Paris, 1956 – Premier Congrès des écrivains et artistes noirs – Primer Congreso de escritores y artistas negros

 

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« Longtemps, nous avions éprouvé, le besoin au sein du monde moderne où la violence gagne du terrain et où les silencieux sont cruellement écrasés, d’illustrer la présence des hommes de culture noirs. Le nombre, la qualité et la variété des talents devaient être une première affirmation de notre présence au monde. » Alioune Diop

Du 19 au 22 septembre 1956, il y a 60 ans, dans l’amphithéâtre René Descartes de la Sorbonne, à Paris, résonnaient les voix des intellectuels noirs les plus importants de l’époque, Léopold Sédar Senghor, Franz Fanon, Richard Wright, Aimé Césaire, Hamadou Ampathé Bâ…

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Ce premier Congrès des écrivains et artistes noirs fut une initiative de l’intellectuel sénégalais Alioune Diop, qui avait fondé, en 1947, la revue et la maison d’édition Présence Africaine, consacrées au rayonnement de l’art africain.
Cette même année, le poète guyanais Léon-Gontran Damas publia l’anthologie Poètes noirs d’expression française 1900-1945, et un an plus tard, Léopold Sédar Senghor présenta L’anthologie de la nouvelle poésie noire et malgache de langue française, précédée de L’Orphée noir de Jean-Paul Sartre.

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D’autres congrès avaient, d’ailleurs, eu lieu, et ce dès le début du XXe siècle, à Londres, Bruxelles ou New York, mais aucun n’avait centré ses objectifs sur la culture, ni réuni un aussi grand nombre d’intellectuels noirs provenant des quatre coins du monde, aussi bien d’Afrique que des États-Unis, des Antilles et d’Haïti.
Ce congrès reçut, en outre, le soutien, entre autres, d’Albert Camus, Jean-Paul Sartre, André Gide, Théodore Monod et Michel Leiris. Pablo Picasso fut le créateur de son affiche officielle. On dut, toutefois, déplorer l’absence de deux Américain interdits de visa, le panafricaniste W.E.B. DuBois et le grand chanteur Paul Robeson.
« Ce jour sera marqué d’une pierre blanche, affirma Alioune Diop dans son discours d’ouverture du Congrès, pour poursuivre : Si depuis la fin de la guerre, la rencontre de Bandoeng constitue pour les consciences non européennes, l’événement le plus important, je crois pouvoir affirmer que ce premier Congrès mondial des Hommes de Culture noirs, représentera le second événement de cette décade. »
Diop faisait alors référence à la rencontre de Bandoeng, en Indonésie, qui, en 1955, et à l’invitation du président Sukarno, consacra l’émergence du Tiers-Monde et des non-alignés. Elle encouragea, d’autre part, la poursuite de la décolonisation en Afrique.
Le fondateur de Présence Africaine aborda ensuite un sujet qui, 60 ans plus tard, est encore d’actualité si l’on considère les déclarations de plusieurs politiciens français, notamment l’ancien président Sarkozy :
« La couleur de la peau n’est qu’un accident ; cette couleur n’en est pas moins responsable d’événements et d’œuvres, d’institutions, de lois éthiques qui ont marqué de façon indélébile l’histoire de nos rapports avec l’homme blanc. (…)Il vous sera donné, au cours des prochaines séances, d’entendre souligner les responsabilités de la culture occidentale dans la colonisation et le racisme. Reconnaissons que nous ne sommes pas les seules victimes du racisme. Les juifs, au cours de cette guerre, ont connu des souffrances organisées et portées à un niveau jamais imaginé auparavant. C’est avec émotion que nous nous inclinons ici devant la mémoire de toutes les victimes du racisme hitlérien. (…) Voici la scandaleuse question des peuples sans culture. S’il est exact que les vrais responsables de la colonisation ont sciemment forgé ce mythe, il n’en est pas moins surprenant que des générations d’autorités culturelles et spirituelles aient admis que des hommes vivent en communauté et n’aient pas de culture. […] Il n’y a pas de peuple sans culture

Or, les différentes provenances des intellectuels noirs qui assistaient au Congrès, leurs différentes origines historiques, leur donnaient des visions différentes du monde, et du monde noir plus particulièrement. Ces visions différentes provenaient d’individus dont les sociétés avaient vécu des expériences historiques bien distinctes. D’un côté, les Noirs des États-Unis, avec leur expérience de l’esclavage et leur lutte pour la reconnaissance des droits civiques ; de l’autre les Haïtiens, la première république noire depuis 1804 et, finalement, les Noirs venant d’Afrique et même des Antilles, vivant sous un colonialisme qui commence seulement à s’effriter.
L’interdiction de sortir des États-Unis qui pesa sur W.E.B. Du Bois fut à l’origine d’accusations injustes de complicité avec la CIA envers l’écrivain américain Richard Wright. Accusations infondées, Wright était proche des communistes, ce qui l’obligea à fuir la chasse aux sorcières maccarthiste et à se réfugier en France, où il mourut en 1960. Il déclara d’ailleurs : « Il y a un message aujourd’hui qui me blesse et je crois que mon rôle dans ce congrès rendra nul ce message : que les Américains qui participent ici sont des gens qui ne peuvent parler librement. Quand ma participation dans ce congrès sera terminé, j’aimerais que vous me disiez que le gouvernement m’a payé ».

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Durant sa conférence Tradition et industrialisation. Le sort tragique en Afrique, Richard Wright déplora l’absence de femmes participant du Congrès. « Les hommes noirs ne seront pas libres tan que leurs femmes ne le seront pas ».
Il se définit ensuite : « Je suis noir. Je suis un homme de l’Ouest. (…)Je ne suis pas un ennemi de l’Ouest. Ni un homme de l’Est. Je suis né Noir protestant dans l’État le plus raciste des États-Unis, le Mississipi » (…)
« Une partie de l’héritage de l’Ouest que j’apprécie s’est établi actuellement comme des têtes de pont solitaires en Asie et en Afrique sous la forme d’une élite élevée à l’occidentale, une élite plus occidentale que l’Occident. (…) L’Occident déteste et craint cette élite, et de dois, pour être honnête, dire que cet instinct de l’Occident d’haïr et de craindre est correct dans le fond. Car ces élites, en Asie et en Afrique, constituent des îlots d’hommes libres, les hommes les plus libres aujourd’hui dans le monde. (…)
L’Occident, s’il veut demeurer un Occident libre, rationnel, doit se préparer à donner la liberté aux élites d’Asie et d’Afrique (…) »

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Durant sa conférence sur L’esprit de la civilisation ou les lois de la culture négro-africaine, Léopold Sédar Senghor commença par célébrer la réunion de Bandoeng :
« Qu’on le veuille ou non, 1955 marquera une date importante dans l’histoire du monde et d’abord dans l’histoire des peuples de couleur, Bandoeng sera désormais, pour ces peuples, un signe de ralliement. Non par les intrigues qu’essayèrent d’y susciter les deux Blocs mais par l’esprit de libération qui s’y donna naissance. L ‘esprit de Bandoeng, c’est le souci que manifestèrent, alors les peuples afro-asiatiques d’affermir, en l’affirmant, leur personnalité pour ne pas venir les mains vides « au rendez-vous du donner et du recevoir ». Car la Civilisation mondiale – et d’abord la Paix – sera l’œuvre de tous ou ne sera pas. Et comment croire que l’esprit de Bandoeng qui est pour nous, d’abord un esprit de culture, ne souffle aussi sur les Indiens, singulièrement sur les Nègres d’Amérique ? Car la race noire, plus que toute autre, fut la victime des grandes découvertes. La Renaissance européenne s’est édifiée sur les ruines de la civilisation négro-africaine, la force américaine s’est engraissée de la sueur et du sang nègre. C’est deux cent millions de morts que la traite des nègres a coûté à l’Afrique. Mais qui dénombrera les richesses culturelles perdues ? Grâce à Dieu la flamme ne s’est pas éteinte, le levain est resté au fond des cœurs et des corps meurtris, qui permet aujourd’hui notre Renaissance ».
Celui qui serait quelques années plus tard le poète président du Sénégal, comme la plupart des artistes africains de son temps, soutint ensuite une vision quelque peu idyllique de l’Afrique précoloniale, image qui serait renversée par les écrivains de la génération postérieure, dont Yambo Ouologuem, auteur du Devoir de violence.
« C’est dans les activités sociales, sous-tendues par la sensibilité, que s’intègrent très naturellement, la littérature et l’art. (…)
…on ne saisirait pas l’essence de la littérature et de l’art négro-africains en s’imaginant seulement qu’ils sont utilitaires et que le Négro-africain n’a pas le sens de la beauté.[…] La vérité est que le Négro-africain assimile la beauté à la bonté, surtout à l’efficacité. (…)
« Image et rythme, ce sont les deux traits fondamentaux du style négro-africain. (…)
Qu’est-ce que le rythme ? C’est l’architecture de l’être, le dynamisme interne qui lui donne forme, le système d’ondes qu’il émet à l’adresse des Autres, l’expression pure de la force vitale. » (…)
Le rythme est encore plus manifeste dans la peinture africaine. »

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Plusieurs participants du Congrès s’opposèrent au point de vue soutenu par Senghor, dont Richard Wright et le poète haïtien Jacques Stephen Alexis qui manifesta :
« Nous avons entendu, c’est après midi, toute une série de communications qui, à mon avis, sont du plus haut intérêt quant à l’inventaire culturel, quant au contenu des différentes cultures qui forment ce que l’on est convenu d’appeler  » le monde noir ».
Mais d’autre part, il m’a semblé que les questions fondamentales de la culture elle-même, n’étaient que fort peu envisagées. (…)
Nous autres, Haïtiens, nous avons durement expérimenté ce confusionnisme existant chez nous et dans le monde sur les problèmes de la « culture ».
Il nous semble que l’on a voulu, justement, que la « culture » reste une donnée vague, une donnée floue, une donnée imprécise, dont on se sert sans bien en préciser le contenu et les caractères. » (…)
Le monde… est à un carrefour. C’est Bandoeng, c’est une cloche qui résonne, qui indique non seulement que nous voulons que nos cultures apparaissent comme de grandes et belles choses mais qui indique également que les peuples veulent naître à la vie en tant qu’organismes constitués. Et ce sont ces organismes constitués qui seront la base des cultures nationales en formation. Hors de cette notion, toutes les déclarations d’amour à la culture ne peuvent constituer que des gloses verbales

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Un autre des fondateurs de la Négritude, avec Senghor et Damas, le Martiniquais Aimé Césaire s’exprimait ainsi durant sa conférence Culture et colonisation : « Depuis quelques jours, on s’est interrogé sur le sens de ce Congrès.
On s’est demandé en particulier quel est le commun dénominateur d’une assemblée qui unit des hommes aussi divers que des Africains de l’Afrique noire et des Américains du Nord, des Antillais et des Malgaches.
La réponse me paraît évidente : ce commun dénominateur, c’est la situation coloniale. (…)
… on ne peut pas poser actuellement le problème de la culture noire, sans poser le problème du colonialisme, car toutes les cultures noires se développent à l’heure actuelle dans ce conditionnement particulier qu’est la situation coloniale ou semi-coloniale ou para-coloniale.(…)
Mais me dira-t-on qu’est ce que la culture ? Il importe de la définir pour dissiper un certain nombre de malentendus et répondre de manière très précise à un certain nombre de préoccupations qui ont été exprimées par certains de nos adversaires, voire par certains de nos amis.
Par exemple on s’est interrogé sur la légitimité de ce Congrès. S’il est vrai, a-t-on dit qu’il n’y a de culture que nationale, parler de culture négro-africaine, n’est-ce pas parler d’une abstraction ?
Mais qui ne voit que le meilleur moyen de s’en sortir est encore de définir avec soin les mots que nous employons ?
Je pense qu’il est vrai de dire qu’il n’y a de culture que nationale.
Mais, il saute aux yeux que les cultures nationales, toutes particulières qu’elles sont, se groupent par affinités. Et ces grandes parentés de cultures, ces grandes familles de cultures, portent un nom : ce sont des civilisations. Autrement dit si c’est l’évidence même qu’il y a une culture nationale française, une culture nationale italienne, anglaise, espagnole, allemande, russe etc., il n’est pas moins évident que toutes ces cultures présentent entre elles, à côté de différences réelles, un certain nombre de ressemblances frappantes qui font que si l’on peut parler de cultures nationales, particulières à chacun des pays que j’énumérais tout à l’heure, on peut tout aussi bien parler d’une civilisation européenne.
C’est de la même manière que l’on peut parler d’une grande famille de cultures africaines qui mérite le nom de civilisation négro-africaine et qui coiffe les différentes cultures propres à chacun des pays d’Afrique Et l’on sait que les avatars de l’histoire ont fait qu’aujourd’hui le champ de cette civilisation, l’aire de cette civilisation, déborde très largement l’Afrique et c’est dans ce sens que l’on peut dire qu’il y a au Brésil ou aux Antilles, aussi bien Haïti que les Antilles françaises ou même aux Etats-Unis, sinon des foyers du moins des franges de cette civilisation négro-africaine. »

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Un autre antillais, de douze ans le cadet de Césaire, Frantz Fanon, aborda, lui aussi le sujet du colonialisme. Dans sa conférence, intitulée Racisme et culture, l’auteur de Peaux noires, masques blancs, critiqua le colonialisme, « oppression systématisée d’un peuple par l’expropriation, la razzia, le dépouillement ».
Fanon, qui passa trois ans en Algérie, dénonçait la valeur normative de certaines cultures ainsi que la désignation arbitraire de certains groupes humains comme manquant de culture, la hiérarchisation des cultures.
Il attaquait aussi le racisme, qu’il considérait un élément constitutif de certaines cultures évoluant dans ses formes et ses arguments selon la phase de la colonisation où l’on se trouvait. Fanon considérait aussi que ce racisme était un élément de l’oppression et de la destruction de valeurs culturelles d’un peuple.
Fanon soutint finalement que la création d’une commission au sein de l’ONU chargée de lutter contre le racisme ne changerait rien à la situation tandis qu’il y aurait des nations colonisatrices, et que, seulement une fois exclu le colonialisme, une universalité serait possible.

