelle est ton histoire
C’est une histoire de révolte et de nègres marrons
Une histoire de langue que j’ai inventée avec des restes de langues et des étincelles de mer
Une histoire d’épices et de cuisine créole
(Toute chose brûlante au midi de la faim)
Une histoire de femmes sans ailes et d’enfants arc-en-ciel
Une histoire d’êtres humains à réinventer

Le vent m’a demandé
Quelle est ton histoire
C’est une histoire de salaisons
Une histoire de rhum et de sucre amer
C’est une histoire de marchandises importées et d’idées toutes neuves
Une histoire de cyclones
De mémoires de volcans
De gens contrariés
Une histoire d’île en somme
Qui cherche son chemin sur la carte des oiseaux-malfinis

Le vent m’a demandé
Quelle est ton histoire
J’ai répondu
C’est l’histoire d’un vent fou de colère contre des siècles d’histoire

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Personne n’a jamais su d’où venait cette expression « faire des noix », cependant tout le monde savait la traduire au plus haut des possibilités de la volupté.
C’était un art qui ne supposait aucun entraînement, au contraire !Ils s’épanouissaient dans un onctueux laisser-aller, dans un joyeux frotti frotta et un enfiévré massage de lune en amont.
Les bons faiseurs de noix devaient être de redoutables psychologues car, en vérité, la noix ne s’impose pas mais elle s’amène doucement avec d’infinies précautions, sans effaroucher la chère, sans paraître grossier au regard parfois vigilant et proche d’un quelconque parent de la gamine.
Il y a bien sûr des noix de bordées, véritables catch érotiques, délices des manawas en chasse et en chaleur, brutales estocades de débutants trop égorgés ou d’ivrognes sans finesse aucune. Elles ne peuvent en aucun cas intéresser le chroniqueur. Ce sont des noix qui ont leur place dans les bacchanales du carnaval lorsqu’une biguine-vidé déchire toutes les respectabilités.
En la matière, il faut mesurer toute la distance qui sépare un vorace agoulu grand-fale de chair féminine, bâtisseur d’une véritable cathédrale de volupté dont la flèche gothique culmine dans une imprévue jouissance.
Il y a d’abord l’approche exploratrice. Elle sert à tâter le terrain. Le cavalier d’un air faussement nonchalant effleure de sa poitrine les seins de sa dame. Il renouvelle avec tact sa manœuvre comme par hasard tout en observant les réactions. Une gêne ? Un durcissement des seins ? Un début d’abandon ? Si la belle ne s’effarouche point, il profite d’une pirouette pour réajuster son étreinte de manière que les corps puissent s’emboîter l’un dans l’autre et progressivement, insidieusement il accentue la pression pour lever la chaleur des sens.
C’est le moment le plus délicat. Celui où elle peut se rebeller et déplacer l’axe de son corps tout en se raidissant pour détruire toute l’harmonie de l’édifice. Elle peut aussi, tout en feignant d’ignorer la stratégie du cavalier, jouer le jeu sans pour autant participer activement.
Alors le danseur se rapproche au plus près, il arrondit le dos pour envelopper et colle son bassin. Phase intime, déjà pleine d’émoi où les corps baignent dans la douceur des hanches et où les sens commencent à déparler. Les mains se resserrent. La belle est dans l’étau et elle commence à masser son partenaire. Enfin tout s’accélère, la respiration, la rotation du bas-ventre, le couple accordé au diapason plonge dans l’ivresse de la noix.
Tout est sensuel, diffus, voluptueux. Un tumulte du sang étourdit des danseurs et chaque pas devient un plaisir plus aigu et un balancement d’étoiles. La flamme du désir, attisée par les reins, monte parfois jusqu’à l’orgasme.
Il faut dire que les danseuses avaient inventé toute une batterie de parades contre les cavaliers trop entreprenants. Nous les avions baptisées « clés » ou « judo » pour exprimer notre dépit.
Il s’agissait pour elle, tout en respectant le rythme de la danse, de se placer en porte à faux de manière à empêcher toute coïncidence des lunes d’amour. Impossible alors de s’approcher, de serrer, car l’arête d’une cuisse défensive gâchait le plaisir. D’autres, ostensiblement, mettaient leurs fesses à l’abri en se reculant au maximum. Mais le plus dur, c’était la cavalière qui plaçait ses bras de telle sorte qu’elle pouvait repousser à son gré tous les assauts. Dans ce cas-là, la cause était perdue d’avance et il ne restait plus qu’à changer de partenaire.

L’homme au bâton, Gallimard, 1992

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Ne me regardez pas dans mon corps d’homme ordinaire, mais soupesez dans la balance de l’ivresse le poids exact de chaque goutte de mon sang car c’est mon sang qui  circule, voltige et s’embrase sous la peau tendre du tambour-ka.
Que deviendraient les malheureux sans une langue pour chanter les profitances qu’ils endurent et sans deux mains pour cogner le tambour-ka ? Le ka calcule la souffrance. Le ka ne capitule pas, il caracole en tête de toutes les révoltes. Le ka cabale à l’occasion et repère  les signes cabalistiques. Le ka câble toutes les mémoires et décabosse l’oubli. Le ka cabriole et cadenasse les caciques et les caïds. Le ka dessine  une nouvelle calandre pour l’espoir et ouvre des ailes de calao-guerrier. Le ka caline le sang  et allume un camulet de chaude passion couleur de canna. J’ai toujours cela en tête lorsque je cogne jusqu’à déchirer les viscères de la nuit.
Nous avons semé le tambour pour nous souvenir, pour nos rassembler, pour retrouver le chemin. Nous avons aussi semé le tambour pour inventer le chemin, pour débarrer le passé et l’avenir.
Gwoka des sabots de chevaux de course, des cris d’oiseaux migrateurs, des armées de minuit. On dit que la terre tourne. Nous, nous disons que la terre danse. Au commencement était l’oreille…
Songez ! Oh songez !

Tambour-Babel, Gallimard, 1996

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C’est à cette époque qu’une maladie étrange fit des ravages dans mon cerveau. Je contractai la rage de lire, de tout lire, de lire matin, midi et soir. Et lorsque toutes les lumières étaient éteintes, je me confectionnais une tente avec mon drap et un balais et je m’usais les yeux à la lueur d’une torche électrique. Le monde des histoires supplantait la réalité du monde. Je m’y plongeais avec toute la passion d’un pêcheur de perles. J’épousais la vengeance du comte de Monte-Cristo. Je pleurais sur les malheurs de Gervaise. J’épuisais des chevaux avec d’Artagnan. Le nez et le panache de Cyrano de Bergerac devenaient mon nez et mon panache. Je me prenais pour l’Aiglon, pour Mozart, pour le Cid. Sans avoir visité la France, j’avais entendu la chanson des cigales de la Provence d’Alphonse Daudet, j’avais plongé dans les égouts du Paris de Victor Hugo. La bibliothèque du collège était là, à portée de main et je m’y goinfrais comme les géants de Rabelais. (…)
Les livres n’étaient point des objets. Ils avaient une âme ! Ils avaient l’odeur des livres. Je humais, je respirais à pleins poumons, je m’enivrais. Les livres avaient la sorcellerie des mots. Je m’extasiais, je jonglais, je copiais, j’apprenais, je me délectais. Les livres avaient une épaisseur et lorsque l’histoire me paraissait trop belle et qu’il ne restait que peu de pages à lire, je ralentissais, je freinais, je prenais le temps d’épuise l’épaisseur. Les livres avaient des secrets, des vices même. Ainsi un livre d’anatomie troublait ma bonne conscience.
Certains livres devaient se manier comme des grenades explosives, d’autres comme des bouquets de fleurs, d’autres encore vous enveloppaient voluptueusement comme des couvertures un jour de pluie. Il y avait des livres pour pleurer, des livres pour rire, des livres pour faire peur, des livres pour vivre trop fort, trop vite, trop bien. Il y avait des illustrations qui m’attiraient, me repoussaient, me parlaient. Et je touchais la « peau » d’un livre comme on caresse une fiancée. Un jour, j’en étais sûr, j’allais écrire !

Coulée d’or, Gallimard Jeunesse, 1995

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Nous étions entassés comme des crabes dans un bateau pourri qui puait le mazout. Il n’y avait pratiquement rien à manger. L’eau était rare. Des hommes armés nous veillaient. Nous, c’est-à-dire une bande de zombies sales et à demi-fous. Il y avait des femmes. Il y avait des hommes. Ils avaient refusé les enfants. Le vomi ! La merde ! Des maux de ventre ! Certains déparlaient. D’autres priaient. Impossible de dormir. Nos yeux pendaient, nos gueules bavaient et nos corps cassaient les cordes de la raison. Un a plongé parmi une danse de requins. Il a préféré finir avec ça. Un autre est mort sans aucune explication. Une femme a accouché. Elle avait caché sa grossesse ! Et les hommes armés ont jeté le bébé. La tête de la femme est partie. Elle voulait donner le sein à tout le monde croyant, à chaque fois, que l’un ou l’autre était son bébé. Les hommes armés burent son lait en disant que ça lui ferait du bien. La mer a des trous ! La mer a des vices cachés ! la mer est sans maman pour les bateaux de sauve-qui-peut. Finalement nous avons vu au loin les hauteurs de la Dominique. Nous sommes restés toute une journée sous le soleil. Il fallait attendre la nuit pour débarquer. Ils nous ont fait descendre sur une plage sauvage. Nous n’avions pas la force de nous tenir debout. Ils nous ont entassés dans un camion. Ils sont partis sans même nous souhaiter bonne chance. Le camion nous a conduit dans une habitation, bien cachée dans les bois, et là on nous a expliqués qu’il nous fallait payer pour notre séjour et notre voyage jusqu’en Guadeloupe. C’est à ce moment-là que j’ai compris que nous avions été vendus comme des esclaves. On devait payer en travail forcé sans savoir quand ça s’arrêterait. Au moins, nous pouvions manger des ignames, des fruits-à-pain, des mangues et boire de l’eau fraîche. La Dominique est une île à rivières. Je suis resté trois mois à rembourser la dette. Interdiction de sortir. On partait le matin et on rentrait le soir comme un troupeau, pour dormir l’un sur l’autre dans une sorte vde hangar. Excepté la femme folle qui payait avec son morceau de nature. Au bout de trois mois, on nous a parlé d’un chargement clandestin. Je me suis retrouvé dans un canot qui filait vers Marie-Galante. Là, d’autres Haïtiens m’ont réceptionné. C’était la saison de la coupe de la canne. J’ai été embauché sans problème, à condition de ne pas trop me montrer en dehors des champs. À part le propriétaire, il n’y avait aucun Guadeloupéen avec nous. Cela nous arrangeait, car nous voulions vivre selon nos mœurs, sans déranger personne. J’ai coupé la canne comme un enragé et, à la fin de la récolte, le patron m’a donné une monnaie conséquente. Je n’avais jamais eu autant d’argent dans mes mains.
De nuit, un pêcheur m’a jeté au large de Trois-Rivières dans une mer chiffonnée. Grâce à dieu, j’ai pu nager. Une camionnette attendait. Elle devait nous conduire à Petit-Bourg. Surchargée, roulant tous feux éteints, elle a percuté une autre voiture. Il y a eu des blessés et des morts. Je me suis enfui dans les bois et j’ai marché jusqu’à Pointe-à-Pitre.

L’envers du décor, Hoëbeke, 2004

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Et pour de bon, je naquis ce jour-là issu d’une terre harcelée par les dieux et de Porto-Rico la belle catholique aux yeux (chastes) de mulâtresse.
À vrai dire, ni le mot noir, ni le mot mulâtresse, ni le mot Afrique, ni le mot Amérique ne voulaient rien dire pour moi. On ne naît pas noir, on le devient, ainsi que j’allais l’apprendre plus tard.
J’étais au confluent de tout cela sans le savoir vraiment, décidé à tracer dans le chaos du monde le graffiti obscur d’un éclat d’existence dans une ville impossible.
Parce que New York est une ville impossible. Elle peut gratter follement les pieds, lancer, de nuit, les stridences du jazz, oublier qu’elle est noire, boxer les petits matins et se réfugier dans les quartier aveugles. Jungle tangible où danse des saltimbanques, elle boit des vies comme on boit un alcool ou bien pousse un gospel lancinant que les pieds tambourinent. Transe exaltée, New York concasse le soleil et de multiples taxis jaunes. C’est une démesure qui coiffe l’infini des mondes, une trompette qui beugle et gicle du sang.

Le griot de la peinture,Caraïbéditions, 2014

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Je me sentais léger en ces temps désolés où la modernité massacrait l’île. Un lot d’affiches parasitant la verdure, rendant aveugles les arbres, soumettant les carrefours à la loi du marché pour vanter de manière incongrue tel ou tel produit des supermarchés, tel ou tel crédit dont l’offre se voulait alléchante, telle ou telle voiture avec laquelle on pouvait faire le tour du monde, le monde lui-même au bout des ailes d’un avion. Je me sentais peinard dans ce maquis de débrouilles où chacun tirait son diable en croyant que la vie se résumait à acheter, à baiser la fourmilière des femmes, à coquer comme ils disent du matin au soir et du soir au matin, à paraître mannequin au lieu d’exister en plénitude. C’était cela le temps que l’on m’avait légué et je faisais avec, du haut de ma jeunesse, et même parfois, je n’enviais aucun roi parce que mon royaume, à moi, relevait de l’invisible et des franges marginales où coulait la drogue, le sexe et le rhum au gingembre. (…)
Villas avec piscine, quatre-quatre, vêtements de luxe, tout le décor d’une île déboussolée qui ne savait plus vivre que pour l’argent et la consommation. L’antan ? Qui se préoccupait de l’antan à part quelques intellectuels perdus  dans leur langage. Même les grand-mères portaient des strings ! Il fallait être à la mode, dans les circonvolutions des tatouages et de l’impudeur des tailles basses. Un carnaval permanent ! Une misère qu’aucune pluie ne saurait laver.
L’antan ?
Régulièrement le présent explosait. Des grèves paralysaient le pays, avalaient l’eau des robinets, vidaient les hôtels, coupaient les arbres et chacun s’enfonçait dans la résignation des jours morts. C’était cela le présent, une suite de convulsions entrecoupées de fêtes du carnaval, de Noël, de la Toussaint, des vacances de Pâques au bord des plages et de grandes vacances qui incendiaient les mois de juillet et d’août. Un malaise inexplicable rongeait la société engluée dans le souvenir de l’esclavage et exaltée par des rêves d’indépendance. On l’appelait département français, département d’outre-mer, sans savoir comment le nommer car lui-même avait du mal à se situer sur la carte du monde. (…)
L’Europe par ci ! L’Europe par là ! Petit à petit, nous devenions des sortes d’Européens assistés, subventionnés, incapables d’être nous-mêmes. Nos enfants ne mangeaient plus de fruit-à-pain, de mangue, d’igname, de dombré. Ils se rendaient obèses dans les Mac Donald. (…) Qu’avions-nous à offrir au monde ? Un peu de sucre de canne (non raffiné), un peu de bananes (souvent cyclonnées), un peu de rhum (peu connu), un ti brin, un ti-tac, un ti-zinc, à la mesure de notre déchéance dorée. Notre jardin se trouvait sur le port. Nous étions devenus un peuple-container, un désastre !
Et l’État ne comprenait pas que nous puissions avoir marre de ce jeu-là dont nous n’étions que les figurants tout en étant la matière première.
Nos propres élus montaient et descendaient dans des Boeings, en première classe, pour aller crier en France nos doléances, nos peurs, nos colères et en-France répondait en millions d’euros, faisant comme si nous profitions de quoi que ce soit. Et les élus répétaient millions d’euros, faisant comme s’ils avaient décidé de quoi que ce soit.

