Un malaise diffus – Un malestar difuso

Tirés du beau livre de la journaliste du Monde Annick Cojean, Je ne serais pas là si, ces mots de Patti Smith qui me touchent particulièrement.images (24) 

Malgré cette énergie, intacte, il émane de vos poèmes et de vos livres une grande mélancolie.

Lorsque j’ai écrit M Train, je souffrais d’un malaise diffus que je ne parvenais pas à identifier. J’affrontais l’absence bien sûr, et une succession de deuils difficiles qui m’avaient fait perdre la joie. Mais ce n’était pas que cela. C’est vers la fin du livre que j’ai compris l’origine de ce malaise persistant. Mon âge ! Mon âge me rattrapait ! 67 ans à l’époque. Aujourd’hui 70. Oui, j’avais franchi une ligne. Et oui, je vieillissais ! Il était temps que je me confronte à ma propre chronologie. Urgent que j’envisage le temps limité qu’il me restait sur cette planète pour voir mes enfants et réaliser tous les projets que j’avais en tête. Jamais je n’avais encore pensé à cela. J’ai toujours été insouciante de mon âge et de mon apparence. Puérile. Mais la froideur de la chronologie s’imposait brutalement. J’ai fini par accepter cette réalité, ou du moins me réconcilier avec elle. Et maintenant que j’ai identifié la racine de ce qui me rongeait, je me sens beaucoup mieux.

Comment peut-on pallier l’absence ?

J’ai appris que lorsqu’on perd des êtres aimés, l’amour qu’on a partagé avec eux ne meurt pas. L’amour ne meurt pas ! Votre mère peut mourir mais ça n’interrompt nullement son amour à votre égard. Il est là, il est en vous ! Il faut vous accrocher à cela. En écrivant mon livre, je sentais une chaleur qui envahissait mon cœur et j’ai compris que c’était l’amour de mon frère. Il aidait à raviver la petite flamme vacillante à l’intérieur de moi. Et je fais tout pour qu’elle ne s’éteigne pas. Parce que l’amour est autour de moi. Celui de mon père, de ma mère, de Robert Mapplethorpe, de mon mari, de mes chiens. Je suis peut-être seule, à ce stade de ma vie, en termes de compagnon, mais je ne suis pas sans amour ! Et le fait de pouvoir écrire et de sonder ma tristesse infinie, me permet de la retourner et de découvrir son pendant qui est la joie. Je n’écris pas intentionnellement une célébration de la vie. Mais le seul fait de travailler sur des impulsions créatrices prouve que la vie est là. Ardente.

Annick Cojean, Je ne serais pas là si, Grasset, Le Monde, 2018

Extraídas del bello libro de la periodista del Monde Annick Cojean, Je ne serais pas là si (No estaría aquí si), estas palabras de Patti Smith que me tocan particularmente.

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A pesar de esta energía, intacta, emana de sus poemas y de sus libros una gran melancolía.

Cuando escribí M Train, sufría un malestar difuso que no lograba identificar. Enfrentaba la ausencia por supuesto, y una sucesión de duelos difíciles que me habían hecho perder la alegría. Pero no era eso. Al final del libro entendí el origen de ese malestar persistente. ¡Mi edad! ¡Mi edad me alcanzaba! 67 años en ese momento. Hoy 70. Sí, había franqueado una línea. ¡Y sí, envejecía! Era hora de afrontar mi propia cronología. Era urgente que encarara el tiempo limitado que me quedaba sobre este planeta para ver a mis hijos y realizar todos los proyectos que tenía en mi cabeza. Nunca antes había pensado en esto. Siempre fui indiferente a mi edad y a mi apariencia. Pueril. Pero la frialdad de la cronología se imponía brutalmente. Terminé por aceptar esta realidad, o por lo menos por reconciliarme con ella. Y ahora que identifiqué la raíz de lo que me carcomía, me siento mucho mejor.

¿Cómo se puede mitigar la ausencia?

Aprendí que cuando perdemos a seres amados, el amor que compartimos con ellos no muere. ¡El amor no muere! Su madre puede morir pero esto no interrumpe de ninguna manera su amor hacia usted. ¡Está allí, está en usted! Hay que agarrarse de eso. Al escribir mi libro, sentía una calidez que  invadía mi corazón y entendí que era el amor de mi hermano. Me ayudaba a reavivar la pequeña llama vacilante en mi interior. Y hacía todo para que no se apagara. Porque el amor está alrededor de mí. El de mi padre, el de mi madre, el de  Robert Mapplethorpe, el de mi marido, el de mis perros. Quizás esté sola, en esta etapa de mi vida, en términos de compañero, ¡pero no estoy sin amor! Y el hecho de poder escribir y de sondear mi tristeza infinita, me permite darla vuelta y descubrir su otra cara que es la alegría. No escribo intencionalmente una celebración de la vida. Pero el solo hecho de trabajar sobre impulsos creadores prueba que la vida está allí. Ardiente.

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Demain, 9 juin, Barbara aurait eu 88 ans. Elle nous quitta le 24 novembre 1997.  Cela fait plus de vingt ans. Or, sa voix et ses chansons constituent encore une référence pour de nombreux artistes de la nouvelle génération qui, compte tenu de leur âge, ne l’ont sûrement pas vu sur scène.
Je voudrais, tout d’abord, partager mon souvenir personnel de Barbara, et puis, m’occuper du film que lui consacre Matthieu Amalric.

Lily Passion

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En février 1986, je me trouvais à Paris. Mon premier voyage en France. Un beau jour, j’apprends que Barbara présente au Zénith un conte musical, Lily Passion, en compagnie, ni plus ni moins, de Gérard Depardieu.
Je les connaissais, et admirait tous les deux. Depardieu pour ses films et Barbara, j’avais découvert ses chansons dans les années 70, et j’avais visionné, en 1984, son récital Pantin 81, à l’Alliance Française de Mar del Plata. Un détail amusant, le concert était enregistré sur une cassette vidéo bien plus grande que les VHS qui s’appelait UMATIC !
En février 1986, j’assiste donc  à une représentation de Lily Passion. Barbara y joue son propre rôle, une chanteuse en tournée, et Depardieu, celui d’un assassin qui commet un crime dans chacune des villes où elle se produit. Il signe d’ailleurs chacun de ses meurtres d’une branche de mimosa.
Je conserve absolument vivante en moi l’émotion de voir Barbara arpenter le plateau comme un grand héron noir et le souvenir de cette présence formidable de Depardieu sur scène. Avant de n’avoir proféré un mot, avant de n’avoir esquissé le plus petit geste, il ÉTAIT là !
Tous deux sur une scène dépouillée, deux pianos noirs, une énorme sphère, et plus tard le rocking-chair fétiche de la chanteuse.
https://www.youtube.com/watch?v=1N7W8rB7yEI

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Tous deux forment un couple uni aussi bien par l’amour que par la mort. L’assassin fascine et effraie la chanteuse. « Pourtant cet assassin m’obsède /j’ai peur/cet assassin me suit/Qu’il me suive ou qu’il me précède/il tue/Je chante, je chante/il tue », chante-t-elle.
Dans Lily Passion apparaissent tous les sujets qui hantent l’œuvre de Barbara, l’amour impossible, la peur, le pardon, la mort…
Pour terminer avec l’une de ses chansons les plus emblématiques de la longue dame brune, celle qu’elle a dédiée à son public, Ma plus belle histoire d’amour, c’est vous.
https://www.youtube.com/watch?v=6KN2qLUUc0s

Beaucoup de concerts, de récitals, de pièces de théâtre ont jalonné mon chemin de leurs pierres blanches, Lily Passion en est assurément l’une des plus belles, l’une des plus lumineuses.

Barbara, le film

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Face au film Barbara, de Matthieu Amalric, il faut dire que je nourrissais de grandes appréhensions. Je venais d’ingurgiter  une bonne quantité de ce que l’on appelle actuellement « biopics », dont Cézanne et moi, un abominable navet où les dialogues sonnent aussi faux que la perruque dont est affublé Guillaume Canet dans le rôle de Zola.
Finalement, j’ai bien fait de voir ce film, car il ne s’agit pas du tout d’un “biopic”, un « antibiopic », pourrait-on dire, mais surtout du dialogue entre la grande chanteuse et l’actrice, la sublime Jeanne Balibar, qui doit l’incarner à l’écran.
Il s’agit en fait d’une évocation construite à partir de souvenirs comme ceux du biographe de Barbara, Jacques Tournier, d’images documentaires de l’artiste qui se mêlent  jusqu’à une certaine confusion à celles que joue l’actrice. On perd pied parfois, pour revenir ensuite à la surface.
Un très beau film qui échappe à toutes les définitions, à tous les genres.

https://www.youtube.com/watch?v=glknM7jwip8

Mañana 9 de junio Barbara cumpliría 88 años. Nos dejó el 24 de noviembre de 1997. Hace algo más de 20 años. Su voz, empero, y sus canciones, constituyen aún una referencia para numerosos artistas de la nueva generación que, teniendo en cuenta su edad, seguramente no la vieron en escena.
Querría, en principio, compartir un recuerdo personal de Barbara, y luego, ocuparme de la película que le consagra Matthieu Amalric.

Lily Passion

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En febrero de 1986 me encontraba en París. Mi primer viaje a Francia. Un buen día me entero que Barbara presenta en el Zénith un cuento musical, Lily Passion,acompañada, ni más ni menos, por Gérard Depardieu.
Los conocía y admiraba a ambos. Depardieu por sus películas y había descubierto las canciones de Barbara en los años 70, y había visto, en 1984, en la Alianza Francesa de Mar del Plata, su recital Pantin 81. Un detalle divertido, el concierto estaba grabado en una cassette video mucho más grande que las VHS llamada UMATIC.
En febrero de 1986, asistí entonces a una representación de Lily Passion. Barbara representa su propio papel, una cantante de gira, y Depardieu, el de un asesino que comete un crimen en cada una de las ciudades donde ella se produce. Firma por otra partre cada uno de sus asesinatos con una rama de acacia en flor.
Conservo absolutamente viva en mí la emoción de ver a Barbara recorrer el escenario como  una gran garza negra y el recuerdo de la presencia formidable de Depardieu en escena. Antes de haber proferido una palabra, antes de haber bosquejado un gesto, ¡ESTABA allí!
Ambos rodeados por una escenografía despojada, dos pianos negros, una enorme esfera, y, más tarde, la reposera fetiche de la cantante.
https://www.youtube.com/watch?v=1N7W8rB7yEI

LILY PASSION

Ambos forman una pareja unida tanto por el amor como por la muerte. El asesino fascina y atemoriza a la cantante. « Sin embargo este asesino me obsesiona/tengo miedo/este asesino me sigue/Que me siga o que me preceda/el mata/Yo canto, canto, el mata », canta.
En Lily Passion aparecen todos los temas que aparecen en la obra de Barbara, el amor imposible, el miedo, el perdón, la muerte…
Para terminar con una de las canciones más emblemáticas de la alta dama morena, la que dedidó a su público, , Ma plus belle histoire d’amour, c’est vous (Mi más bella historia de amor son ustedes).

https://www.youtube.com/watch?v=6KN2qLUUc0s

Muchos conciertos, recitales, obras de teatro jalonaron mi camino con sus piedras blancas, Liuly Passion es seguramente una de las más bellas y luminosas.

Barbara, el film

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Frente al film Barbara, de Matthieu Amalric, tengo que decir que alimentaba grandes aprensiones. Acababa de tragar una buena cantidad de los que se llaman actualmente « biopics », entre los cuales Cézanne et moi /Cézanne y yo), un abominable bodrio en el que los diálogos suenan tan falsos como la peluca con la que disfrazaron a Guillaume Canet en el papel de Zola.
Finalmente hice bien en mira resta película ya no no se trata en absoluto de un « biopic », un « anti-biopic » podría decirse, pero sobre todo del diálogo entre la gran cantante y la actriz, la sublime Jeanne Balibar, que debe encarnarla en la pantalla.
Se trata en realidad de una evocación construida a partir de recuerdos como los de su biógrafo Jacques Tournier, de imágenes documentales que se mezclan hasta cierta confusión con las que representa la actriz. A veces perdemos pié, pero volvemos pronto a la superficie.
Una película muy bella que escapa a todas las definiciones y a todos los géneros.

https://www.youtube.com/watch?v=glknM7jwip8

Aimé Césaire

L’inlassable combattant

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Le 17 avril 2008, s’éteignait à Fort-de-France, Martinique, Aimé Césaire, l’un des plus grands poètes en langue française du XXe siècle mais avant tout un homme en lutte contre le colonialisme et pour la cause de l’homme noir.
Ce combat traverse effectivement son œuvre ainsi que sa carrière politique.
C’est à cet homme engagé que je voudrais rendre hommage à 10 ans de sa mort.

La dénonciation du colonialisme est présente dès le premier article de Césaire paru dans L’Étudiant noir, la revue créée en 1935 par le poète martiniquais et Léon-Gontran Damas que ce dernier définit ainsi : « L’Étudiant noir, journal corporatif et de combat, ayant pour objectif la fin de la tribalisation, du système clanique en vigueur au quartier Latin ! On cessait d’être martiniquais, guadeloupéen, guyanais, africain et malgache pour n’être qu’un seul et même étudiant noir. »
Dans un article du numéro 3, de mai-juin 1935, « Conscience raciale et révolution sociale », Césaire exprime pour la première fois son idée de la négritude.

« La Négritude résulte d’une attitude active et offensive de l’esprit. Elle est sursaut, et sursaut de dignité », dira-t-il plus tard.