http://www.ina.fr/audio/PH909013001

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L’ancien député de Madagascar et grand poète, Jacques Rabemananjara, emprisonné lors du soulèvement malgache réprimé cruellement par l’armée coloniale française qui fit cent mille morts parmi les révoltés, s’exprima ainsi :
« Beaucoup d’entre vous ont pu suivre ces dernières années, l’histoire douloureuse de mon pays. Ceux-là comprennent, l’intensité de mon émotion. M’adresser à un auditoire aussi choisi que le vôtre, dans l’enceinte de l’un des plus glorieux temples de la culture humaine, je n’ai jamais imaginé, entre les murs étroits de ma cellule d’exilé, là-bas, au milieu des eaux obscures du Canal de Mozambique, que la première fois où, la liberté me serait offerte de rompre un long silence de près de dix ans, ce serait sous les voûtes de la Sorbonne pour préfacer, en quelque sorte, le premier Congres international tenu par les hommes de culture du monde noir. (…)
L’Occident mesurera-t-il jamais assez l’ampleur de l’espoir soulevé dans le camp des muets par la victoire commune remportée sur le fascisme ? »

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L’anthropologue sénégalais Cheikh Anta Diop intervint avec une conférence: « Apports et perspectives culturels de l’Afrique ». Même si certaines de ses idées, comme celle d’un Egypte ancien peuplé de Noirs, peuvent être discutables, d’autres comme celle du panafricanisme, proche de ce que prônaient Kwame Nkrumah, au Ghana, et Thomas Sankara, au Burkina Faso, tout en étant difficilement réalisables, méritent que l’on se penche encore sérieusement sur elles. Un autre point très important du discours de Cheikh Anta Diop, il s’opposa, preuves en main, à tous ceux qui soutenaient l’idée d’une Afrique orpheline de passé, à tous ceux qui, dans leur ambition dominatrice, avaient dérobait son histoire ainsi que sa culture à tout un continent.
« Je dois vous parler ce soir de l’apport de l’Afrique Noire à la civilisation d’une part, et d’autre part, des perspectives culturelles de l’Afrique et en troisième lieu de la spécificité de la culture africaine. Vous voyez donc que le rapport qui m’a été confié est d’ordre technique extrêmement complexe, qu’il était presque impossible de rédiger entièrement », commença son allocution l’ancien élève de Baudrillard et de Joliot-Curie.
« Une idée importante a été exprimée par le camarade Césaire et reprise tout à l’heure par le conférencier qui m’a précédé ; c’est l’idée du peuple démiurge ; il est évident que le peuple crée le fond de la tradition, mais c’est l’élite qui en tire partie pour élaborer des formes culturelles supérieures. À partir d’une telle connaissance de notre passé, il devient possible d’établir la contribution africaine du monde par une simple méthode comparative, en partant des traits fondamentaux de la culture africaine et en tenant compte de la chronologie.(…)
En se livrant à ces recherches, on a été amené à découvrir, d’une façon certaine, que l’ancienne civilisation égyptienne pharaonique, était nègre. A ce point de vue des arguments d’ordre anthropologique, ethnologique, linguistique, historique, culturel ont été fournis. Pour juger de leur valeur, il suffit de se reporter à l’ouvrage Nations nègres et culture qui a été publié par Présence Africaine. (…)
En redécouvrant ainsi notre passé, on contribue à recréer la conscience historique sans laquelle il n’y a pas de grandes nations. Cette notion de culture est liée dans mon esprit, à l’émergence d’un État multinational embrassant la quasi-totalité du continent.
La culture sera donc essentiellement au service de la lutte de libération nationale. Lorsque nous aurons créé, comme on vient de le dire, un État souverain continental et multinational, il faudra, quoi qu’on dise, le doter d’une superstructure idéologique et culturelle qui sera un de ses remparts essentiels de sécurité. (…)
Je veux terminer en soulignant une dernière perspective capitale. Pendant que l’Afrique noire s’oriente vers un Etat multinational qui embrassera la quasi-totalité du continent ayant un équipement industriel de premier ordre, les Antilles pourraient s’orienter vers la formation d’une fédération insulaire sur le type de l’Indonésie et qui, au lieu de regarder vers l’Amérique ou vers l’Europe, entretiendrait des relations de fraternité, de parenté, des relations économiques, commerciales, culturelles et politiques avec l’Afrique Noire. »

Léopold Sédar Senghor déclara durant la séance de clôture : « parce qu’il faut construire la civilisation de l’universel, nous devons ainsi nous retrouver entre nous, car la civilisation de l’universel sera faite de l’apport de tous. Pour employer un mot de Césaire, ce sera « le rendez-vous du donner et du recevoir. […] Nous voulons d’abord nous connaître nous-mêmes et nous réaliser nous-mêmes, pour réaliser en même temps l’humanité entière. »
La résolution finale insistait à son tour sur la « nécessité impérieuse de procéder à une redécouverte de la vérité historique et à une revalorisation des cultures noires » ainsi qu’elle qualifiait le colonialisme et le racisme de « hontes du XXe siècle ». Une authentique libération culturelle ne serait possible qu’après une libération politique.

Les répercussions dans la presse furent des plus variées, l’hebdomadaire socialiste Demain parla d’un « Bandoeng de la culture noire » tandis que le Bulletin de Paris qualifiait le Congrès de « réunion d’agitateurs, d’arabes et de communistes de toute origine ». Le Monde, de son côté publiait un grand article d’Alioune Diop mais remarquait toutefois que « c’est quand même par la culture occidentale que le monde noir a acquis la culture qui lui a permis de s’exprimer ».

Se passerait-il aujourd’hui quelque chose de très différent ? Au vu de l’actualité, je me permets d’en douter. Il est vrai, pourtant, que tous les sujets abordés durant ce congrès historique, les droits de l’homme, le sous-développement, la revalorisation de la culture et de l’histoire des peuples noirs, le racisme, l’étaient dans un contexte colonial et parfois postcolonial, et que, même s’ils demeurent d’actualité, ils doivent être abordés dans un contexte bien différent, celui de la mondialisation, résultat des immenses progrès de la technologie.
Or, il ne faudrait pas se leurrer, car les progrès accomplis n’ont guère été ceux que l’ont pouvait espérer en 1956. Les anciennes puissances coloniales n’ont pas trop desserré leur emprise sur l’Afrique. Elles créent des guerres soi-disant ethniques (Rwanda), elles maintiennent au pouvoir des dictateurs (Bongo, Kabila et autres Nguesso) avec qui elles font de juteuses affaires sans se soucier de l’oppression que souffre le peuple.
Le racisme est, d’autre part, à l’ordre du jour et fleurit dans les discours et dans les actes de maints politiciens, de M Trump à Mme Le Pen et MM Sarkozy, Orban, De Winter et j’en passe. Et, ce qui est bien plus grave, ces politiciens haineux trouvent un écho énorme chez les citoyens qui les votent.
Il est certain aussi que la culture noire, particulièrement africaine, s’est taillé, depuis 60 ans, une place prépondérante dans le monde, aussi bien dans le domaine de la musique que dans ceux du cinéma et de la littérature.
Mais il nous reste un grand chemin à faire pour voir se réaliser les souhaits de cet homme éclairé qu’était Alioune Diop :
« […] nous sommes concernés par la culture mondiale [..]. La culture n’est que l’effort vital par lequel chaque peuple, chaque homme […] reconstruisent un monde qui s’emplit de vie, [..], et apparaît plus assoiffé que jamais de justice, d’amour et de paix. [..] Il importe que les grand problèmes soient accessibles à toutes les consciences et toutes les originalités culturelles soient accessibles à chacun. »

(Lumières noires – Bob Swain)

Références:
Actes du premier congrès (extraits)
Paris-Sorbonne 19-22 septembre 1956
Présence Africaine 2006

http://www.portal.unesco.org

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« Durante largo tiempo sentimos la necesidad, en el seno del mundo moderno en el que la violencia gana terreno y en el que los silenciosos son cruelmente aplastados, de ilustrar la presencia de los hombres de cultura negros. El número, la calidad y la variedad de los talentos debían ser una primera afirmación de nuestra presencia en el mundo. » Alioune Diop

Del 19 al 22 de septiembre de 1956, hace 60 años, en el anfiteatro René Descartes de la Sorbona, en París, resonaban las voces de los intelectuales negros más importantes de la época, Léopold Sédar Senghor, Franz Fanon, Richard Wright, Aimé Césaire, Hamadou Ampathé Bâ…

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Este primer Congreso de los escritores y Artistas Negros fue la iniciativa del intelectual senegalés Alioune Diop, que había fundado, en 1947, la revista y la editorial Présence Africaine, consagradas a la promoción del arte africano.
Ese mismo año, el poeta guyanés guyanais Léon-Gontran Damas publicó la antología Poetas negros de expresión francesa 1900-1945, y un año más tarde, Sédar Senghor presentó la Antología de la nueva poesía negra y malgache de lengua francesa, precedida por el Orfeo negro de Jean-Paul Sartre.
Otros congresos, por otra parte, había tenido lugar, y esto desde los comienzos del siglo XX, en Logres, Bruselas o Nueva York, pero ninguna había centrado sus objetivos en la cultura, ni reunido un número tan grande de intelectuales negros provenientes de los cuatro puntos cardinales, tanto de África como de Estados Unidos, las Antillas y Haití.
Este congreso recibió, además, el apoyo, entre otros, de Albert Camus, Jean-Paul Sartre, André Gide, Théodore Monod y Michel Leiris. Pablo Picasso fue creador de su afiche oficial. Hubo, sin embargo, que deplorar la ausencia de dos norteamericanos a quienes lers habían negado la visa, el panafricanista t W.E.B. DuBois y el gran cantante Paul Robeson.
« Este día estará marcado con un guijarro blanco, afirmó Alioune Diop en su discurso inaugural del Congreso, para continuar : Si desde el final de la guerra, el encuentro de Bandoeng constituye para las conciencias no europeas, el acontecimiento más importante, creo poder afirmar que este primer Congreso mundial de los Hombres de Cultura negros representará el segundo acontecimiento de esta década. »
Diop hacía entonces referencia al encuentro de Bandoeng, en Indonesia, que, en 1955, y por invitación del presidente Sukarno, consagró el emerger del Tercer Mundo y de los no alineados. Animó, por otra parte, la prosecución de la descolonización del África.
El fundador de Présence Africaine abordó luego un tema que, 60 años más tarde, es aún actual si se consideran las declaraciones de varios políticos franceses, sobre todo el ex presidente Sarkozy:

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« El color de la piel es sólo un accidente ; este color es sin embargo responsable de acontecimientos y de obras, de instituciones, de leyes éticas que marcaron de manera imborrable la historia de nuestras relaciones con el hombre blanco. (…) Podrán, a lo largo de las próximas sesiones, oir subrayar las responsabilidades de la cultura occidental en la colonización y el racismo. Reconozcamos que no somos la únicas víctimas del racismo. Los judíos, durante esta guerra, han conocido sufrimientos organizados y llevados a un nivel nunca imaginado antes. Nos inclinamos con emoción ante la memoria de todas las víctimas del racismo hitleriano. (…) Esta es la escandalosa cuestión de los pueblos sin cultura. Si es exacto que los verdaderos responsables de la colonización han forjado adrede este mito, no es menos sorprendente que generaciones de autoridades culturales y espirituales hayan admitido que los hombres puedan vivir en comunidad sin tener cultura. […] No existe pueblo sin cultura.»

Las diferentes proveniencias de los intelectales negros que asistían al Congreso, sus diferentes orígenes históricos, les daban empero visiones diferentes del mundo, y del mundo negro más particularmente. Estas visiones diferentes provenían de individuos cuyas sociedades habían vivido experiencias históricas bien distintas. Por un lado, los negros de los Estados Unidos, con su experiencia de la esclavitud y su lucha por el reconocimiento de los derechos cívicos; por el otro los haitianos, la primera república negra desde 1804 y, finalmente, los negros provenientes de África y aún de las Antillas, que vivían bajo un colonialismo que recién comienza a diluirse.
La prohibición de salida de los Estados Unidos que pesó sobre W.E.B. Du Bois originó acusaciones injustas de complicidad con la CIA para el escritor norteamericano Richard Wright. Acusaciones infundadas, Wright estaba cerca de los comunistas, lo que lo obligó a huir de la caza de brujas del macartismo y a refugiarse en Francia, donde murió en 1960. Por otra parte declaró :: « Hay un mensaje hoy que me hiere y creo que mi papel en este congreso anulará este mensaje : que los norteamericanos que participan aquí son gente que no puede hablar libremente. Cuando mi participación en este congreso haya terminado, me gustaría que me dijeran que me pagó el gobierno».