Toxic Island, Ed.Desnel, 2011

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Mesdames, Messieurs,
Il est des mots que l’histoire a blessés et dont le sang ne coagule jamais.
Des mots de plaie vive qui suinte d’amertume et que ravive la conscience du toujours et du jamais.
Des mots d’eau salée qui ont poussé à l’ombre de l’arbre du non-retour.
Des mots sombres comme les cales de bateaux négriers.
Des mots couleur de peau, au plus noir du désastre quand s’effondrent les dieux et que la langue déparle.
Des mots qui sont des cris que dévorent les îles et des chants resurgis au blues des plantations.
Des mots qui hèlent des mémoires enchaînées comme des meutes humaines sans jarret pour courir et qui pourtant traversent l’immense tragédie du survivre.
Parmi ces mots où s’abaisse l’humain, il en est un qu’il convient de retenir comme une « blessure sacrée ». C’est le mot « esclavage ».
Parmi les esclavages qui furent l’ombre de l’histoire, l’un nous somme d’exister car il nous fut baptême. Je veux parler de l’esclavage des noirs.
Esclavage inédit où se forgea le masque d’une altérité radicale comme commuée en essence par un monde occidental et chrétien avide de légitimer et d’exonérer sa propre histoire. Hegel parle volontiers de ruses de la raison, qu’il me soit permis d’ajouter la déraison des ruses.
Esclavage massif au cours duquel furent inventées les Amériques en capitale de la douleur des peuples déportés, en cathédrale baroque du souffrir des peuples exterminés, en banque du sang brûlé aux arbres de lynchage. Un sang couleur de sucre et de coton, d’épices et de produits exotiques. Toujours l’exotisme fut l’impensé de l’occident devant la raideur de sa flèche et la froidure de sa technicité, La brèche ouverte par où passe la chosification esthétique de l’autre.
Esclavage où toute la sauvagerie fut convoquée pour déshabiter l’humain au nom du seul profit et du rêve fou de créer un nouveau monde.
Esclavage ! Le mot se suffit à lui-même et pourtant il fut notre berceau. Notre seul berceau !
Si la traite symbolise une coupure ancestrale, l’Habitation, elle négocie une soudure avec cette indomptable énergie qu’on appelle la vie.
Vint le temps des raccommodages sans autre aiguille que la foi dans cette part d’humanité qu’il fallait préserver malgré tous les malgré.
Vint le temps des bricolages avec des présences disparues et muettes, des surgissements obscurs et des clignotements de densités nouvelles.
Vint le temps des syncrétismes, des emmêlements, des poétiques forcées, des langages du divers, de ce tremblement d’une conscience qui cherche dans les décombres les matériaux d’une reconstruction de soi.
Il suffit de regarder du côté du vaudou, de la santería, du candomblé, du quimbois, des contes créoles, de la cuisine créole, des danses de mayolé, de la capoeïra, du gwoka, et l’on voit l’énoncé d’une anthropologie de la déconstruction reconstruction.
L’imaginaire des peuples ne dort jamais !
Nous sommes la preuve vivante d’un cauchemar converti en lumière avec les éclats multiples d’un inventer toujours recommencé.
C’est dans la nuit des plantations –alors même que les esprits d’avant, humiliés par l’arrogance du fouet, souillés par « l’omni-niant crachat », rejetés par d’autres baptêmes- qu’est née notre parole intime, protectrice, revendicatrice, réhabilitatrice pour dire au monde l’imaginaire des damnés de la terre et la postulation d’une fraternité à visage d’homme.
En langue créole, parlant d’un être méchant, on dit : sé figi a mouri i ni !
Autrement dit, il a l’apparence d’un être humain mais il n’est pas un être humain !
J’aime cette parole venue de nos aïeux. Elle signifie que l’humanité n’est pas dans l’apparence mais dans une posture qu’aucun miroir ne saurait restituer. L’humanité est peut-être ce qui ne se voit pas mais ce au nom de quoi nous agissons. Autant dire que l’humanité réside essentiellement dans une éthique, une esthétique.
L’erreur de l’occident fut de se vouloir l’unique miroir, l’unique forme, l’unique modélisation de l’humain et de cultiver au nom de cet imperium l’exclusion comme seule mode de relation à l’autre. On ne confisque pas l’humanité ! Elle revient toujours sur les lieux du crime pour tenter de conjurer la racine du Mal.
Lorsqu’on privilégie l’idéologie (toujours leurrante) en lieu et place de la philosophie, la barbarie sort de son trou et dévore victimes et bourreaux. (…)
Le monde porte sur ses épaules non seulement ce crime contre l’humanité mais encore de nombreux crimes irréparés. Il me semble nécessaire au lieu d’accepter la concurrence des victimes, la hiérarchisation des crimes d’envisager, au contraire, la solidarité.
La solidarité vraie.
La solidarité active e ingénieuse.
La solidarité pan-humaine.
Nous pourrons reprendre en chœur la célèbre phrase de Martin Luther King : « I have a dream » ! One day, un día, un jour, on jou ! Nous serons peut-être tous lavés parce que responsable d’un autre avenir.
Nous habiterons une insomnie d’étoiles marrones, une voyance fraternelle. Nous effeuillerons le mot « égalité » dans la prière des arbres de la raison et nous ferons du monde une forêt bleue où les mémoires pourront enfin reposer en paix.
La plus belle des réparations ? La réhumanisation tout simplement !

Discours d’ouverture du colloque transdisciplinaire : la réparation de l’esclavage en question.
Le 16 décembre 2006

« Leer es recrear el alma de las cosas, escribir es fabricar un nido para los huevos de la memoria»
Ernest Pépin

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Poeta, novelista, ensayista, Ernest Pépin es una de las figuras tutelares de la literatura antillana, Encuentra su inspiración tanto en el amor como en la actualidad o la historia de las islas. Ocurre también que se inspire en la vida del pintor neoyorquino Basquiat, como es el caso de su última novela Le griot de la peinture (El griot de la pintura).
Nacido en 1950 en Lamentin, en Guadalupe, Ernest Pépin realizó estudios de letras modernas en la universidad de Burdeos.
Docente y luego crítico antes de abordar la literatura, publica su primer libro de poesía, Au verso du silence (Al reverso del silencio), en 1984. Seis años más tarde, apareció L’homme au bâton (El hombre con el bastón), una novela tragicómica donde el folklore antillano es tratado con humor.
En 2006, L’envers du décor (El revés del decorado) destruía el cliché de una Guadalupe de tarjeta postal.
Le griot de la peinture (El griot de la pintura), su última novela es un buceo onírico en la obra del pintor Basquiat, genio rebelde de los años 80 en Nueva York.

-Señor Pépin, usted escribe (…) normalmente en francés, raramente en creole. Que lo lleva a elegir una expresión más que otra, ¿por qué preferentemente el francés?
Fui formado, como muchos otros, intelectualmente y literariamente, en francés. Esto me da una cierta facilidad que no tengo en creole escrito. No basta hablar una lengua para ser capaz de escribir en esa lengua. Escribo entonces en creole por solidaridad, para obligarme a hacerlo y traer, yo también mi pequeña piedra al edificio. Los textos en creole me vienen espontáneamente en creole. Entonces la lengua se me impone.
-¿Qué papel jugó la lengua creole para usted? ¿Vivió la interdicción de usarla en familia, en la escuela o en otros lugares? (…)
Fui criado en un medio pequeño burgués, padre director de colegio, madre profesora. No había entonces interdicción pero simplemente el creole no era nuestra herramienta de comunicación. En esa época parecía « vulgar » que alguien se expresara en creole. ¡Era injusto pero era así! En revancha, en lo de mi abuela, durante las vacaciones escolares, el creole nos “recuperaba” sin problema.

www.potomitan.info

Deciles

Un pájaro pasa
estallido de plumas
en el correo del crepúsculo

ANDÁ
VOLÁ
Y DECILES

Deciles que venís de un país
Formado en un apretón de manos
un país simple como buenos días
donde las noches cantan
para conjurar el miedo del mañana
deciles
que somos un bocado
repartido en siete islas
como los siete colores de la semana
pero que nunca llega
el domingo de nosotros mismos

ANDÁ
VOLÁ
Y DECILES

Deciles que las mareas
abren la cerradura de nuestras memorias
que a veces el pasado sopla
para atizar nuestras llamas
ya que un pueblo que olvida
ya no conoce el color de los días
va como un ciego en la noche del presente
deciles que pasamos de una isla a otra
sobre el puente del sol
pero que nunca habrá bastante luz
para iluminar
a nuestros muertos
deciles que nuestras palabras van de un creole a otro
sobre los hombros del mar
pero que nunca habrá bastante cielo
para quemar nuestra lengua

ANDÁ
VOLÁ
Y DECILES

Deciles que a fuerza de amar a los hombres
aprendimos a amar al arco iris
y sobre todo deciles
que nos basta con tener un país para amar
que nos basta con tener cuentos para contar
para no temer a la noche
que nos basta con tener el canto de un pájaro
para abrir nuestras alas de hombres libres

ANDÁ
VOLÁ
DECILES

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Soy este hombre

Soy este hombre desconsolado por haberte amado tanto
Que creía haber nacido para ser tu héroe
Este hombre sin aliento
A fuerza de haber corrido detrás de tus estrellas
Que creía que la noche se cubría con tu piel
Soy este hombre desconsolado por haberte amado tanto
Que creía que la infancia se parecía a tus pechos
Este hombre sediento
A fuerza de haber cavado el ámbar de tus ojos
Que creía haber nacido para ser tu hechicero
Soy este hombre
Fogata
Llamarada
Que creía que las llamas cantaban la eternidad
Soy este hombre que rechazaba el tiempo
Esta cita dada al milagro de siempre
Esta piedra en el fondo de tu río
Sobre la que pasa el agua como una fiesta de amor
Soy este hombre desconsolado por haberte amado tanto
Este mudo al que no oye nadie
Y que grita tu nombre como una inmensa plegaria
En un inmenso desierto
Quemado por sueños inmensos en lo que nadie cree
Y que busca
La llave
El sésamo
La fórmula mágica
Del cuento que ambos habíamos inventado
A todos los vientos del mundo

Dedicado a James Noël

Intranquilo

En el afecto de las resonancia
Viajaré entre sus temblores
Hombre sin piel
Hombre sin color
Soberano soñador
Acogeré todas las alas
Con las veladuras ebrias de vivir
Con las manos llenas de ecos y fronteras
Atravesaré los agujeros negros
Los charcos inquietos del dolor
Y el centro mismo de los tornados
Avanzaré como derviche
Mutando
En memoria del sismo
Como un hombre que colma al porvenir
Y que mi cuerpo se llene de soplos de islas
Que baile y gire
Que vibre
Y vuelva a fundar el jardín del mundo
Hice este sueño a todos los vientos
Este sueño de salamandra y tierra prometida
Este sueño a contra mundo
Y firmo esta belleza de los vientos
Reverencia inaudita del pájaro en flor
¡Verdadero como la libertad!

La flauta de las colinas

Para Mona

La flauta de las colinas
sube
Se enrolla alrededor de la delgada serpiente
Escala torrentes locos
Blues
Blues para beber
Blues de bosquecito
La flauta de las colinas fuerza la energía
Sacude las crines de los ríos
Vuelca el tambor del bajío
Da la voz
Mona
Da la voz
Los perros de guardia tienen miedo
Da la voz
Mona
Lindo aire de la flauta de las colinas
Lindo aire con pies descalzos
Ballet de bambú
En verdad
En verdad Mona abrí la cabeza de la colina
Presente al norte
Presente al sur
El escudo de las voces nuevas
En verdad
Flauta de los flamencos rosados
Flauta de las palomas azules
Flauta de los fuegos de leña ardientes
En verdad
El gran vértigo baja de las colinas
Despierta los siete colores
Despierta las abejas
Mona despertanos
Despertate
No hay punto final
No hay nota final
Sólo está la colina que se derrumba
En el bosque ardiente de nuestros corazones

¡Buenas noches!

Había venido en puntillas para decirte buenas noches
Caminaba con la noche
La noche caminaba con mi emoción
La lluvia plantaba su canto
La oscuridad recordaba
Y eras tan vasta
Dormida en algún lado
El mundo se había apagado apilado sobre sí mismo
Pero tu rostro desplegaba el eco de su luz
Y yo aprendía a consentirte
A no esperar nada
A responder a la riqueza de la ausencia
La noche me recompensa por haber pensado en vos
Teje lo esencial
Lo intraducible
La noche es el cielo que baja para soñarte mejor
El sueño es la única suerte de la noche
Y tu sueño alcanza para liberar en el mundo
A millones de estrellas que te dicen
BUENAS NOCHES

El viento me preguntó

El viento me preguntó
Cuál es tu historia
Es una historia de vientos y de mares encadenados
Una historia de carabelas y de barcos negreros
Una historia de islas robadas y de cementerios de agua salada

El viento me preguntó
Cuál es tu historia
Es una historia de cañas y de jardines criollos
Una historia de amos y de esclavos atormentados por la historia
Una historia de los colores del mundo
Una historia de pueblos que mudasn los graneros del mundo
Una gota de isla en la historia de los continentes

El viento me preguntó
Cuál es tu historia
Es una historia de revuelta y de negros marrones
Una historia de lengua que inventé con restos de lenguas y chispas de mar
Una historia de especias y de cocina criolla
(Cualquier cosa ardiente en el mediodía del hambre)
Una historia de mujeres sin alas y de niños arco iris
Una historia de seres humanos para reinventar

El viento me preguntó
Cuál es tu historia
Es una historia de saladeros
Una historia de ron y de azúcar amarga
Es una historia de mercaderías importadas y de ideas muy nuevas
Una historia de ciclones
De memorias de volcanes
De gente contrariada
Una historia de isla en suma
Que busca su camino en el mapa de las águilas de las Antillas

El viento me preguntó
Cuál es tu historia
contesté
es la historia de un viento loco de ira contra siglos de historia

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Nadie supo nunca de donde venía esta expresión de « hacer nueces », sin embargo todo el mundo sabía traducirla en lo más alto de las posibilidades de la voluptuosidad.
Era un arte que no suponía ningún entrenamiento, ¡por lo contrario! Florecían en un untuoso dejarse estar, en un alegre bailar pegados y un masaje de luna afiebrado por delante.
Los buenos hacedores de nueces debían ser temibles psicólogos ya que, en verdad, la nuez no se impone sino que se la maneja suavemente con infinitas precauciones, sin asustar a la querida, sin parecer grosero ante la mirada a veces vigilante y cercana de algún pariente de la chica.
Existen por supuesto nueces de andanada, verdaderos catchs eróticos, delicias de las putas de caza y en celo, brutales estocadas de debutantes demasiado degollados o borrachos sin ninguna finura. No pueden interesar de ninguna manera al cronista. Son nueces que tienen su lugar en las bacanales del carnaval cuando una biguine desgarra todas las respetabilidades.
En esta materia, hay que medir toda la distancia que separa a un voraz goloso hambriento de carne femenina, constructor de una verdadera catedral de voluptuosidad cuya torre gótica culmina en un goce imprevisto.
Primero está el acercamiento explorador. Sirve para tantear el terreno. El caballero, con un gesto falsamente indolente roza con el pecho los pechos de la dama. Renueva con tacto su maniobra como por casualidad al mismo tiempo que observa las reacciones. ¿Una molestia? ¿Un endurecimiento de los pechos? ¿Un comienzo de abandono? Si la bella no se asusta, aprovecha una pirueta para reajustar su abrazo de tal manera que los cuerpos puedan encajarse uno en otro y progresivamente, insidiosamente acentúa la presión para levantar el calor de los sentidos.
Es el momento más delicado. Aquel en que ella puede rebelarse y desplazar el eje de su cuerpo poniéndose tiesa para destruir toda la armonía del edificio. Puede también, fingiendo ignorar la estrategia del caballero, seguir su juego sin por ello participar activamente en él.
El bailarín entonces se acerca lo más cerca que puede, redondea su espalda para envolver y pega su pelvis. Fase íntima, ya llena de emoción en que los cuerpos bañan en la dulzura de las caderas en en que los sentidos comienzan a hablar. Las manos se aprietan. La bella está en la tenaza y comienza a frotar a su compañero. Por fin todo se acelera, la respiración, la rotación del bajo vientre, la pareja armonizada en el diapasón se hunde en la ebriedad de la nuez.
Todo es sensual, difuso, voluptuoso. Un tumulto de la sangre aturde a los bailarines y cada paso se vuelve un placer más agudo y un balanceo de estrellas. La llama del deseo, atizado por los riñones, llega a veces hasta el orgasmo.
Hay que decir que las bailarinas habían inventado toda una batería de defensas contra los caballeros demasiado emprendedores. Las habíamos bautizado « llaves » o « judo » para expresar nuestros despecho.
Se trataba, para ella, respetando el ritmo del baile, de ubicarse en falso de manera a impedir cualquier coincidencia de las lunas de amor. Imposible entonces acercarse, abrazar, ya que la arista de una nalga defensiva arruinaba el placer. Otras, ostensiblemente, cuidaban sus nalgas retrocediendo al máximo. Pero lo más duro era la bailarina que ubicaba de tal manera sus brazos para rechazar a gusto cualquier asalto. En ese caso, la causa estaba perdida de antemano y sólo quedaba cambiar de compañera.