Il en sera de même avec ses articles dans Tropiques et Présence africaine ainsi que dans ses interventions aux deux Congrès des écrivains et artistes noirs, à Paris en 1956, puis à Rome, en 1959.
Lorsque, en 1950, Aimé Césaire publie son Discours sur le colonialisme, il est déjà reconnu comme « le grand poète noir », comme l’exprima André Breton.
Ses interventions en tant que députée à l’Assemblée nationale où il condamne les guerres coloniales de la France, sont remarquées. Pour la droite, d’ailleurs, il n’est qu’un « insulteur de la patrie ».

Le Discours, qui ne fut, d’ailleurs, jamais prononcé sur une tribune, est un réquisitoire contre l’Europe coloniale.

« L’Europe est comptable devant la communauté humaine du plus haut tas de cadavres de l’histoire », assène Césaire.

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Pour lui, l’Europe est « moralement, spirituellement indéfendable ».
Il ose mettre en parallèle la politique coloniale européenne avec le nazisme dont le continent vient tout juste de se libérer. Cette comparaison lui fut très souvent reprochée à tel point que, 45 ans après sa publication, et sous la pression de plusieurs députés, le ministre de l’Éducation, François Bayrou, retira le Discours sur le colonialisme des programmes scolaires.
Les relations tendues entre l’auteur du Cahier du retour au pays natal et les hommes politiques français se poursuivirent jusqu’à sa mort.
En 2005, Aimé Césaire refuse de rencontrer l’alors ministre de l’Intérieur Nicolas Sarkozy qui projette une visite aux Antilles qu’il finira par annuler.
La raison de ce refus ? La loi de février 2005 dont un article mentionnait « le rôle positif de la présence française outre-mer ».
Le poète ne pouvait accepter sous aucun point de vue ces mots de l’homme politique : « Le rêve européen, qui fut le rêve de Bonaparte en Egypte, de Napoléon III en Algérie, de Lyautey au Maroc, ne fut pas tant un rêve de conquête qu’un rêve de civilisation. Cessons de noircir le passé de la France. Je veux le dire à tous les adeptes de la repentance : de quel droit demandez-vous aux fils de se repentir des fautes de leurs pères, que souvent leurs pères n’ont commises que dans votre imagination. »

Or, le poète martiniquais finit par recevoir Sarkozy en 2006. Il improvisa des paroles sur la colonisation que son hôte fut bien obligé d’écouter stoïquement et puis, il lui fit cadeau de son Discours où l’on peut lire :
« L’essentiel est ici de voir clair, de penser clair, entendre dangereusement, de répondre clair à l’innocente question initiale : Qu’est-ce en son principe que la colonisation ? De convenir de ce qu’elle n’est point : ni évangélisation, ni entreprise philanthropique, ni volonté de reculer les frontières de l’ignorance, de la maladie, de la tyrannie, ni l’élargissement de Dieu, ni extension du Droit ; d’admettre une fois pour toutes, sans volonté de broncher aux conséquences, que le geste décisif est ici de l’aventurier et du pirate, de l’épicier en grand et de l’armateur, du chercheur d’or et du marchand, de l’appétit et de la force, avec derrière, l’ombre portée, maléfique, d’une forme de civilisation qui à un moment de son histoire, se constate obligée de façon interne, d’étendre à l’échelle mondiale, la concurrence de ses économies antagonistes ».

À la mort du poète, sa famille, honorant ses dernières volontés, organise des obsèques populaires sans discours ni hommages politiques. Or, Nicolas Sarkozy, déjà président de la République, a fait le déplacement en Martinique. Il y lance l’idée de l’inhumation de Césaire au Panthéon. Cette récupération est immédiatement freinée par la fille de l’écrivain.

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Il fait préciser que les rapports d’Aimé Césaire avec le pouvoir ne furent jamais aisés. Il ne plaisait pas à la bien-pensance qui le trouvait, par exemple, indigne de siéger à l’Académie française, lui, qui avait adapté la langue à son tempérament volcanique ainsi qu’aux couleurs et aux rythmes de sin île.
Comme député-maire il dut toujours faire face à l’hostilité du pouvoir central et son nom fut interdit sur les chaînes de radio et de télévision de la métropole jusqu’en 1981, quand François Mitterrand fut élu président de la République.
En outre, ce ne fut qu’en 1991 qu’une de ses pièces, La Tragédie du roi Christophe, entra à la Comédie française.

Aimé Césaire, « le prototype de la dignité humaine », comme le définissait André Breton, ne cessa sa vie durant d’affirmer l’importance de l’altérité et, d’autre part, les difficultés de la France d’établir une égalité réelle.
La lecture de ses œuvres prend un relief particulier devant la situation actuelle.
Ses textes pour un monde plus juste et sans discriminations nous interpellent encore et plus que jamais.

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« J’admets que mettre les civilisations différentes en contact les unes avec les autres est bien,  que marier des mondes différents est excellent, qu’une civilisation, quel que soit son génie intime, à se replier sur elle-même, s’étiole, que l’échange est ici un oxygène, et que la grande chance de l’Europe est d’avoir été un carrefour, et que, d’avoir été le lieu géométrique de toutes les idées, le réceptacle de toutes les philosophies, le lieu d’accueil de tous les sentiments en fait le meilleur redistributeur d’énergie.
Mais alors je pose la question suivante, la colonisation a-t-elle vraiment mis en contact ? Ou si l’on préfère, de toutes les manières d’ « établir contact », était-elle la meilleure ?
(…)
Il faudrait d’abord étudier comment la colonisation travaille à déciviliser le colonisateur, à l’abrutir au sens propre du mot, à le dégrader, à le réveiller aux instincts enfouis, à la convoitise, à la violence, à la haine raciale, au relativisme moral et montrer que, chaque fois qu’il y a au Vietnam une tête coupée et un œil crevé –et qu’en France on accepte-, une fillette violée –et qu’en France on accepte-, un Malgache supplicié –et qu’en France on accepte-, il y a un acquis de la civilisation qui pèse de son poids mort, une régression universelle qui s’opère, une gangrène qui s’installe, un foyer d’infection qui s’étend et qu’au bout de tous ces traités violés, de tous ces mensonges propagés, de toutes ces expéditions punitives tolérées, de tous ces prisonniers ficelés et « interrogés », de tous ces patriotes torturés, au bout de cet orgueil racial encouragé, de cette jactance étalée, il y a le poison instillé dans les veines de l’Europe et le progrès lent, mais sûr, de l’ensauvagement du continent. »

https://www.youtube.com/watch?v=oBNjBu_coW4

Aimé Césaire en dates

1913 Naissance à Basse-Pointe, Martinique
1924 Fin de ses études primaire, il obtient une bourse pour le secondaire.
1931 Arrivée en hypokhâgne au lycée Louis-le-Grand, à Paris.
1934 Il fonde avec Senghor, Damas, Birago Diop la revue L’étudiant noir.
1935 Il réussit le concours d’entrée à l’École normale supérieure. Séjour en Croatie chez son ami « Pierrot », Petar Guberina, pendant lequel il commence la rédaction du Cahier d’un retour au pays natal.
1937 Il épouse Suzanne Roussi.
1939 Retour en Martinique.
1941 Fondation avec son épouse, Gibert Gratian, Aristide Maugée et René Ménil de la revue Tropiques, fréquemment censurée par Vichy. Rencontre avec André Breton.
1943 Parution aux EU de l’édition bilingue du Cahier d’un retour au pays natal, préfacée par Breton.
1945 Élu maire de Fort-de-France sous l’étiquette communiste, puis député. Il sera réélu aux élections législatives jusqu’en 1993 et aux municipales jusqu’en 2001.
1946 Il fait voter la loi de départementalisation. Parait le recueil de poèmes Les armes miraculeuses.
1947 Création, avec Alioune Diop, de la revue Présence africaine. Parution du recueil de poèmes Soleil cou coupé.
1950 Parution du Discours sur le colonialisme et de Corps perdu (avec de gravures de Picasso)
1956 Démission du Parti Communiste français.
1958 Création du Parti progressiste martiniquais.
1958 Création de la pièce Et les chiens se taisaient.
1958 Publication de Ferrements.
1961 Publication de Cadastre.
1962 Publication de Toussaint Louverture, la révolution française et le problème colonial.
1963 Création de La Tragédie du roi Christophe.
1966 Création d’Une saison au Congo.
1969 Création d’Une tempête.
1982 Publication de Moi, laminaire.
1984 Réédition de son œuvre poétique au Seuil.
2008 Décès

El infatigable combatiente

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El 17 de abril de 2008, se apagaba en Fort-de-France, Martinica, Aimé Césaire, uno de los mayores poetas de lengua francesa del siglo XX pero ante todo un hombre en lucha contra el colonialismo y a favor de la causa del hombre negro.
Este combate atraviesa efectivamente su obra así como su carrera política.
Quisiera, a 10 años de su muerte, rendir homenaje a este hombre comprometido.

La denuncia del colonialismo está presente desde el primer artículo de Césaire aparecido en L’Étudiant noir (El estudiante negro), la revista creada en 1935 por el poeta martiniqués y Léon-Gontran Damas que este último define así: « L’Étudiant noir, diario corporativo y de combate, que tenía como objetivo el fin de la tribalización, del sistema de clanes en vigor en el Barrio Latino! Dejábamos de ser martiniquésw, guyanés, africano y malgache para ser un solo y único estudiante negro.»
En un artículo del número 3, de mayo-junio 1935, « Conciencia racial y revolución social », Césaire expresa por vez primera su idea de la negritud.

« La Negritud resulta de una actitud activa y ofensiva del espíritu. Es un sobresalto, y un sobresalto de dignidad», dirá más tarde.

Lo mismo ocurrirá en sus artículos en Tropiques y Présence africaine así como en sus intervenciones en los dos Congresos de escrritores y artistas negros, en París en 1956, después en Roma, en 1959.
Cuando, en 1950, Aimé Césaire publica su Discurso sobre el colonialismo, ya es reconocido como el « gran poeta negro », como lo expresó André Breton.
Sus intervenciones en su carácter de diputado de la Asamblea Nacional en las que condena las guerras coloniales de Francia llaman la atención. Paras la derecha, por otra parte, sólo es un « insultador de la patria ».

El Discurso que, por otro lado, nunca fue pronunciado en una tribuna, es un requisitorio contra la Europa colonial.

« Europa es responsable ante la comunidad humana  de la más alta pila de cadáveresc de la historia », asesta Césaire.

Para él, Europa es « moralmente, espiritualmente indefendible».
Se atreve a poner en paralelo la política colonial europea con el nazismo del que el continente acaba de liberarse. Esta comparación le fue a menudo reprochada a tal punto que, 45 años después de su publicación, y bajo la presión de varios diputados, el ministro de Educación, François Bayrou, retiró el  Discurso sobre el colonialismo de los programas escolares.
Las tensas relaciones entre el autor del Cuaderno de un retorno al país natal y los políticos franceses prosiguieron hasta su muerte.
En 2005, Aimé Césaire se niega a encontrarse con el entonces ministro del Interior Nicolas Sarkozy que proyecta una visita a la Antillas que terminará por anular.
¿La razón de este rechazo? La ley de febrero de 2005 uno de cuyos artículos mencionaba « el papel positivo de la presencia francesa en el ultramar».
El poeta no podía aceptar bajo ningún punto de vista estas palabras del político: « El sueño europeo, que fue el sueño de Bonaparte en Egipto, de Napoleón III en Argelia, de Lyautey en Marruecos, no fue tanto un sueño de conquista sino un sueño de civilización. Dejemos de oscurecer el pasado de Francia. Quiero decir a todos los adeptos del arrepentimiento: con qué derecho le piden a los hijos de arrepentirse de las faltas de sus padres, que sus padres a menudo sólo cometieron en la imaginación de ustedes. »

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El poeta martiniqués, empero, terminó por recibir a Sarkozy en 2006. Improvisó palabras sobre la colonización que el huésped estuvo obligado de escuchar estoicamente y luego, le regaló su Discurso en el que se puede leer:

« Lo esencial es aquí ver claramente, pensar claramente, entender peligrosamente, contestar claramente la la inocente pregunta inicial: ¿Qué es la colonización en su principio? Convenir lo que no es de ninguna manera : ni evangelización, ni empresa filantrópica, ni voluntad de hacer retroceder las fronteras de la ignorancia, de la enfermedad, de la tiranía, ni el ensanchamiento de Dios, ni la extensión del Derecho; admitir de una vez por todas, sin voluntad de temer a las consecuencias, que el gesto decisivo es aquí el del aventurero y del pirata, del almacenero al por mayor  y  del naviero, del buscador de oro y del comerciante, del apetito y de la fuerza, con, detrás, la sombra puesta, maléfica, de una forma de civilización que en un momento de su historia, se ve obligada de manera interna, de extender a escala mundial, la competencia de sus economías antagonistas.»

A la muerte del poeta, su familia, honrando sus últimas voluntades, organiza exequias populares sin discursos ni homenajes políticos. Nicolas Sarkozy, ya presidente de la República, fue empero a la Martinica. Tira la idea de inhumar a Césaire en el Panteón. Esta recuperación es frenada de inmediato por la hija del escritor.

Hay que precisar que las relaciones de Aimé Césaire con el poder nunca fueron fáciles. No le gustaba a los biempensantes que le consideraban, por ejemplo, indigno de de entrar a la Academia Francesa, a él que había adaptado la lengua a su temperamento volcánico tanto como a los colores y los ritmos de su isla.
Como diputado alcalde siempre tuvo que enfrentar la hostilidad del poder central y su nombre fue prohibido en las cadenas de radio y de televisión de la metrópoli hasta 1981, cuando François Mitterrand fue elegido presidente de la República.
Por otra parte, sólo en 1991, una de sus obras de teatro, La Tragedia del rey Christophe, entró en la Comedia Francesa.