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Durante su conferencia Tradición e industrialización. La suerte trágica en África, Richard Wright deploró la ausencia de mujeres que participaran del Congreso. “Los hombres negros no serán libres mientras sus mujeres no lo sean”.
Se definió luego: « Soy negro. Soy un hombre del Oeste. (…) No soy un enemigo del Oeste. Ni un hombre del Este. Nací negro y protestante en el Estado más racista de los Estados Unidos, Mississippi » (…)
« Parte de la herencia del Oeste que apreció se ha establecido actualmente como cabezas de puente solitarias en Asia y África bajo la forma de la elite criada a lo occidental, una elite más occidental que el Occidente. (…) Occidente odia y teme a esta elite, y debo, por ser honesto, decir que este instinto de Occidente de odiar y temer a esta elite es en el fondo correcto. Ya que estas elites, en Asia y en África, constituyen islotes de hombres libres, los hombres más libres hoy en el mundo. (…)
Occidente, si quiere seguir siendo un Occidente libre, racional, debe prepararse para dar a libertad a las elites de Asia y África

Durante su conferencia sobre El espíritu de la civilización o las leyes de la cultura negro-africana, Léopold Sédar Senghor comenzó celebrando la reunión Bandoeng :
« Que lo queramos o no, 1955 marcará una fecha importante en la historia del mundo y por empezar en la historia de los pueblos de color, Bandoeng será desde entonces, para estos pueblos una señal de encuentro. No por las intrigas que trataron de suscitar allí los dos bloques sino por el espíritu de liberación que nació allí. El espíritu de Bandoeng es la preocupación que manifestaron entonces los pueblos afro asiáticos de fortalecer, al afirmarla, su personalidad de no llegar con las manos vacías a la “cita del dar y del recibir”. Porque la Civilización mundial –y por empezar la Paz- será la obra de todos o no será. ¿Y cómo no creer que el espíritu de Bandoeng que es para nosotros en principio un espíritu de cultura, no sople también sobre los indios, singularmente sobre los negros de América? ya que la raza negra, más que cualquier otra, fue la víctima de los grandes descubrimientos. El Renacimiento europeo se edificó sobre las ruinas de la civilización negro africana, la fuerza americana se engordó con el sudor y la sangre negros. La trata negrera costó dos millones de muertos a África. ¡Pero quién calculará las riquezas culturales perdidas? Gracias a Dios la llama no se apagó, la levadura quedó en el fondo de los corazones y de los cuerpos heridos, lo que permite hoy nuestro Renacimiento».
El que sería algunos años más tarde el poeta presidente de Senegal, como la mayoría de los artistas africanos de su tiempo, sostuvo luego una visión algo idílica del África pre colonial, imagen que sería derribada por los escritores de la generación posterior, entre los cuales Yambo Ouologuem, autor del Deber de violencia.
« La literatura y el arte se integran muy naturalmente en las actividades sociales basadas en la sensibilidad. (…)
…no se entenderá la esencia de la literatura y del arte negro africanos sólo imaginando que son utilitarios y que el negro africano carece del sentido de la belleza. (…)
« La imagen y el ritmo son los dos rasgos fundamentales del estilo negro africano. (…)
¿Qué es el ritmo ? Es la arquitectura del ser, el dinamismo interno que le da forma, el sistema de ondas que emite en dirección a los otros, la expresión pura de la fuerza vital. (…)
El ritmo se manifiesta aún más en la pintura africana

Varios participantes del Congreso se opusieron al punto de vista defendido por Senghor, entre los cuales Richard Wright y el poeta haitiano Jacques Stephen Alexis quien manifestó:
« Hemos oído, esta tarde, toda una serie de comunicaciones que, en mi opinión, son del más alto interés en cuanto al inventario cultural, en cuanto al contenido de las diferentes culturas que forman lo que se ha dado en llamar « el mundo negro ».
Pero por otra parte, me pareció que las cuestiones fundamentales de la cultura misma eran muy poco encaradas. (…)
Nosotros los haitianos hemos sufrido duramente esta confusión que existe entre nosotros y en el mundo sobre los problemas de la “cultura”.
Nos parece que se ha querido, justamente, que la “cultura” siga siendo un dato vago, un dato confuso, un dato impreciso, que usamos sin precisar su contenido y sus caracteres
El mundo… está en una encrucijada. Bandoeng es una campana que resuena, que no sólo indica que queremos que nuestras culturas aparezcan como cosas grandes y bellas pero que indica igualmente que los pueblos quieren nacer a la vida como organismos constituidos. Y son estos organismos constituidos que serán la base de las culturas nacionales en formación. Fuera de esta noción, todas las declaraciones de amor por la cultura sólo pueden constituir glosas verbales.”

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Otro de los fundadores de la Negritud, con Senghor y Damas, el martiniqués Aimé Césaire, se expresaba así durante su conferencia Cultura y colonización : « Desde hace algunos días nos interrogamos sobre el sentido de este congreso.
Nos preguntamos particularmente cual era el común denominador de una asamblea que une hombres tan diversos como africanos del África negra y americanos del norte, antillanos y malgaches.
La respuesta me parece evidente: ese común denominador es la situación colonial. (…)
… no se puede plantear actualmente el problema de la cultura negra sin plantear el problema del colonialismo, pues todas las culturas negras se desarrollan hoy en este condicionamiento particular que es la situación colonial, semicolonial o para colonial.
¡Me preguntarán que es la cultura ? Importa definirla para disipar un cierto número de malentendidos y responder de manera muy precisa a cierto número de preocupaciones que fueron expresadas por algunos de nuestros adversarios, aún por algunos de nuestros amigos.
Se interrogaron por ejemplo sobre la legitimidad de este congreso. Si es verdad, como dicen, que sólo hay cultura nacional, hablar de cultura negro africana, ¿no es hablar de una abstracción?
Pienso a decir verdad que sólo hay cultura nacional.
Pero salta a la vista que las culturas nacionales, por más particulares que sean, se agrupan por afinidades. Y esos grandes parentescos de culturas, esas grandes familias de culturas, llevan un nombre: son civilizaciones. Dicho de otra manera, si es harto evidente que existen una cultura francesa, una cultura nacional italiana, inglesa, española, alemana, rusa, etc., es también no menos evidente que estas culturas presentan entre ellas, al lado de diferencias reales, un cierto número de semejanzas evidentes que hacen que si bien se puede hablar de culturas nacionales, particulares de cada país que enumeré recién, también se puede hablar de una civilización europea.
De la misma manera podemos hablar de una gran familia de culturas africanas que merece el nombre de civilización negro africana y que engloba a las diferentes culturas propias de cada uno de los países de África. Y se sabe que los avatares de la historia han hecho que hoy el campo de esta civilización, el área de esta civilización desborde muy ampliamente el África y es en este sentido que se puede decir que hubo en Brasil o en las Antillas, tanto en Haití como en las Antillas francesas o aún en los Estados Unidos, si no hogares por lo menos franjas de esta civilización negro africana. »

Otro antillano, doce años más joven que Césaire, Frantz Fanon, abordó también el tema del colonialismo. En su conferencia, intitulada Racismo y cultura, el autor de Pieles negras, máscaras blancas, criticó al colonialismo, “opresión sistemática de un pueblo por la expropiación, la razzia, el despojamiento”.
Fanon, quien pasó tres años en Argelia, denunciaba el valor normativo de ciertas culturas así como la designación arbitraria de ciertos grupos humanos como carentes de cultura, la jerarquización de las culturas.
Atacaba también al racismo, que consideraba un elemento constitutivo de ciertas culturas que evoluciona en sus formas y sus argumentos según la fase de la colonización en que se encuentran. Fanon consideraba también que el racismo era un elemento de la opresión y de la destrucción de valores culturales de un pueblo.
Fanon sostuvo finalmente que la creación de una comisión en el seno de la ONU encargada de luchar contra el racismo no cambiaría en nada la situación mientras existieran naciones colonizadoras, y que, una vez excluido el colonialismo, una universalidad sería posible.
http://www.ina.fr/audio/PH909013001

El ex diputado de Madagascar y gran poeta, Jacques Rabemananjara, encarcelado durante el levantamiento malgache reprimido cruelmente por el ejército colonial francés que causó cien mil muertos entre los revolucionarios, expresó lo siguiente:
« Muchos entre ustedes pudieron seguir estos últimos años, la historia dolorosa de mi país. Ellos comprenden la intensidad de mi emoción. Dirigirme a una audiencia tan selecta como este, entre los muros de uno de los más gloriosos templos de la cultura humana, nunca imaginé entre los muros de mi celda de exiliado, allá en medio de las aguas oscuras del Canal de Mozambique, que la primera vez que me sería dada la libertad de romper un largo silencio de casi diez años, los sería bajo la bóveda de la Sorbona para prologar, de alguna manera, el primer Congreso internacional organizado por los hombre de la cultura del mundo negro. (…)
¿Occidente medirá alguna vez la amplitud de la esperanza levantada en el campo de los mudos por la victoria común sobre el fascismo?

El antropólogo senegalés Cheikh Anta Diop intervino con una conferencia: “Aportes y perspectivas culturales de África”. Aún si algunas de sus ideas, como las de un Egipto antiguo poblado de negros, pueden ser discutibles, otras como la del panafricanismo, cercana de la que sostenían Kwame Nkrumah, en Ghana, y Thomas Sankara, en Burkina Faso, aunque siendo difícilmente realizable, merecen que uno se interese seriamente en ellas. Otro punto muy importante del discurso de Cheikh Anta Diop, se opuso, con pruebas en la mano, a todos los que sostenían la idea de un África huérfana de pasado, a todos los que, en su ambición dominadora, sustraían su historia así como su cultura a todo un continente.
« Debo hablarles esta noche del aporte del África Negra a la civilización por una parte, y, por otra parte, de las perspectivas culturales de África y, en tercer lugar, de la especificidad de la cultura africana. Ven entonces que el informe que me ha sido confiado es de un orden técnico extremadamente complejo, casi imposible de redactarlo enteramente » comenzó su alocución el ex alumno de Baudrillard y de Joliot-Curie.
« Ua idea importante fue expresada por el compañero Césaire y retomada hace un rato por el conferencista que me precedió ; es la idea del pueblo demiurgo ; es evidente que el pueblo crea el fondo de la tradición, pero que la elite saca partido de ella para elaborar formas culturales superiores. A partir de un tal conocimiento de nuestro pasado se vuelve posible establecer la contribución africana en el mundo por un simple método comparativo, partiendo de los rasgos fundamentales de la cultura africana y teniendo en cuenta su cronología. (…)
Haciendo estas investigaciones, fuimos llevados a descubrir, de una manera segura, que la antigua civilización egipcia faraónica, era negra. Sobre este punto se han provisto argumentos de orden antropológico, etnológico, lingüístico, histórico y cultural. Para juzgar su valor, basta con consultar el libro Nations nègres et culture que fue publicado por Présence Africaine. (…)
Redescubriendo nuestro pasado se contribuye a recrear la conciencia histórica sin la que no hay grandes naciones. Esta noción de cultura está ligada en mi mente al emerger de un Estado multinacional que abarque la casi totalidad del continente.
La cultura estará entonces esencialmente al servicio de la lucha de liberación nacional. Cuando hayamos creado, como acabo de decirlo, un Estado soberano continental y multinacional, habrá que, digan lo que digan, dotarlo de una superestructura ideológica y cultural que será una de sus defensas esenciales de seguridad. (…)
Quiero terminar subrayando una última perspectiva capital. Mientras que el África negra se orienta hacia un estado multinacional que abarque la casi totalidad del continente con un equipamiento industrial de primer orden, las Antillas podrían orientarse hacia la formación de una federación insular como en Indonesia y que, en lugar de mirar hacia América o hacia Europa, tenga relaciones de fraternidad, de parentesco, relaciones económicas, comerciales, culturales y políticas con el África negra.”

Léopold Sédar Senghor declaró durante la sesión de clausura : « porque hay que construir la civilización universal, debemos así encontranos entre nosotros, pues la civilización universal se hará con el aporte de todos. Empleando las palabras de Césaire, será « la cita del dar y del recibir ». (…) Queremos primero conocernos a nosotros mismos y realizarnos a nosotros mismos para realizar al mismo tiempo a toda la humanidad. »
La resolución final insistía a su vez en la « necesidad imperiosa de proceder a un redescubrimiento de la verdad histórica y a una revalorización de las culturas negras » así como calificaba al colonialismo y al racismo de « vergüenzas del siglo XX”. Una auténtica liberación cultural sólo sería posible después de una liberación política.

Las repercusiones en la prensa fueron de lo más variadas, el semanario socialista Demain habló de un « Bandoeng de la cultura negra » mientras que el Bulletin de Paris calificaba al Congreso como una « reunión de agitadores, de árabes y de comunistas de toda procedencia ». Le Monde, por su lado, publicaba un gran artículo de Alioune Diop pero notaba sin embargo que « sin embargo gracias a la cultura occidental el mundo negro adquirió la cultura que le permitió expresarse « .

¿Ocurriría hoy algo muy diferente? Observando la actualidad, me permito dudarlo. Es verdad, sin embargo, que todos los temas abordados durante este congreso histórico, los derechos humanos, el subdesarrollo, la revalorización de la cultura y de la historia de los pueblos negros, el racismo, lo eran en un contexto colonial y a veces poscolonial, y que, aún si siguen siendo actuales, deben ser abordados en un contexto muy diferente, el de la globalización, resultado de los inmensos progresos de la tecnología.
No habría que engañarse empero, ya que los progresos realizados no han sido los que se podían esperar en 1956. Las ex potencias coloniales no han aliviado en mucho su presión sobre el África. Crean guerras aparentemente étnicas (Ruanda), mantienen en el poder a dictadores (Bongo, Kabila, Nguesso) con quienes hacen negocios jugosos sin preocuparse por la opresión que sufren los pueblos.
El racismo está, por otra parte, a la orden del día y florece en los discursos y en los acto de muchos políticos, del Sr. Trump a la Sra. Le Pen, pasando los los Sres. Sarkozy, Orban, De Winter y otros. Y, lo que es más grave, estos políticos llenos de odio encuentran un eco enorme en los ciudadanos que los votan.
Es cierto también que la cultura negra, particularmente africana, ocupa, desde hace 60 años, un lugar preponderante en el mundo, tanto en el terreno de la música como en los del cine y la literatura.
Pero nos queda un largo camino por recorrer para ver realizarse los deseos de este hombre iluminado que era Alioune Diop :
« […] estamos concernidos por la cultura mundial [..]. La cultura es sólo el esfuerzo vital con el que cada pueblo, cada hombre (…) reconstruyen el mundo que se llena de vida. [..], y aparece más que nunca sediento de justicia, de amor y de paz (…) Importa que los grandes problemas sean accesibles para todas las consciencias y que todas las originalidades culturales sean accesibles para cada uno.»