L’homme au bâton (El hombre con el bastón), Gallimard, 1992

No me miren en mi cuerpo de hombre ordinario, sino pesen en la balanza de la ebriedad el peso exacto de cada gota de mi sangre ya que es mi sangre la que circula, vuela y se incendia bajo la piel tierna del tambor-ka.
¿Qué sería de los desgraciados sin una lengua para cantar los infortunios que sufren y sin sus dos manos para golpear el tambor-ka? El ka calcula el sufrimiento. El ka no capitula, caracolea a la cabeza de todas las revueltas. El ka intriga si llega el caso y descubre los signos cabalísticos. El ka cablea todas las memorias y desabolla el olvido. El Ka hace cabriolas y pone candado a los caciques y los cabecillas. El ka dibuja una nueva calandria para la esperanza y abre alas de cálao guerrero. El ka mima la sangre y enciende una pipa de cálida pasión color de caña. Tengo siempre esto en la cabeza cuando golpeo hasta desgarrar las vísceras de la noche.
Hemos sembrado el tambor para recordar, para juntarnos, para encontrar el camino, para despejar el pasado y el porvenir.
Gwoka (tipo de música con tambores) de los cascos de caballos de carrera, gritos de pájaros migratorios, de los ejércitos de medianoche. Se dice que la tierra gira. Nosotros decimos que la tierra baila. En el principio estaba la oreja…
¡Piensen! ¡Oh piensen!

Tambour-Babel, Gallimard, 1996

Fue en esa época que una enfermedad extraña hizo estragos en mi cerebro. Contraje la rabia por leer, por leer todo, leer a la mañana, al mediodía a la noche. Y cuando todas las luces se apagaban, me armaba una carpa con mi sábana y una escoba y gastaba mis ojos a la luz de una linterna. El mundo de las historias suplantaba la realidad del mundo. Me hundía con la pasión de un pescador de perlas. Abrazaba la venganza del conde de Montecristo. Lloraba con las desgracias de Gervaise. Agotaba caballos con d’Artagnan. La nariz y la valentía de Cyrano de Bergerac eran mi nariz y mi valentía. Me creía el Aguilucho, Mozart, el Cid. Sin haber visitado Francia, había oído la canción de las cigarras de la Provenza de Alphonse Daudet, me había hundido en las cloacas del París de Víctor Hugo. La biblioteca del colegio estaba allí, al alcance de la mano y engullía como los gigantes de Rabelais. (…)
Los libros no eran objetos. ¡Tenían un alma! Tenían el olor de los libros. Husmeaba, respiraba con toda mi fuerza, me embriagaba. Los libros tenía la brujería de las palabras. Me extasiaba, hacía malabarismos, copiaba, aprendía, me deleitaba. Los libros tenían un espesor y cuando una historia me parecía demasiado bella y que me quedaban pocas páginas por leer, aminoraba, frenaba, me tomaba el tiempo de agotar el espesor. Los libros tenían secretos, aún vicios. De esta manera, un libro de anatomía turbaba mi buena consciencia.
Ciertos libros debían tocarse como granadas explosivas, otros como ramos de flores, otros aún envolvían voluptuosamente como mantas en un día de lluvia. Había libros para llorar, libros para reír, libros que daban miedo, libros para vivir demasiado fuerte, demasiado rápido, demasiado bien. Había ilustraciones que me atraían, me repelían, me hablaban. Y yo tocaba la « piel » de un libro como si acariciara una novia. Un día, estaba seguro, ¡iba a escribir!

Coulée d’or (Colada de oro), Gallimard Jeunesse, 1995

Estábamos amontonados como cangrejos en un barco podrido que apestaba a fuel. No había prácticamente nada para comer. El agua era escasa. Nos vigilaban hombres armados. Nosotros, es decir una banda de zombis sucios y medio locos. Había mujeres. Había hombres. Habían rechazado a los niños. ¡El vómito! ¡La mierda! ¡Los dolores de estómago! Algunos hablaban. Algunos rezaban. Imposible dormir. Nuestros ojos colgaban, nuestras jetas babeaban y nuestros cuerpos rompían las cuerdas de la razón. Uno se zambulló entre una danza de tiburones. Prefirió terminar así. Otro murió sin ninguna explicación. Una mujer parió. ¡Había escondido su embarazo! Y los hombres armados tiraron el bebé. La cabeza de las mujer partió. Quería amamantar a todo el mundo, creyendo cada vez, que uno u otro eran su bebé. Los hombres armados bebieron su leche diciendo que le haría bien. ¡El mar tiene agujero! ¡El mar tiene vicios ocultos! El mar no tiene mamá para los barcos del sálvese quien pueda. Vimos finalmente a lo lejos los acantilados de la Diminica. Nos quedamos un día entero bajoel sol. Había que esperar la noche para desembarcar. Nos hicieron bajar a la playa salvaje. No teníamos fuerza para mantenernos de pie. Nos amontonaron en un camión. Se fueron sin ni siquiera desearnos buena suerte. El camión nos llevó a una habitación, bien escondida en el bosque, y allí nos explicaron que debíamos pagar por nuestra estadía y nuestro viaje a Guadalupe. Fue en ese momento que entendí que habíamos sido vendidos como esclavos. Por lo menos podíamos comer ñames, frutos de pan, mangos y beber agua fresca. La Dominica es una isla con ríos. Me quedé tres meses para devolver la deuda. Prohibido salir. Nos íbamos a la mañana y volvíamos a la noche como un rebaño, para dormir uno sobre otro en una suerte de galpón. Excepto la mujer loca que pagaba con su trozo de naturaleza. Después de tres meses, nos hablaron de un cargamento clandestino. Me encontré en una lancha que iba hacia Marie-Galante. Allí me recibieron otros haitianos. Era la época de la zafra. Me reclutaron sin problema, con la condición de no mostrarme demasiado fuera de los campos. Con excepción del dueño, no había ningún guadalupeño entre nosotros. Eso nos convenía, pues queríamos vivir según nuestras costumbres, sin molestar a nadie. Corté caña como un loco y, al final de la zafra, el patrón me dio el consecuente dinero. Nunca había tenido tanto dinero entre mis manos.
De noche, un pescador me había tirado en la ribera de Trois-Rivières en un mar arrugado. Gracias a dios, pude nadar. Una camioneta esperaba. Debía llevarnos a Petit-Bourg. Sobrecargada, yendo con los faros apagados, chocó con otro coche. Hubo heridos y muertos. Huí a los bosques y caminé hasta Pointe-à-Pitre.

L’envers du décor (El revés del decorado), Hoëbeke, 2004

Y de veras, nací ese día proveniente de una tierra acosada por los dioses y de Puerto Rico la bella católica con ojos (castos) de mulata.
A decir verdad, ni la palabra negro, ni la palabra mulata, ni la palabra África querían decir mucho para mí. No se nace negro, uno se vuelve, como lo iba a aprender más tarde.
Estaba en la confluencia de todo esto sin saberlo realmente, decidido a trazar sobre el caos del mundo el grafiti escuro de un brillo de existencia en una ciudad imposible.
Porque Nueva York es una ciudad imposible. Puede rascar locamente los pies, lanzar, a la noche, las estridencias del jazz, olvidar que es negra, boxear al amanecer y refugiarse en los barrios ciegos. Jungla tangible donde bailan saltimbanquis, bebe vidas como se bebe un alcohol o bien lanza un góspel lancinante que tamborilean los pies. Transe exaltado, Nueva York rompe al sol y múltiples taxis amarillos. Es una desmesura que cubre al infinito de los mundos, una trompeta que brama y salpica sangre.

Le griot de la peinture (El griot de la pintura),Caraïbéditions, 2015

Me sentía liviano en estos tiempos desolados en que la modernidad masacraba la isla. Un lote de afiches parasitando lo verde, volviendo ciegos a los árboles, sometiendo las encrucijadas a la ley del mercado para alabar de manera incongruente tal o cual producto de los supermercados, tal o cual crédito cuya oferta quiere ser tentadora, tal o cual coche con el cual se podía dar la vuelta al mundo, el mundo mismo en la punta de las alas de un avión. Me sentía tranquilo en en este matorral de mañas en el que cada uno sacaba su diablo creyendo que la vida se resumía en comprar, en coger un hormiguero de mujeres, en encamarse como dicen de la mañana a la noche y de la noche a la mañana, en parecer modelos en vez de existir plenamente. Este era el tiempo que me habían legado y me lo bancaba, desde lo alto de mi juventud, y aún, a veces, no envidiaba a ningún rey porque mi reino, el mío, dependía de lo invisible y de las capas marginales en donde corría la droga, el sexo y el ron con jengibre. (…)
Casas con pileta, 4×4, ropa de lujo, todo el decorado de una islasin brújula que sólo sabía vivir para el dinero y el consumo. ¿Antaño? Quién se preocupaba por antaño aparte algunos intelectuales, perdidos en su lenguaje. ¡Aún las abuelas llevaban tangas! Había que seguir la moda, en las circunvoluciones de los tatuajes y del impudor de los talles bajos. ¡Un carnaval permanente! Una misería que ninguna lluvia podría lavar.
¿Antaño?
El presente explotaba regularmente. Huelgas paralizaban al país, tragaban el agua de las canillas, vaciaban los hoteles, cortaban los árboles y cada uno se hundía en la resignación de los días muertos. El presente era esto, una continuación de convulsiones entrecortadas por fiestas de carnaval, de Navidad, de los Santos Difuntos, de las vacaciones de Pascuas en la orilla de las payas y de grandes vacaciones que incendiaban los meses de julio y agosto. Un malestar inexplicable roía a la sociedad pegoteada en el recuerdo de la esclavitud y exaltada por sueños de independencia. Lo llamaban un departamento francés, departamento de ultramar, sin saber cómo llamarlo ya que él mismo tienía dificultades en ubicarse en el mapa del mundo. (…)
¡Europa por aquí! ¡Europa por allá! Poco a poco, nos volvíamos una suerte de europeos asistidos, subvencionados, incapaces de ser nosotros mismos. Nuestros hijos ya no comían frutos de pan, mangos, ñames, dombré. Se volvían obesos en los Mac Donald. (…) ¿Qué teníamos para ofrecer al mundo? Un poco de azúcar de caña (no refinada), un poco de bananas (a menudo ciclonadas), un poco de ron (poco conocido), un cachito, un poquitito, un alguito, a la medida de nuestra decadencia dorada. Nuestro jardín se encontraba en el puerto. Nos habíamos vuelto un pueblo container, ¡un desastre!
Y el estado no entendía que pudiéramos estar hartos de este juego en el cual sólo éramos los extras y al mismo tiempo la materia prima.
Nuestros propios elegidos subían y bajaban de los Boeings, en primera clase, para ir a gritar a Francia nuestras quejas, nuestros miedos, nuestra ira y en-Francia contestaba con millones de euros, haciendo como si aprovecháramos de lo que fuera. Y los elegidos repetían millones de euros, haciendo como si hubieran decidido lo que fuera.

Toxic Island, Ed.Desnel, 2011

Señoras, Señores,
Hay palabras que la historia ha herido y cuya sangre no coagula nunca.
Palabras en carne viva que supura amargura y que reaviva la conciencia del siempre y del jamás.
Palabras de agua salada que crecieron a la sombre del árbol del no retorno.
Palabras oscuras como las bodegas de los barcos negreros.
Palabras color piel, en lo más negro del desastre cuando se derrumban los dioses y que habla la lengua.
Palabras que son gritos que devoran islas y cantos vueltos a surgir en el blues de las plantaciones.
Palabras que llaman memorias encadenadas como esas jaurías humanas sin corvas para correr y que cruzan sin embargo la inmensa tragedia de sobrevivir.
Entre estas palabras en las cuales se rebaja lo humano, hay una que conviene retener como un a “herida sagrada”. Es la palabra “esclavitud”.
Entre las esclavitudes que fueron la sombra de la historia, una nos obliga a existir pues nos fue bautismo. Quiero hablar de la esclavitud de los negros.
Esclavitud inédita en la que se forjó la máscara de una alteridad radical como conmutada en esencia por un mundo occidental y cristiano ávido por legitimar y exonerar su propia historia. Hegel habla gustoso de ardides de la razón, que nos sea permitido agregar las sinrazones de los ardides.
Esclavitud masiva en el trascurso de la cual fueron inventadas la Américas como capital del dolor de los pueblos deportados, como catedral barroca del sufrir de los puertos exterminados, como banco de sangre quemada en los árboles del linchamiento. Una sangre color de azúcar y algodón, especias y productos exóticos. El exotismo fue siempre lo impensado del occidente ante la rigidez de su flecha y la frialdad de su tecnicismo, la brecha abierta por donde pasa la cosificación estética del otro.
Esclavitud en la cual todo el salvajismo fue convocado para deshabitar lo humano en nombre del único provecho y del sueño loco de crear un nuevo mundo.
¡Esclavitud! La palabra se basta a sí misma y sin embargo fue nuestra cuna. ¡Nuestra única cuna!
Si la trata simboliza un corte ancestral, la Habitación negocia una soldadura con esa energía indómita que se llama vida.
Llegó el tiempo de los reacomodamientos sin otra meta que la fe en esta parte de la humanidad que había que preservar a pesar de todos los a pesares.
Llegó el tiempo de los arreglos con presencias desaparecidas y mudas, surgimientos oxcuros y guiños de densidades nuevas.
Llegó el tiempo de los sincretismos, de los enredos, de las poéticas forzadas, de los lenguajes de lo diverso, de ese temblor de una conciencia que busca en los escombros materiales de una reconstrucción de sí.
Basta mirar por el lado del vudú, de la santería, del candomblé, del quimbois (vudú de Guadalupe), de los cuentos creoles, de la cocina creole, de las danzas de mayolé, de la capoeira, del gwoka, y se ve el enunciado de una antropología de la decontrucción reconstrucción
¡El imaginario de los pueblos no duerme nunca!
Somos la prueba viviente de la pesadilla convertida en luz con los brillos múltiples de un inventar siempre vuelto a empezar.
Fue en la noche de las plantaciones –cuando los espíritus de antes, humillados por la arrogancia del látigo, manchados por el « escupitajo omni negador », negados por otros bautismos- que nació nuestra palabra íntima, protectora, reivindicadora, rehabilitadora para decir al mundo el imaginario de los condenados de la tierra y el postulado de una fraternidad con rostro humano.
En lengua creole, para hablar de un ser malvado, se dice: sé figi a mouri i ni !
Dicho de otra manera, ¡tiene la apariencia de un ser humano pero no es un ser humano!
Me gusta esta palabra que nos llega de nuestros antepasados. Significa que la humanidad no está en la apariencia sino en una postura que ningún espejo podría restituir. La humanidad es quizás lo que no se ve pero en nombre de lo cual actuamos. Baste decir que la humanidad reside esencialmente en una ética, una estética.
El error de occidente fue el quererse único espejo, única forma, única modelización de lo humano y cultivar en nombre de este imperio la exclusión como único modo de relación con el otro. ¡No se confisca a la humanidad! Siempre vuelve a los lugares del crimen para intentar conjurar la raíz del Mal.
Cuando se privilegia a la ideología (siempre engañadora) en lugar de la filosofía, la barbarie sale de su guarida y devora a víctimas y verdugos. (…)
El mundo lleva sobre sus hombros no sólo a este crimen contra la humanidad pero aún numerosos crímenes sin reparación. Me parece necesario en vez de aceptar la concurrencia de las víctimas, la jerarquización de los crímenes, encarar, por lo contrario, la solidaridad.
La solidaridad verdadera.
La solidaridad activa e ingeniosa.
La solidaridad pan-humana.
Podremos retomar a coro la célebre frase de Martin Luther King : « ¡I have a dream » ! ¡One day, un día, un jour, on jou ! Estaremos quizás todos lavados como responsables de otro porvenir.
Habitaremos un insomnio de estrellas marrones, una videncia fraterna. Deshojaremos la palabra “igualdad” en la plegaria de los árboles de la razón y haremos del mundo un bosque azul donde las memorias podrán por fin descansar en paz.
¿La más bella de las reparaciones? ¡Simplemente la rehumanización!