Aimé Césaire, « el prototipo de la dignidad humana», como lo definía André Breton, ne dejó en toda su vida de afirmar la importancia de la alteridad y, por otro lado, las dificultades de Francia ppara establecer una igualdad real.
La lectura de sus obras toma un relieve particular ante la situación actual.
Sus textos por un mundo más justo y sin discriminaciones nos interpelan más que nunca.

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« Admito que poner en contacto unas con otras a civilizaciones diferentes está bien, que unir mundos diferentes es excelente, que una civilización, cualquiera sea su genio íntimo, al cerrarse sobre si misma se opaca, que el intercambio es aquí oxígeno y la gran suerte de Europa es de haber sido una encrucijada, y que, el haber sido el lugar geométrico  de todas las ideas, el receptáculo de todas las filosofías, el lugar de recepción de todos los sentimientos la hace el mejor redistribuidor de energía.
Pero entonces me hago la pregunta siguiente, ¿la colonización fue realmente puesta con contacto? O si se prefiere, ¿de todas las maneras de “establecer un contacto”, era esta la mejor?
(…)
Habría que estudiar en principio cómo las colonización obra en descivilizar al colonizador, en atontarlo en el sentido propio de la palabra, en degradarlo, en despertarlo a los instintos ocultos, a la codicia, a la violencia, al odio racial, al relativismo moral y mostrar que, cada vez que hay en Vietnam una cabeza cortada y un ojo reventado –y que en Francia se lo acepta-, una niñita violada –y en Francia se lo acepta-, un Malgache torturado –y en Francia se lo acepta-, hay una ganancia de la civilización que cae como peso muerto, una regresión universal que se opera, una gangrena que se instala, un foco de infección que se extiende y que después de estos tratados violados, de todas estas mentiras propagadas, de todas estas expediciones punitorias toleradas, de todos estos prisioneros atados e « interrogados », de todos estos patriotas torturados, al final de este orgullo racial alentado, de esta jactancia desparramada, está el veneno instilado en las venas de Europa y el progreso lento, pero seguro, del ensalvajamiento del continente. »

Aimé Césaire en fechas

 

1913 Nacimiento en Basse-Pointe, Martinica
1924 Fin de sus estudios primarios, obtiene una beca para el secundario.
1931 Llegada en primer año preparatorio en el liceo Louis-le-Grand, en París.
1934 Funda con Senghor, Damas, Birago Diop la revista L’étudiant noir.
1935 Aprueba el examen de ingreso a la Escuela Normal Superior. Estadía en Croacia en lo de su amigo « Pierrot », Petar Guberina, durante el que comienza la redacción del Cuaderno de un retorno al país natal.
1937 Se casa con Suzanne Roussi.
1939 Vuelve a Martinica.
1941 Funda con su esposa, Gibert Gratian, Aristide Maugée y René Ménil la revista Tropiques, frecuentemente censurada por Vichy. Encuentro con André Breton.
1943 Aparece en los EEUU la edición bilingüe del Cuaderno de un retorno al pais natal, con prólogo de Breton.
1945 Elegido alcalde de Fort-de-France bajo la etiqueta comunista, luego diputado. Será reelegido en las elecciones legislativas hasta 1993 y en las municipales hasta 2001.
1946 Hace votar la ley que hace de la Martinica un departamento francés. Aparece el libro de poemas Las armas milagrosas.
1947 Creación, con Alioune Diop, de la revista Présence africaine. Aparición del libro  Sol cuello cortado.
1950 Aparición del  Discurso sobre el colonialismo y de Cuerpo perdido (con grabados de Picasso)
1956 Renuncia al Partido Comunista francés.
1958 Creación del Partido Progresista martiniqués.
1958 Creación de la obra Y los perros callaban.
1958 Publicación de Herrajes.
1961 Publicación de Catastro.
1962 Publicación de Toussaint Louverture, la revolución francesa y el problema colonial.
1963 Creación  de La Tragedia del rey Christophe.
1966 Creación de Una estación en el Congo.
1969 Creación de Una tempestad.
1982 Publicación de Yo, laminaria.
1984 Reedición de su obra poética en la editorial Seuil.
2008 Fallecimiento

 

 

La magie Varda – La magia Varda + J.R.

Visages, Villages
Agnès Varda et J.R.
2017

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« Le hasard a toujours été mon meilleur assistant ». Agnès Varda

Une vieille dame de 88 ans, à la coupe de cheveux au bol bicolore, et un jeune homme de 33 ans qui n’enlève sous aucun point de vue son chapeau et ses lunettes de soleil, partent en vadrouille sur les routes de France à bord d’une camionnette-labo photographique.
Tel pourrait être le synopsis un peu simpliste de Visages Villages, le film d’Agnès Varda, la vieille dame, et de J.R., le jeune homme.

Agnès Varda, l’artiste aux multiples casquettes, plasticienne, photographe et réalisatrice (Cléo de 5 à 7, Sans toit ni loi, Les glaneurs et la glaneuse, Les plages d’Agnès…).
J.R., photographe mondialement connu pour ses clichés géants collés sur toute sorte d’édifices, maisons, ponts, monuments…
Ce couple improbable, parfois burlesque à la manière de Laurel et Hardy, émouvants dans leurs échanges et dans leur recherche de sujets à photographier, nous offre un film qui est une vraie réflexion sur le temps et la mémoire.

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La mémoire du travail, comme c’est le cas du coron voué à la démolition où, tout d’abord, ils collent sur les façades des maisons en brique des images anciennes de mineurs, et puis, celle de Janine qui refuse de quitter sa maison : « On ne mettra pas dehors, il y a trop de souvenirs. J’ai dit :’’Vous ne comprenez pas ‘’ Personne ne peut comprendre ce qu’on a vécu », dit-elle.
La mémoire des traditions villageoises avec ce carillonneur qui prend la relève de son père, et, bien sûr, un peu comme une suite du lumineux Les plages d’Agnès, la mémoire de la cinéaste qui glane dans son passé pour mieux éclairer le présent.
Une mémoire active ainsi qu’une œuvre d’art éphémère : la vieille photo de Guy Bourdin par Varda collée sur un ancien blockhaus allemand de Sainte-Marguerite-sur-Mer que les marées effacent peu à peu.

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L’émotion est aussi  présente quand les deux compères rendent visite à Henri Cartier-Bresson dans le cimetière où il est enterré et durant le rendez-vous, en Suisse,  avec Jean-Luc Godard qui nous montre que le réalisateur d’À bout de souffle n’a changé en rien malgré son âge avancé.
Plus le film arrive à sa fin, plus deviennent intimes les dialogues entre ses deux auteurs. Tout comme dans ces documentaires antérieurs, Agnès Varda braque sa caméra sur ses mains tachées et ridées. Elle parle aussi des maux que l’âge lui a apportés.
J’ai mal aux escaliers, dit-elle avec humour.
Un humour qu’elle ne perd pas quand elle fait référence à la dégénérescence oculaire qui rend sa vision de plus en plus floue.

Je ne vais énumérer toutes les escales d’Agnès Varda et de J.R. dans Visages Villages. J’invite simplement mes lecteurs à suivre ces deux artistes dans leur émouvant road-movie. Un voyage magique au pays de la poésie.

https://www.youtube.com/watch?v=jc2dU9-fves

« El azar siempre fue mi mejor asistente». Agnès Varda

Faces-Places

Una anciana de 88 años, con un corte de pelo en bol bicolor, y un joven de 33 años que no se saca bajo ningún punto de vista ni su sombrero ni sus anteojos negros, salen a la aventura por las rutas de Francia a bordo de una camioneta laboratorio fotográfico.
Tal podría ser la sinopsis un poco simplista de Visages Villages (Rostros Pueblos), el film de Agnès Varda, la anciana, y de J.R., el joven.

Agnès Varda, artista con múltiples talentos, plástica, fotógrafa y realizadora (Cléo de 5 à 7, Sin techo ni ley, Los espigadores y la espigadora, Las playas de Agnès…).
J.R., fotógrafo mundialmente conocido por sus fotos gigantes pegadas sobre toda suerte de edificios, casas, puentes, monumentos…
Esta extraña pareja, a veces burlesca a la manera del Gordo y el Flaco, conmovedora en sus intercambios y en su búsqueda de temas para fotografiar, nos regala un film que es una verdadera reflexión sobre el tiempo y la memoria.

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La memoria del trabajo, como es el caso de pueblo minero destinado a ser demolido en el que, en primer término, pegan sobre las fachadas de las casas de ladrillo imágenes de viejos mineros, y luego, la de Janine que se niega a abandonar su casa : « No me echarán, hay demasiados recuerdos. Dije: ‘’Ustedes no entienden’’.  Nadie puede entender lo que vivimos», dice.
La memoria de las tradiciones pueblerinas con ese campanero que toma la posta de su padre y, por supuesto, como una continuación del luminoso Les plages d’Agnès, la memoria de la cineasta que urga en su pasado para iluminar mejor el presente.
Una memoria activa tanto como una obra de arte efímera: la vieja foto de Guy Bourdin por Varda pegada sobre un antiguo blockhaus alemán de Sainte-Marguerite-sur-Mer que las mareas borran poco a poco.

La emoción está también presente cuando los dos compinches vistan a Henri Cartier-Bresson en el cementerio donde está enterrado y durante la cita, en Suiza, con Jean-Luc Godard que nos muestra que el realizador de Sin aliento no ha cambiado nada a pesar de su edad avanzada.
Cuanto más la película se acerca al final más íntimos se vuelven los diálogos entre sus dosm autores. Como en sus documentales anteriores, Agnès Varda apunta su cámara a sus manos manchadas y arrugadas. Habla también de los males que le trajo la edad.
Me duelen las escaleras, dice con humor.
Un humor que no pierde al referirse al la degeneración ocular que vuelve su visión cada vez más opaca.

No voy a enumerar aquí todas las escalas de Agnès Varda et de J.R. en Visages Villages. Invito simplemente a mis lectores a seguir a estos dos artistas en su conmovedor road-movie. Un viaje mágico al país de la poesía.

https://www.youtube.com/watch?v=jc2dU9-fves

Deux tableaux de mon grand-père – Dos cuadros de mi abuelo

Rue de Paris et Paysage de la Pampa, deux aquarelles de René Villeminot, mon grand-père, me ramènent à cette méditation récurrente sur ma double appartenance franco-argentine.

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A-t-il ressenti quelque chose de semblable, ce grand-père que je n’ai pas connu et qui, en 1910,  a choisi l’Argentine, pour y développer ses talents d’architecte et d’enseignant ? Quels rapports s’établissaient chez lui entre l’espagnol et le français ?
Sûrement pas les mêmes que pour moi. Des rapports qui, d’ailleurs, ont varié selon les âges et les circonstances.

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Si j’ai rarement fait l’amour en français, celui-ci est plutôt la langue de mes échanges familiaux. Avec ma fille, cependant, cela n’a pas toujours été le cas. Pendant de longues années, et depuis le début de sa scolarité, elle a adopté la langue environnante : je lui parlais français, elle me répondait en espagnol. Elle n’a repris le français que vers ses 14 ans, et dès lors il est devenu notre langue commune.

Adolescent, et lorsque je nourrissais des velléités artistiques, j’ai pondu des poèmes et même une pièce de théâtre, plagiat éhonté de García Lorca, en espagnol.
Or, depuis quelques années, ma langue d’écriture, celle de ces articles,  est le français. Je transpose ensuite en espagnol.

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Et que dire des injures ? Les deux langues s’y mélangent allègrement. Je suis bien capable, dans un moment de fureur, d’exclamer :  « Putain de bordel de merde y la puta que te parió ! »

Mes deux langues se côtoient, et pas seulement dans ce cas, dans ma tête et dans mon cœur.  « J’ai deux amours », comme le chantait Joséphine Baker.

Calle de París et Paisaje de la Pampa, dos acuarelas de René Villeminot, mi abuelo, me vuelven a esta meditación recurrente sobre mi doble pertenencia francoargentina.

¿Sintió algo semejante este abuelo que no conocí y que, en 1910, eligió la Argentina para desarrollar sus talentos de arquitecto y de docente? ¿Qué relaciones se establecían en él entre el castellano y el francés?
Seguramente no eran las mismas que para mí. Relaciones que, por otra parte, han variado según las edades y las circunstancias.

Si he hecho rara vez el amor en francés, este es principalmente la lengua de mis intercambios familiares. Con mi hija, sin embargo, no fue siempre el caso. Durante largos años, y desde comienzos de su escolaridad, adoptó la lengua del contexto : yo le hablaba en francés, elle contestaba en castellano. Sólo retomó el francés hacia sus 14 años, y desde entonces se ha vuelto nuestra lengua común.

En la adolescencia, y cuando nutría veleidades artísticas, produje poemas y aún una obra de teatro, plagio desvergonzado de García Lorca, en castellano.
Desde hace algunos años, empero, mi lengua de escritura, la de estos artículos, es el francés. Transpongo luego al castellano.

¿Y qué decir de las injurias? Las dos lenguas se mezclan alegremente. Soy capaz, en un momento de ira, de exclamar:  « Putain de bordel de merde y la puta que te parió ! »

Mis dos lenguas conviven, y no sólo en este caso, en mi cabeza y mi corazón. « Tengo dos amores », como cantaba Joséphine Baker.

120 battements par minute – 120 pulsaciones por minuto

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Il est des films dont on ne sort pas indemne. C’est le cas de 120 battements par minute de Robin Campillo. Un film extrêmement beau, extrêmement émouvant qui, certes, nous met très souvent les larmes aux yeux, sans se permettre cependant ni  des coups bas ni des effets racoleurs.