(Lumières noires – Bob Swain)

69… ans/años

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On a beau le tourner et le retourner, lui faire faire trois petits tours…, le chiffre reste immuable. 69 ! 69 ans que j’arpente la planète ! C’est un bon bout de chemin pour moi pour qui le chemin reprend jour à jour.
Un long chemin, un chemin bien peuplé, certes. Or, il me semble que ce fut hier que j’entrai pour la première fois au Théâtre Colón de Buenos Aires et que j’y découvrais le poème symphonique Finlande de Ian Sibelius. Or, il me semble que ce fut hier que je tombai amoureux pour la première fois tant le sentiment est encore bien vivant dans mon cœur.
Si le chemin fut bien peuplé, c’est que, et c’est là un grand bonheur même si je me cassai plusieurs fois la figure, c’est que je vécus intensément et que je continue de le faire. Les passions ne sont peut-être plus les mêmes, elles enflamment toutefois mon âme avec autant d’ardeur.
C’est ce qui me fait ouvrir les yeux tous les matins avec la même curiosité. C’est ce qui fait que ma vie n’est, ni ne fut jamais, un long fleuve tranquille. Loin de là, et j’en suis bien aise, et j’espère que se sera ainsi jusqu’au dernier jour.

Por más que la de vuelta y la vuelva a dar vuelta, le haga dar tres vueltecitas…, la cifra permanece inmutable. 69! 69 años que recorro el planeta! Un largo camino para mí, para quien el camino vuelve a empezar cada día.
Un largo camino, un camino bien poblado por cierto. Me parece empero que fue ayer que entré por vez primera al teatro Colón de Buenos Aires y que allí descubrí el poema sinfónico Finlandia de Ian Sibelius. Me parece empero que fue ayer cuando me enamoré por vez primera tan vivo está aún el sentimiento en mi corazón.
Si el camino estuvo bien poblado, es que, y esta es mi gran felicidad aunque me rompiera la cara varias veces, es que viví intensamente y que sigo haciéndolo. Las pasiones ya no son quizás las mismas, queman sin embargo mi alma con el mismo ardor.
Es lo que me hace abrir los ojos cada mañana con la misma curiosidad. Es lo que hace que mi vida no es, ni fue nunca, un largo río tranquilo. Lejos de ello, y estoy muy satisfecho, y espero que será así hasta el último día.

 

Montevideo la francophile, Montevideo la francophone (12)

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La censure et la traduction
Mónica Rizo Maréchal
(Universidad Nacional Autónoma de México, Mexique)

Cette communication reprend la recherche que j’ai menée pour mon mémoire de maîtrise en Linguistique Appliquée à l’UNAM, dont le titre est Mécanismes linguistiques de censure en traduction littéraire. La censure est souvent étudiée dans les domaines de la psychanalyse ou la sociologie, mais on l’a peu abordée du point de vue des études descriptives de la traduction. La traduction dépasse la seule manipulation de deux codes linguistiques. Loin de là, le traducteur est censé répondre à des exigences de compréhension entre les cultures. Cependant, on ne peut pas tout dire dans le passage d’une culture à l’autre, notamment si des mots liés aux croyances, à la magie ou à la décence y sont impliqués. Ce genre de mots peut facilement provoquer le rejet et donc, la censure. Mais non seulement le mot peut provoquer ce malaise. L’ordre des mots dans l’énoncé, l’organisation du paragraphe et même la ponctuation d’un texte peuvent déranger le traducteur, qui essaie de répondre aux exigences du bien-dire et du dire-correctement d’une culture et sa langue. D’autant plus s’il traduit vers une culture moins tolérante que la culture du texte source. Que fait-il alors ? Est-ce qu’il censure ? À partir de la théorie des normes (Toury, 2004) et de l’analytique négative d’Antoine Berman (1999), on a comparé trois traductions à l’espagnol d’un extrait du roman Les onze mille verges de Guillaume Apollinaire. On présentera tout d’abord le cadrage théorique et méthodologique qui soutient ce mémoire ; puis, on discutera un échantillon d’exemples de censure et, finalement, on exposera les conclusions. Cette étude suggère que la tendance à produire des effets de censure sur le texte traduit sera plus marquée si le traducteur se montre plus attentif au texte cible qu’au texte source et, donc, à produire un texte acceptable dans la culture cible.

Références :
Berman, A. 1999. La traduction et la lettre ou l’auberge du lointain. Paris : Éditions du Seuil.
Rizo, M. 2009. Mecanismos lingüísticos censorios en traducción literaria. Análisis comparativo de tres traducciones al español de la novela erótica Les onze mille verges de Guillaume Apollinaire. Tesis de Maestría en Lingüística Aplicada. (No publicada). México. UNAM.
Toury, G. 2004. Los estudios descriptivos de Traducción y más allá. Metodología de la investigación en Estudios de Traducción. Madrid: Cátedra.

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Azul, le lieu idéal

par Marina, Mayra, David, Leonel et Enrique
Azul est magnifique ville de 65 000 habitants, située dans la région de la Pampa d’Argentine, riche en activités culturelles et touristiques.

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Il y a une grande collection de livres de Cervantes et José Hernandez. Elle a été déclarée cité Cervantine par l’Unesco. L’architecture est un mélange de nombreux styles: le traditionnel et le moderne. La maison Squirru est située dans le coin de rue Bolivar et de la rue Burgos. Il y a plein d’arbres et de jardins. C’est très jolie.
En face de la place central est la cathédrale de Notre Dame de Lourdes, c’est un vrai plaisir pour les yeux.

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À côté se trouve le merveilleux théâtre Espagnol.
Le parc est beau, il se compose de 5 000 plantes environ. Sa surface est de 8 000 m2. Ses plantes viennent d’Europe, d’Australie et de la région sub-andine. Il y a une architecture riche en ponts sur la rivière.

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Dans la nuit vous pouvez visiter les restaurants, les cafés, le théâtre Espagnol, le cinéma, aussi vous pouvez danser dans la discothèque toute la nuit.
À Azul, il y a l’université de drait et d’ingénierie agricole. Pour faire du sport vous pouvez aller au club de Remo ou au club Balneario, où se pratiquent le tennis, la natation, le footballk et le basket-ball.
Azul est le lieu idéal pour de bonnes vacances culturelles ou sportives.

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Azul, mon lieu dans le monde

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Azul est une ville au milieu de la province de Buenos Aires.
La vie culturelle y est très intéressante: des festivals, des expositions, des pièces de théâtre, des concerts.
L’architecture est un mélange de nombreux styles européens. La place San Martín, dessine par l’architecte Salamone, se trouve au centre ville, en face il y a la cathédrale de style néo-gothique. A gauche, le théâtre Español, un vrai plaisir pour les yeux.

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Pour le tourisme sportif et naturelle, il y a plusieurs alternatives comme : randonnée dans le parc Sarmiento, canotage par Callvú Leovú et l’escalade par la Boca de las Sierras, à 30 km. de la ville.

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N’oubliez pas de visiter Azul, ville cervantine.
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Abdellatif Laabi, l’écriture subversive – la escritura subversiva

laâbiLe temps d’oisiveté est souvent l’occasion de faire de belles découvertes.
Aujourd’hui, dans mon cas, il s’agit de celle d’un grand poète marocain de langue française, Abdellatif Laabi.
Un poète dont l’œuvre et même la vie ont des résonnances dans nos pays qui ont subi des dictatures et leur lot d’intolérances et des persécutions.
Abdellatif Laabi est né en 1942 à Fès, dans une famille d’artisans. Professeur de français, il fonde en 1966 avec des poètes marocains la revue Souffles.
Son combat pour la liberté d’opinion lui vaut d’être emprisonné de 1972 à 1980. Il est assigné à résidence et ensuite Laabi s’exile en France en 1985.
En prison, il écrit des poèmes qui paraîtront sous le titre de Sous le bâillon, le poème, dédiés à Jocelyne, son épouse.
« La prison m’a beaucoup appris sur moi-même, sur l’étrange continent de mon corps et de ma mémoire, sur mes passions et leur tout aussi étrange labyrinthe de racines, sur ma force et ma faiblesse, mes capacités et mes limites. La prison est donc une impitoyable école de transparence ».
Il s’exile donc en 1985 en France. « La distance prise avec le pays me rapproche plus de lui. Elle me permet de mieux l’inscrire dans une démarche de l’universel. L’éloignement est le nouveau prix à payer. L’écriture y gagne sa vraie liberté, et sa vérité en quelque sorte. Elle ne se conforme plus qu’à ses propres exigences. Elle ne signe plus les subversions. Elle est subversions ».
Le sujet principal de l’œuvre de Laabi est la condition humaine. Au-delà des malheurs et des injustices, sa poésie est un message d’espoir.

Références :
http://www.laabi.net
http://www.wikipoemes.com/poemes/abdellatif.laabi/

Textes
Demain
sera le même jour
Je n’aurai vécu que quelques instants
le front collé à la vitre
pour accueillir le carrousel du crépuscule
J’aurai étouffé un cri
car personne ne l’aura entendu
en ce désert
Je me serai mis
dans la position du fœtus
Sur le siège de ma vieille solitude
j’aurai attendu
que mon verre se vide à moitié
pour y déceler le goût du fiel
Je me serai vu
le lendemain
me réveillant et vaquant
Atrocement semblable

Des rêves à la pelle
comme si mes jours débordaient
et que ma plume était verte
Je dors avec mes ombres
et me réveille sans
ô nuit
résiste
Le dieu de l’aube
dévore tes enfants

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Ce soir

Ce soir
impossible de lire, écrire
exécuter les petites besognes qui s’imposent
ou que s’invente le prisonnier méticuleux
Je suis figé dans la position de l’absence
Mon corps se fragmente
soleil intérieur surgi de mes passions
idiome du vent
dans la voile de l’espace migrateur
Je marche dans les caravanes constellées
avec toutes les diasporas de l’humiliation

Printemps permanent

Il nous est arrivé
de parler avec amusement
des cheveux blancs que tu t’es trouvés
de mes temps qui grisonnent
du cap de la trentaine
que nous avons dépassé
sans nous en rendre compte
et de réfléchir au courant du temps
qui clapote et s’étire à nos pieda
et que nous survolons
maîtrisons
de notre vigilance
au lieu qu’il nous submerge

Je te le disais
et le dis toujours
le temps n’érode
que notre écorce la plus superficielle
Son flot n’emporte
que les résidus de nos vieilles tares
et son onde
abreuvera toujours
les racines de notre printemps permanent

Le discours d’un flic

Il m’enveloppait de son strabisme
Son regard semblait balayer quelque objectif
derrière mon dos
à ma droite
dans un amoncellement de chiffons sales
à mes pieds
quelque part sous mes semelles
Il parlait parlait parlait
pour lui-même
pour les murs
pour un public de quadrupèdes
bêlants et sourds

Il parlait parlait parlait
pour digérer
pour étouffer le silence
pour contrecarrer le soleil
qui filtrait malgré le bandeau noir
de la cité alentour
Il parlait parlait parlait
étalait toute la culture de ses poings
et des menottes qu’il arborait à sa ceinture
comme un macaron de puissance
-Solidarité, autodéfense !
paroles vides
de la merde mêle-toi de ce qui te regarde solidarité
c’est ton intérêt
solidarité avec toi-même, tes enfants, ta famille
chacun pour soi
faut être malin
savoir comment s’y prendre
ton intérêt, ton intérêt d’abord !

-Le socialisme, tu parles
Ça ne marchera jamais chez nous les Arabes
Parlons-en de la Russie
là-bas, tu peux voir des femmes
avec des sacs de ciment sur le dos
en train d’escalader des échelles
des femmes tu entends
c’est ça le socialisme ?
Et nos étudiants qui partent en Russie
tu sais ce qu’ils prennent avec eux
des bue jeans, des souliers
qu’ils revendent à prix d’or
c’est ça que tu veux chez nous ?

-La Chine hein !
Tu es un admirateur de la Chine
Alors, où en est Lin Piao
qui était le premier à agiter Le Petit Livre rouge
pourquoi est-il parti
s’il n’avait pas compris
que son pays allait à la ruine ?