Discurso de apertura del coloquio transdisciplinario: la reparación de la esclavitud en cuestión.
16 de diciembre de 2006

Quel beau voyage!

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Azul est une ville au centre de la province de Buenos Aires. Il y a environ 60.000 habitants. C´est une ville idéal pour de bonne vacances culturelles ou reposantes. Il y a beaucoup attractifs touristiques.

Balneario, Azul, Buenos Aires

Vous aimez la nature ? Vous pouvez visiter la balnéaire et faire une promenade en kayak, en été faire la natation. Il y a un grand parc avec des jeux pour les enfants. Et un petit train qui fait une promenade dans le parc.

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À Azul, vous pouvez trouver beaucoup de belle architecture. Au centre ville se trouve la Place San Martín et en face La Cathédrale, la Rue Bolivar possède des maisons de style antique. L´ entrée du cimetière est magnifique.

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La vie nocturne est très intense : Il y a des pièces de théâtre, du cinéma, des bars, et beaucoup plus pour découvrir.

 

 

 

Visitez-la !

Emilia et Horacio – 1ère année

Azul, une ville touristique

1Azul est une ville avec 60000 habitants qui se trouve au centre de la province de Buenos Aires.

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Au sud de la ville a 40 km se trouve La Boca de Las Sierras qui appartiennent au Système de Tandilia, le plus vieux du monde. Ces Sierras offrent un charmant paysage.

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La rivière Callvú Leovú traverse la ville où il y a un beau Parc qui s’appelle Domingo F. Sarmiento et un balnéaire colorée.

Azul est un point de départ merveilleux pour des promenades à pied, en voiture, à moto ou en kayaks.

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Cette ville a une riche histoire culturelle qu’on peut voir dans son musée ethnographique, dans le théâtre Español, l’architecture et à la Casa Ronco avec ses deux grandes collections : de Martin Fierro et de Quijote de la Mancha qui font d’Azul la première ville cervantine d’Amérique du Sud.

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Le théâtre Español est le préféré pour les artistes pour la presentation des meilleures pièces de théâtre du pays.

Au centre de la ville on peut voir la place créée par l’ architecte Francisco Salamone, qui est l’ auteur aussi du Cimetière, du portail du Parc, de l’ abattoir, et d’ autres œuvres dans la région. En face de la place se trouve la Cathédrale Nuestra Señora del Rosario, de style néogothique de 1906. On y trouve aussi de jolies maisons anciennes, principalement à la rue Bolivar.

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Donc la ville est un lieu idéal pour des vacances sportives, culturelles ou reposantes.

Agustina, Cotty, Daniela, Elena, Luisina, Noemí

1ère année

James Noël

Haïti est l’un des rares pays du monde où la poésie est un genre littéraire majeur et où les poètes jouissent d’une célébrité presque inconnue sous d’autres latitudes.
J’ai déjà présenté dans ce blog nombre de poètes haïtiens, Depestre, Frankétienne, Castera, Philoctète… Aujourd’hui c’est le tour d’un poète de la jeune génération, James Noël, dont j’appris l’existence grâce à mon amie et collègue Adriana Davanture, Noël ayant visité la ville de Rosario, à l’occasion du Festival de Poésie, invité par l’Alliance Française de la ville, dirigée à l’époque par Frédéric Davanture, le mari d’Adriana.
On me parla aussi de James Noël à Montevideo où il s’était rendu en septembre 2015 pour présenter son livre Des poings chauffés à blanc, traduit en espagnol par Laura Masello comme Puños al rojo vivo (Trilce). Laura Masello fut trois mois plus tard la présidente du comité d’organisation du 5e Congrès des professeurs de français de l’Uruguay.

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James Noël, né à Hinche en 1978, écrit, dit-il, pour débarrasser son corps de tous les mots, histoire d’avancer dans le temps, plus léger que le papier.
À 38 ans, je n’oserais pas dire qu’il représente l’avenir de la poésie haïtienne, à le lire on se rend compte qu’il s’agit d’un grand poète doué d’une grande maîtrise de la langue.
Son premier recueil, Poèmes à double tranchant/Seul le baiser pour muselière (2005) fut préfacé par Frankétienne qui affirmait : « Émergeant de l’abîme, le primordial écho des textes du jeune écrivain James Noël dont la précoce maturité m’a saisi du premier coup. (…) les Poèmes à double tranchant portent la sève inaugurale de l’aube future, le sel miraculeux d’une aventure poétique féconde ».
James Noël écrit aussi bien en créole qu’en français et collabore habituellement avec des musiciens. Il est, en outre, co-fondateur de la revue IntranQu’îillités. « Spirituellement, être IntranQu’île, Pascale Monnin et moi, c’est le fait de se mettre en danger de mots et d’images. De mettre en musique et en symbiose des mondes dits hétéroclites : arts, littérature, photographie, musique, sculpture, philosophie… », affirme-t-il.

Par lui-même

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Les auteurs qui m’on marqué en particulier, ce sont Villard Denis (dit Davertige), poète qui a écrit un texte unique, Idem, et Magloire Saint-Aude, l’auteur de Dialogue de mes lampes. Ces deux auteurs haïtiens m’ont marqué au fer rouge. Puis, il y a Lautréamont, j’ai été bouleversé après la lecture des Chants de Maldoror. Et puis Louis Aragon, poète français.
Je commence par ce dernier. Pourquoi m’a-t-il marqué ? C’est la musique des poèmes d’Aragon qui m’a touché immédiatement ; moi qui ai toujours rêvé d’être musicien (même si je ne joue d’aucun instrument), voilà un moyen, l’écriture comme médium de la musique. Il y a une musique souterraine chez Aragon et chez Verlaine qui m’avait frappé. Chez Aragon, cela m’avait parlé tout de suite. Isidore Ducasse (Lautréamont), c’est le délire. Un délire qui était non pas seulement de l’ordre du fantasme, mais Lautréamont restait en même temps rationnel. (…)
Pour revenir aux poètes d’Haïti comme Villard Denis, cela m’avait frappé tout de suite, parce que je l’ai lu à 18 ans. J’avais découvert à travers Le Nouvelliste (un quotidien haïtien) le poème « Omabarigore ». C’est un poète qui a créé une ville pour faire habiter l’être aimé. Voilà la richesse que possède le créateur : avec rien on peut faire une ville, ou un pays. Davertige a écrit le poème « Omabarigore » pour l’être aimé. Cela m’avait motivé, en me révélant que vivre n’est pas une question de pognon. La terre peut t’appartenir si tu as la poésie comme épouse, car tu peux tout faire avec les mots. (…)
Saint-Aude était le poète hermétique dont on me parlait. Quand je le lisais, je n’avais pas du tout en face de moi un poète hermétique. C’est-à-dire, je le lisais sans chercher à comprendre. Je me rappelle avoir fermé le livre avec le sentiment d’avoir ressenti tout ce qu’il n’avait pas dit ou tout ce qu’il disait, tout en ne voulant pas livrer tout de suite la clef, le secret de Dialogue de mes lampes. (…)
Pour me définir comme poète, je vais dire à voix haute un poème qui n’en est pas un. C’est juste une entrée en matière dans mon univers de poète.

Je suis celui qui se lave les mains
avant d’écrire
ne me demande pas
comment je m’appelle
je n’ai pas de nom
je viens de là
de ce non-lieu qui cherche la lune
pour s’exhumer de son point d’ombre
un nom d’auteur me fait bien mal
parce que poète
ça m’est égal
ni tapis rouge ne saura rendre
la justesse de sang qui me fait passer
pour un vitrier qui vaut sa mort
je suis saigné
donc
je me lave
voilà mon nom qui vient de là
(…)

Est-ce Éluard ou Lautréamont qui a dit que la poésie est avant tout une affaire de vérité pratique ? C’est ce que je pense aussi. La poésie est avant tout une affaire de vérité, D’ailleurs, si tu ne crois pas en ce que tu dis, ce n’est pas la peine de convaincre les autres. Si tu ne vis pas ce que tu dis, ce n’est pas la peine d’en faire part. C’est en tant qu’être brisé que j’écris cette écriture qui rassemble toutes mes parts brisées.

5 questions pour Île en île.

Pour prendre le large 

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entre les mots et le moi
un mince filet les sépare
un mince fil de salive
reliant pont de parole
au moteur d’une barque
pour mieux prendre le large
dans ma bouche ça baigne
je vous l’assure
sans égo
et je tourne sept fois ma langue
je la retourne
bouche bée
devant le constat d’eau claire
et de fontaine tenue
toute nue
comme un jupon
entre mes dents

Le pyromane adolescent

Néant bleu

L’erreur seule récupère
cette vie
cette ville
entre la mer et l’enfance
ivre-née de cette mer
de trop

bleu
néant
merde de trop bleu

Des poings chauffés à blanc

Non-lieu

nous ne sommes pas de ce monde
ne sommes pas de ce pays
sommes pas de ce village
pas de cette rue

nous-sommes-des-morts
lourds mots-valises
que préfèrent des voyageurs
aux mots de passe
des mots-valises
sans dimanche de cravates
sans de traits de famille
ni traits d’union

nous venons d’un trou d’air
le cœur mal loti par le vent
nous nous aimons derrière nos larmes
sans faire l’amour
faute d’espace

par cœur nous apprenons enfin le cœur
entre les lignes que fait la pluie
nous nous attelons sous le manteau
à ériger des châteaux d’eau
sur nos paupières

il fait froid dans le poème
le poète
-œil témoin du cyclone-
tremble
à l’idée d’élire Jeanne pour sa veuve

sur la terre naïve
la mort est diluvienne

Gonaïves
Gonaïves vil bordel
fermé à double tour
dans la tourmente

sur la terre naïve
elle est là l’orpheline
avec la fleur de l’âge sur le nombril
et aussi des fossettes pour rester belle
en plein sanglot
la faune dans les fossettes pour creuser
telle gifle permise
ci-gît
la première fosse commune

ici la mort est diluvienne

nous ne sommes pas de cette rue
ne sommes pas de ce village
sommes pas de ce pays
pas de ce monde

Le sang visible du vitrier

à Daniel Maximin

Mes maux

mes maux je vous les livre
jetez les livres puisqu’il ne s’agit pas
d’écorce d’encre
ni de sèves bleues de poète d’îles
écartelées

mes maux
je vous les livre
prenez-les au vol
nus
comme des oiseaux sans plume
pour soigner un temps
à tire-d’aile

la lune a froid aux yeux
voilà que je vous parle sans maudire
la tempête cérébrale qui pense la mort
sous le vent
les tremblement de terre
sommant cette terre de ne pas trembler
sous la foulée des ombres folles

voilà que je vous parle
sans maudire
ma terre sur pilotis
avec du sang dans son parterre
terre ligotée
corps enterré
ombre face au mur
murmurant lingot de garces et de garçons
minés par la terre aux mille poussières
virales

ici
c’est du sang que l’on verse
pour rafraîchir la tête des blessés par balles
nos réveils préfèrent le son du fusil
au sang du coq
Le sang visible du vitrier

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Constellation

j’habite une fenêtre
s’ouvrant large sur les rumeurs
la rue me cause
pipe de poussière et vent d’opium

le soir venu
courent mes cœurs de jour
à courses folles d’étoiles
filantes
vivrai-je d’envie comme on en meurt

le soir venu
mes cœurs de jour
à la grande ourse

Poèmes à double tranchant

Motif de fleur

il y a des branches à ma fenêtre
mémoire unie d’une chevelure
moitié cheval
autant de fois humaine

des arbres à motif de fleurs
à motif d’un dernier mot pour l’abattage
des arbres me tendent un feuillage ouvert
d’une fraîcheur pure chlorophyllienne
me livrant à l’affût d’une berceuse
moitié-flûte
moitié-source

à ma fenêtre au loin
une dame-trèfle me fait la belle

par une sagesse de circonstance
valet de cœur des châteaux de cartes
j’ai inventé l’amour d’un jour
sous poids courant
d’années-lumière

Haití es uno de los pocos países del mundo en donde la poesía es un género literario mayor y donde los poetas gozan de una popularidad casi desconocida bajo otras latitudes.
Ya presenté en este blog a numerosos poetas haitianos, Depestre, Frankétienne, Castera, Philoctète… Hoy le toca al un poeta de la joven generación, James Noël, de cuya existencia me enteré gracias a mi amiga y colega Adriana Davanture, ya que Noël había visitado la ciudad de Rosario, en la oportunidad del Festival de Poesía, invitado por la Alianza Francesa de la ciudad, dirigida en ese momento por Frédéric Davanture, el marido de Adriana.
Me hablaron también de James Noël en Montevideo donde había ido en septiembre 2015 para presentar su libro Des poings chauffés à blanc, traducido en castellano por Laura Masello como Puños al rojo vivo (Trilce). Laura Masello fue tres meses más tarde la presidenta de la comisión organizadora del 5° Congreso de profesores de francés del Uruguay.

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James Noël, nacido en Hinche en 1978, escribe, dice, para desembarazar su cuerpo de todas las palabras, cosa de avanzar en el tiempo, más liviano que el papel.
A los 38 años, no me atrevería a decir que representa el porvenir de la poesía haitiana, leyéndolo uno se da cuenta de que se trata de un gran poeta dotado de una maestría extraordinaria de la lengua.
Su primer libro, Poèmes à double tranchant/Seul le baiser pour muselière (Poemas con doble filo/Sólo el beso como bozal) (2005) fue prologado por  Frankétienne quien afirmaba:  “Emergiendo del abismo, el eco primordial de los textos del joven escritor James Noël cuya precoz madurez me atrapó desde el principio. (…) los poemas  con doble filo llevan la savia inaugural del alba futura, la sal milagrosa de una aventura poética fecunda
James Noël escribe tanto en creole como en francés y colabora habitualmente con músicos. Es además cofundador de la revista IntranQu’îillités“«Espiritualmente, ser IntranQu’isla, para Pascale Monnin y yo, es el hecho de poner en peligro palabras e imágenes. Poner música y en simbiosis mundos llamados heteróclitos: artes, literatura, fotografía, música, escultura, filosofía… » afirma.

Por sí mismo

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Los autores que me marcaron particularmente, son Villard Denis (llamado Davertige), poeta que escribió un texto único, Idem, y Magloire Saint-Aude, autor de Diálogo de mis lámparas. Estos dos autores haitianos me marcaron a fuego, Luego está Lautréamont, estuve conmovido después de la lectura de los Cantos de Maldoror. Y luego Louis Aragon, poeta francés.
Comienzo con este último. ¿Por qué me marcó? La música de los poemas de Aragon me tocó inmediatamente: siempre soñé con ser músico (aún si no toco ningún instrumento), esta es la manera, la escritura como medio de la música. Existe una música subterránea en Aragon y en Verlaine que me asombró. En Aragon, me tocó enseguida. Isidore Ducasse (Lautréamont), es el delirio. Un delirio no sólo en el orden de los fantasmas, ya que Lautréamont era al mismo tiempo racional. (…)
Volviendo a los poetas de Haití como Villard Denis, me sorprendió de inmediato, porque lo leí a los 18 años. Había descubierto por medio de Le Nouvelliste (un diario haitiano) el poema « Omabarigore ». Es un poeta que creó una ciudad para que habitara el ser amado. Esta es la riqueza que posee el creador: con nada puede hacer una ciudad, o un país. Davertige escribió el poema « Omabarigore » para el ser amado. Esto me motivó, revelándome que vivir no era una cuestión de guita. La tierra puede pertenecerte si tenés a la poesía como esposa, ya que podés hacer todo con las palabras. (…)
Saint-Aude era un poeta hermético del cual me hablaban. Cuando lo leía, no tenía para nada en frente a un poeta hermético. Es decir, lo leía son tratar de comprender. Recuerdo haber cerrado el libro con el sentimiento de haber sentido todo lo que no era dicho o todo lo que se decía, sin querer librar enseguida la clave, el secreto de Diálogo de mis lámparas. (…)
Para definirme como poeta, voy a decir en voz alta un poema que no lo es. Es justo una entrada en materia en mi universo de poeta.