120 battements par minute retrace l’aventure d’Act Up Paris, association de défense des droits des personnes atteintes par le sida. Une association qui, au moyen de ses manifestations coup de poing, s’opposa a la lenteur cynique des pouvoirs publics et des grands laboratoires pharmaceutiques qu’elle qualifiait d’assassins.
Les protagonistes du film sont jeunes. Ils sont beaux comme tous les jeunes mais ils savent qu’ils ont la mort à leurs trousses. La plupart sont séropositifs (séropos, selon le jargon de l’époque). Ils n’ont donc pas de temps à perdre.

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Dans son film, Robin Campillo a pris le parti d’aller du général au particulier. Toute la première partie est centrée sur les réunions hebdomadaires d’Act Up où se mêlent l’humour, parfois noir, la violence de certains échanges, les désaccords, et surtout le besoin urgent de faire bouger les choses. Le réalisateur sort de ce huis clos pour nous montrer les actions directes de l’association, par exemple dans un laboratoire, ou les manifestations de rue ainsi que les images presque abstraites d’une discothèque. Car ces jeunes dansent, se désirent, s’aiment, ce qui leur permet de se sentir vivants, eux que la faucheuse inexorable guette.

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Et puis, vers la deuxième moitié du film, deux personnages se détachent nettement : le doux Nathan (Arnaud Valois), séronégatif, tout juste arrivé dans le monde d’Act Up et le flamboyant Sean (Nahuel Pérez Biscayart) qui lutte sans répit contra la maladie.
Ils osent s’aimer et leur première nuit est l’une des plus belles scènes d’un film qui en compte beaucoup.
La caméra s’attarde sur leurs étreintes presque abstraites, surs leurs peurs et sur leurs dialogues au moyen desquels ils apprennent à se connaître. Ils savent, et nous savons, que leur temps d’aimer sera court.

Le dernier acte, bouleversant, se déroule aussi dans deux lieux fermés, la chambre d’hôpital et l’appartement de Nathan.
Dans ce climat d’énorme douleur, Campillo arrive à faire pointer un sourire sur nos lèvres quand, sur le lit  d’hôpital, Nathan offre à Sean un dernier gage d’amour, un dernier et fugace instant de plaisir. Une scène osée, peut-être,  mais tellement vraie, tellement touchante.

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Ce film, que l’on pourrait résumer en trois verbes, combatte, aimer, mourir, est porté par un groupe d’acteurs absolument admirables. En premier lieu, l’argentin Nahuel Pérez Biscayart, César du meilleur espoir masculin, physiquement presque frêle mais d’une force expressive époustouflante. Le souvenir de ses  grands yeux clairs, tout à tour batailleurs, arrogants, amoureux, effrayés, restera longtemps dans ma mémoire.
Or, et même si Nahuel Pérez Biscayart rayonne de mille feux, ses camarades, Arnaud Valois (Nathan), Adèle Haenel (Sophie), Antoine Reinartz (Thibault) et les autres sont tout aussi convaincants et attachants.
Une mention très particulière pour Saadia Bentaïech, la mère de Sean, 5 minutes de justesse de jeu et d’émotion retenue.

Un très beau film certes, un film qui vous met les larmes aux yeux, je l’ai dit, mais l’un de ces films impossibles à commenter à peine apparaît le générique de fin. On reste en silence avec toutes ces images, avec toute cette énorme émotion dans notre cœur et dans notre tête. On a besoin de ce silence avant de pouvoir reprendre la vie quotidienne.

Pour mémoire

Act Up-Paris fut créée en 1989 par Didier Lestrade, Pascal Loubet et Luc Coulavon pour défendre les séropositifs.
Il existait déjà Aides, créée en 1984, à la mort de Michel Foucault par son compagnon Daniel Defert, dont le but était l’accompagnement des malades.
Didier Lestrade, qui avait vécu aux États-Unis, s’inspirait des activistes d’Act Up-New York.
Leur première action eut lieu à Paris, durant la Gay Pride. Une quinzaine de « pédés » s’allongèrent sur le sol portant des tee-shirts marqués d’un triangle rose sur lequel était écrit « Silence : Mort ».
Puis, ils accrochèrent une gigantesque banderole des tours de Notre-Dame pour dénoncer l’attitude de l’Église sur le préservatif.
En France, où les blocages étaient nombreux, le sida se révélait un miroir des dysfonctionnements de la société : l’exclusion, la discrimination, la mort.
Entre 1982 et 2002, le virus aurait causé près de 40 000 morts.
Avec son discours très politique où l’État était systématiquement mis en accusation pour la faiblesse de sa réponse, où les gays étaient accusés de complaisance et les laboratoires d’être « des criminels », Act Up faisait peur.
Le 1er décembre 1993, ce fut l’apogée de cet activisme visuel avec l’encapotage de l’obélisque de la Concorde.
Avec l’arrivée des trithérapies, en 1996, le combat n’aura plus l’intensité vitale qui faisait sa force.

Source : Eric Favereau, Libération, 20 août 2017

Après avoir vu ce film, Rémy Hamai, l’actuel président d’Act Up a appelé à ne pas détourner le regard sur les migrants d’aujourd’hui comme la société l’avait fait hier sur les victimes du sida.

Barbara et le sida
« Libération : Si Barbara prend le flambeau, n’est-ce pas avant tout parce que les pouvoirs publics et le corps médical ne remplissent pas leur rôle ? Ou bien, y a-t-il de la place pour tout le monde dans cette lutte contre le sida ?
Barbara : Il ne s’agit pas du tout de combler un vide (…) mais il y a un langage qui nous est propre, à nous, les artistes. Cela permet de joindre les gens différemment  et peut-être là où les autres ne peuvent pas. (…) J’ai une entente avec le public qui peut, dans cette guerre colossale contre le virus, apporter sa part.
(…)
Libération : Chanter la tolérance, l’amour, c’est possible. Mais chanter le préservatif, honnêtement. Une petite cantate sur le préservatif.
Barbara : J’y ai pensé. Il faudrait le chanter avec amour et humour. (…) Si je chante Ma plus belle histoire d’amour c’est vous et qu’on me croit, depuis plus de 20 ans, c’est parce que c’est vrai… Si, tout d’un coup, je dis : « Soyez gentils maintenant, mettez des préservatifs, arrêtez de jouer avec la mort », peut-être que ça va passer ! Le préservatif, ce n’est pas une affaire de « vieux cons ». C’est à ce combat que je m’accroche. » Libération, 23 novembre 1988

« Vint d’abord le temps des couloirs. Ceux des blouses blanches et des malades. Dont elle tira une chanson Le couloir qui lui permit de soutenir plus encore l’action de l’association de lutte contre le sida, Act Up-Paris, à qui elle céda, en 1996, la totalité des droits.
(…)
Puis ce fut le temps des parloirs et des prisons, des préservatifs « pour les petits » en prison ou en concert, (…) Et tant d’autres actions encore. Silencieuses. Sans oublier les « lignes ouvertes » pour les malades, les lettres des détenu(e)s, les colis, les disques envoyés. Un travail de fourmi laborieuse dans un océan de demandes et de détresse ».
Gilles Pialloux, Minorités, décembre 2011.

En Argentine
En ce qui concerne l’Argentine, je ne me souviens que d’une seule vrai campagne efficace et directe, celle établie par le docteur Ginés González García, ministre de la Santé publique entre 2002 et 2007.
Personnellement, et ayant travaillé depuis toujours avec des jeunes, j’ai pu constater, en règles générales, une grande méconnaissance du sujet et même, la grande quantité d’idées toutes faites, la plupart du temps fausses, qui peuplent leur imaginaire par rapport au sida.

https://www.youtube.com/watch?v=_TEzcCV8c8E

 

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Hay películas de la que uno no sale indemne. Es el caso de 120 latidos por minuto de Robin Campillo. Un film extremadamente bello, extremadamente conmovedor que, ciertamente, nos llena muy a menudo los ojos de lágrimas, sin permitirse sin embargo ni golpes bajos ni efectos sensacionalistas.

120 latidos por minute relata la aventura de Act Up Paris, asociación de defensa de los derechos de las personas afectadas por el sida. Una asociación que, por medio de sus manifestaciones como puñetazos, se opuso a la lentitud cínica de los poderes públicos y de los grandes laboratorios farmacéuticos a los que calificaba de asesinos.
Los protagonistas del film son jóvenes. Son bellos como todos los jóvenes pero saben que la muerte les sigue los talones. La mayoría son seropositivos (seropos según la jerga de la época). No tienen entonces tiempo que perder.

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En su película, Robin Campillo tomo el partido de ir de lo general a lo particular. Toda la primera parte está centrada en las reuniones semanales de Act Up, donde se mezclan  un humor, a veces negro, la violencia de ciertos intercambios, los desacuerdos, y sobre todo la necesidad urgente de hacer mover las cosas. El realizador sale de este ámbito cerrado parea mostrarnos las acciones directas  de la asociación, por ejemplo en un laboratorio, o las manifestaciones de calle así como imágenes, casi abstractas, de una discoteca. Ya que estos jóvenes bailan, se desean, se aman, lo que les permite sentirse vivos,  ellos a quienes la muerte acecha inexorable.

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Y luego, en la segunda parte del film, dos personajes se destacan netamente: el dulce Nathan (Arnaud Valois), seronegativo, recién llegado al mundo de Act Up y el flamígero Sean (Nahuel Pérez Biscayart) que lucha sin descanso contra la enfermedad.
Osan amarse y su primera noche es una de las más bellas escenas de una película que tiene muchas.
La cámara se toma su tiempo ante sus abrazos casi abstractos, sobre sus miedos y sus diálogos con los cuales aprenden a conocerse. Saben, sabemos, que su tiempo de amor será corto.

El último acto, conmovedor, se desarrolla también en dos lugares cerrados, la habitación de hospital y el departamento de Nathan.
En este clima de enorme dolor, Campillo logra poner une sonrisa en nuestros labios cuando, sobre la cama de hospital, Nathan regala a Sean un último presente de amor, un último y fugaz instante de placer. Una escena osada, quizás, pero tan verdadera, tan emotiva.

Esta película, que podríamos resumir con tres verbos, combatir, amar, morir, es llevado por un grupo de actores absolutamente admirables. En primer lugar, el argentino Nahuel Pérez Biscayart, premio César a la mejor esperanza masculina, físicamente casi frágil pero con una fuerza expresiva imppresionante. El recuerdo de sus grandes ojos claros, vuelta a vuelta batalladores, arrogantes, enamorados, aterrados, permanecerá largo tiempo en mi memoria.
Aún si Nahuel Pérez Biscayart brilla con mil fuegos, empero, sus compañeros, Arnaud Valois (Nathan), Adèle Haenel (Sophie), Antoine Reinartz (Thibault) y los otros son tan convincente y conmovedores.
Una mención muy particular para Saadia Bentaïech, la madre de Sean, 5 minutos de actuación justa y de emoción contenida.

Ciertamente una película muy bella, una película que pone lágrimas en nuestros ojos, ya lo he dicho, pero una de esas películas  imposibles de comentar a penas termina. Nos quedamos en silencio con todas esas imágenes, con toda esta enorme emoción en nuestro corazón y en nuestra mente. Necesitamos ese silencio para poder retomar la vida cotidiana.

Para recordar

Act Up-Paris fue creada en 1989 por Didier Lestrade, Pascal Loubet y Luc Coulavon para defender los derechos de los seropositivos.
Ya existía Aides, creada en 1984, a la muerte de Michel Foucault por su pareja  Daniel Defert, cuyo objetivo era acompañar a los enfermos.
Didier Lestrade, que había vivido en los Estados Unidos, se inspiró de los activistas de Act Up-New York.
Su primera acción tuvo lugar en París, durante la Gay Pride. Unos quince “trolos” se acostaron en el piso llevando una remera marcada con un triángulo rosa sopbre el que estaba escrito “Silencio: Muerte”.
Otra vez colgaron una gigantesca bandera de las torres de Notre-Dame para denunciar la actitud de la Iglesia sobre el preservativo.
En Francia, donde los bloqueos eran numerosos, el sida se revelaba como un espejo de los disfunciones de la sociedad: la exclusión, la discriminación, la muerte.
Entre 1982 y 2002, el virus habría causado cerca de 40.000 muertos.
Con su discurso muy político en el cual el estado era acusado sistemáticamente por la debilidad de su respuesta, donde los gays eran acusados de complacencia y los laboratorios de ser « criminales », Act Up asustaba.
El primero de diciembre de 1993 fue el apogeo de este activismo cuando cubrieron con un gran preservativo el obelisco de la Concorde.
Con la llegada de las triterapias, en 1996,m el combate ya no tendrá la intensidad vital que hacía su fuerza.

Fuente: Eric Favereau, Libération, 20 de agosto de 2017

Después de haber visto la película, Rémy Hamai, actual presidente de Act Up llamó a no volver la mirada de los migrantes de hoy como la sociedad lo había hecho ayer con las víctimas del sida.

Barbara y el sida

« Libération : ¿Si Barbara toma la antorcha, no es ante todo porque los poderes públicos y el cuerpo médico no cumplen con su papel? ¿O bien hay lugar para todo el mundo en esta lucha contra el sida?
Barbara : No se trata para nada de llenar un vacío (…) pero hay un lenguaje que nos es propio a los artistas. Esto permite tocar a la gente de manera diferente y quizás allí donde los otros no pueden. (…) Tengo un entendimiento con el público que puede, en esta guerra colosal contra el virus, traer su parte.
(…)
Libération : Cantar la tolerancia, el amor, es posible. Pero cantar elpreservativo, honestamente. Una pequeña cantata sobre el preservativo.
Barbara : Lo pensé. Habría que cantar con amor y humor. (…) Si canto Mi más bella historia de amor son ustedes y que me creen, desde hace más de 20 años, es porque es verdad… ¡Si de pronto digo: “Sean buenos ahora, usen preservativos, dejen de jugar con la muerte” quizás pegue! El preservativo nos es cosa de “viejos boludos”. Me agarro de este combate » Libération, 23 de noviembre de 1988

« Vino primero el tiempo de los pasillos. Los de guardapolvos y enfermos. De los que imaginó una canción Le couloir (El pasillo) que le permitió apoyar más aún la acción de la asociación de lucha contra el sida, Act Up, a quien cedió, en 1996, la totalidad de los derechos.
(…)
Luego, fue el tiempo de los locutorios y de las cárceles, de los preservativos « para los chiquitos » en la carcel o en los conciertos. (…) Y aún tantas otras acciones. Silenciosas. Sin olvidar las « líneas abiertas » para los enfermos, la cartas de detenido(a)s, las encomiendas, los discos enviados. Un trabajo de hormiga laboriosa en un océano de pedidos y de angustia.”