-Moi, si on m’écoutait
on égorgerait tous les rouges
On peut s’entendre avec tout le monde
même les républicains
sauf les rouges

-Le socialisme, tu parles
Qui est socialiste dans le monde arabe ?
Il n’y a que ces fauchés, ces pouilleux
au Yémen qui l’ont adopté
mais nous, grâce à Dieu
nous ne manquons de rien
tout le monde mange à sa faim
Le chômage ? c’est des histoires
il n’y a que les fainéants qui fuient le travail préfèrent
le vol et la drogue

-Socialisme, communisme
du vide dans le vide
tout ça c’est des idées
et les idées changent
Il n’y a que les montagnes qui ne peuvent pas se rencontrer
Solidarité, autodéfense
de la merde
solidarise-toi avec toi-même
chacun pour soi
ton intérêt, ton intérêt d’abord

Il parlait parlait parlait
face à la muraille de mon silence
et cette voix
à l’haleine repoussante d’abjuration et d’opportunisme
aux relents des latrines du vieux monde
passait par-dessus ma tête
et se noyait quelque part
derrière mon dos
à ma droite
dans un amoncellement de chiffons sales
à mes pieds
quelque part sous mes semelles

Ils sont venus te chercher

Un jour
ils sont venus te chercher
toi aussi
Ils ne pouvaient te pardonner
d’être la compagne
du poète insoumis
d’aimer un paria
et de le soutenir de ta propre résistance
Tu connus
la nuit du bandeau
le souterrain de la Question
tu entends ces voix
d’outre-humanité
tonitruant menaces et sarcasmes
tu sentis devant toi
ces loques d’hommes (ô si peu hommes)
que tu savais tortionnaires et assassins
tu sentis près de toi
d’autres hommes (un peu plus qu’hommes ordinaires)
striés d’électrodes et de fouet
mais le cœur intact
Voilà
Il n’y a plus rien à te cacher
des multiples contrastes
du pays du soleil
Et puis
tu me revins
tu étais un peu pâle, amaigrie
mais dans tes yeux
il y avait une grande tache incandescente
où se noyait un petit grain d’inquiétude
Et quand tu es partie
et que la nuit enleva
les couches superficielles de ma fureur
j’ai pris une lettre
pour t’écrire
et j’ai détaché du vif de ma chair
le cri le plus vigoureux de ma fraternité

Mère
ma superbe
mon imprudente
Toi qui t’apprêtes à me mettre au monde
De grâce
ne me donne pas de nom
car les tueurs sont à l’affût

Mère
fais que ma peau
soit d’une couleur neutre
Les tueurs sont à l’affût

Mère
ne parle pas devant moi
je risque d’apprendre ta langue
et les tueurs sont à l’affût

Mère
cache-toi quand tu pries
laisse-moi à l’écart de la foi
Les tueurs sont à l’affût

Mère
libre à toi d’être pauvre
mais ne me jette pas dans la rue
Les tueurs sont à l’affût

Ah mère
si tu pouvais t’abstenir
attendre des jours meilleurs
pour me mettre au monde
qui sait
mon premier cri
ferait ma joie et la tienne
je bondirais alors dans la lumière
comme une offrande de la vie à la vie
(À la mémoire de Brahim Bouarram, jeune Marocain qui fut poussé et noyé dans la Seine par une bande de skinheads qui venait d’assister d’une manifestation du Front national).

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El tiempo de ocio es a menudo la oportunidad de hacer lindos descubrimientos.
Hoy, en mi caso, se trata del de un gran poeta marroquí de lengua francesa, Abdellatif Laabi.
Un poeta cuya obre y aún cuya vida tienen resonancias en nuestros países que sufrieron dictaduras y su lote de intolerancias y de persecuciones.
Abdellatif Laabi nació en 1942 en Fes, en una familia de artesanos. Profesor de francés, funda en 1966 con poetas marroquíes la revista Souffles (Soplos).
Su combate por la libertad de opinión le vale ser encarcelado de 1972 a 1980. Después de un encierro domiciliario se exilia en Francia en 1985.
En la cárcel escribe poemas que serán publicados bajo el título de Bajo la mordaza, el poema, dedicados a Jocelyne, su esposa.
« La cárcel me enseñó mucho sobre mí mismo, sobre el extraño continente de mi cuerpo y de mi memoria, sobre mis pasiones y su también extraño de raíces, sobre mi fuerza y mi debilidad, mis capacidades y mis límites. La cárcel es entonces una despiadada escuela de transparencia ».
Se exilia entonces en 1985 en Francia. “La distancia tomada con el país me acerca más de él. Me permite inscribirlo mejor en un camino de lo universal. El alejamiento es el nuevo precio a pagar. La escritura gana entonces su verdadera libertad, y su verdad de alguna manera. Sólo se conforma con sus propias exigencias. Ya no firma las subversiones. Es subversión”.
El tema principal de la obra de Laabi es la condición humana. Más allá de las desgracias y las injusticias, su poesía es un mensaje de esperanza

Référencass :
http://www.laabi.net
http://www.wikipoemes.com/poemes/abdellatif.laabi/

Textos
Mañana
Será el mismo día
Sólo habré vivido algunos instantes
Con la frente pegada a la ventana
Para recibir al carrusel del crepúsculo
Habré ahogado un grito
Pues nadie lo hubiera oído
En este desierto
Me habré puesto
En la posición del feto
Sobre el sitio de mi antigua soledad
Habré esperado
que mi vaso se vacíe por la mitad
para descubrir el gusto de la hiel
Me habré visto
Al día siguiente
Despertándome y ocupándome
Atrozmente semejante

Sueños en abundancia
Como si mis días desbordaran
Y que mi pluma fuera verde
Duermo con mis sombras
Y me despierto sin
Oh noche
resiste
El dios del alba
Devora a tus hijos

Esta tarde

Esta tarde
impssible leer, escribir
ejecutar las pequeñas tareas que se impone
o que se inventa el prisionero meticuloso
Estoy yerto en la posición de la ausencia
Mi cuerpo se fragmenta
Sol interior surgido de mis pasiones
Idioma del viento
En la vela del espacio migrante
Camino en las caravanas consteladas
Con todas las diásporas de la humillación

Primavera permanente

Nos ocurrió
hablar divertidos
de los cabellos blancos que te descubriste
de mis sienes grises
del cabo de los treinta
que ya hemos pasado
sin darnos cuenta
y de pensar en el transcurrir del tiempo
que chapotea y se estira bajo nuestros pies
y que sobrevolamos
dominamos
con nuestra vigilancia
en vez que nos sumerja

Te lo decía
y lo digo siempre
el tiempo sólo erosiona
nuestra corteza más superficial
Sus aguas sólo llevan
los residuos de nuestras viejas taras
y su onda
mojará siempre
las raíces de nuestra primavera permanente

El discurso de un cana

Me envolvía con su estrabismo
Su mirada parecía barrer algún objetivo
detrás de mi espalda
a mi derecha
en un amontonamiento de trapos sucios
a mis pies
en algún lado bajo mis suelas
Hablaba hablaba hablaba
para sí mismo
para las paredes
para un público de cuadrúpedos
balantes y sordos

Hablaba hablaba hablaba
para digerir
para ahogar el silencio
para contrarrestar al sol
que se filtraba a pesar de la venda negra
de la ciudad alrededor
Hablaba hablaba hablaba
desplegaba toda la cultura de sus puños
y de las esposas que adornaban su cinturón
como una insignia de poder
-¡Solidaridad, autodefensa!
palabras vacías
mierda ocupade de lo que te concierne solidaridad
es tu interés
solidaridad con vos mismo, tus hijos, tu familia
sálvese quien pueda
hay que ser piola
saber como arreglarse
tu interés, ¡primero tu interés!

-El socialismo, ya lo creo
Nunca funcionará entre nosotros los árabes
Hablemos de Rusia
allá, podés ver mujeres
con bolsas de cemento en la espalda
escalando escaleras
mujeres entendés
¿Eso es el socialismo?
Y nuestros estudiantes que van a Rusia
Sabés lo que traen de vuelta
blue jeans, zapatos
que venden a precio de oro
¿querés eso en casa?

-¡China, eh!
Sos un admirador de China
Entonces, en qué está Lin Piao
que fue el primero en agitar el Librito rojo
¿por qué se fue
si no había entendido
que su país iba hacia la ruina?

-Si me escucharan
pegollaríamos a todos los rojos
Uno puede entenderse con todo el mundo
aún con los republicanos
menos con los rojos

-El socialismo, ya lo creo
¿Quién es socialista en el mundo árabe?
Sólo esos pobretones, esos piojosos
del Yemen que lo adoptaron
pero a nosotros, gracias a Dios
no nos falta nada
todo el mundo tiene de que comer
¿El desempleo? son cuentos
sólo los holgazanes que huyen el trabajo prefieren
el robo y la droga

-Socialismo, comunismo
vacío en el vacío
son todas ideas
y las ideas cambian
Sólo las montañas no pueden encontrarse
Solidaridad, autodefensa
mierda
solidarizate con vos mismo
sálvese quien pueda
ti interés, primero tu interés

Hablaba hablaba hablaba
frente a la muralla de mi silencio
y esa voz
de aliento repugnante de abjuración y de oportunismo
con resabios de la letrinas del viejo mundo
pasaba por arriba de mi cabeza
y se ahogaba en algún lado
detrás de mi espalda
a mi derecha
en un amontonamiento de trapos sucios
a mis pies
en algún lado bajo mis suelas

Vinieron a buscarte

Un día
vinieron a buscarte
a vos también
No podían perdonarte
el ser la compañera
del poeta insumiso
de amar a un paria
y de apoyarlo con tu propia resistencia
Conociste
la noche de la venda
el subterráneo de la Tortura
oís esas voces
de ultra humanidad
tonitruando amenazas y sarcasmos
sentís delante de vos
esos harapos de hombre (oh tan poco hombres)
que sabías torturadores y asesinos
sentís cerca de vos
a otros hombres (un poco más que hombres ordinarios)
estriados con electrodos y látigo
pero con el corazón intacto
Ya está
Ya no hay nada que esconderte
de los múltiples contrastes
del país del sol
Y luego
me volviste
estabas un poco pálida, delgada
pero en tus ojos
había una gran mancha incandescente
donde se ahogaba un poco de inquietud
Y cuando te fuiste
y que la noche sacó
las capas superficiales de mi furor
tomé una carta
para escribirte
y saqué de lo vivo de mi carne
el grito más vigoroso de mi fraternidad

Madre
mi soberbia
mi imprudente
Vos que te aprestás a darme a luz
Por favor
no me des un nombre
pues los asesinos están al acecho

Madre
hacé que mi piel
sea de un color neutro
Los asesinos están al acecho

Madre
no hables delante de mí
puedo llegar a aprender tu lengua
y los asesinos están al acecho

Madre
escondete cuando orás
dejame fuera de tu fe
Los asesinos están al acecho

Madre
bien podés ser pobre
pero no me tires a la calle
Los asesinos están al acecho

Ah madre
si pudieras abstenerte
esperar días mejores
para darme a luz
quien sabe
mi primer grito
haría mi alegría y la tuya
saltaría entonces en la luz
como una ofrenda de la vida a la vida
(A la memoria de Brahim Bouarram, joven marroquí que fue empujado y ahogado en el Sena por una banda de skinheads que acababa de asistir a una manifestación del Front national).

Rokia Traoré, Né so.

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L’Afrique ne manque pas de grandes chanteuses. La première qui me vient à l’esprit est, bien évidemment, Myriam Makeba, que j’eus l’immense bonheur de voir à Buenos Aires dans les années 60. On pourrait en citer une bonne quantité, Cesaria Evora, Angélique Kidjo, Oumou Sangaré, Fatoumata Diawara…. Or, j’ai particulièrement un faible, et ce depuis une douzaine d’années, pour la merveilleuse Rokia Traoré, qui vient de sortir son septième album, Né So.
Je découvris donc cette chanteuse malienne en 2004 grâce à son album Bowmboï, disque d’or en France avec 100 000 exemplaires vendus, élu meilleur album en 2003 par la chaîne anglaise BBC 3 dans la catégorie « World Music. Et grâce aussi à mon beau-frère, Carlos Quenan, qui me l’apporta bien gentiment de Paris.

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Je n’ai cessé, dès lors, de suivre la carrière de Rokia Traoré, née dans la banlieue de Bamako, qui eut une enfance itinérante au gré des missions de son père diplomate. À l’âge de vingt ans, elle est repérée par le grand musicien malien Ali Farka Touré. En 1995, son titre Finini obtient un grand succès et, quatre ans plus tard, la chanteuse obtient le prix découverte de Radio France Internationale.
Les chansons qu’elle compose et interprète sont un métissage de musique mandingue, de rock et de folk. Quand il s’agit de reprises, on y voit tout un travail de réappropriation, c’était le cas pour Ces gens-là, de Jacques Brel et c’est le cas pour Strange Fruit, la chanson emblématique de Billie Holiday, qui se trouve sur son dernier album. L’art épuré et la sobriété de l’interprétation de Rokia Traoré donnent à cette chanson, dont les fruits étranges sont les corps de noirs pendus par les soins des racistes, KKK ou autres, de nouvelles couleurs, tout aussi sombres, dont le dépouillement nous perce le cœur.

Installée à Bamako, après avoir vécu longtemps en France, le conflit au Mali la contraignit à quitter son pays avec son fils :
«Je suis partie quelques mois pour des raisons liées à la scolarité de mon fils, car les écoles étaient fermées à Bamako. Mais après j’y suis tout de suite retournée pour les vacances et j’y suis restée depuis. Il n’y a jamais eu de situation sécuritaire qui m’ont fait me sentir en danger à Bamako», a-t-elle affirmé.
Deux ans après Beautiful Africa, Rokia Traoré nous présente donc ce nouvel album, Né So. La chanson-titre du CD, Chez moi en bambara, nous parle du drame du XXIe siècle, celui des réfugiés. « En 2014, encore cinq millions cinq cent mille personnes ont fui leur maison, forcés de se réfugier dans des villes, des pays, loin de chez eux», s’indigne l’artiste malienne. Un message tout aussi sobre que poignant.