Soy aquel que se lava las manos
antes de escribir
no me preguntes
cómo me llamo
no tengo nombre
vengo de allí
de ese no lugar que busca la luna
para exhumarse de su punto de sombra
un nombre de autor me duele
porque poeta
me da igual
ni alfrombra roja podrá devolverme
la precisión de la sangre que me hace pasar
por un vidriero que vale su muerte
estoy desangrado
entonces
me lavo
este es mi nombre que viene de allí
(…)

¿Fue Éluard o Lautréamont quien dijo que la poesía es ante todo un asunto de verdad práctica? Es también lo que pienso. La poesía es ante todo un asunto de verdad. Por otra parte, si no creés en lo que decís, no vale la pena convencer a los otros. Si no vivís lo que decís, no vale la pena comunicarlo. Es en mi calidad de ser quebrado que escribo esta escritura que reune todas mis partes quebradas.

5 questions pour Île en île.

Para hacerse a la mar

Entre las palabras y yo
un hilo delgado las separa
un hilo delgado de saliva
uniendo cubierta de palabra
al motor de la barca
para hacerse mejor a la mar

baña en mi boca
se los aseguro
sin ego
y doy vueltas siete veces mi lengua
y la vuelvo a dar vueltas
con la boca abierta
ante la constatación de agua clara
y de fuente tenue
desnuda
como una enagua
entre mis dientes

Le pyromane adolescent

Nada azul

Sólo el error recupera
esta vida
esta ciudad
entre el mar y la infancia
nacida ebria de este mar
demasiado
azul

nada
mierda demasiado azul

Des poings chauffés à blanc

No ha lugar

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Nosotros no somos de este mundo
no somos de este país
no somos de este poblado
no de esta calle

somos-muertos
pesadas palabras valija
que prefieren viajeros
a las contraseñas
de las palabras valija
sin domingo de corbatas
sin rasgos familiares
ni guiones que unan (1)

venimos de un pozo de aire
con el corazón mal alojado por el viento
nos amamos detrás de nuestras lágrimas
sin hacer el amor
por falta de espacio

de memoria aprendemos por fin el corazón
entre las líneas que dibuja la lluvia
nos consagramos bajo el abrigo
a erigir castillos de agua
sobre nuestros párpados

hace frío en el poema
el poeta
-ojo testigo del ciclón-
tiembla
ante la idea de elegir a Jeanne como su viuda

en la tierra ingenua
la muerte es diluviana

Gonaïves
Gonaïves vil burdel
cerrado con doble tranca
en la tormenta

sobre la tierra ingenua
ella está allí huérfana
con la flor de la edad en el ombligo
y también hoyuelos para seguir bella
en medio del sollozo
la fauna en los hoyuelos para cavar
como una bofetada permitida
aquí yace
la primera fosa común

aquí la muerte es diluviana

nosotros no somos de esta calle
no somos de este pueblo
somos no de este país
no de este mundo

La sangre visible del vidriero

a Daniel Maximin

Mis males

mis males se los entrego
tiren los libros ya que no se trata
de corteza de tinta
ni de savias azules del poeta de islas
descuartizadas

mis males
se los entrego
agárrenlos al vuelo
desnudos
como pájaros sin pluma
para cuidar al tiempo
a todo vuelo

la luna tiene frío en los ojos
heme aquí y les hablo sin maldecir
la tormenta cerebral que piensa la muerte
bajo el viento
los terremotos
intimando a esta tierra a no temblar
bajo los trancos de la sombras locas

heme aquí y les hablo
sin maldecir
mi tierra sobre pilotes
con sangre en el cantero
tierra amarrada
cuerpo enterrado
sombra frente al muro
murmurando lingote de putas y muchachos
minados por la tierra de mil polvos
virales

aquí
se vierte sangre
para refrescar la cabeza de los heridos de bala
nuestros despertadores prefieren el sonido del fusil
a la sangre del gallo

La sangre visible del vidriero

Constelación

habito una ventana
que se abre amplia sobre los rumores
la calle me charla
pipa de polvo y viento de opio

al llegar la noche
corren mis corazones de día
carreras locas de estrellas
fugaces
acaso viviré de ganas como se muere de ellas

al llegar la noche
mis corazones de día
en la osa mayor

Poemas de doble filo

Motivo de flor

hay ramas en mi ventana
memoria lisa de una cabellera
mitad caballo
tanto como humana

árboles con motivos de flores
con motivo de una última palabra para el matadero
árboles me tienden un follaje abierto
con una frescura pura clorofílica
que me entrega al acecho de una canción de cuna
mitad flauta
mitad fuente

en mi ventana a lo lejos
una dama-trébol se me escapa

con una sabiduría de circunstancia
sota de corazones de los castillos de cartas
inventé el amor de un día
bajo el peso corriente
de años

(1) Juego de palabras intraducible entre traits de famille (rasgo de familia) y trait d’union (guión)

Je ne suis pas Haïti – No soy Haití

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Je ne suis pas Haïti. Tout comme je ne suis pas Nice, ni Paris, ni Istanbul, ni Bamako…
Je suis un homme qui désespère bien évidemment devant un monde qui semble avoir perdu le Nord, devant les grandes flaques de sang qui couvrent la planète, mais je ne me plie pas à ces clichés démagogiques qui peuplent les réseaux sociaux.
Or, mon cœur saigne particulièrement pour ce pays que j’admire et que j’aime même sans n’y avoir jamais mis les pieds, Haïti. Un pays fertile en artistes, poètes, romanciers, peintres… Un pays où, quand la terre trembla en 2010, les gens se précipitèrent vers la maison du poète, en l’occurrence Frankétienne, pour ainsi constater qu’elle avait résisté et que le poète se portait bien. Raconté par le même Frankétienne interviewé par Yasmine Chouaki sur RFI.
http://www.rfi.fr/emission/20160910-franketienne-emission-1
Un petit pays qui fut, en 1804, et on l’oublie trop souvent, la première république de l’Amérique latine. Une république d’anciens esclaves qui plus est. Impardonnable en 1804. Et en 2016…

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Avant son indépendance, la terre haïtienne enrichissait la France, comme le fit plus tard le continent africain. Le pays naquit d’une révolte d’esclaves. La France ne reconnut son indépendance qu’en 1825 par une ordonnance de Charles X qui imposait à l’île une indemnité de 150 millions destinée aux anciens colons. Cette toute première dette extérieure marqua le pays de son sceau de misère.
Les États-Unis, de leur côté, ne reconnurent l’indépendance d’Haïti qu’en 1865.
D’autre part, dès les premiers temps de la nouvelle république, il s’y installa une pathologie sociale, l’opposition entre les mulâtres affranchis qui conduisirent la révolution et les esclaves libérés à l’indépendance.
Puis, en 1915, le pays fut envahi par les États-Unis. Et, peu après le départ de l’envahisseur, s’installa pour de longues années la dictature sanguinaire des Duvalier.
« Sur fond de cruelle inhumanité, mon pays d’origine est un appel au secours », écrivit le grand poète René Depestre. « Deux siècles après l’indépendance des esclaves de Saint-Domingue –un fait majeur dans l’histoire politique et culturelle des civilisations-, Haïti est figée au-dessus du seuil de la misère absolue. Ses jours et ses travaux sont englués dans la violence civile, l’instabilité politique, la délinquance de toutes sortes de mafias, l’entassement des ordures dans les rues, l’amoncellement des épreuves dans les foyers », écrivait-il encore le poète en 2004 dans le Monde Diplomatique.
Quelques années plus tard, ce même René Depestre décrivait ainsi son pays natal :
« On découvre donc une société sans État, sans nation, mais qui a un ordre de marche, avec une culture, sur le plan artistique (la peinture naïve), musical, naturellement, et sur le plan littéraire (écrivains, essayistes, historiens). Un manifeste de renaissance des esprits peut encore jaillir des rangs de l’intelligentsia du dedans et de la diaspora haïtienne ».
Depestre déchante après le terrible tremblement de terre de 2010 :
« Les faits post séismiques m’ont rapidement appris que le personnel politique haïtien aux abois et les instances internationales timorées étaient lâchement prêtes à laisser passer l’occasion d’entreprendre ensemble quelque chose de vraiment neuf à partir du néant des Haïtiens. Malgré la promesse d’une aide financière considérable, les réponses à la catastrophe sont restées conformes aux normes habituelles de l’assistance onusienne. Elles sont limitées à un engagement ponctuellement militaro-humaniste sans audace ni esprit d’invention, sans nulle ambition d’aider un pays, à l’histoire lourdement sinistrée, à prendre à bras le corps les pesanteurs, les contradictions, les paradoxes et les difficultés spécifiques de sa refondation ».
De son côté, Dany Laferrière fait un portrait peu flatteur des membres des ONG dans L’énigme du retour :

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« Ces envoyés des organismes humanitaires arrivent à Port au Prince toujours pleins de bonnes intentions. Des missionnaires laïques qui vous regardent droit dans les yeux tout en vous débitant leur programme de charité chrétienne. Ils se répandent dans les médias à propos des changements qu’ils comptent apporter pour soulager la misère des pauvres gens. Le temps de faire un petit tour des bidonvilles et des ministères pour prendre le pouls de la situation. Ils comprennent si vite les règles du jeu (se faire servir par une nuée de domestiques et glisser dans sa grande poche une partie du budget alloué au projet qu’ils pilotent) qu’on se demande s’ils n’ont pas ça dans le sang un atavisme de colon. Leur parade quand ils sont mis en face du projet initial c’est qu’Haïti semble inapte au changement. Pourtant ils continuent dans la presse internationale à dénoncer la corruption dans ce pays. Tous les journalistes de passage savent bien qu’il faut passer prendre un verre près de leur piscine pour avoir cette information solide venant de gens objectifs et honnêtes, les Haïtiens, on le sait, ne sont pas fiables. Ces journalistes ne se demandent jamais comment se fait il que ces gens vivent dans de telles villas quand ils se disent ici pour aider les damnés de la terre à s’en sortir ».

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Ces mêmes poètes nous ouvrent un petit coin d’espoir dans le ciel si sombre d’Haïti :
Frankétienne, dans L’identité culturelle haïtienne, 2000, nous parle d’un chaos fécond :
« Depuis quelques temps, de manière très négative, on est définis avec des références telles que « Haïti-misère », « Haïti-sida », « Haïti-turbulences ». Mais il y a une construction qui se fait. Haïti terre de violence, terre de turbulences, mais l’espoir est là. Il y a un chaos qui est fécond. Je me demande si le chaos n’est pas significatif et symbolique de vie. Car où il n’y a pas de chaos, c’est le calme. Et le calme, c’est la mort. Haïti est un pays vivant. Haïti est une terre vivante ».
Et je laisserai le dernier mot à René Depestre :
« Et aujourd’hui peut-être, c’est la nation culturelle qui sauvera l’autre Haïti parce que l’on est double. Il y a une Haïti terrible, ténébreuse qui a fini par trouver son incarnation diabolique, satanique dans le duvaliérisme, mais il y a une autre Haïti, il y a la face lumineuse d’Haïti qu’on trouve dans sa peinture, dans sa musique, chez ses poètes, chez ses écrivains, chez ses romanciers, hommes et femmes ».

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No soy Haití. Tanto como no soy Niza, ni París, ni Estambul, ni Bamako…
Soy un hombre que se desespera evidentemente frente a un mundo que parece haber perdido el norte, ante los grandes charcos de sangre que cubren el planeta, pero no me pliego a los clichés demagógicos que llenan las redes sociales.
Mi corazón, empero, sangra particularmente por este país que admiro y amo aunque nunca haya puesto los pies en él. Un país fértil en artistas, poetas, novelistas, pintores… Un país en el que, cuando la tierra tembló en 2010, la gente se precipitó hacia la casa del poeta, para el caso Frankétienne, para constatar que había resistido y que el poeta se encontraba bien. Contado por el mismo Frankétienne entrevistado por Yasmine Chouaki en RFI.
http://www.rfi.fr/emission/20160910-franketienne-emission-1
Un pequeño país que fue, en 1804, y se lo olvida demasiado a menudo, la primera república de América Latina. Una república de antiguos esclavos además. Imperdonable en 1804. Y en 2016…
Antes de su independencia, la tierra haitiana enriquecía a Francia, como lo hizo más tarde el continente africano. El país nació de una revuelta de esclavos. Francia sólo reconoció su independencia en 1825, con una ordenanza de Carlos X que imponía a la isla una indemnización de 150 millones destinada a los antiguos colonos. Esta primera deuda externa marcó al país con su sello de miseria.
Los Estados Unidos, por su parte, sólo reconocieron la independencia de Haití en 1865.
Por otra parte, desde los primeros tiempos de la nueva república, se instaló en ella una patología social, la oposición entre los mulatos libertos que llevaron adelante la revolución y los esclavos liberados con la independencia.
Luego, en 1915, el país fue invadido por los Estados Unidos. Y, poco después de la partida del invasor, se instaló por largos años la dictadura sanguinaria de los Duvalier.
« Sobre un fondo de cruel inhumanidad, mi país de origen, es un llamado de auxilio », escribió el gran poeta René Depestre. “Dos siglos después de la independencia de los esclavos de Santo Domingo –un hecho mayor en la historia política y cultural de las civilizaciones- Haití está paralizada por debajo del umbral de la miseria absoluta. Sus días y sus obras están pegoteados en la violencia civil, la inestabilidad política, la delincuencia de todo tipo de mafias, el amontonamiento de basura en las calles, la acumulación de las dificultades en los hogares”, escribía aún el poeta en 2004 en el Monde Diplomatique.
Unos años más tarde, este mismo René Depestre describía así su país natal:
« Se descubre entonces una sociedad sin estado, sin nación, pero que posee un orden de marcha, con una cultura, en el plano artístico (la pintura ingenua), musical, naturalmente, y en el plano literario (escritores, ensayistas, historiadores). Un manifiesto del renacimiento de los espíritus puede aún surgir entre las filas de la intelligentsia de adentro y de la diáspora haitiana ».
Depestre se desencanta después del terrible terremoto de 2010:
Los hechos post sísmicos me mostraron rápidamente que el personal político haitiano sin aliento y las instancias internacionales timoratas estaban cobardemente preparadas para dejar pasar la oportunidad de emprender juntos algo realmente nuevo a partir de la nada de los haitianos. A pesar de la promesa de una ayuda financiera considerable, las respuestas a la catástrofe fueron conformes a las normas habituales de la asistencia onusiana. Se li8mitaron a un compromiso puntualmente militar humanista sin audacia ni espíritu inventivo, sin ninguna ambición de ayudar a un país, con una historia pesadamente siniestrada, para que encarar decididamente las pesadeces, las contradicciones, las paradojas y la dificultades específicas de su refundación”.
Por su lado, Dany Laferrière traza un retrato poco halagüeño de los miembros de las ONG en El enigma del retorno:
« Estos enviados de organismos humanitarios llegan a Puerto Príncipe llenos de buenas intenciones. Misioneros laicos que te miran derecho a los ojos recitándote el programa de su caridad cristiana. Se expanden en los medios sobre los cambios que cuentan aportar para aliviar la miseria de la pobre gente. Se toman un tiempo para dar una vuelta por las villas miseria y por los ministerios para tomarle el pulso a la situación. Comprenden tan rápido las reglas del juego (hacerse servir por una multitud de servidores y deslizar en su bolsillo parte del presupuesto dedicado al proyecto que pilotean) que uno se pregunta si no llevan en la sangre un atavismo de colono. Su excusa cuando se los enfrenta al proyecto inicial es que Haití parece inapta al cambio. Sin embargo siguen denunciando en la prensa internacional la corrupción de este país. Todos los periodistas de paso saben bien que hay que ir a tomar un trago cerca de su piscina para tener esta información sólida proveniente de gente objetiva y honesta, los haitianos, ya se sabe, no son confiables. Estos periodistas nunca se preguntan cómo es posible que esta gente viva en tales casonas cuando afirman estar aquí para ayudar a los desposeídos de la tierra a salir adelante”.
Estos mismos poetas nos abren un rinconcito de esperanza en el cielo tan sombrío de Haití:

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Frankétienne, en La identidad cultural haitiana, 2000, nos habla de un caos fecundo:
« Desde hace algún tiempo, de manera muy negativa, somos definidos con términos tales como “Haití-miseria”, “Haití-Sida”, “Haití-turbulencias”. Pero se hace una construcción. Haití tierra de violencias, tierra de turbulencias, pero la esperanza está allí. Hay un caos que es fecundo. Me pregunto si el caos no es significativo y simbólico de vida. Ya que donde no hay caos, está la calma. Y la calma es la muerte. Haití es un país vivo. Haití es una tierra viva ».
Y le dejaré la última palabra a René Depestre:
Y hoy quizás es la nación cultural la que salvará al otro Haití. Ya que somos dobles. Existe un Haití terrible, tenebrosa que terminó por encontrar su encarnación diabólica, satánica en el duvalierismo, pero existe otra Haití, existe el rostro luminoso de Haití que se encuentra en su pintura, en su música, entre sus poetas, entre sus escritores, entre sus novelistas, hombres y mujeres”.