Gilles Pialloux, Minorités, diciembre de 2011.

En Argentina

En lo que concierne a la Argentina, sólo recuerdo una sola real campaña eficaz y directa, la que estableció el doctor  Ginés González García, Ministro de Salud Pública e entre 2002 y 2007.
Personalmente, y habiendo trabajado desde siempre con jóvenes, pude constatar, en reglas generales, un gran desconocimiento sobre el tema y aún, una gran cantidad de ideas preconcebidas, la mayor parte del tiempo falsas, que pueblan su imaginario con respecto al sida.

 https://www.youtube.com/watch?v=_TEzcCV8c8E

Ô Brigitte!

Libre.
Libre dans ses mots.
Libre dans son chant.
Libre.
Qu’il est difficile d’être libre, définitivement libre, par les temps qui courent.
Brigitte Fontaine est la preuve bien vivante que cela est possible, quitte à se voir traiter de dérangée, de déjantée. Parmi tant d’autres, sa libre parole nous offre cette chanson:

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« Il pleut
C’est tout ce qu’il sait faire
(…)
La guerre éclate
C’est tout ce qu’elle sait faire
La bombe hache
C’est tout ce qu’elle sait faire
(…)
C’est dommage
C’est tout c’que ça peut faire »

https://www.youtube.com/watch?v=i3jihEd-mZ8

Ou bien ce texte tiré de Le bon peuple du sang (Flammarion, 2010) :

« Les gens ne veulent pas entendre parler de ça, je sais bien, mais c’est nécessaire et si je ne la fais pas, qui le fera ? Ils parlent tous de leur vie sexuelle, de leurs partouzes, de leur coiffeur, de leur répondeur, de leur lavabo, du dentifrice et des orgies, de la jalousie, autobiographie, moi moi moi je, et les autres alors ? Ils s’en foutent des autres, ils n’aiment pas les pauvres, les vieux, les malades, les autres. Ils n’aiment pas l’amour, ils n’aiment rien.
(…)
Mais les prêtres-ouvriers, les clochards ou les bêtes martyrisées, qui va en parler ? Et les guerres, les guerres civiles, le sida en Afrique et ailleurs, les gens et les bébés qui meurent dans les barques d’immigrants clandestins, les peuples opprimés, massacrés, les femmes emprisonnées même dans leurs vêtements, les femmes saignantes que l’on ne soigne même pas –pas touche-, les Dédés « malheureux » aux urgences, les prisons pleines de petits délinquants qui se font violer, taper, humilier par leurs codétenus, par leurs gardiens et parfois par le directeur et qui ressortent, quand ils ne se suicident pas, bien plus dangereux qu’avant, les poulets en batterie, aucune vie, les loups, les renards libres et fiers dans l’air glacé, pur, enivrant, que l’on tue pour leurs fourrures –pardon, pas de pardon-, les chatons jetés dans les poubelles, va encore falloir que je m’occupe de ça ? De ça, et des mongoliens si adorables, des autistes enterrés vivants, des malheurs de Sophie et des infortunes de la vertu –je n’ai rien oublié ? »

Brigitte Fontaine, poète au sens rimbaldien du terme, s’est, depuis ses débuts, attaquée aux injustices,  aux interdits et à certain travers grotesques de notre société.
N’a-t-elle pas exprimé que « les poètes font partie des rares gens normaux contrairement aux idées reçues dans la boîte aux lettres. »

Cette chanteuse hors normes s’est présentée à Saint-Quentin-en-Yvelines, en septembre 2016, accompagnée de l’ensemble Musiques à Ouïr que dirige Denis Charolles, un groupe musical tout aussi hors normes.
Il me semble, en réalité, et selon mes recherches, que ce spectacle, Ô Brigitte, est un hommage des Musiques à Ouïr à la chanteuse, et qu’à Saint-Quentin-en-Yvelines Brigitte Fontaine leur a rendu visite. Il s’agit, toutefois, à ma connaissance, de la dernière présentation de Brigitte Fontaine en sa qualité de chanteuse, car, en tant qu’écrivaine, elle a récemment publié un roman, L’Onyx rose.

Tout commence donc avec Cet enfant que je t’avais fait, composée en 1967 par Fontaine et Jacques Higelin et dont l’humour corrosif nous parle de l’incompréhension entre un homme et une femme. Les interprètes en son l’accordéoniste Claude Delrieu et Loïc Lantoine, dont la voix grave donne une couleur particulière au texte de Elle.
« Lui :
Cet enfant que je t’avais fait
Pas le premier mais le second
Te souviens-tu ?
Où l’as-tu mis, qu’en as-tu fait
Celui dont j’aimais tant le nom
Te souviens-tu ?
 
Elle :
Offrez-moi une cigarette
J’aime la forme de vos mains
Que disiez-vous ?
Caressez-moi encor’ la tête
J’ai tout mon temps jusqu’à demain
Que disiez-vous ?
(…) »

https://www.youtube.com/watch?v=duMGnxxhMkg

Suit, interprétée par tout le groupe, Pour le patron (1972)
« Moi
Je mange de la bouse de vache
Y’a bien du pain blanc
Mais c’est
Pour le patron
Moi
Je bois de la pisse de vache
Y’a bien du vin blanc
Mais c’est
Pour le patron
(…) »

https://www.youtube.com/watch?v=-zGGVWCJWn8

La première chanson dépasse la cinquantaine et l’autre s’en aproche. Or, elles n’ont rien perdu de leur ironie décapante.

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Après La harpe jaune et Beau cancer reprises par Oriane Lacaille, et Kekeland par Loïc Lantoine, apparaît, robe laminée, godillots et une visière sur le front, Brigitte Fontaine.
« Camisole de force
Relookée Crazy Horse
Je m’appelle Lola
Je suis une paria
(…)
Parce que j’ai volé
Des beefsteaks des poupées
Pour des petits enfants
Aux yeux d’anges mourants », chante-t-elle avant de lancer au public : « Vous allez continuer à assister au spectacle le plus pourri du monde ! ». Du Brigitte Fontaine pur jus !

Après Cuisine, chantée en partie assise sur un fauteuil rouge qui semble provenir d’une brocante, c’est le tour de Harem, du CD Prohibition (2009), le dernier étant J’ai l’honneur d’être (2013) où l’on trouve Crazy Horse.

« Couvertes de joyaux
Couchées sur le satin
Dans les harems royaux
Nues, embaumant jasmin
Musc et santal mêlés
Ondulant parmi l’or
Et les corps emmêlés
Elles attendent leur sort
(…) »

Je ne vais pas, bien évidemment, dresser une énumération de toutes les chansons qui défilent durant Ô Brigitte, mais mette l’accent sur, à mon avis, ses moments les plus forts.
Les vergers (1975), par exemple, chantée par Oriane Lacaille, une vrai madone, physiquement et même en ce qui concerne sa voix, et Loïc Lantoine à la voix de paille de fer et au corps désarticulé.

« Nous sommes tous ici
Pour pleurer et sourire
Nous sommes tous ici
Pour choisir nos prisons
Nous sommes tous ici
Pour tuer nos délires
Nous sommes tous ici
Pour mourir de raison »

 Ce même Loïc Lantoine qui ose s’attaquer à Delta (2013).
« J’ai un joli delta
Un ventre de cobra
Des poignets de Kanak
Des chevilles de yak
Ma croupe de pur sang
Fait rêver les enfants
Garçonnets à malice
Qui posent sur ma cuisse
D’un air autoritaire
Leur patte de panthère

(…) »

Et puis, l’étoile du spectacle, de blanc vêtue, chante l’un de ses titres les plus poétiques, Le château intérieur (2006).

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« (…)
Dans la chambre d’amour
Au lit rouge à colonnes
Aux murs bleu singapour
Un opéra résonne
 
La lumière ruisselle
Comme un foyer de rires
Et les encensoirs mêlent
Le santal et la myrrhe
(…) »

Et ensuite en duo avec Loïc Lantoine, La symphonie pastorale (1999), un hommage, pourrait-on dire aux écrivains qu’elle aime et qui l’inspirent.

« Je suis la Liaison Dangereuse
Entre les astres vénéneux
Aspirée par les nébuleuses
J’ai le Diable au corps ou c’est Dieu
Errant entre les murs de feu
D’un antre Au Dessous du Volcan
Crachant la limonade bleue
Je fuis les Hauts de Hurlevent
(…)
Je suis la Machine Infernale
Et la Symphonie pastorale
(…) »

https://www.youtube.com/watch?v=0FTexUFTSec

Tout s’achève en beauté et en lumière. Oriane Lacaille, de sa voix lumineuse, nous chante et nous enchante avec une version créole du Nougat. En créole ! Eh bien oui, Oriane est la fille d’un des plus grands, avec Danyel Waro, musiciens réunionnais, René Lacaille.

https://www.youtube.com/watch?v=JvsOSvDHGyY

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Brigitte Fontaine, cette artiste suffisamment libre pour se permettre tout et plus encore, ne se présentera peut-être plus sur scène. Elle aura 79 ans au mois de juin. C’est alors un bonheur de savoir, avec les Musiques à Ouïr, que ce qui semblait inimaginable, ne l’est pas autant que cela, qu’il y a d’autres voix capables de s’approprier ses chansons sans les trahir.
Brigitte Fointaine vient d’ailleurs de publier son 23e livre, un roman, L’Onyx rose, aux Éditions Flammarion, l’histoire de la rencontre entre Ignatio, un torero blessé et Betzabé, une jeune femme au visage d’orage.
D’autres livres viendront, je l’espère. Et ses chansons sont là, qui nous ouvrent les yeux, qui nous ouvrent le cœur.

Libre.
Libre en sus palabras.
Libre en su canto.
Libre.
Qué difícil es ser libre, definitivamente libre, por los tiempos que corren.
Brigitte Fontaine es la prueba viva de que esto es posible, aunque te traten de pirada, de loca. Entre tantas otras, su palabra libre nos ofrece esta canción :

« Llueve
Es todo lo que sabe hacer
(…)
La guerra estalla
Es todo lo que sabe hacer
La bomba hache
Es todo lo que sabe hacer
(…)
Es una pena
Es todo lo que puede producir »

https://www.youtube.com/watch?v=i3jihEd-mZ8

O bien este texto extraído de Le bon peuple du sang (Flammarion, 2010) :

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« La gente no quiere escuchar hablar de eso, lo se pero es necesario y si yo no lo hago, ¿quién lo hara? Hablan todos de su vida sexual, de sus fiestitas, de su peluquero, de su contestador, de su lavatorio, del dentífrico y de las orgías, de los celos, autobiografía, yo yo yo yo, ¿y los otros entonces?. Les importan un carajo, los otros, no les gustan los pobres, los viejos, los enfermos, los otros. No les gusta el amor, no les gusta nada.
(…)</em
Pero los curas obreros, los linyeras y los animales martirizados, ¿quién va a hablar de ellos? Y las guerras, las guerras civiles, el sida en África y en otra parte, la  gente y los bebés que mueren en los barcos de inmigrantes clandestinos, los pueblos oprimidos, masacrados, las mujeres aprisionadas aún en su ropa, las mujeres que sangran que ni siquiera son atendidas –no tocar-, los trolos desgraciados en las urgencias, las cárceles llenas de pequeños delincuentes que se hacen violar, golpear, humillas por su codetenidos, por sus guardias y aún por el director y que salen, cuando no se suicidan, mucho más peligrosos que antes, los pollos de criadero, ninguna vida, los lobos, los zorros libres y orgullosos en el aire helado, purro, embriagador, que matan por sus pieles –perdón, no hay perdón-, los gatitos tirados al tacho de basura, ¿voy a tener que ocuparme también de eso? De eso y de los mogólicos tan adorable, de los autistas enterrados vivos, de las desgracias de Sofía y de los infortunios de la virtud -¿no me olvidé de nada?”

Brigitte Fontaine, poeta en el sentido rimbaldiano del término, ha, desde sus comienzos, atacado las injusticias, las prohibiciones y los defectos grotescos de nuestra sociedad.
No expresó acaso que « los poetas forman parte de la poca gente normal contrariamente a las ideas recibidas en el buzón. »

Esta cantante fuera de las normas se presentó en Saint-Quentin-en-Yvelines, en septiembre de 2016, acompañada por el conjunto Musiques à Ouïr que dirige Denis Charolles, un grupo musical también fuera de las normas.
Me parece, en realidad, y según mis investigaciones, que este espectáculo, Ô Brigitte, es un homenaje de Musiques à Ouïr a la cantante, y que en Saint-Quentin-en-Yvelines Brigitte Fontaine los vivitó. Se trata, sin embargo, por lo que yo sé, de la última presentación de Brigitte Fontaine en su calidad de cantante, pues, como escritora, publicó recientemente una novela,  L’Onyx rose.
Todo comienza entonces con Cet enfant que je t’avais fait, (Ese niño que yo te había hecho) compuesta en 1967 por Fontaine y Jacques Higelin y cuyo humor corrosivo nos habla de la incomprensión entre un hombre y una mujer. Los intérpretes son el acordeonista Claude Delrieu y Loïc Lantoine cuya voz grave da un color particular al textro de Ella.