Les musiciens qui accompagnent Rokia Traoré sur cet album viennent d’horizons aussi multiples que ses inspirations musicales. Au n’goni, le fidèle Mamah Diabaté, le batteur burkinabé Moïse Ouatara, le bassiste ivoirien Matthieu N’Guessan du côté de l’Afrique, et, à la production et à la guitare, John Parish, le bassiste de Led Zeppelin John-Paul Jones, le chanteur américain Devendra Banhart qui collabore sur un texte de Toni Morrison, Se Dan. Les choristes ont été formées par la Fondation Passerelles, créée par la chanteuse pour aider les jeunes musiciens maliens.
La tradition et la modernité, des rythmes qui passent de la berceuse africaine (Kolokani) au funky (Ile) et au blues mandingue, et une voix, douce, certes, mais aussi acérée comme un poinçon.
Rokia Traoré touche notre cœur par son interprétation sensible et par le message d’amour et de paix de ses chansons.
https://www.youtube.com/watch?v=mok4filTILs

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Al África no le faltan grandes cantantes. La primera que me viene a la mente es, muy evidentemente, Myriam Makeba, que tuve la inmensa felicidad de ver en Buenos Aires, en los años 60. Se podría citar a una gran cantidad, Cesaria Evora, Angélique Kidjo, Oumou Sangaré, Fatoumata Diawara…. Tengo, empero, particularmente una debilidad, y esto desde hace una docena de años, por la maravillosa Rokia Traoré, que acaba de sacar su séptimo álbum, Né So.
Descubrí entonces a esta cantante maliana en 2004 gracias a su álbum Bowmboï, disco de oro en Francia con 100.000 ejemplares vendidos, elegido como mejor álbum en 2003 por la cadena inglesa BBC3 en la categoría « World Music. Y gracias también a mi cuñado, Carlos Quenan, quien me lo trajo muy amablemente de París.

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No dejé, desde entonces, de seguir la carrera de Rokia Traoré, nacida en las afueras de Bamako, que tuvo una infancia itinerante al azar de las misiones de su padre diplomático. A la edad de 20 años, fue descubierta por el gran músico maliano Ali Farka Touré. En 1995, su tema Finini obtiene un gran éxito y, cuatro años más tarde, la cantante gana el premio descubrimiento de Radio Francia Internacional.
Las canciones que compone e interpreta son un mestizaje de música mandinga, de rock y de folk. Cuando se trata de reinterpretaciones, siempre vemos en ellas un trabajo de reapropiación, es el caso de Ces gens-là, de Jacques Brel y es el caso de Strange Fruit, la canción emblemática de Billie Holiday, que se encuentra en su último álbum. El arte depurado y la sobriedad de la interpretación de Rokia Traoré dan a esta canción, cuyos extraños frutos son los cuerpos colgados por los racistas. KKK u otros, nuevos colores, igual de sombríos, cuyo despojo nos toca el corazón.
https://www.youtube.com/watch?v=fmbmf-YVHoo
Instalada en Bamako, después de haber vivido largo tiempo en Francia, el conflicto en Mali la obligó a dejar su país con su hijo :
«Me fui algunos meses por razones relacionadas con la escolaridad de mi hijo, ya que las escuelas estaban cerradas en Bamako. Pero después volví enseguida para las vacaciones y allí me quedé desde entonces. Ninguna situación en relación con la seguridad me hizo sentir en peligro en Bamako », afirmó.
Dos años después de Beautiful Africa, Rokia Traoré nos presenta entonces este nuevo álbum, Né So. La canción que da al título al CD, En casa en bambara, nos habla del drama del siglo XXI, el de los refugiados. « En 2014, cinco millones quinientas mil personas más huyeron de su hogar, forzados a refugiarse en ciudades, países, lejos de su casa », se indigna la artista maliana. Un mensaje tan sobrio como conmovedor.
https://www.youtube.com/watch?v=iq0gyj0cmo8
Los músicos que acompañan a Rokia Traoré en este álbum provienen de universos tan múltiples como sus inspiraciones musicales. En n’goni, el fiel Mamah Diabaté, el baterista burkinabé Moïse Ouatara, el bajista marfileño Matthieu N’Guessan dell ado de África, y, en la producción y en guitarra, John Parish, el bajista de Led Zeppelin John-Paul Jones, el cantante norteamericano Devendra Banhart quien colabora en un texto de Toni Morrison, Se Dan. Las coriatas fueron formadas por la Fundación Passerelles, creada por la cantante para ayudar a los jóvenes músicos malianos.
La tradición y la modernidad, ritmos que pasan de la canción de cuna africana (Kolokani) al funky (Ile) y al blues mandingo, y una voz, ciertamente dulce, pero también acerada como un punzón.
Rokia Traoré toca nuestro corazón con su interpretación sensible y por el mensaje de amor y de paz de sus canciones.
https://www.youtube.com/watch?v=mok4filTILs

Langston Hughes, la poétique du blues – la poética del blues

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« J’étais amoureux de Harlem bien avant de m’y installer. D’ailleurs, si à cette époque j’avais été riche, j’aurais acheté une maison à Harlem et fait construire des marches musicales jusqu’à la porte d’entrée. J’aurais aussi fait installer des carillons qui, à chaque utilisation, auraient laissé échapper des airs d’Ellington » Langston Hughes

Langston Hughes, un poète noir qui, tandis que Césaire, Senghor et Damas brandissaient l’étendard de la Négritude, dans la mouvance de la Harlem Renaissance, créait une nouvelle forme d’exprimer la poésie, inspirée de l’âme noire et, surtout, de sa musique, le blues et, plus tard, le be-bop.
Un poète qui, bien avant Martin Luther King, avait un rêve, un rêve qui, malgré le premier président noir aux États-Unis, n’est pas près de s’accomplir.
Un poète qui affirmait, bien avant les Black Panthers, que « Black is beautiful ».
Né en 1902, dans le Missouri, James Mercer Langston Hughes fut élevé, après le divorce de ses parents, par sa grand-mère maternelle qui lui instilla la fierté qu’il devait tirer de la couleur de sa peau.
Après ses études secondaires à Cleveland, il rejoignit, à 17 ans, son père installé à Mexico. Un an plus tard, en 1920, il publie dans la revue The Crisis, fondée par W.E.B. Dubois, son poème The negro speaks of rivers (Le Nègre parle des fleuves).
Inscrit à l’université de Columbia, Hughes abandonna ses études pour prendre part au vaste mouvement noir de la Harlem Renaissance.

« La première explosion artistique afro américaine qui commence dans les années 20, avec le jazz et avec une littérature souvent liée au jazz et au blues.
Langston Hughes, dont la carrière débute par le poème « The weary blues », fait du blues le mode même de son écriture, réhabilitant le dialecte et la culture populaire noire en se les réappropriant, reprenant à la parodie blanche qu’était le « minstrel show », tant dans ses poèmes que dans ses satiriques « Stories of Simple ». Dans toute son œuvre, on trouve à la fois une dénonciation, souvent déchirante, de l’oppression raciale, et une affirmation, parfois pleine d’humour, de la résistance noire à la violence politique, économique et sociale au quotidien.
C’est la Harlem Renaissance qui pose artistiquement la question de la « hyphenated identity » (double identité) des Noirs américains ».
Monica Michlin, Am I blue? No, I’m black and ready, Université Paris-Sorbonne.

Langston Hughes publie, en 1926, son premier recueil de poèmes, The weary blues (Le blues de la lassitude).

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« Omniprésente dans des pans entiers de sa carrière, la musique n’a pas fait office chez lui de simple source d’inspiration, mais d’une sorte de matrice à un travail d’alchimie : déplacer les rythmes du jazz ou du blues vers le territoire poétique, c’est-à-dire « adapter » le langage musical au langage poétique. (…)
En se tournant vers des formes populaires comme le blues et le jazz, Hughes incarne un désir d’émancipation vis-à-vis de la culture européenne qui s’est exprimée constamment dans l’histoire américaine, mais qui, au début du XXe siècle, a été réaffirmée avec une vigueur particulière, puis suivi d’une « mise en pratique » par un nombre important d’intellectuels et d’artistes. Il est d’abord le signe d’une perte progressive du complexe d’infériorité des artistes américains de la jeune génération, que l’on devine chez Langston Hughes lorsqu’il écrit dans les colonnes de The Nation, le 23 juin 1926 :We, younger Negro artists, intend to express our dark-skinned selves without fear or shame ».
Langston Hughes, poète jazz, poète blues. Frédéric Sylvanise, Lyon, ENSéditions, 2009
http://www.cle.ens-lyon.fr

« Nous, les jeunes artistes nègres, entendons exprimer notre personnalité à la peau sombre sans peur ni honte. Si cela plaît aux Blancs, nous en sommes fort heureux. Si cela ne leur plaît pas, peu importe.
Nous savons que nous sommes beaux. Et laids aussi. Le tam-tam pleure et le tam-tam rit. Si cela plaît aux Noirs, nous en sommes fort heureux. Si cela ne leur plaît pas, peu importe. C’est pour demain que nous construisons nos temples, des temples solides comme nous savons en édifier, et nous nous tenons dressés au sommet de la montagne, libres en nous-mêmes ».
Langston Hughes, L’artiste noir et la montagne raciale.

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Pendant les années 30, Langston Hughes réalisa des tournées littéraires aux États-Unis, en URSS, à Haïti et même au Japon.
En 1934, il publia son premier recueil de nouvelles, The way of white folks, traduit en français comme Histoires de Blancs.
En 1937, il fut correspondant pour divers journaux noirs américains de la guerre civile espagnole.
Dans les années 40, Langston Hughes devint très populaire en créant un personnage résidant à Harlem dans les années 20. Le personnage est Jesse B.Simple, dont les histoires mouvementées furent réunies en 1960 sous le titre de The Best of Simple (L’ingénu de Harlem).

« À travers Simple, Hughes capture l’âme noire des plus démunis, dépositaires d’une culture authentique. Les rues de Harlem, leurs cabarets, leurs bars, leurs théâtres ou encore leurs logements miteux deviendront sous nos yeux des espaces symboliques où se créèrent inlassablement, au rythme du blues, la culture et l’expérience noires. Hughes voyait d’ailleurs dans le blues l’expression même de l’âme noire et, afin de transmettre les mêmes émotions à travers une expression artistique, il fit de cette musique le principe de sa poétique. La plus grande innovation de Langston Hughes réside dans son style d’écriture très novateur qu’il adopta dans ses jeunes années ».
Lorsque Langston Hughes écrivait l’Amérique de demain. Jesse B. Simple, porte parole des Noirs américains. Christine Dualé.
http://www.africultures.com

En 1951, Hughes publia le recueil de poèmes Montage of a dream deferred.

« Au tout début des années 50, Langston Hughes déplace la référence musicale explicite et implicite de sa poésie vers le « bop », pour son énergie, sa modernité, sa valeur « rebelle » et explosive, dans son recueil Montage of a dream deferred (1951). « Harlem » en est le poème le plus célèbre, qui interpelle les États-Unis sur le refus d’ouvrir le « rêve américain » à sa population noire. Ce poème annonce le Mouvement des Droits civiques et même la contre culture »
Monica Michlin, Am I blue? No, I’m black and ready, Université Paris-Sorbonne.

Langston Hughes mourut à New York le 22 mai 1967. Ses cendres furent dispersées à proximité du Centre Arthur Schomberg pour la recherche sur la culture noire.

The Negro speaks of rivers

I’ve known rivers
I’ve known rivers ancient as the world and older tan the flow
of human blood in human veins.

My soul has grown deep like rivers.

I bathed in the Euphrates when dawns where young
I built my hut near the Congo and it lulled me to sleep
I looked upon the Nile and raised the pyramids above it.
Il heard the singing of the Mississippi when Abe Lincoln went down to New Orleans
and I’ve seen its muddy bosom turn all golden in the sunset.
I’ve known rivers
Ancient, dusky rivers.

My soul has grown deep like the rivers

Le Nègre parle des fleuves

J’ai connu des fleuves
J’ai connu des fleuves anciens comme le monde et plus vieux que le flux
du sang humain dans les veine humaines.

Mon âme est devenue aussi profonde que les fleuves.

Je me suis baigné dans l’Euphrate quand les aubes étaient neuves.
J’ai bâti ma hutte près du Congo et il a bercé mon sommeil.
J’ai contemplé le Nil et au-dessus j’ai construit les pyramides
J’ai entendu le chant du Mississippi quand Abe Lincoln descendit à la Nouvelle Orléans
et j’ai vu ses nappes boueuses transfigurées en or au soleil couchant.
J’ai connu des fleuves
Fleuves anciens et ténébreux.

Mon âme est devenue aussi profonde que les fleuves.

I, too

I, too, sing America

I am the darker brother.
They send me to eat in the kitchen
When company comes,
But I laugh,
And eat well,
And grow strong.

Tomorrow,
I’ll be at the table
When company comes.
Nobody‘ll dare say to me,
“Eat in the kitchen”,
Then.

Besides,
They’ll see how beautiful I am
And be ashamed-

I, too, am America

Moi aussi

Moi, aussi, je chante l’Amérique

Je suis le frère à la peau sombre.
Ils m’envoient manger à la cuisine
Quand vient du monde
Mais je ris,
Et je mange bien,
Et je prends des forces.

Demain,
Je serai à table
Quand viendra du monde.
Personne
N’osera me dire
« Va manger à la cuisine ».

De plus,
Ils verront comme je suis beau
Et ils auront honte-

Moi, aussi, je suis l’Amérique.

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The weary blues

Droning a drowsy syncopated tune,
Rocking back and forth to a mellow croon,
I heard a Negro play
Down on Lenox Avenue the other night
By the pale dull pallor of an old gas light
He did a lazy way…
He did a lazy way…
To the tune o’those Weary Blues.
With his ebony hands on each ivory key
He made that poor piano moan with melody
O Blues!
Swaying to and fro on his rickety stool
He played that sad raggy tune like a musical fool
Sweet Blues!
Coming from a black man soul
O Blues!
In a deep song voice with a melancholy tone
I heard that Negro sing, that old piano moan-
“Ain’t got nobody in all this world,
Ain’t got nobody but ma self
I’s gwine to quit ma frownin’
And put ma troubles on the shelf.”

Thump, thump, thump, went his foot on the floor.
He played a few chords then he sang some more-
“I got the Weary Blues
And I can’t be satisfied
Got the Weary Blues
And can’t be satisfied-
I ain’t happy no mo’
And I wish that I had died.”
And far into the night he crooned that tune.
The stars went out and so did the moon.
The singer stopped playing and went to bed
While the Weary Blues echoed through his head.
He slept like a rock or a man that’s dead.