Paris, 1956 – Premier Congrès des écrivains et artistes noirs – Primer Congreso de escritores y artistas negros

 

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« Longtemps, nous avions éprouvé, le besoin au sein du monde moderne où la violence gagne du terrain et où les silencieux sont cruellement écrasés, d’illustrer la présence des hommes de culture noirs. Le nombre, la qualité et la variété des talents devaient être une première affirmation de notre présence au monde. » Alioune Diop

Du 19 au 22 septembre 1956, il y a 60 ans, dans l’amphithéâtre René Descartes de la Sorbonne, à Paris, résonnaient les voix des intellectuels noirs les plus importants de l’époque, Léopold Sédar Senghor, Franz Fanon, Richard Wright, Aimé Césaire, Hamadou Ampathé Bâ…

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Ce premier Congrès des écrivains et artistes noirs fut une initiative de l’intellectuel sénégalais Alioune Diop, qui avait fondé, en 1947, la revue et la maison d’édition Présence Africaine, consacrées au rayonnement de l’art africain.
Cette même année, le poète guyanais Léon-Gontran Damas publia l’anthologie Poètes noirs d’expression française 1900-1945, et un an plus tard, Léopold Sédar Senghor présenta L’anthologie de la nouvelle poésie noire et malgache de langue française, précédée de L’Orphée noir de Jean-Paul Sartre.

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D’autres congrès avaient, d’ailleurs, eu lieu, et ce dès le début du XXe siècle, à Londres, Bruxelles ou New York, mais aucun n’avait centré ses objectifs sur la culture, ni réuni un aussi grand nombre d’intellectuels noirs provenant des quatre coins du monde, aussi bien d’Afrique que des États-Unis, des Antilles et d’Haïti.
Ce congrès reçut, en outre, le soutien, entre autres, d’Albert Camus, Jean-Paul Sartre, André Gide, Théodore Monod et Michel Leiris. Pablo Picasso fut le créateur de son affiche officielle. On dut, toutefois, déplorer l’absence de deux Américain interdits de visa, le panafricaniste W.E.B. DuBois et le grand chanteur Paul Robeson.
« Ce jour sera marqué d’une pierre blanche, affirma Alioune Diop dans son discours d’ouverture du Congrès, pour poursuivre : Si depuis la fin de la guerre, la rencontre de Bandoeng constitue pour les consciences non européennes, l’événement le plus important, je crois pouvoir affirmer que ce premier Congrès mondial des Hommes de Culture noirs, représentera le second événement de cette décade. »
Diop faisait alors référence à la rencontre de Bandoeng, en Indonésie, qui, en 1955, et à l’invitation du président Sukarno, consacra l’émergence du Tiers-Monde et des non-alignés. Elle encouragea, d’autre part, la poursuite de la décolonisation en Afrique.
Le fondateur de Présence Africaine aborda ensuite un sujet qui, 60 ans plus tard, est encore d’actualité si l’on considère les déclarations de plusieurs politiciens français, notamment l’ancien président Sarkozy :
« La couleur de la peau n’est qu’un accident ; cette couleur n’en est pas moins responsable d’événements et d’œuvres, d’institutions, de lois éthiques qui ont marqué de façon indélébile l’histoire de nos rapports avec l’homme blanc. (…)Il vous sera donné, au cours des prochaines séances, d’entendre souligner les responsabilités de la culture occidentale dans la colonisation et le racisme. Reconnaissons que nous ne sommes pas les seules victimes du racisme. Les juifs, au cours de cette guerre, ont connu des souffrances organisées et portées à un niveau jamais imaginé auparavant. C’est avec émotion que nous nous inclinons ici devant la mémoire de toutes les victimes du racisme hitlérien. (…) Voici la scandaleuse question des peuples sans culture. S’il est exact que les vrais responsables de la colonisation ont sciemment forgé ce mythe, il n’en est pas moins surprenant que des générations d’autorités culturelles et spirituelles aient admis que des hommes vivent en communauté et n’aient pas de culture. […] Il n’y a pas de peuple sans culture

Or, les différentes provenances des intellectuels noirs qui assistaient au Congrès, leurs différentes origines historiques, leur donnaient des visions différentes du monde, et du monde noir plus particulièrement. Ces visions différentes provenaient d’individus dont les sociétés avaient vécu des expériences historiques bien distinctes. D’un côté, les Noirs des États-Unis, avec leur expérience de l’esclavage et leur lutte pour la reconnaissance des droits civiques ; de l’autre les Haïtiens, la première république noire depuis 1804 et, finalement, les Noirs venant d’Afrique et même des Antilles, vivant sous un colonialisme qui commence seulement à s’effriter.
L’interdiction de sortir des États-Unis qui pesa sur W.E.B. Du Bois fut à l’origine d’accusations injustes de complicité avec la CIA envers l’écrivain américain Richard Wright. Accusations infondées, Wright était proche des communistes, ce qui l’obligea à fuir la chasse aux sorcières maccarthiste et à se réfugier en France, où il mourut en 1960. Il déclara d’ailleurs : « Il y a un message aujourd’hui qui me blesse et je crois que mon rôle dans ce congrès rendra nul ce message : que les Américains qui participent ici sont des gens qui ne peuvent parler librement. Quand ma participation dans ce congrès sera terminé, j’aimerais que vous me disiez que le gouvernement m’a payé ».

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Durant sa conférence Tradition et industrialisation. Le sort tragique en Afrique, Richard Wright déplora l’absence de femmes participant du Congrès. « Les hommes noirs ne seront pas libres tan que leurs femmes ne le seront pas ».
Il se définit ensuite : « Je suis noir. Je suis un homme de l’Ouest. (…)Je ne suis pas un ennemi de l’Ouest. Ni un homme de l’Est. Je suis né Noir protestant dans l’État le plus raciste des États-Unis, le Mississipi » (…)
« Une partie de l’héritage de l’Ouest que j’apprécie s’est établi actuellement comme des têtes de pont solitaires en Asie et en Afrique sous la forme d’une élite élevée à l’occidentale, une élite plus occidentale que l’Occident. (…) L’Occident déteste et craint cette élite, et de dois, pour être honnête, dire que cet instinct de l’Occident d’haïr et de craindre est correct dans le fond. Car ces élites, en Asie et en Afrique, constituent des îlots d’hommes libres, les hommes les plus libres aujourd’hui dans le monde. (…)
L’Occident, s’il veut demeurer un Occident libre, rationnel, doit se préparer à donner la liberté aux élites d’Asie et d’Afrique (…) »

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Durant sa conférence sur L’esprit de la civilisation ou les lois de la culture négro-africaine, Léopold Sédar Senghor commença par célébrer la réunion de Bandoeng :
« Qu’on le veuille ou non, 1955 marquera une date importante dans l’histoire du monde et d’abord dans l’histoire des peuples de couleur, Bandoeng sera désormais, pour ces peuples, un signe de ralliement. Non par les intrigues qu’essayèrent d’y susciter les deux Blocs mais par l’esprit de libération qui s’y donna naissance. L ‘esprit de Bandoeng, c’est le souci que manifestèrent, alors les peuples afro-asiatiques d’affermir, en l’affirmant, leur personnalité pour ne pas venir les mains vides « au rendez-vous du donner et du recevoir ». Car la Civilisation mondiale – et d’abord la Paix – sera l’œuvre de tous ou ne sera pas. Et comment croire que l’esprit de Bandoeng qui est pour nous, d’abord un esprit de culture, ne souffle aussi sur les Indiens, singulièrement sur les Nègres d’Amérique ? Car la race noire, plus que toute autre, fut la victime des grandes découvertes. La Renaissance européenne s’est édifiée sur les ruines de la civilisation négro-africaine, la force américaine s’est engraissée de la sueur et du sang nègre. C’est deux cent millions de morts que la traite des nègres a coûté à l’Afrique. Mais qui dénombrera les richesses culturelles perdues ? Grâce à Dieu la flamme ne s’est pas éteinte, le levain est resté au fond des cœurs et des corps meurtris, qui permet aujourd’hui notre Renaissance ».
Celui qui serait quelques années plus tard le poète président du Sénégal, comme la plupart des artistes africains de son temps, soutint ensuite une vision quelque peu idyllique de l’Afrique précoloniale, image qui serait renversée par les écrivains de la génération postérieure, dont Yambo Ouologuem, auteur du Devoir de violence.
« C’est dans les activités sociales, sous-tendues par la sensibilité, que s’intègrent très naturellement, la littérature et l’art. (…)
…on ne saisirait pas l’essence de la littérature et de l’art négro-africains en s’imaginant seulement qu’ils sont utilitaires et que le Négro-africain n’a pas le sens de la beauté.[…] La vérité est que le Négro-africain assimile la beauté à la bonté, surtout à l’efficacité. (…)
« Image et rythme, ce sont les deux traits fondamentaux du style négro-africain. (…)
Qu’est-ce que le rythme ? C’est l’architecture de l’être, le dynamisme interne qui lui donne forme, le système d’ondes qu’il émet à l’adresse des Autres, l’expression pure de la force vitale. » (…)
Le rythme est encore plus manifeste dans la peinture africaine. »

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Plusieurs participants du Congrès s’opposèrent au point de vue soutenu par Senghor, dont Richard Wright et le poète haïtien Jacques Stephen Alexis qui manifesta :
« Nous avons entendu, c’est après midi, toute une série de communications qui, à mon avis, sont du plus haut intérêt quant à l’inventaire culturel, quant au contenu des différentes cultures qui forment ce que l’on est convenu d’appeler  » le monde noir ».
Mais d’autre part, il m’a semblé que les questions fondamentales de la culture elle-même, n’étaient que fort peu envisagées. (…)
Nous autres, Haïtiens, nous avons durement expérimenté ce confusionnisme existant chez nous et dans le monde sur les problèmes de la « culture ».
Il nous semble que l’on a voulu, justement, que la « culture » reste une donnée vague, une donnée floue, une donnée imprécise, dont on se sert sans bien en préciser le contenu et les caractères. » (…)
Le monde… est à un carrefour. C’est Bandoeng, c’est une cloche qui résonne, qui indique non seulement que nous voulons que nos cultures apparaissent comme de grandes et belles choses mais qui indique également que les peuples veulent naître à la vie en tant qu’organismes constitués. Et ce sont ces organismes constitués qui seront la base des cultures nationales en formation. Hors de cette notion, toutes les déclarations d’amour à la culture ne peuvent constituer que des gloses verbales

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Un autre des fondateurs de la Négritude, avec Senghor et Damas, le Martiniquais Aimé Césaire s’exprimait ainsi durant sa conférence Culture et colonisation : « Depuis quelques jours, on s’est interrogé sur le sens de ce Congrès.
On s’est demandé en particulier quel est le commun dénominateur d’une assemblée qui unit des hommes aussi divers que des Africains de l’Afrique noire et des Américains du Nord, des Antillais et des Malgaches.
La réponse me paraît évidente : ce commun dénominateur, c’est la situation coloniale. (…)
… on ne peut pas poser actuellement le problème de la culture noire, sans poser le problème du colonialisme, car toutes les cultures noires se développent à l’heure actuelle dans ce conditionnement particulier qu’est la situation coloniale ou semi-coloniale ou para-coloniale.(…)
Mais me dira-t-on qu’est ce que la culture ? Il importe de la définir pour dissiper un certain nombre de malentendus et répondre de manière très précise à un certain nombre de préoccupations qui ont été exprimées par certains de nos adversaires, voire par certains de nos amis.
Par exemple on s’est interrogé sur la légitimité de ce Congrès. S’il est vrai, a-t-on dit qu’il n’y a de culture que nationale, parler de culture négro-africaine, n’est-ce pas parler d’une abstraction ?
Mais qui ne voit que le meilleur moyen de s’en sortir est encore de définir avec soin les mots que nous employons ?
Je pense qu’il est vrai de dire qu’il n’y a de culture que nationale.
Mais, il saute aux yeux que les cultures nationales, toutes particulières qu’elles sont, se groupent par affinités. Et ces grandes parentés de cultures, ces grandes familles de cultures, portent un nom : ce sont des civilisations. Autrement dit si c’est l’évidence même qu’il y a une culture nationale française, une culture nationale italienne, anglaise, espagnole, allemande, russe etc., il n’est pas moins évident que toutes ces cultures présentent entre elles, à côté de différences réelles, un certain nombre de ressemblances frappantes qui font que si l’on peut parler de cultures nationales, particulières à chacun des pays que j’énumérais tout à l’heure, on peut tout aussi bien parler d’une civilisation européenne.
C’est de la même manière que l’on peut parler d’une grande famille de cultures africaines qui mérite le nom de civilisation négro-africaine et qui coiffe les différentes cultures propres à chacun des pays d’Afrique Et l’on sait que les avatars de l’histoire ont fait qu’aujourd’hui le champ de cette civilisation, l’aire de cette civilisation, déborde très largement l’Afrique et c’est dans ce sens que l’on peut dire qu’il y a au Brésil ou aux Antilles, aussi bien Haïti que les Antilles françaises ou même aux Etats-Unis, sinon des foyers du moins des franges de cette civilisation négro-africaine. »

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Un autre antillais, de douze ans le cadet de Césaire, Frantz Fanon, aborda, lui aussi le sujet du colonialisme. Dans sa conférence, intitulée Racisme et culture, l’auteur de Peaux noires, masques blancs, critiqua le colonialisme, « oppression systématisée d’un peuple par l’expropriation, la razzia, le dépouillement ».
Fanon, qui passa trois ans en Algérie, dénonçait la valeur normative de certaines cultures ainsi que la désignation arbitraire de certains groupes humains comme manquant de culture, la hiérarchisation des cultures.
Il attaquait aussi le racisme, qu’il considérait un élément constitutif de certaines cultures évoluant dans ses formes et ses arguments selon la phase de la colonisation où l’on se trouvait. Fanon considérait aussi que ce racisme était un élément de l’oppression et de la destruction de valeurs culturelles d’un peuple.
Fanon soutint finalement que la création d’une commission au sein de l’ONU chargée de lutter contre le racisme ne changerait rien à la situation tandis qu’il y aurait des nations colonisatrices, et que, seulement une fois exclu le colonialisme, une universalité serait possible.