« El :
Ese niño que yo te había hecho
No el primero sino el segundo
¿Te acordás?
Dónde lo pusiste, qué hiciste con él
Ese cuyo nombre me gustaba tanto
¿Te acordás?
 
Ella :
Deme un cigarrillo
Me gusta la forma de sus manos
¿Qué decía?
Acarícieme otra vez la cabeza
Tengo todo el tiempo hasta mañana
¿Qué decía?
(…) »

https://www.youtube.com/watch?v=duMGnxxhMkg

Sigue, interpretada por todo el grupo, Pour le patron  (Para el patrón)(1972)
«Yo
Como bosta de vaca
Claro que hay pan blanco
Pero es
Para el patrón
Yo
Tomo pis de vaca
Claro que hay vino blanco
Pero es
Para el patrón
(…) »

https://www.youtube.com/watch?v=-zGGVWCJWn8

La primera canción tiene más de cincuenta años y la otra se acerca. No han empero perdido su ironía corrosiva.

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Después de  La harpe jaune (El arpa amarilla)y Beau cancer (Bello cancer) cantadas por Oriane Lacaille, y Kekeland por Loïc Lantoine, aparece, con un vestido laminado, borceguíes y una visera sobre la frente, Brigitte Fontaine.

« Camisa de fuerza
Con look Crazy Horse
Me llamo Lola
Soy una paria
(…)
Porque robé
Bifes muñecas
Para niñitos
Con ojos de ángeles murientes », canta antes de lanzar hacia el público: « ¡Van a seguir viendo el espectáculo más podrido del mundo! ». ¡Puro Brigitte Fontaine!

Después de Cuisine, (Cocina), cantada  en parte sentada sobre un sillón que parece provenir de un remate, es el turno de Harem, del CD Prohibition (2009), sierndo el último J’ai l’honneur d’être (2013) donde se encuentra Crazy Horse.

« Cubiertas de joyas
Acostadas sobre raso
En los harems reales
Desnudas, parfumando con jazmín,
Musc y sándalo mezclados
Ondulando entre el oro
Y los cuerpos enredados
Esperan su suerte
(…) »

No voy, evidentemente, a hacer una enumeración de todas las canciones que desfilan durante Ô Brigitte, pero remarco lo que, en mi opinión, son sus momentos más fuertes.
Les vergers, (Los vergeles)(1975), por ejemplo, cantada por Oriane Lacaille, una verdadera madona, físicamente y aún en lo que concierne a su voz, y Loïc Lantoine con voz de lija y cuerpo desarticulado.

« Estamos todos aquí
Para llorar y sonreir
Estamos todos aquí
Para elegir nuestras cárceles
Estamos todos aquí
Para matar nuestros delirios
Estamois todos aquí
Para morir de razón »

Este mismo Loïc Lantoine que se atreva a enfrentarse a Delta (2013).
« Tengo un lindo delta
Un abdomen de cobra
Muñecas de Kanak
Tobillos de yak
Mi grupa de pura sangre
Hace soñar a los niños
Muchachitos maliciosos
Que ponen sobre mis nalgas
Con un aire autoritario
Su pata de pantera
(…) »

Y luego, la estrella del espectáculo, vestida de blanco, canta uno de sus títulos más poéticos, Le château intérieur, (El castillo interior)(2006).

« (…)
En la habitación de amor
Con una cama roja con columnas
Con paredes azul singapur
Resuena una ópera
 
La luz chorrea
Como un hogar de risas
Et los incensorios mezclan
El sándalo y la mirra
(…) »

Y después, a dúo con Loïc Lantoine, La symphonie pastorale (La sinfonía pastoral)(1999), un homenaje, podría decirse, a los escritores que le gustan y la inspiran.

« Soy la Relación Peligrosa
Entre los astros venenosos
Aspirada por las nebulosas
Tengo al Diablo en el cuerpo a es a Dios  
Errando entre los muros de fuego
De un antro Por encima del volcán
Escupiendo la limonada azul
Huyo las Cumbres borrascosas
(…)
Soy la Máquina infernal
Y la Sinfonía pastoral
(…) »

https://www.youtube.com/watch?v=0FTexUFTSec

Todo se termina bella y luminosamente. Oriane Lacaille, con su voz luminosa, nos canta y nos encanta con la versión créol de Le Nougat (El Turrón). ¡En créol! Y sí, Oriane es la hija de uno de los más grandes, con Danyel Waro, músicos de la Reunión, René Lacaille.
https://www.youtube.com/watch?v=JvsOSvDHGyY

Brigitte Fontaine, esta artista lo suficientemente libre como para permitirse todo y aún más, quizás ya no se presente en escena. Cumplirá 79 años en el mes de junio. Es entonces una felicidad saber, con los Musiques à Ouïr, que lo que parecía inimaginable, no lo es tanto, que hay otras voces capaces a apropiarse de sus canciones sin traicionarlas.
Brigitte Fointaine acaba por otra parte de publicar su vigésimo tercer libro, una novela, L’Onyx rose, en las Ediciones Flammarion, la historia del encuentro entre Ignatio, un torero herido, y Betzabé, una joven de rostro tormentoso.
Otros libros vendrán, lo espero. Y sus canciones están allí, abriéndonos los ojos, abriéndonos el corazón.

La Francophonie…

La langue française est un butin de guerre » Kateb Yacine

Si la Francophonie continue à être synonyme du désir de domination de la culture de l’Hexagone sur toutes celles qui s’expriment aussi en français…
Si Anna Gavalda et Marc Lévy sont considérés écrivains français par les manuels de FLE tandis qu’Édouard Glissant nous y est présenté comme un écrivain francophone…
Alors, personnellement, je dis NON à cette idée de la Francophonie qui nous ramène en 1964 lorsque le général De Gaulle, durant son voyage en Amérique latine, proférait, à Lima, cette phrase en espagnol : « ¡Vengo a traerles la civilización ! »
Ou, bien plus près des nous, M Sarkozy prétendant du haut de sa petitesse intellectuelle et morale que l’Afrique n’était pas encore entrée dans l’histoire.
Ou bien plus près encore, l’année dernière, le ton condescendant pris par M Macron face aux étudiants de Ouagadougou. Ce même M Macron qui s’exprime principalement en anglais dans les forums internationaux, COI, Davos et autres,  où le français est généralement langue officielle.

Cette Francophonie-là me dégoûte profondément, surtout quand la France, mais pas que, se referme sur elle-même avec un projet de loi d’asile de plus en plus expulsif, oubliant qu’elle s’est enrichie, qu’elle est devenue une puissance mondiale en spoliant ses colonies de toutes leurs richesses, et plus tard, dans les années 60, sur le dos des travailleurs immigrés provenant de ses anciennes colonies.

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Voici à quoi je pensais devant le lumineux Lamomali présenté aux Francofolies de La Rochelle, le 14 juillet 2017. Un spectacle où se mêlaient harmonieusement et d’égal à égal le français et le bambara, la kora et un quatuor de cordes, le chant lyrique de Philippe Jaroussky et la voix rap d’Oxmo Puccino, la guitare de Matthieu Chédid, le principal concepteur de ce spectacle,  et le djembé de Boubacar Dembélé…

« J’entends ta Kora, ton cœur qui bat, mon frère. » (Manitoumani)

https://www.youtube.com/watch?v=T9TyPOHjIIU

Pour l’enregistrement du CD Lamomali et pour le spectacle qui en résulte, Mathtieu Chédid s’est associé au grand maître malien de la Kora, Toumani Diabaté et à son fils Sidiki, koriste comme son père et un chanteur de rap qui attire les foules  à Bamako.
La kora, une harpe luth d’Afrique de l’Ouest de 21 cordes dont la caisse de résonance est une calebasse, produit un son envoutant, aussi scintillant dans l’aigu que chaud dans les graves.
« Ma mission a toujours été de faire connaître la musique mandingue au reste du monde, et de faire comprendre aux gens que la musique n’a pas de frontières », a affirmé Toumani Diabaté. Il faudrait peut-être préciser qu’il est la 71ème génération de maîtres de la kora au Mali.

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Le noyau dur de Lamomali se complète avec Fatoumata Diawara, chanteuse et actrice (Timbuktu) malienne, une voix vraiment somptueuse, une énergie débordante et l’un des plus beaux sourires que je n’ai jamais vu.
D’autres complices les ont rejoint sur scène, le quatuor de cordes Voce, Oxmo Puccino, Pierre Juarez, Lawrence Clais, Boubacar Dembélé

Nous assistons à des moments sublimes parmi lesquels le duo Philippe JarousskyMountaga Diabaté, deux puissances qui sembleraient foncièrement opposées et qui nous offrent un dialogue d’une beauté éblouissante.
Ou bien, au début du concert, Une âme, duo magique, français-bambara, Diawara-Chédid, enveloppé du manteau magnifique que tissent les koras des Diabaté, père et fils.
https://www.youtube.com/watch?v=OE9Gn3PT4VM

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Ou encore, cette incroyable séquence qui commence par un solo kora-voix de Sidiki Diabaté de qui je remarquerai l’extraordinaire beauté du visage et la force lumineuse du regard. Il demande à un moment aux étoiles de briller et les spectateurs produisent cet effet magique à l’aide de leurs portables.
https://www.youtube.com/watch?v=a-f313-ecJw

Et, finalement, lorsque en France il existe le “délit de solidarité » qui punit celui qui prêterait son aide aux migrants, interprétée par tout le groupe auquel se sont joint  Camille et Albin de la Simone, entre autres, la chanson Solidarité.
« Solidarité, voilà ce qu’on est venu demander

La beauté n’a pas de frontières, la frontière n’a pas de côtés. »

https://www.youtube.com/watch?v=nXjj0X9C-m0

Et puis,  le maître Toumani partage un proverbe malien :
« Si tu sais que tu ne sais pas, tu le sauras. Si tu ne sais pas que tu ne sais pas, tu ne sauras jamais. »

Suit un climat de fête et de joie qui nous dit que, dans ce monde qui semble glisser vers l’horreur de l’égoïsme et du chacun pour soi, il existe peut-être un rayon d’espoir. Que, paraphrasant Rimbaud, je est l’autre et que ce sont les artistes, comme d’habitude, qui font renaître l’espoir.
Merci donc à Matthieu Chédid, à Fatoumata Diawara, aux deux Diabaté et à tous ceux qui les accompagnent de nous dire, de nous chanter, qu’un avenir plus juste est encore possible.

Shithole countries

Le dernier caravansérail
Un film du Théâtre du Soleil
Réalisation : Ariane Mnouchkine

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Les pays trou à merde ne sont pas précisément ceux dont parlait, il n’y a pas si longtemps et dans son style châtié, l’actuel président des États-Unis.
Voici à quoi je pensais devant certaines scènes du Dernier caravansérail, film tiré du spectacle du même nom mis en scène, en 2003,  par Ariane Mnouchkine dans son déjà mythique Théâtre du Soleil.
Les protagonistes en son les réfugiés, les migrants. Le centre de rétention de Sangatte venait d’être fermé. Aujourd’hui on a démantelé la Jungle de Calais.
Sarkozy, Hollande et Macron n’ont pas amélioré la situation de tous ces êtres humains qui fuient l’enfer et ces jours-ci la langue est d’un bois si dur qu’elle est devenue « élément de langage » !

Ce spectacle profondément émouvant est né de l’intérêt d’Ariane Mnouchkine pour le centre de réfugiés de Sangatte, et ensuite pour ceux d’Indonésie et d’Australie. Elle y rencontra des migrants venus des quatre coins de la planète qui lui racontaient leur odyssée. De ces témoignages naquit Le Dernier caravansérail. Les caravansérails étant les endroits où faisaient halte les caravanes qui suivaient la route de la soie entre l’Iran et la Chine.
Les comédiens du Théâtre du Soleil, d’origines très diverses, s’expriment dans la langue de leur personnage, farsi, russe, tchéchène, anglais… La question se pose alors : la langue est-elle un véhicule de communication ou une frontière ? Cela dépendra bien évidemment des interlocuteurs.
Dans la scène ahurissante entre la juge australienne et le demandeur d’asile irakien, malgré la présence d’une traductrice assermentée, elle devient un mur infranchissable.
Ce mur n’est pas toujours facile à franchir, comme cela se passe au petit centre de soins de Sangatte. Ici, c’est le réfugié qui se refuse à accepter la gravité de sa blessure malgré les efforts de l’infirmière Solange qui mêle dans son discours du français, de l’anglais ainsi qu’un brin de farsi. Une scène pleine de tendresse et de poésie qui se termine quand le migrant joue sur sa béquille, flûte improvisée, une mélodie des Beatles.

Je dois dire que, comme dans toutes les productions du Théâtre du Soleil que j’ai eu le bonheur de voir, les acteurs sont stupéfiants de vérité et de poésie.
Tout commence avec un groupe de réfugiés qui tentent de traverse un fleuve sur un rafiot de fortune relié aux deux rives par une corde. Un énorme drap représente le fleuve et ses vagues furibondes gonflées par le vent. Les dialogues, parfois plein de haine et de désespoir, indiquent qu’il s’agirait de la frontière entre le Kirghizstan et la Kazakhstan.

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Et puis ces images de désarroi et de violence cèdent le pas à celle d’une main féminine qui écrit en caractères arabes.
« Chère Nadereh, pardonne-moi d’avoir mis si longtemps à t’écrire… », lit la voix d’Ariane Mnouchkine qui donne à son amie des détails de la préparation du spectacle construit sur la base des miettes des destins des migrants. « Nadereh dja… » le même texte est lu en farsi.
Tout le film sera ponctué de ces commentaires épistolaires.