Le blues de la lassitude

Fredonnant un air syncopé et nonchalant
Balançant d’avant en arrière avec son chant moelleux,
J’écoutais un Nègre jouer
En descendant la Lenox Avenue l’autre nuit
À la lueur pâle et maussade d’une vieille lampe à gaz
Il se balançait indolent…
Il se balançait indolent…
Pour jouer cet air, ce Blues de la lassitude
Avec ses mains d’ébène sur chaque touche d’ivoire
Il amenait son pauvre piano à pleurer sa mélodie.
O Blues !
Se balançant sur son tabouret bancal
Il jouait cet air triste et rugueux comme un fou,
Tendre Blues !
Jailli de l’âme d’un Noir
O Blues !

D’une voix profonde au timbre mélancolique
J’écoutais ce Nègre chante, ce vieux piano pleurer-
« J’n’ai personne en ce monde
J’n’ai personne à part moi.
J’veux en finir avec les soucis
J’veux mettre mes tracas au rancart. »
Tamp, tamp, tamp ; faisait son pied sur le plancher.
Il joua quelques accords et continua de chanter-
« J’ai le Blues de la lassitude
Rien ne peut me satisfaire.
J’n’aurai plus de joie
Et je voudrais être mort. »
Et tard dans la nuit il fredonnait cet air.
Les étoiles disparurent et la lune à son tour
Le chanteur s’arrêta de jouer et rentra dormir
Tandis que dans sa tête le Blues de la lassitude résonnait
Il dormit comme un roc ou comme un homme qui serait mort

Negro

I am a Negro:
Black as the night is black,
Black like the depths of my Africa.

I’ve been a slave:
Caesar told me to keep his door-steps clean.
I brushed the boots of Washington.

I’ve been a worker:
Under my hand the pyramids arose.
l made mortar for the Woolworth Building.

I’ve been a singer:
All the way from Africa to Georgia
I carried my sorrow songs.
I made ragtime.

I’ve been a victim:
The Belgians cut off my hands in the Congo.
They lynch me still in Mississippi.

I am a Negro:
Black as the night is black,
Black like the depths of my Africa.

Nègre

Je suis un Nègre:
Noir comme la nuit est noire,
Noir comme les profondeurs de mon Afrique.

J’ai été un esclave :
César m’a dit de tenir ses escaliers propres.
J’ai ciré les bottes de Washington.

J’ai été ouvrier :
Sous ma main les pyramides se sont dressées.
J’ai fait le mortier du Woolworth Building.

J’ai été un chanteur :
Tout au long du chemin de l’Afrique à la Géorgie
J’ai porté mes chants de tristesse
J’ai créé le ragtime.

Je suis un Nègre :
Les Belges m’ont coupé les mains au Congo.
On me lynche toujours au Mississippi.

Je suis un Nègre :
Noir comme la nuit est noire
Noir comme les profondeurs de mon Afrique.

Stars

O, sweep of stars over Harlem streets,
O, little breath of oblivion that is night,
A city building
To a mother’s song
A city dreaming
To a lullaby.
Reach up your hand, dark boy, and take a star.
Out of the little breath of oblivion
That is night,
Take just
One star.

Les étoiles

Cette traînée d’étoiles sur les rues de Harlem
Ce léger souffle d’oubli qu’est la nuit,
Toute une ville s’élève
Au chant d’une mère,
Toute une ville rêve
Au son d’une berceuse.
Tends la main, petit enfant noir, et prends une étoile,
Du fond de ce léger souffle d’oubli
Qu’est la nuit,
Ne prends
Qu’une seule étoile.

Harlem (dream deferred)

What happens to a dream deferred ?

Does it dry up
like a raison in the sun?
Or fester like a sore-
And then run?
Does it stink like rotten meat?
Or crust and sugar over-
like a syrupy sweet?

Maybe it just sags
like a heavy load.

Or does it explode?

Harlem (un rêve différé)

Qu’arrive-t-il a un rêve différé?

Est-ce qu’il se dessèche
comme du raison a soleil ?
ou suppure-t-il comme une plaie-
Et puis s’en va-t-il ?
Est-ce qu’il pue comme de la viande pourrie ?
Ou se couvre-t-il de croûtes et de sucre
comme un bonbon sirupeux ?

Peut-être ne fait-il que s’affaisser
comme une lourde charge.

Ou bien, explose-t-il ?

Aunt Sue’s stories

Aunt Sue has a head full of stories
Aunt Sue has a whole heart full of stories
Summer nights on the front porch
Aunt Sue cuddles a brown-faced child to her bosom
And tells him stories.

Black slaves
Working in the hot sun,
And black slaves
Walking in the dewy night,
And black slaves
Singing sorrow songs on the banks of a mighty river
Mingle themselves softly
In the flow of old Aunt Sue’s voice
Mingle themselves softly
In the dark shadows that cross and recross
Aunt Sue’s stories

And the dark-faced child, listening,
Knows that Aunt Sue’s stories are real stories
He knows that Aunt Sue never got her stories
Out of any book at all,
But that they came
Right out of her own life.

The dark-faced child is quiet
Of a summer night
Listening to Aunt Sue’s stories.

Les histoires de Tante Sue

Tante Sue a la tête pleine d’histoires
Tante Sue a le cœur tout plein d’histoires
Les soirs d’été sous le porche de la façade
Tante Sue serre tendrement un enfant au visage sombre sur son sein
Et lui raconte des histoires.

Des esclaves noirs
Travaillant dans la chaleur du soleil
Des esclaves noirs
Marchant dans la rosée des nuits
Des esclaves noirs
Chantant des chansons douloureuses sur les bords d’une fleuve immense
Se mêlent sans bruit
Dans le flot de la voix de la vieille Tante Sue
Entre les ombres noires qui traversent et retraversent
Les histoires de Tante Sue

Et l’enfant au visage sombre qui écoute
Sait bien que les histoires de Tante Sue sont de vraies histoires
Il sait bien que Tante Sue
N’a tiré d’aucun livre ses histoires
Mais qu’elles ont surgi
Tout droit de sa propre vie.

L’enfant au visage sombre se tient tranquille
Les soirs d’été
Quand il écoute les histoires de Tante Sue.

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-Qu’est-ce que tu aimes précisément dans Harlem ?
-C’est tellement plein de Nègres que je me sens protégé, dit Simple.
-De quoi ?
-Des Blancs, dit Simple. En plus, j’aime Harlem, parce qu’il m’appartient. (…)
Simple leva son verre de bière.
Harlem, c’est à toi que je bois
On dit qu’le Ciel c’est le Paradis
Si tu n’es pas le Paradis,
Alors un chat c’est une souris.
L’ingénu de Harlem, Un toast pour Harlem

HUGHES

«Estaba enamorado de Harlem mucho antes de instalarme allí. Por otra parte, si en esa época hubiera sido rico, hubiera comprado una casa en Harlem y hecho construir escalones musicales hasta la puerta de entrada. También hubiera hecho instalar carrillones que, en cada utilización, hubieran dejado escapar temas de Ellington.» Langston Hughes

Langston Hughes, un poeta negro que, mientras Césaire, Senghor y Damas blandían el estandarte de la Negritud, en el movimiento de la Harlem Renaissance, creaba una nueva forma de expresar la poesía, inspirada del alma negra y, sobre todo, de su música, el blues y, más tarde el be-bop.
Un poeta que, mucho antes que Martin Luther King, tenía un sueño, un sueño que, a pesar del primer presidente negro en los Estados Unidos, no está cerca de cumplirse.
Un poeta que afirmaba, mucho antes de los Black Panthers, que « Black is beautiful ».
Nacido en 1902 en Missouri, James Mercer Langston Hughes fue criado, después del divorcio de sus padres, por su abuela materna que enseñó el orgullo que debía tener por el color de su piel.
Después de sus estudios secundarios en Cleveland, se reunió, a los 17 años, con su padre instalado en Méjico. Un año más tarde, en 1920, publicó en la revista The Crisis, fundada por W.E.B. Dubois, su poema The negro speaks of rivers (El Negro habla de los ríos).
Inscriptoen la universidad de Columbia, Hughes abandonó sus estudios para formar parte del amplio movimiento negro de la Harlem Renaissance.

« La primera explosión artística afroamericana que comienza en los años 20, con el jazz y con una literatura a menudo ligada al jazz y al blues.
Langston Hughes, cuya carrera comienza con el poema « The weary blues », hace del blues el modo mismo de su escritura, rehabilitando el dialecto y la cultura popular negra reapropiándose de ellos, recuperando de la parodia blanca que era el « minstrel show », tanto en sus poemas como en sus satíricas « Stories of Simple ». En toda su obra encontramos a la vez una denuncia, a menudo desgarradora, de la opresión racial, y una afirmación, a veces llena de humor, de la resistencia negra ante la violencia política, económica y social cotidiana.
Es la Harlem Renaissance la que plantea artísticamente la cuestión de la « hyphenated identity » (doble identidad) de los negros norteamericanos».
Monica Michlin, Am I blue? No, I’m black and ready, Université Paris-Sorbonne.

Langston Hughes publica, en 1926, su primer libro de poemas, The weary blues (El blues del hartazgo).

« Omnipresente en fragmentos enteros de su carrera, la música no fue para élu na simple fuente de inspiración sino una suerte de matriz de un trabajo de alquimia: desplazar los ritmos del jazz o del blues hacia el territorio poético, es decir « adaptar » el lenguaje musical al lenguaje poético. (…)
Volviéndose hacia formas populares como el blues o el jazz, Hughes encarna un deseo de emancipación con respecto a la cultura europea que se expresó constantemente en la historia norteamericana, pero que, a comienzos del siglo XX, se reafirmó con un rigor particular, seguido luego por una «puesta en práctica» por un número importante de intelectuales y de artistas. Es en un principio el signo de una pérdida progresiva del complejo de inferioridad de los artistas norteamericanos de la joven generación, que se adivina en Langston Hughes cuando escribe en las columnas de The Nation, el 23 de junio de 1926: “We, younger Negro artists, intend to express our dark-skinned selves without fear or shame”.
Langston Hughes, poète jazz, poète blues. Frédéric Sylvanise, Lyon, ENSéditions, 2009
http://www.cle.ens-lyon.fr

« Nosotros, los jóvenes artistas negros, entendemos expresar nuestro yo de piel oscura sin temor ni vergüenza. Si esto gusta a los blancos, estamos muy felices. Si no les gusta, poco importa.
Sabemos que somos bellos. Y feos también. El tam-tam llora y el tam-tam ríe. Si esto gusta a los negros, estamos muy felices. Si esto no les gusta, poco importa. Construimos nuestros templos para mañana, templos sólidos como sabemos edificarlos, y estamos erguidos en la cima de la montaña, libres en nosotros mismos».
Langston Hughes, El artista negro y la montaña racial.

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Durante los años 30, Langston Hughes realizó giras literarias en los Estados Unidos, URSS, Haití y aún en Japón.
En 1934 publicó su primer libro de cuentos, The way of white folks (A la manera de los amigos blancos).
En 1937 fue corresponsal de varios diarios negros estadounidenses en la guerra civil española.
En los años 40, Langston Hughes se volvió muy popular creando un personaje que vive en Harlem en los años 20. El personaje es Jesse B. Simple, cuyas historias animadas se reunieron en 1960 con el título de The Best of Simple (Lo mejor de Simple).

« Por intermedio de Simple, Hughes captura el alma negra de los más desmunidos, depositarios de una cultura auténtica. Las calles de Harlem, sus cabarets, sus bares, sus teatros y aún sus viviendas míseras se volverán ante nuestros ojos espacios simbólicos donde se crearon incansablemente, al ritmo del blues, la cultura y la experiencia negras. Hughes veía por otra parte en el blues la expresión misma del alma negra y, para transmitir las mismas emociones por intermedio de una expresión artística, hizo de esta música el principio de su poética. La mayor innovación de Langston Hughes reside en su estilo de escritura muy innovador que adoptó en sus jóvenes años”.
Lorsque Langston Hughes écrivait l’Amérique de demain. Jesse B. Simple, porte parole des Noirs américains. Christine Dualé.
http://www.africultures.com

En 1951, Hughes publicó el libro de poemas Montage of a dream deferred.

« A comienzos de los años 50, Langston Hughes desplaza la referencia musical explícita e implícita de su poesía hacia el « bop », por su energía, su modernidad, su valor “rebelde” y explosiva, en su libro Montage of a dream deferred (1951). « Harlem » es su poema más célebre que interpela a los Estados Unidos sobre el rechaso de abrir el « sueño americano » a su población negra. Este poema anuncia el Movimiento de los Derechos cívicos y aún la contra cultura ».
Monica Michlin, Am I blue? No, I’m black and ready, Université Paris-Sorbonne.

El Negro habla de ríos

He conocido ríos…
He conocido ríos antiguos como el mundo y
más antiguos que la
fluencia de sangre humana por la venas humanas.
Mi espíritu se ha ahondado como los ríos.

Me he bañado en el Éufrates cuando las albas eran jóvenes,
He armado mi cabaña cerca del Congo y me ha arrullado el sueño,
He tendido la vista sobre el Nilo y he levantado pirámides en lo alto.

He escuchado el cantar del Mississippi cuando Lincoln bajó a New Orleans,
Y he visto su barroso pecho dorarse todo con la puesta de sol.

He conocido ríos:
Ríos envejecidos, morenos,
Mi espíritu se ha ahondado como los ríos.
(Traducción: Jorge Luis Borges)

Yo, también

Yo también canto América

Soy el hermano oscuro.
Me hacen comer a la cocina
Cuando llegan visitas.
Pero me río,
Y como bien,
Y me pongo fuerte.

Mañana
Me sentaré a la mesa
Cuando lleguen visitas.
Nadie se animará
A decirme
“Vente a la cocina”
Entonces.