http://www.ina.fr/audio/PH909013001

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L’ancien député de Madagascar et grand poète, Jacques Rabemananjara, emprisonné lors du soulèvement malgache réprimé cruellement par l’armée coloniale française qui fit cent mille morts parmi les révoltés, s’exprima ainsi :
« Beaucoup d’entre vous ont pu suivre ces dernières années, l’histoire douloureuse de mon pays. Ceux-là comprennent, l’intensité de mon émotion. M’adresser à un auditoire aussi choisi que le vôtre, dans l’enceinte de l’un des plus glorieux temples de la culture humaine, je n’ai jamais imaginé, entre les murs étroits de ma cellule d’exilé, là-bas, au milieu des eaux obscures du Canal de Mozambique, que la première fois où, la liberté me serait offerte de rompre un long silence de près de dix ans, ce serait sous les voûtes de la Sorbonne pour préfacer, en quelque sorte, le premier Congres international tenu par les hommes de culture du monde noir. (…)
L’Occident mesurera-t-il jamais assez l’ampleur de l’espoir soulevé dans le camp des muets par la victoire commune remportée sur le fascisme ? »

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L’anthropologue sénégalais Cheikh Anta Diop intervint avec une conférence: « Apports et perspectives culturels de l’Afrique ». Même si certaines de ses idées, comme celle d’un Egypte ancien peuplé de Noirs, peuvent être discutables, d’autres comme celle du panafricanisme, proche de ce que prônaient Kwame Nkrumah, au Ghana, et Thomas Sankara, au Burkina Faso, tout en étant difficilement réalisables, méritent que l’on se penche encore sérieusement sur elles. Un autre point très important du discours de Cheikh Anta Diop, il s’opposa, preuves en main, à tous ceux qui soutenaient l’idée d’une Afrique orpheline de passé, à tous ceux qui, dans leur ambition dominatrice, avaient dérobait son histoire ainsi que sa culture à tout un continent.
« Je dois vous parler ce soir de l’apport de l’Afrique Noire à la civilisation d’une part, et d’autre part, des perspectives culturelles de l’Afrique et en troisième lieu de la spécificité de la culture africaine. Vous voyez donc que le rapport qui m’a été confié est d’ordre technique extrêmement complexe, qu’il était presque impossible de rédiger entièrement », commença son allocution l’ancien élève de Baudrillard et de Joliot-Curie.
« Une idée importante a été exprimée par le camarade Césaire et reprise tout à l’heure par le conférencier qui m’a précédé ; c’est l’idée du peuple démiurge ; il est évident que le peuple crée le fond de la tradition, mais c’est l’élite qui en tire partie pour élaborer des formes culturelles supérieures. À partir d’une telle connaissance de notre passé, il devient possible d’établir la contribution africaine du monde par une simple méthode comparative, en partant des traits fondamentaux de la culture africaine et en tenant compte de la chronologie.(…)
En se livrant à ces recherches, on a été amené à découvrir, d’une façon certaine, que l’ancienne civilisation égyptienne pharaonique, était nègre. A ce point de vue des arguments d’ordre anthropologique, ethnologique, linguistique, historique, culturel ont été fournis. Pour juger de leur valeur, il suffit de se reporter à l’ouvrage Nations nègres et culture qui a été publié par Présence Africaine. (…)
En redécouvrant ainsi notre passé, on contribue à recréer la conscience historique sans laquelle il n’y a pas de grandes nations. Cette notion de culture est liée dans mon esprit, à l’émergence d’un État multinational embrassant la quasi-totalité du continent.
La culture sera donc essentiellement au service de la lutte de libération nationale. Lorsque nous aurons créé, comme on vient de le dire, un État souverain continental et multinational, il faudra, quoi qu’on dise, le doter d’une superstructure idéologique et culturelle qui sera un de ses remparts essentiels de sécurité. (…)
Je veux terminer en soulignant une dernière perspective capitale. Pendant que l’Afrique noire s’oriente vers un Etat multinational qui embrassera la quasi-totalité du continent ayant un équipement industriel de premier ordre, les Antilles pourraient s’orienter vers la formation d’une fédération insulaire sur le type de l’Indonésie et qui, au lieu de regarder vers l’Amérique ou vers l’Europe, entretiendrait des relations de fraternité, de parenté, des relations économiques, commerciales, culturelles et politiques avec l’Afrique Noire. »

Léopold Sédar Senghor déclara durant la séance de clôture : « parce qu’il faut construire la civilisation de l’universel, nous devons ainsi nous retrouver entre nous, car la civilisation de l’universel sera faite de l’apport de tous. Pour employer un mot de Césaire, ce sera « le rendez-vous du donner et du recevoir. […] Nous voulons d’abord nous connaître nous-mêmes et nous réaliser nous-mêmes, pour réaliser en même temps l’humanité entière. »
La résolution finale insistait à son tour sur la « nécessité impérieuse de procéder à une redécouverte de la vérité historique et à une revalorisation des cultures noires » ainsi qu’elle qualifiait le colonialisme et le racisme de « hontes du XXe siècle ». Une authentique libération culturelle ne serait possible qu’après une libération politique.

Les répercussions dans la presse furent des plus variées, l’hebdomadaire socialiste Demain parla d’un « Bandoeng de la culture noire » tandis que le Bulletin de Paris qualifiait le Congrès de « réunion d’agitateurs, d’arabes et de communistes de toute origine ». Le Monde, de son côté publiait un grand article d’Alioune Diop mais remarquait toutefois que « c’est quand même par la culture occidentale que le monde noir a acquis la culture qui lui a permis de s’exprimer ».

Se passerait-il aujourd’hui quelque chose de très différent ? Au vu de l’actualité, je me permets d’en douter. Il est vrai, pourtant, que tous les sujets abordés durant ce congrès historique, les droits de l’homme, le sous-développement, la revalorisation de la culture et de l’histoire des peuples noirs, le racisme, l’étaient dans un contexte colonial et parfois postcolonial, et que, même s’ils demeurent d’actualité, ils doivent être abordés dans un contexte bien différent, celui de la mondialisation, résultat des immenses progrès de la technologie.
Or, il ne faudrait pas se leurrer, car les progrès accomplis n’ont guère été ceux que l’ont pouvait espérer en 1956. Les anciennes puissances coloniales n’ont pas trop desserré leur emprise sur l’Afrique. Elles créent des guerres soi-disant ethniques (Rwanda), elles maintiennent au pouvoir des dictateurs (Bongo, Kabila et autres Nguesso) avec qui elles font de juteuses affaires sans se soucier de l’oppression que souffre le peuple.
Le racisme est, d’autre part, à l’ordre du jour et fleurit dans les discours et dans les actes de maints politiciens, de M Trump à Mme Le Pen et MM Sarkozy, Orban, De Winter et j’en passe. Et, ce qui est bien plus grave, ces politiciens haineux trouvent un écho énorme chez les citoyens qui les votent.
Il est certain aussi que la culture noire, particulièrement africaine, s’est taillé, depuis 60 ans, une place prépondérante dans le monde, aussi bien dans le domaine de la musique que dans ceux du cinéma et de la littérature.
Mais il nous reste un grand chemin à faire pour voir se réaliser les souhaits de cet homme éclairé qu’était Alioune Diop :
« […] nous sommes concernés par la culture mondiale [..]. La culture n’est que l’effort vital par lequel chaque peuple, chaque homme […] reconstruisent un monde qui s’emplit de vie, [..], et apparaît plus assoiffé que jamais de justice, d’amour et de paix. [..] Il importe que les grand problèmes soient accessibles à toutes les consciences et toutes les originalités culturelles soient accessibles à chacun. »

(Lumières noires – Bob Swain)

Références:
Actes du premier congrès (extraits)
Paris-Sorbonne 19-22 septembre 1956
Présence Africaine 2006

http://www.portal.unesco.org

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« Durante largo tiempo sentimos la necesidad, en el seno del mundo moderno en el que la violencia gana terreno y en el que los silenciosos son cruelmente aplastados, de ilustrar la presencia de los hombres de cultura negros. El número, la calidad y la variedad de los talentos debían ser una primera afirmación de nuestra presencia en el mundo. » Alioune Diop

Del 19 al 22 de septiembre de 1956, hace 60 años, en el anfiteatro René Descartes de la Sorbona, en París, resonaban las voces de los intelectuales negros más importantes de la época, Léopold Sédar Senghor, Franz Fanon, Richard Wright, Aimé Césaire, Hamadou Ampathé Bâ…

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Este primer Congreso de los escritores y Artistas Negros fue la iniciativa del intelectual senegalés Alioune Diop, que había fundado, en 1947, la revista y la editorial Présence Africaine, consagradas a la promoción del arte africano.
Ese mismo año, el poeta guyanés guyanais Léon-Gontran Damas publicó la antología Poetas negros de expresión francesa 1900-1945, y un año más tarde, Sédar Senghor presentó la Antología de la nueva poesía negra y malgache de lengua francesa, precedida por el Orfeo negro de Jean-Paul Sartre.
Otros congresos, por otra parte, había tenido lugar, y esto desde los comienzos del siglo XX, en Logres, Bruselas o Nueva York, pero ninguna había centrado sus objetivos en la cultura, ni reunido un número tan grande de intelectuales negros provenientes de los cuatro puntos cardinales, tanto de África como de Estados Unidos, las Antillas y Haití.
Este congreso recibió, además, el apoyo, entre otros, de Albert Camus, Jean-Paul Sartre, André Gide, Théodore Monod y Michel Leiris. Pablo Picasso fue creador de su afiche oficial. Hubo, sin embargo, que deplorar la ausencia de dos norteamericanos a quienes lers habían negado la visa, el panafricanista t W.E.B. DuBois y el gran cantante Paul Robeson.
« Este día estará marcado con un guijarro blanco, afirmó Alioune Diop en su discurso inaugural del Congreso, para continuar : Si desde el final de la guerra, el encuentro de Bandoeng constituye para las conciencias no europeas, el acontecimiento más importante, creo poder afirmar que este primer Congreso mundial de los Hombres de Cultura negros representará el segundo acontecimiento de esta década. »
Diop hacía entonces referencia al encuentro de Bandoeng, en Indonesia, que, en 1955, y por invitación del presidente Sukarno, consagró el emerger del Tercer Mundo y de los no alineados. Animó, por otra parte, la prosecución de la descolonización del África.
El fundador de Présence Africaine abordó luego un tema que, 60 años más tarde, es aún actual si se consideran las declaraciones de varios políticos franceses, sobre todo el ex presidente Sarkozy:

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« El color de la piel es sólo un accidente ; este color es sin embargo responsable de acontecimientos y de obras, de instituciones, de leyes éticas que marcaron de manera imborrable la historia de nuestras relaciones con el hombre blanco. (…) Podrán, a lo largo de las próximas sesiones, oir subrayar las responsabilidades de la cultura occidental en la colonización y el racismo. Reconozcamos que no somos la únicas víctimas del racismo. Los judíos, durante esta guerra, han conocido sufrimientos organizados y llevados a un nivel nunca imaginado antes. Nos inclinamos con emoción ante la memoria de todas las víctimas del racismo hitleriano. (…) Esta es la escandalosa cuestión de los pueblos sin cultura. Si es exacto que los verdaderos responsables de la colonización han forjado adrede este mito, no es menos sorprendente que generaciones de autoridades culturales y espirituales hayan admitido que los hombres puedan vivir en comunidad sin tener cultura. […] No existe pueblo sin cultura.»

Las diferentes proveniencias de los intelectales negros que asistían al Congreso, sus diferentes orígenes históricos, les daban empero visiones diferentes del mundo, y del mundo negro más particularmente. Estas visiones diferentes provenían de individuos cuyas sociedades habían vivido experiencias históricas bien distintas. Por un lado, los negros de los Estados Unidos, con su experiencia de la esclavitud y su lucha por el reconocimiento de los derechos cívicos; por el otro los haitianos, la primera república negra desde 1804 y, finalmente, los negros provenientes de África y aún de las Antillas, que vivían bajo un colonialismo que recién comienza a diluirse.
La prohibición de salida de los Estados Unidos que pesó sobre W.E.B. Du Bois originó acusaciones injustas de complicidad con la CIA para el escritor norteamericano Richard Wright. Acusaciones infundadas, Wright estaba cerca de los comunistas, lo que lo obligó a huir de la caza de brujas del macartismo y a refugiarse en Francia, donde murió en 1960. Por otra parte declaró :: « Hay un mensaje hoy que me hiere y creo que mi papel en este congreso anulará este mensaje : que los norteamericanos que participan aquí son gente que no puede hablar libremente. Cuando mi participación en este congreso haya terminado, me gustaría que me dijeran que me pagó el gobierno».

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Durante su conferencia Tradición e industrialización. La suerte trágica en África, Richard Wright deploró la ausencia de mujeres que participaran del Congreso. “Los hombres negros no serán libres mientras sus mujeres no lo sean”.
Se definió luego: « Soy negro. Soy un hombre del Oeste. (…) No soy un enemigo del Oeste. Ni un hombre del Este. Nací negro y protestante en el Estado más racista de los Estados Unidos, Mississippi » (…)
« Parte de la herencia del Oeste que apreció se ha establecido actualmente como cabezas de puente solitarias en Asia y África bajo la forma de la elite criada a lo occidental, una elite más occidental que el Occidente. (…) Occidente odia y teme a esta elite, y debo, por ser honesto, decir que este instinto de Occidente de odiar y temer a esta elite es en el fondo correcto. Ya que estas elites, en Asia y en África, constituyen islotes de hombres libres, los hombres más libres hoy en el mundo. (…)
Occidente, si quiere seguir siendo un Occidente libre, racional, debe prepararse para dar a libertad a las elites de Asia y África

Durante su conferencia sobre El espíritu de la civilización o las leyes de la cultura negro-africana, Léopold Sédar Senghor comenzó celebrando la reunión Bandoeng :
« Que lo queramos o no, 1955 marcará una fecha importante en la historia del mundo y por empezar en la historia de los pueblos de color, Bandoeng será desde entonces, para estos pueblos una señal de encuentro. No por las intrigas que trataron de suscitar allí los dos bloques sino por el espíritu de liberación que nació allí. El espíritu de Bandoeng es la preocupación que manifestaron entonces los pueblos afro asiáticos de fortalecer, al afirmarla, su personalidad de no llegar con las manos vacías a la “cita del dar y del recibir”. Porque la Civilización mundial –y por empezar la Paz- será la obra de todos o no será. ¿Y cómo no creer que el espíritu de Bandoeng que es para nosotros en principio un espíritu de cultura, no sople también sobre los indios, singularmente sobre los negros de América? ya que la raza negra, más que cualquier otra, fue la víctima de los grandes descubrimientos. El Renacimiento europeo se edificó sobre las ruinas de la civilización negro africana, la fuerza americana se engordó con el sudor y la sangre negros. La trata negrera costó dos millones de muertos a África. ¡Pero quién calculará las riquezas culturales perdidas? Gracias a Dios la llama no se apagó, la levadura quedó en el fondo de los corazones y de los cuerpos heridos, lo que permite hoy nuestro Renacimiento».
El que sería algunos años más tarde el poeta presidente de Senegal, como la mayoría de los artistas africanos de su tiempo, sostuvo luego una visión algo idílica del África pre colonial, imagen que sería derribada por los escritores de la generación posterior, entre los cuales Yambo Ouologuem, autor del Deber de violencia.
« La literatura y el arte se integran muy naturalmente en las actividades sociales basadas en la sensibilidad. (…)
…no se entenderá la esencia de la literatura y del arte negro africanos sólo imaginando que son utilitarios y que el negro africano carece del sentido de la belleza. (…)
« La imagen y el ritmo son los dos rasgos fundamentales del estilo negro africano. (…)
¿Qué es el ritmo ? Es la arquitectura del ser, el dinamismo interno que le da forma, el sistema de ondas que emite en dirección a los otros, la expresión pura de la fuerza vital. (…)
El ritmo se manifiesta aún más en la pintura africana

Varios participantes del Congreso se opusieron al punto de vista defendido por Senghor, entre los cuales Richard Wright y el poeta haitiano Jacques Stephen Alexis quien manifestó:
« Hemos oído, esta tarde, toda una serie de comunicaciones que, en mi opinión, son del más alto interés en cuanto al inventario cultural, en cuanto al contenido de las diferentes culturas que forman lo que se ha dado en llamar « el mundo negro ».
Pero por otra parte, me pareció que las cuestiones fundamentales de la cultura misma eran muy poco encaradas. (…)
Nosotros los haitianos hemos sufrido duramente esta confusión que existe entre nosotros y en el mundo sobre los problemas de la “cultura”.
Nos parece que se ha querido, justamente, que la “cultura” siga siendo un dato vago, un dato confuso, un dato impreciso, que usamos sin precisar su contenido y sus caracteres
El mundo… está en una encrucijada. Bandoeng es una campana que resuena, que no sólo indica que queremos que nuestras culturas aparezcan como cosas grandes y bellas pero que indica igualmente que los pueblos quieren nacer a la vida como organismos constituidos. Y son estos organismos constituidos que serán la base de las culturas nacionales en formación. Fuera de esta noción, todas las declaraciones de amor por la cultura sólo pueden constituir glosas verbales.”