Avec une esthétique comparable à celle des miniatures persanes, nous voyons défiler toute une série de courtes scènes illustratives de la vie des réfugiés, qui se déroulent dans un décor, roulottes, abribus, cabanes, cabines téléphoniques, d’une extrême fragilité. Aussi fragile, pourrait-on dire, que leur avenir.
Nous les voyons dans leurs pays d’origine, l’Iran, la Tchétchénie, l’Afghanistan, la Russie…, fuyant la guerre, l’intégrisme, la misère et la faim, ainsi que dans les contrées où ils échouent, en France, en Indonésie, en Angleterre, en Australie, dont l’accueil n’est généralement pas celui qu’ils espéraient. Certaines femmes d’Europe de l’Est se prostituant pour obtenir un passeport ; d’autres migrants payant ce qu’ils n’ont pas pour pouvoir monter dans un improbable Eurostar et se faisant tabasser ensuite par les policiers français de Sangatte.

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Pour preuve le récit d’un migrant rejeté par l’Australie :
« Ils ont répété : ‘’Retournez d’où vous venez ! L’Australie ne vous accepte pas !’’ Ils nous ont maintenus 9 à 10 jours à l’intérieur du bateau. Dix jours terrifiants durant lesquels il n’y avait presque pas de nourriture. Au bout de deux jours, ils ont donné une bouteille d’eau à chacun. Personne ne pouvait bouger (…) Ils leur ont5 répondu : ‘’Nous vous conduisons à Darwin en détention et vous ne discutez pas !’’ Le huitième jour, ils ont pris les familles à part, femmes, hommes, enfants. Même les enfants ont été fouillés si sévèrement. (…) Nous demandions : ‘’Où nous emmenez-vous ?’’ Et ils nous répondaient : ‘’L’Australie nous vous accepte pas !’’ »

Deux scènes vers la fin du film m’ont ému aux larmes : la police qui s’en prend violemment aux réfugiés qui tentent de fuir vers l’Angleterre aux sons, suprême ironie, de l’Hymne à la joie, hymne de l’UE, et, sans transition, un homme à l’accent étranger qui lit d’une voix trébuchante, le poème Liberté de Paul Éluard.
Le film se termine par un rayon d’espoir. Un oiseau, proche parent de la colombe de Picasso, survole un heureux pique-nique en Angleterre. Petit détail, toutefois, l’œil des intégristes est là, vigilant. Et, dernière image, deux réfugiés remercient le capitaine d’un navire norvégien les ayant secourus.

Il est vrai, et heureusement, qu’il existe encore des Justes qui, comme Cédric Héroux et tant d’autres, vont faire fi de l’aberrante loi sur le délit de solidarité, et aider ces humains en grande détresse que sont les réfugiés.
Or, et je me repose la question, les vrais shithole countries ne seraient-ils pas ceux qui ferment leurs portes aux migrants, oubliant, la plupart du temps que cet exode est aussi leur responsabilité ? N’ont-ils pas colonisé ces terres, n’y ont-ils pas maintenu au pouvoir des dictateurs crapuleux pour ainsi pouvoir continuer leurs affaires, ne sont-ils pas, en grande partie, responsables des perturbations climatiques qui brûlent des terres jadis fertiles ?

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Dans ce film, tout comme les acteurs glissent sur les planches à roulette, ce qui ajoute de la poésie à leurs déplacements, Ariane Mnouchkine et ses interprêtes glissent dans le monde sombre des réfugiés de petites lueurs d’espoir. Comme ce poème de l’iranien Mirzadeh Eshghi :

« Pauvre de moi
Si je ne m’enivre pas du soleil
Pauvres de nous
Si nous ne jouissons pas du printemps
Si tu ne fracasses pas la coupe de la tristesse sur la pierre
Bientôt ses sept couleurs se multiplieront
Et deviendront soixante-dix. »

https://www.youtube.com/watch?v=BaL7lxFhjZE

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Los países agujeros de mierda no son precisamente aquellos de los que hablaba, no hace tanto tiempo y en su lenguaje florido, el actual presidente de los Estados Unidos.
Esto es lo que pensaba ante ciertas escenas de Le Dernier caravansérail (El último caravasar), película extraída del espectáculo del mismo nombre puesto en escena, en 2003, por Ariane Mnouchkine en su ya mítico Théâtre du Soleil.
Sus protagonistas son los refugiados, los migrantes. El centro de retención de Sangatte acababa de ser cerrado. Hoy ya desmantelaron la Jungla de Calais.
Sarkozy, Hollande y Macron no han mejorado la  situación de todos estos seres humanos que huyen del infierno y en estos días,  ¡el doble discurso se ha vuelto « elemento de lenguaje »!

Este espectáculo profundamente conmovedor nació del interés de Ariane Mnouchkine por el centro de refugiados de Sangatte, y luego por los de Indonesia y Australia. Encontró allí a migrantes provenientes de los cuatro puntos del planeta que le contaban su odisea. De estos testimonios nació El último caravasar. Los caravasares eran los lugares donde hacían posta las caravanas que seguían la ruta de la seda entre Irán y China.
Los actores del Théâtre du Soleil, de orígenes muy diversos, se expresan en la lengua de su personaje, farsi, ruso, checheno, inglés… Se plantea entones la pregunta: ¿La lengua es un vehículo de comunicación o una frontera? Esto dependerá muy evidentemente de los interlocutores.
En la escena espeluznante entre la jueza australiana y el solicitante de asilo iraquí, a pesar de la presencia de una traductora oficial, se vuelve un muro infranqueable.
Ese muro no es siempre fácil de franquear, como ocurre en el pequeño dispensario de Sangatte. Aquí, el refugiado se niega a aceptar la gravedad de su herida a pesar de los esfuerzos de la enfermera Solange que mezcla en su discurso francés, inglés y aún un poco de farsi. Una escena llena de ternura y de poesía que se termina cuando el migrante toca en su muleta, flauta improvisada, una melodía de los Beatles.

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Debo decir que, como en todas las producciones del Théâtre du Soleil que tuve la dicha de ver, los actores son maravillosos de verdad y poesía.
Todo comienza con un grupo de refugiados que intentan atravesar un río sobre un barquichuelo unido a las dos riberas con una soga. Una enorme tela representa al río y sus olas furiosas henchidas por el viento. Los diálogos, a veces llenos de odio y desesperación, indican que se trataría de la frontera entre el Kirguistán y el Kazakstán.
Y luego, estas imágenes de angustia y de violencia ceden el paso a la de una mano femenina que escribe en caracteres árabes.
«Querida Nadereh, perdoname el haber tardado tanto en escribirte… », lee la voz de Ariane Mnouchkine que da detalles a su amiga sobre la preparación del espectáculo construido sobre la base de las migajas del destino de los migrantes.  « Nadereh dja… »,  el mismo texto es leído en farsi.
Todo el film estará mechado po restos comentarios epistolares.

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Con una estética comparable a la de las miniaturas persas, vemos desfilar toda una serie de cortas escenas ilustrativas de la vida de los refugiados q1ue se desarrollan en un decorado, carricoches, refugios de ómnibus, cabañas, cabinas telefónicas, de una extrema fragilidad. Tan frágil, podría decirse, como su destino.
Los vemos en sus países de origen, Irán, Chechenia, Afganistán, Rusia…, huyendo de la guerra, del integrismo, de la miseria y el hambre, así como en los parajes donde recalan, en Francia, en Indonesia, en Inglaterra, en Australia, cuya acogida no es generalmente la que esperaban. Ciertas mujeres de Europa del este prostituyéndose para obtener un pasaporte; otros migrantes que pagan lo que no tienen para poder subir a un improbable Eurostar y haciéndose luego golpear por los policías franceses de Sangatte.
Como prueba, el relato de un migrante rechazado por Australia:
«Repitieron : ‘’¡Vuelvan a su país! ¡Australia no los acepta!’’ Nos mantuvieron de 9 a 10 días en el interior del barco. Diez días terroríficos durante lo9s que no había casi comida. Al cabo de dos días dieron una botella de agua a cada uno. Nadie podía moverse. (…) Les contestaron : ‘’¡Los llevamos a Darwin detenidos y no discutan!’’ Al octavo día, separaron a las familias, mujeres, hombres, niños. Aún los niños fueron revisados tan severamente (…) Preguntábamos: ‘’¿Dónde nos llevan?’’ Y ellos nos contestaban: ‘’¡Australia no los acepta!’’

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Dos escenas, hacia el final del film me conmovieron hasta las lágrimas : la policía que se las agarra violentamente con los refugiados que tratan de huir hacia Inglaterra con la música, suprema ironía, del Himno a la alegría, himno de la UE, y, sin transición, un hombre de acento extranjero que lee con voz temblorosa, el poema Libertad de Paul Éluard.
El film se termina con un rayo de esperanza. Un pájaro, pariente cercano de la paloma de Picasso, sobrevuela un feliz picnic en Inglaterra. Pequeño detalle, sin embargo, el ojo de los integristas está allí, vigilante. Y, última imagen, dos refugiados agradecen al capitán de un barco noruego que los socorrió.

Es verdad, y felizmente, que aún existen Justos que, como Cédric Héroux y tantos otros, van a hacer caso omiso de la aberrante ley de delito de solidaridad y ayudar a esos seres humanos en gran peligro que son los refugiados.

Me vuelvo, empero, a plantear la pregunta, ¿los verdaderos shithole countries no son acaso los que cierran sus puertas a los migrantes, olvidando, las más de las veces, que este éxodo es también su responsabilidad ? ¿No han acaso colonizado esas tierras, no han mantenido en el poder dictadores corruptos para poder así continuar con sus negocios, no son, en gran parte, responsables de las perturbaciones climáticas que queman tierras otrora fértiles?
En el film, así como los actores se deslizan sobre tablas con ruedas, lo que agrega poesía a sus desplazamientos, Ariane Mnouchkine y sus intérpretes deslizan en el mundo sombrío de los refugiados pequeñas luces de esperanza. Como este poema del iraní Mirzadeh Eshghi :

« Pobre de mí
Si no me emborracho de sol
Pobres de nosotros
Si no gozamos de la primavera
Si no rompés la copa de la tristeza contra la piedra
Si siete colores pronto se multiplicarán
Y se volverán setenta. »

https://www.youtube.com/watch?v=BaL7lxFhjZE

Lectures partagées Lecturas compartidas LA MUSIQUE AVANT TOUTE CHOSE – LA MÚSICA ANTE TODO

Emmanuel Dongala, La sonate à Bridgetower. Sonata mulattica.
Actes Sud, 2017

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Je connaissais déjà celui qu’on nomme, encore aujourd’hui, « le Mozart noir », Joseph Bologne, chevalier de Saint-George, né esclave en 1745 en Guadeloupe et devenu l’un des musiciens les plus en vogue du Paris prérévolutionnaire. Cette comparaison fastidieuse, voire odieuse, avec le sublime Wolfgang Amadeus, revient quand l’on fait référence à George Bridgetower, violoniste précoce comme le fut l’Autrichien au piano.
Voici à quoi je réfléchissais au moment d’entreprendre la lecture de La Sonate à Bridgetower, de l’écrivain congolais Emmanuel Dongala.

Pour cette première incursion hors des terres africaine, Dongala nous emmène dans l’Europe des Lumières, à Paris, puis à Londres, puis à Vienne…
Chacune de ces villes correspond d’ailleurs à une étape dans la vie de George Bridgetower.

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Paris est donc la ville des débuts. Il y arrive, en 1789, avec son père, Frederick de Augustus, un descendant d’esclaves de la Barbade qui, après maintes aventures, est devenu page et interprète du prince Esterhazy. Ils sont munis d’une lettre de recommandation du compositeur Haydn, lui-même maître de chapelle de ce prince.
Je pourrais dire que Frederick, personnage haut en couleurs, est presque le protagoniste de cette première partie du roman. Il cache ses origines de descendant d’esclaves en se présentant comme un prince d’Abyssinie et s’habille en conséquence, caftan et turban de soie.
Prenant comme modèle Léopold Mozart, il gère d’une main de fer la carrière de son jeune fils.

Père et fils se retrouvent, en outre, au beau milieu d’un Paris qui prépare la Révolution. Ils y côtoient la Cour aussi bien que les hommes des Lumières et les révolutionnaires, Condorcet, Lavoisier, Camille Desmoulins, ainsi que des femmes, Olympe de Gouges, Etta Palm, qui luttent pour leur émancipation.
Ce qui pourrait devenir une simple énumération ou un défilé de personnages historiques, ne l’est nullement. Emmanuel Dongala les fait vivre devant nos yeux et, mieux encore, la plupart du temps, il nous les fait découvrir à travers le regard des Bridgetower.