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Otro de los fundadores de la Negritud, con Senghor y Damas, el martiniqués Aimé Césaire, se expresaba así durante su conferencia Cultura y colonización : « Desde hace algunos días nos interrogamos sobre el sentido de este congreso.
Nos preguntamos particularmente cual era el común denominador de una asamblea que une hombres tan diversos como africanos del África negra y americanos del norte, antillanos y malgaches.
La respuesta me parece evidente: ese común denominador es la situación colonial. (…)
… no se puede plantear actualmente el problema de la cultura negra sin plantear el problema del colonialismo, pues todas las culturas negras se desarrollan hoy en este condicionamiento particular que es la situación colonial, semicolonial o para colonial.
¡Me preguntarán que es la cultura ? Importa definirla para disipar un cierto número de malentendidos y responder de manera muy precisa a cierto número de preocupaciones que fueron expresadas por algunos de nuestros adversarios, aún por algunos de nuestros amigos.
Se interrogaron por ejemplo sobre la legitimidad de este congreso. Si es verdad, como dicen, que sólo hay cultura nacional, hablar de cultura negro africana, ¿no es hablar de una abstracción?
Pienso a decir verdad que sólo hay cultura nacional.
Pero salta a la vista que las culturas nacionales, por más particulares que sean, se agrupan por afinidades. Y esos grandes parentescos de culturas, esas grandes familias de culturas, llevan un nombre: son civilizaciones. Dicho de otra manera, si es harto evidente que existen una cultura francesa, una cultura nacional italiana, inglesa, española, alemana, rusa, etc., es también no menos evidente que estas culturas presentan entre ellas, al lado de diferencias reales, un cierto número de semejanzas evidentes que hacen que si bien se puede hablar de culturas nacionales, particulares de cada país que enumeré recién, también se puede hablar de una civilización europea.
De la misma manera podemos hablar de una gran familia de culturas africanas que merece el nombre de civilización negro africana y que engloba a las diferentes culturas propias de cada uno de los países de África. Y se sabe que los avatares de la historia han hecho que hoy el campo de esta civilización, el área de esta civilización desborde muy ampliamente el África y es en este sentido que se puede decir que hubo en Brasil o en las Antillas, tanto en Haití como en las Antillas francesas o aún en los Estados Unidos, si no hogares por lo menos franjas de esta civilización negro africana. »

Otro antillano, doce años más joven que Césaire, Frantz Fanon, abordó también el tema del colonialismo. En su conferencia, intitulada Racismo y cultura, el autor de Pieles negras, máscaras blancas, criticó al colonialismo, “opresión sistemática de un pueblo por la expropiación, la razzia, el despojamiento”.
Fanon, quien pasó tres años en Argelia, denunciaba el valor normativo de ciertas culturas así como la designación arbitraria de ciertos grupos humanos como carentes de cultura, la jerarquización de las culturas.
Atacaba también al racismo, que consideraba un elemento constitutivo de ciertas culturas que evoluciona en sus formas y sus argumentos según la fase de la colonización en que se encuentran. Fanon consideraba también que el racismo era un elemento de la opresión y de la destrucción de valores culturales de un pueblo.
Fanon sostuvo finalmente que la creación de una comisión en el seno de la ONU encargada de luchar contra el racismo no cambiaría en nada la situación mientras existieran naciones colonizadoras, y que, una vez excluido el colonialismo, una universalidad sería posible.
http://www.ina.fr/audio/PH909013001

El ex diputado de Madagascar y gran poeta, Jacques Rabemananjara, encarcelado durante el levantamiento malgache reprimido cruelmente por el ejército colonial francés que causó cien mil muertos entre los revolucionarios, expresó lo siguiente:
« Muchos entre ustedes pudieron seguir estos últimos años, la historia dolorosa de mi país. Ellos comprenden la intensidad de mi emoción. Dirigirme a una audiencia tan selecta como este, entre los muros de uno de los más gloriosos templos de la cultura humana, nunca imaginé entre los muros de mi celda de exiliado, allá en medio de las aguas oscuras del Canal de Mozambique, que la primera vez que me sería dada la libertad de romper un largo silencio de casi diez años, los sería bajo la bóveda de la Sorbona para prologar, de alguna manera, el primer Congreso internacional organizado por los hombre de la cultura del mundo negro. (…)
¿Occidente medirá alguna vez la amplitud de la esperanza levantada en el campo de los mudos por la victoria común sobre el fascismo?

El antropólogo senegalés Cheikh Anta Diop intervino con una conferencia: “Aportes y perspectivas culturales de África”. Aún si algunas de sus ideas, como las de un Egipto antiguo poblado de negros, pueden ser discutibles, otras como la del panafricanismo, cercana de la que sostenían Kwame Nkrumah, en Ghana, y Thomas Sankara, en Burkina Faso, aunque siendo difícilmente realizable, merecen que uno se interese seriamente en ellas. Otro punto muy importante del discurso de Cheikh Anta Diop, se opuso, con pruebas en la mano, a todos los que sostenían la idea de un África huérfana de pasado, a todos los que, en su ambición dominadora, sustraían su historia así como su cultura a todo un continente.
« Debo hablarles esta noche del aporte del África Negra a la civilización por una parte, y, por otra parte, de las perspectivas culturales de África y, en tercer lugar, de la especificidad de la cultura africana. Ven entonces que el informe que me ha sido confiado es de un orden técnico extremadamente complejo, casi imposible de redactarlo enteramente » comenzó su alocución el ex alumno de Baudrillard y de Joliot-Curie.
« Ua idea importante fue expresada por el compañero Césaire y retomada hace un rato por el conferencista que me precedió ; es la idea del pueblo demiurgo ; es evidente que el pueblo crea el fondo de la tradición, pero que la elite saca partido de ella para elaborar formas culturales superiores. A partir de un tal conocimiento de nuestro pasado se vuelve posible establecer la contribución africana en el mundo por un simple método comparativo, partiendo de los rasgos fundamentales de la cultura africana y teniendo en cuenta su cronología. (…)
Haciendo estas investigaciones, fuimos llevados a descubrir, de una manera segura, que la antigua civilización egipcia faraónica, era negra. Sobre este punto se han provisto argumentos de orden antropológico, etnológico, lingüístico, histórico y cultural. Para juzgar su valor, basta con consultar el libro Nations nègres et culture que fue publicado por Présence Africaine. (…)
Redescubriendo nuestro pasado se contribuye a recrear la conciencia histórica sin la que no hay grandes naciones. Esta noción de cultura está ligada en mi mente al emerger de un Estado multinacional que abarque la casi totalidad del continente.
La cultura estará entonces esencialmente al servicio de la lucha de liberación nacional. Cuando hayamos creado, como acabo de decirlo, un Estado soberano continental y multinacional, habrá que, digan lo que digan, dotarlo de una superestructura ideológica y cultural que será una de sus defensas esenciales de seguridad. (…)
Quiero terminar subrayando una última perspectiva capital. Mientras que el África negra se orienta hacia un estado multinacional que abarque la casi totalidad del continente con un equipamiento industrial de primer orden, las Antillas podrían orientarse hacia la formación de una federación insular como en Indonesia y que, en lugar de mirar hacia América o hacia Europa, tenga relaciones de fraternidad, de parentesco, relaciones económicas, comerciales, culturales y políticas con el África negra.”

Léopold Sédar Senghor declaró durante la sesión de clausura : « porque hay que construir la civilización universal, debemos así encontranos entre nosotros, pues la civilización universal se hará con el aporte de todos. Empleando las palabras de Césaire, será « la cita del dar y del recibir ». (…) Queremos primero conocernos a nosotros mismos y realizarnos a nosotros mismos para realizar al mismo tiempo a toda la humanidad. »
La resolución final insistía a su vez en la « necesidad imperiosa de proceder a un redescubrimiento de la verdad histórica y a una revalorización de las culturas negras » así como calificaba al colonialismo y al racismo de « vergüenzas del siglo XX”. Una auténtica liberación cultural sólo sería posible después de una liberación política.

Las repercusiones en la prensa fueron de lo más variadas, el semanario socialista Demain habló de un « Bandoeng de la cultura negra » mientras que el Bulletin de Paris calificaba al Congreso como una « reunión de agitadores, de árabes y de comunistas de toda procedencia ». Le Monde, por su lado, publicaba un gran artículo de Alioune Diop pero notaba sin embargo que « sin embargo gracias a la cultura occidental el mundo negro adquirió la cultura que le permitió expresarse « .

¿Ocurriría hoy algo muy diferente? Observando la actualidad, me permito dudarlo. Es verdad, sin embargo, que todos los temas abordados durante este congreso histórico, los derechos humanos, el subdesarrollo, la revalorización de la cultura y de la historia de los pueblos negros, el racismo, lo eran en un contexto colonial y a veces poscolonial, y que, aún si siguen siendo actuales, deben ser abordados en un contexto muy diferente, el de la globalización, resultado de los inmensos progresos de la tecnología.
No habría que engañarse empero, ya que los progresos realizados no han sido los que se podían esperar en 1956. Las ex potencias coloniales no han aliviado en mucho su presión sobre el África. Crean guerras aparentemente étnicas (Ruanda), mantienen en el poder a dictadores (Bongo, Kabila, Nguesso) con quienes hacen negocios jugosos sin preocuparse por la opresión que sufren los pueblos.
El racismo está, por otra parte, a la orden del día y florece en los discursos y en los acto de muchos políticos, del Sr. Trump a la Sra. Le Pen, pasando los los Sres. Sarkozy, Orban, De Winter y otros. Y, lo que es más grave, estos políticos llenos de odio encuentran un eco enorme en los ciudadanos que los votan.
Es cierto también que la cultura negra, particularmente africana, ocupa, desde hace 60 años, un lugar preponderante en el mundo, tanto en el terreno de la música como en los del cine y la literatura.
Pero nos queda un largo camino por recorrer para ver realizarse los deseos de este hombre iluminado que era Alioune Diop :
« […] estamos concernidos por la cultura mundial [..]. La cultura es sólo el esfuerzo vital con el que cada pueblo, cada hombre (…) reconstruyen el mundo que se llena de vida. [..], y aparece más que nunca sediento de justicia, de amor y de paz (…) Importa que los grandes problemas sean accesibles para todas las consciencias y que todas las originalidades culturales sean accesibles para cada uno.»

(Lumières noires – Bob Swain)

69… ans/años

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On a beau le tourner et le retourner, lui faire faire trois petits tours…, le chiffre reste immuable. 69 ! 69 ans que j’arpente la planète ! C’est un bon bout de chemin pour moi pour qui le chemin reprend jour à jour.
Un long chemin, un chemin bien peuplé, certes. Or, il me semble que ce fut hier que j’entrai pour la première fois au Théâtre Colón de Buenos Aires et que j’y découvrais le poème symphonique Finlande de Ian Sibelius. Or, il me semble que ce fut hier que je tombai amoureux pour la première fois tant le sentiment est encore bien vivant dans mon cœur.
Si le chemin fut bien peuplé, c’est que, et c’est là un grand bonheur même si je me cassai plusieurs fois la figure, c’est que je vécus intensément et que je continue de le faire. Les passions ne sont peut-être plus les mêmes, elles enflamment toutefois mon âme avec autant d’ardeur.
C’est ce qui me fait ouvrir les yeux tous les matins avec la même curiosité. C’est ce qui fait que ma vie n’est, ni ne fut jamais, un long fleuve tranquille. Loin de là, et j’en suis bien aise, et j’espère que se sera ainsi jusqu’au dernier jour.

Por más que la de vuelta y la vuelva a dar vuelta, le haga dar tres vueltecitas…, la cifra permanece inmutable. 69! 69 años que recorro el planeta! Un largo camino para mí, para quien el camino vuelve a empezar cada día.
Un largo camino, un camino bien poblado por cierto. Me parece empero que fue ayer que entré por vez primera al teatro Colón de Buenos Aires y que allí descubrí el poema sinfónico Finlandia de Ian Sibelius. Me parece empero que fue ayer cuando me enamoré por vez primera tan vivo está aún el sentimiento en mi corazón.
Si el camino estuvo bien poblado, es que, y esta es mi gran felicidad aunque me rompiera la cara varias veces, es que viví intensamente y que sigo haciéndolo. Las pasiones ya no son quizás las mismas, queman sin embargo mi alma con el mismo ardor.
Es lo que me hace abrir los ojos cada mañana con la misma curiosidad. Es lo que hace que mi vida no es, ni fue nunca, un largo río tranquilo. Lejos de ello, y estoy muy satisfecho, y espero que será así hasta el último día.

 

Montevideo la francophile, Montevideo la francophone (12)

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La censure et la traduction
Mónica Rizo Maréchal
(Universidad Nacional Autónoma de México, Mexique)

Cette communication reprend la recherche que j’ai menée pour mon mémoire de maîtrise en Linguistique Appliquée à l’UNAM, dont le titre est Mécanismes linguistiques de censure en traduction littéraire. La censure est souvent étudiée dans les domaines de la psychanalyse ou la sociologie, mais on l’a peu abordée du point de vue des études descriptives de la traduction. La traduction dépasse la seule manipulation de deux codes linguistiques. Loin de là, le traducteur est censé répondre à des exigences de compréhension entre les cultures. Cependant, on ne peut pas tout dire dans le passage d’une culture à l’autre, notamment si des mots liés aux croyances, à la magie ou à la décence y sont impliqués. Ce genre de mots peut facilement provoquer le rejet et donc, la censure. Mais non seulement le mot peut provoquer ce malaise. L’ordre des mots dans l’énoncé, l’organisation du paragraphe et même la ponctuation d’un texte peuvent déranger le traducteur, qui essaie de répondre aux exigences du bien-dire et du dire-correctement d’une culture et sa langue. D’autant plus s’il traduit vers une culture moins tolérante que la culture du texte source. Que fait-il alors ? Est-ce qu’il censure ? À partir de la théorie des normes (Toury, 2004) et de l’analytique négative d’Antoine Berman (1999), on a comparé trois traductions à l’espagnol d’un extrait du roman Les onze mille verges de Guillaume Apollinaire. On présentera tout d’abord le cadrage théorique et méthodologique qui soutient ce mémoire ; puis, on discutera un échantillon d’exemples de censure et, finalement, on exposera les conclusions. Cette étude suggère que la tendance à produire des effets de censure sur le texte traduit sera plus marquée si le traducteur se montre plus attentif au texte cible qu’au texte source et, donc, à produire un texte acceptable dans la culture cible.

Références :
Berman, A. 1999. La traduction et la lettre ou l’auberge du lointain. Paris : Éditions du Seuil.
Rizo, M. 2009. Mecanismos lingüísticos censorios en traducción literaria. Análisis comparativo de tres traducciones al español de la novela erótica Les onze mille verges de Guillaume Apollinaire. Tesis de Maestría en Lingüística Aplicada. (No publicada). México. UNAM.
Toury, G. 2004. Los estudios descriptivos de Traducción y más allá. Metodología de la investigación en Estudios de Traducción. Madrid: Cátedra.

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