« George trouva en Etta Palm quelque chose de sa mère. Quoi, il ne pouvait vraiment dire. Ses cheveux brun foncé ? Ses yeux ? La simplicité de sa tenue ? Il la regardait encore lorsque celle-ci se tourna vers lui. Leurs yeux se croisèrent. Comme un enfant pris en défaut, George, confus, détourna précipitamment son regard en direction de l’orchestre. Etta Palm perçut l’embarras du garçon et, gentiment, s’adressa à lui :
— Alors George, vous aimez la musique ?
— Oui, madame. Je suis musicien moi-même. Je joue du violon. »

« La vue de ces deux personnages importants piqua la curiosité de Frederick de Augustus et le poussa à scruter la salle pour voir quels autres personnages étaient présents. Louise de Kéralio et Etta Palm, qui en connaissaient plusieurs, prirent plaisir à lui indiquer discrètement du doigt ceux qu’elles reconnaissaient. Elles citaient des noms dont la plupart lui étaient inconnus, mais dont certains réveillaient un écho en lui. Ainsi, Choderlos de Laclos, qu’il connaissait comme médiocre librettiste, mais maintenant devenu un écrivain à succès avec Les Liaisons dangereuses, ce livre que le bonimenteur de libraire avait voulu lui vendre ; Camille Desmoulins, un des orateurs qu’il avait entendus dans l’un des cafés du Palais-Royal et dont pourtant Louise de Kéralio disait qu’il était bègue, assis à côté de sa femme Lucile ; Mme Roland, qui tenait un salon très fréquenté dont il apprit qu’il se trouvait rue Guénégaud, à côté de leur hôtel ; François Joseph Talma, l’acteur adulé du moment dont il avait vu les affiches placardées sur les murs de la Comédie-Française, assis entre le poète André Chénier – l’auteur du célèbre vers “Elle a vécu, Myrto, la belle Tarentine”, tint à préciser Louise de Kéralio – et Fabre d’Églantine, dramaturge raté sauvé par une chansonnette tirée d’une de ses opérettes que fredonnait le Tout-Paris : “Il pleut, il pleut, bergère, / Rentre tes blancs moutons.” Pierre de Beaumarchais, horloger, trafiquant d’armes et escroc tout juste sorti de la prison de la Bastille, mais que le succès de deux pièces, Le Barbier de Séville et Le Mariage de Figaro, avait de nouveau rendu fréquentable… La liste n’en finissait pas. »

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L’écrivain congolais nous présente aussi les multiples aspects et les paradoxes de la condition noire en Europe, à cette époque charnière. Tout d’abord, une élite noire et métisse, par exemple le chevalier de Saint-George et Thomas Alexandre Dumas, père de l’auteur des Trois Mousquetaires, qui finira général de l’armée napoléonienne. Or cette élite se trouvait déjà face à ce que l’on appelle aujourd’hui un « plafond de verre ». Saint-George, malgré le soutient de la Reine, n’arrivera jamais à diriger l’Opéra.

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Et puis, par l’entremise de Frederick de Augustus, nous apprenons les différentes variations de l’esclavage, notamment deux circonstances dont, pour de différentes raisons, on a souvent voilé l’existence : la présence d’esclaves irlandais dans les colonies britanniques, et puis, la traite d’esclaves noirs mise en œuvre par les pays arabes du Moyen Orient et le Maghreb.
Les succès de George Bridgetower sont interrompus par la Révolution.

« Frederick de Augustus et George étaient terrifiés. Les coups de feu venaient aussi bien de la forteresse que du côté des manifestants. Ils tentèrent de s’échapper par une rue transversale mais ne purent aller bien loin ; ils se jetèrent derrière un parapet, espérant ainsi éviter les balles perdues et les boulets de canon tirés des tours de la forteresse. Soudain ils virent passer un groupe excité, vociférant, marchant derrière un homme qui portait, piquée au bout d’une lance, une tête décapitée, sanguinolente. George hurla et voulut s’enfuir. Frederick de Augustus le retint in extremis. Ils restèrent cachés longtemps avant de s’en aller vers le faubourg Saint-Antoine.
Il n’y avait plus aucun doute dans leur esprit, il fallait quitter Paris, et vite ! »

Ils fuient à Londres, ville où Frederick a passé sa prime jeunesse et qu’il croit connaître bien. Or, la ville a changée, Frederick n’y connaît personne et ils sont obligés de se loger dans un taudis.

« Ils contemplaient sa façade noire de suie lorsque soudain une des fenêtres s’ouvrit et une tête d’homme apparut. L’homme les regarda sans manifester aucune surprise ni aucune curiosité, se baissa, saisit un pot de chambre, le vida sur un tas d’immondices situé en contrebas, puis sans leur jeter un regard, ferma le volet. Surpris par ce spectacle insolite, George et Frederick de Augustus se regardèrent un moment en silence, puis leurs regards se tournèrent vers leurs pots, et comme si soudain ils avaient compris, ils saisirent chacun le sien et le vidèrent de la même manière, par la fenêtre. George riait en pensant au malheureux qui aurait eu l’idée de passer sous leur fenêtre en ce moment précis. Frederick de Augustus quant à lui ne fit qu’un sourire gêné lorsque George lui demanda s’il pouvait les imaginer en train de faire la même chose à Paris, à l’hôtel Britannique. Il ne répliqua rien, mais jura en son for intérieur de tout faire pour quitter au plus vite cet antre minable où le hasard les avait fait atterrir. »

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Le soulagement arrive quand le prince de Galles prend George sous son aile. Frederick, ayant perdu la mainmise sur son fils, disparaît.
George Bridgetower devient alors non seulement la coqueluche de Londres mais aussi un vrai gentleman britannique, laissant de côté l’orientalisme dont l’affublait son père.
Après avoir rendu visite à sa mère et son frère, George voyage à Vienne où il rencontre Beethoven qui lui dédicace la sonate pour piano et violon du titre du roman avant de se disputer avec lui et la redédicacer à Kreutzer.

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Les pages qui racontent le concert où Beethoven au piano et Bridgetower au violon jouent pour la première fois cette sonate sont possiblement les meilleures de ce beau roman.
Un roman passionnant rythmé par des déboires et les succès des protagonistes tout comme par l’Histoire, les révolutions aussi bien politiques que scientifiques et même musicales. Une réflexion sur la condition des Noirs dans l’Europe des Lumières et sur l’esclavage qui n’est pas sans écho à l’époque actuelle.
Mais surtout, et ce n’est pas peu de chose, un livre qui se lit avec un énorme plaisir !

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Ya conocía al que llaman, aún ahora, « el Mozart negro », Joseph Bologne, caballero de Saint-George, nacido como esclavo en 1745 en Guadalupe y vuelto uno de los músicos más renombrados del París pre revolucionario.  Esta comparación fastidiosa, aún odiosa, con el sublime Wolfgang Amadeus vuelve cuando nos referimos a George Bridgetower, violinista precoz como lo fue el austríaco con el piano.
En esto pensaba cuando emprendí la lectura de La Sonate à Bridgetower (La Sonata a Bridgetower), del escritor congoleño  Emmanuel Dongala.

En esta primera incursión fuera de las tierras africanas, Dongala nos lleva a la Europa de las Luces, a París, luego a Londres, luego a Viena…
Cada una de estas ciudades corresponde por otra parte a una etapa en la vida de George Bridgetower.

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París es entonces la ciudad de los comienzos. Allí llega en 1789 con su padre, , Frederick de Augustus, un descendiente de esclavos de Barbados que, después de muchas aventuras, ha llegado a ser paje e intérprete del príncipe Esterhazy. Llevan con ellos una carta de recomendación del compositor Haydn, él mismo maestro de capilla de ese príncipe.
Podría decir que Frederick, personaje colorido, es casi el protagonista de esta primera parte de la novela. Esconde sus orígenes de descendiente de esclavos presentándose como un príncipe de Abisinia y se viste en consecuencia, caftán y turbante de seda.
Tomando como modelo a Leopoldo Mozart, maneja con mano de hierro la carrera de su joven hijo.
Padre e hijo se encuentran, además, en medio de un París que prepara la revolución. Se codean con la Corte tanto como con los hombres de las Luces y los revolucionarios, Condorcet, Lavoisier, Camille Desmoulins así como con mujeres, Olympe de Gouges, Etta Palm, que luchan por su emancipación.
Lo que podría volverse una simple enumeración o un desfile de personajes hostóricos, no lo es de ninguna manera.  Emmanuel Dongala los hace vivir ante nuestros ojos y, mejor aún, la mayor parte del tiempo, nos los hace descubrir a través de la mirada de los Bridgetower.

« George encontró en Etta Palm algo de su madre. No podía realmente decir qué. ¿Sus cabellos morenos oscuros? ¿La simplicidad de su vestimenta? La miraba cuando ella se volvió hacia él. Sus ojos se cruzaron. Como un niño en falta, George, giró precipitadamente su mirada hacia la orquesta. Etta Palm percibió la molestia del muchacho y, gentilmente, se dirigió a él:
— Entonces George, ¿le gusta la música?
— Sí, señora. Yo mismo soy músico. Toco el violín.»

« La vista de estos dos personajes importantes acicateó la curiosidad de Frederick de Augustus y lo hizo escrutar la sala para ver qué otros personajes estaban presentes. Louise de Kéralio y Etta Palm, quienes conocían a varios, se divirtieron indicándole discretamente con el dedo a los que reconocían. Citaban nombres que en su gran mayoría le eran desconocidos, pero algunos despertaban un eco en él. Por ejemplo,  Choderlos de Laclos, que conocía como mediocre libretista, pero ahora devenido un autor de éxito con Las Relaciones peligrosas, ese libro que el vendedor de la librería había querido venderle ; Camille Desmoulins, uno de los oradores que había oído en los cafés del  Palais-Royal y del que, sin embargo, Louise de Kéralio decía que era tartamudo, sentado al lado de su mujer Lucile ; Madame Roland, que tenía un salón muy frecuentado que supe se encontraba en la calle Guénégaud, al lado de su hotel ; François Joseph Talma, el actor adulado del momento de quién había visto los afiches pegados en las paredes de la Comedia Francesa, sentado entre el poeta André Chénier – autor del célebre verso ‘’Vivió, Myrto, la bella tarentina’’, precisó Louise de Kéralio – y Fabre d’Églantine, dramaturgo frustrado salvado por una cancioncilla sacada de una de sus operetas que tarareaba todo París: “Il pleut, il pleut, bergère, / Rentre tes blancs moutons.” (Llueve, llueve, pastora, guarda tus blancas ovejas). Pierre de Beaumarchais, relojero, traficante de armas y estafador recién salido de la cárcel de la Bastilla, pero a quien el éxito de los obras de teatro, El Barbero de Sevilla y Las Bodas de Fígaro, había vuelto de nuevo frecuentable… La lista era interminable.»

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El escritor congoleño nos presenta también los múltiples aspectos y paradojas de la condición de los negros en Europa, en esta época de cambios. En principio una elite negra y mestiza, por ejemplo el caballero de Saint-George y Thomas Alexandre Dumas, padre del autor de Los Tres Mosqueteros, que terminará siendo general del ejército de Napoleón. Esta elite se encontraba empero siempre frente a los que hoy se llama un ‘’techo de cristal’’. Saint-George, a pesar del apoyo de la reina, nunca llegará a dirigir la Ópera.
Y luego, por intermedio de Frederick de Augustus, nos enteramos de las diferentes variaciones de la esclavitud, sobre todo dos circunstancias de la que, por diferentes razones, se veló a menudo la existencia : la presencia de esclavos irlandeses en la colonias británicas, y, la trata de esclavos negros organizada por los países árabes del Medio Oriente y el Magreb.
Los éxitos de George Bridgetower son interrumnpidos por la Revolución.

« Frederick de Augustus y George estaban aterrados. Los tiros venían tanto de la fortaleza como del lado de los manifestantes. Intentaron escapar por una calle transversal pro no pudieron ir muy lejos; se arrojaron detrás de un parapeto, esperando así evitar las balas perdidas y las balas de cañón tiradas desde las torres de la fortaleza. De pronto vieron pasar a un grupo excitado, vociferante, caminado detrás de un hombre lavada en la punta de una lanza, una cabeza decapitada, sanguinolenta. George aulló y quiso huir. Frederick de Augustus lo retuvo in extremis. Se quedaron escondidos mucho tiempo antes de enfilar hacia el faubourg Saint-Antoine.
Ya no había dudas en su mente, había que abandonar París, ¡y rápido!»

Huyen a Londres, ciudad donde  Frederick pasó su primera juventud y que cree conocer bien. La ciudad, empero, cambió, Frederick no conoce a nadie y deben alojarse en una pocilga.

« Contemplaban su fachada negra de hollín cuando de pronto una de las ventanas se abrió y una cabeza de hombre apareció. El hombre los miró sin manifestar ninguna sorpresa ni ninguna curiosidad, se inclinó, tomó una escupidera, lo vació sobre un montón de inmundicias situadas más abajo, luego, sin echarles una mirada, cerró el postigo. Sorprendidos por este espectáculo insólito, George y Frederick de Augustus se miraron un momento en silencio, luego sus miradas se volvieron hacia sus escupideras, y como si prontamente hubiesen entendido se apoderaron cada uno de la suya y las vaciaron de la misma manera por la ventana. George reía pensando en el desgraciado que habría tenido la idea de pasar bajo su ventana en ese preciso momento. Frederick de Augustus, en cuanto a él, sólo sonrío molesto cuando George le preguntó si podía imaginarlos haciendo lo mismo en París, en el hotel Británico. No contestó nada, pero juró en su fuero interno hacer lo posible para dejar rápidamente ese antro miserable donde el azar los había hecho aterrizar.»

El alivio llega cuando el príncipe de Gales toma a George bajo su protección. Frederick, habiendo perdido el poder sobre su hijo, desaparece.
George Bridgetower se vuelve entonces el ídolo de Londres y a la vez un verdadero gentleman británico, dejando de lado el orientalismo con que lo disfrazaba su padre.
Después de haber visitado a su madre y su hermano, George viaja a Viena donde conoce a Beethoven que le dedica la sonata para piano y violín del título de la novela antes de enojarse con él y volver a dedicarla a Kreutzer.
Las páginas que relatan el concierto en el que Beethoven en piano y Bridgetower en violín tocan por primera vez esta sonata son posiblemente las mejores de esta bella novela.

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Una novela apasionante llevada al ritmo de las desdichas y los éxitos de los protagonistas tanto como por la Historias, las revoluciones políticas, científicas y aún musicales. Una reflexión sobre la condición de los negros en la Europa de las luces y sobre la esclavitud que tiene eco en la época actual.
Pero sobre todo, y no es poca cosa, ¡un libro que se lee con un enorme placer!