Además verán lo hermoso que soy
Y tendrán vergüenza.

Yo, también, soy América.
(Traducción Jorge Luis Borges)

El blues del hartazgo

Musitando una melodía sincopada y soñolienta
Meciéndose de atrás para adelante con su suave canto,
Escuchaba tocar a un negro
La otra noche bajando por la Lenox Avenue
Bajo la luz pálida y triste de una vieja lámpara de gas
Se balanceaba indolente…
Se balanceaba indolente…
Tocando este Blues del hartazgo
Con sus manos de ébano sobre cada tecla de marfil
Llevaba a su pobre piano a llorar su melodía.
¡Oh Blues!
Balanceándose sobre su taburete rengo
Tocaba como un loco este tema triste y rugoso,
¡Dulce Blues!
Surgido del alma de un negro
¡Oh Blues!

Con una voz profunda de timbre melancólico
Escuchaba al negro cantar, al viejo piano llorar-
“No tengo a nadie en este mundo
No tengo a nadie más que a mí.
Quiero terminar con las tristezas
Y guardar mis problemas »
Tamp, tamp, tamp ; golpeaba el suelo con el pie.
Tocó algunos acordes y luego cantó un poco más-
“Tengo el Blues del hartazgo
Nada me puede satisfacer.
Nunca más seré feliz
Y querría estar muerto”.
Y tarde en la noche canturreaba esa melodía
Las estrellas se fueron y después la luna
El cantante se detuvo y se fue a dormir
Con el Blues del hartazgo sonando en su cabeza
Durmió como una roca o como un hombre que estaría muerto.

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Negro

Soy un negro:
Negro como la noche es negra,
Negro como las profundidades de mi África.

Fui un esclavo:
César me dijo que mantuviera limpias sus escaleras.
Lustré las botas de Washington.

Fui obrero:
Bajo mi mano se levantaron las pirámides
Hice el mortero del Woolworth Building.

Fui cantante:
A lo largo del camino de África hacia Georgia
Traje mis cantos de tristeza
Cree el ragtime.

Soy un negro:
Los belgas me cortaron las manos en el Congo.
Me linchan todavía en Mississippi.

Soy un negro:
Negro como la noche es negra
Negro como las profundidades del África.

Estrellas

Este reguero de estrellas en las calles de Harlem
Este ligero soplo de olvido que es la noche,
Toda la ciudad se levanta
Con el canto de una madre,
Toda una ciudad sueña
Con el sonido de una canción de cuna.
Tendé la mano, niñito negro, y tomá una estrella,
Del fondo de ese ligero soplo de olvido
Que es la noche,
Toma
Una sola estrella.

Harlem (sueño diferido)

¿Qué pasa con un sueño diferido?

¿Se marchita
como una pasa de uva al sol?
¿Supura como una llaga-
Y luego se va?
¿Apesta como carne podrida?
¿Se cubre de costras y de azúcar
Como un caramelo siruposo?

Tal vez sólo se hunda
Como una carga pesada.

¿O acaso explota?

La historias de Tía Sue

Tía Sue tiene la cabeza llena de historias
Tía Sue tiene el corazón bien lleno de historias
Las noches de verano bajo el porche de adelante
Tía Sue abraza tiernamente a un niño de rostro oscuro
Y le cuenta historias.

Esclavos negros
Trabajando en el calor del sol
Esclavos negros
Caminando en el rocío de las noches
Esclavos negros
Cantando canciones dolorosas en las riberas de un inmenso río
Se mezclan sin ruido
En el caudal de la voz de la vieja Tía Sue
Entre las sombras negras que cruzan y vuelven a cruzar
La historias de Tía Sue

Y el niño de rostro oscuro que escucha
Sabe bien que las historias de Tía Sue son historias verdaderas
Sabe bien que Tía Sue
No sacó de ningún libro sus historias
Sino que surgieron
Directamente de su propia vida.

El niño de rostro oscuro está tranquilo
Las noches de verano
Cuando escucha las historias de Tía Sue.

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-¿Qué te gusta precisamente en Harlem?
-Está tan lleno de negros que me siento protegido, dice Simple.
-¿De qué?
– De los blancos, dice Simple. Además, me gusta Harlem porque me pertenece. (…)
Simple levantó su vaso de cerveza.
Harlem, bebo por vos
Dicen que el Cielo es el Paraíso
Si no sos el Paraíso,
Entonces un gato es un razón.
Lo mejor de Simple, Un brindis por Harlem

Vénus Khoury-Ghata, des mots au bord des larmes, palabras al borde de las lágrimas

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Née à Baabda, au Liban, en 1937, dans une famille catholique dont le père fut quelques années interprète du Haut Commissariat français, Vénus Khoury-Ghata, fit des études à l’École supérieure de lettres de Beyrouth.
D’abord journaliste, elle publia en 1966 son premier recueil de poésie, Les visages inachevés.
En 1970, Vénus Khoury rencontra Jean Ghata, médecin et chercheur français, dont elle tomba amoureuse. Elle divorça de son premier mari libanais et s’installa à Paris.
En 1971, elle publia son premier roman, Les inadaptés.
Partagée entre deux cultures et deux langues, le français et l’arabe, Vénus Khoury-Ghata composa une fresque littéraire (une dizaine de romans et autant de recueils de poésie) où se côtoient les souvenirs d’enfance et les traumatismes familiaux, la figure austère du père, les morts de son frère et de son mari (La maison aux orties, Une maison au bord des larmes).
Vénus Khoury-Ghata obtint en 2009 le grand prix de poésie de l’Académie française, le prix Goncourt de poésie 2011 pour Où vont les arbres, et en 2015 le prix Renaudot pour La fiancée était à dos d’âne.

Interview de Cécile Oumhani

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CO : Cela a dû être très douloureux pour ce livre (une maison au bord des larmes) dans lequel vous aviez mis tant de vous-même ?
VKG : Ma famille ne voulait pas qu’on raconte ce qui s’était passé il y a quarante ans, cinquante ans. Pour moi, dire cette histoire qui a tant pesé sur mon enfance et sur mon cœur était une forme de thérapie. Si je suis devenue écrivain, c’est parce que mon frère, lui-même écrivain et poète, a été envoyé dans un asile de fous par mon père. Il aurait dû le faire soigner par une cure de désintoxication, comme on le fait pour toutes les personnes qui touchent aux drogues. Le fait qu’il n’ait pu écrire m’a poussé à le faire. J’ai donc écrit à sa place sur le cahier de brouillon qu’il avait à la maison. Cette histoire a écrasé ma famille. L’écrire noir sur blanc a gêné mes sœurs, surtout ma sœur May Menassa, qui est journaliste à En-Nahar. (…) Dans les villes méditerranéennes, on nse regarde, on s’observe beaucoup. On a honte d’avoir été modeste, d’avoir eu une enfance pauvre, il faut avoir connu l’Occident pour n’avoir honte que de ce qui est honteux.
CO : On retrouve cette histoire dans Quelle est la nuit parmi les nuits.
VKG : Je n’en suis pas encore guérie. Orties, les trente premières pages de ce recueil, c’est de la poésie autobiographique. Et la suite sera publiée par Actes Sud en novembre prochain. Plus je vieillis, plus j’ai envie de raconter mon enfance, alors que je l’ai oubliée pendant trente ans. J’étais occupée à vivre, à chercher ma voie parmi des gens aisés et à oublier la modestie de mon départ. Je me trouvais dans un milieu intellectuel très éloigné de celui dans lequel j’ai vécu, qui était parfois un peu une cour des miracles et aussi assez rudimentaire. Il y avait chez moi un déni de tout cela. Et brusquement, avec l’âge, on devient modeste à l’approche de cette troisième boucle de la vie. On devient plus simple et on porte un regard plus clairvoyant sur ce qu’on a vécu, qui a fait de nous ce que nous sommes. C’est pourquoi, dans Orties, je renoue avec mon enfance dans un village au Nord du Liban, où le végétal était primordial, comme l’herbe des prairies, la vallée, le torrent glacial, les chèvres… C’est sans doute pourquoi j’ai déménagé d’un quartier résidentiel en plein Paris ici en bordure du Bois de Boulogne, où j’ai un petit jardin. Jardiner me ramène à mon village. Lorsqu’elles devaient cuisiner, les femmes de mon village n’allaient pas à la superette acheter des légumes congelés. Elles attrapaient une poule par le cou. Elles la plumaient. Et elles descendaient à leur verger, à un quart d’heure ou même une demi-heure de marche, pour y grappiller quelques légumes et ensuite revenir les faire cuire sur trois pierres posées devant leur maison dans une marmite couverte de suie.
J’ai les mêmes gestes pour cuisiner et pour écrire. Ma machine à écrire se trouve habituellement sur cette table. Je regarde mon jardin et quand j’élague un texte que j’ai écrit en vitesse, je l’élague comme un rosier, en le dégageant de ses branches cassées, de ses branches mortes. Quand je fais la guerre aux adjectifs et que je les qualifie d’adipeux, je pense aux vers qui mangent mes fleurs et mes feuillages. Jardiner, cuisiner ou écrire, c’est le même geste pour moi. Les mots sont les ingrédients de l’écriture, comme il y en a d’autres pour la cuisine. Vous mettez tant de sumac, de curcuma ou de thym… Il faut qu’il y ait beaucoup de senteurs dans l’écriture.

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D’où viennent les mots ?
de quel frottement de sons sont-ils nés
à quel silex allumaient-ils leur mèche
quels vents les ont convoyés jusqu’à nos bouches

Leur passé est bruissement de silences retenus
barrissement de matières en fusion
grognement d’eaux mauvaises

Parfois
ils s’étrécissent en cri
se dilatent en lamentations
deviennent buée sur les vitres des maisons mortes
se cristallisent pépites de chagrin sur les lèvres mortes
se fixent sur une étoile déchue
creusent leur trou dans le rien
aspirent les âmes égarées

Les mots sont des larmes pierreuses
les clés des portes initiales
ils maugréaient dans les cavernes
prêtaient leur vacarme aux tempêtes
leur silence au pain enfourné vivant
Compassion des pierres, Éditions de la différence, 2001

L’ordre logique s’effondra avec le toit
nous applaudissions les pluies entre nos murs
rapiécions avec ferveur les accrocs des toiles d’araignées
Nous étions fétichistes
irrévérencieux
ma mère tirait les cartes aux merles
moqueurs
mon père frappait le sable
frappait Dieu
à la saignée des nuages
sur le dos courbé de l’air
Notre salut viendrait de la nature
nous attraperions les rousseurs des automnes
le dénuement de l’hiver
nous finirions en sarments
en fagots
pour affronter les colères brèves des résineux.

Anthologie personnelle, Actes Sud, 1997

Elle craint de perdre de vue son image
de ne plus savoir à quoi elle ressemble
de perdre de vue sa maison
de ne plus savoir si la porte s’ouvrait à l’ouest
d’apprendre qu’un chemin a pénétré chez elle
empilé les chaises sur la table
que le platane du rond-point s’accoude sur sa rambarde

sa crainte de ne plus savoir éteindre le soleil
pour évacuer le sanglot à l’étroit dans sa gorge

Quelle est la nuit parmi les nuits, Mercure de France, 2004

La surface d’un automne

La surface d’un automne
est inversement proportionnelle à la hauteur de sa tristesse
le nuage interrogé multiplie sans difficulté le basilic par le safran

Répète après moi :
la distance entre deux pluies se mesure par arpents de silence
et le périmètre d’un mois est divisible par son rayon de lune.
Cela va de soi.

La forêt a peur

La forêt a peur
Une forêt peureuse
panique à la vue du soir
Tout l’angoisse
le cri des chouettes
leur silence
Le regard froid de la Lune
et l’ombre de son sourcil sur le lac
Le bouleau claque des dents
en se cachant derrière le garde-champêtre
Le frêne s’emmitoufle dans son écorce
et retient sa respiration jusqu’au matin
Le pin essuie sa sueur
et appelle son père le pin parasol
La tête entre les jambes
le saule pleure à chaudes feuilles
et fait déborder le ruisseau
Le roseau qui ne le quitte pas des yeux
l’entend supplier le ver luisant
d’éclairer les ténèbres
Seul le chêne garde sa dignité
à genoux dans son tronc
il prie le dieu de la forêt
de hâter l’arrivée du jour

Ils

Ils flottent à la surface de la mémoire
s’infiltrent dans les murs avec les lunaisons
égorgent l’eau
démantèlent les pendules

Ils escaladent les racines
dévalent la pente des pluies
aspirent les vapeurs des puits
boivent d’un seul trait nos fleuves en crue

Ils enjambent les toits
plient les poutres

réveillent les enfants lovés dans leurs cils
pour leur faire écouter le bruit de leurs phalanges

Ils mangent la chair du jujubier
ligotent les bras du cyprès
et le convertissent en cierge

Ils volent dans l’air des cimetières
renversent les sépultures
vident leur contenu dans les caniveaux

Ils neigent en flocons immobiles
soufflent en rafales inertes
nous les cueillons sur le rebord des hanches
nous les faisons macérer dans nos sueurs
essorons leurs larmes
les séchons sur des cordes tendues sous terre

Ils harnachent nos nuits
sellent nos rêves
nous enfourchent du côté oublieux du cœur

Ils vont entre écorce et noyer
forcent les portes de novembre
percent l’œil de la lucarne
signent nos miroirs de leurs buées

Ils s’éloignent dans leurs corps
se terrent dans leurs chevilles
crient jusqu’à l’aine
besogneux ces morts lorsqu’ils rampent
sous les prairies
pour ramasser les noix rejetées par l’été
qu’ils secouent comme hochets d’enfants

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Un homme parle aux chats sur le pas de la porte. Il leur recommande de manger proprement et de ne pas se disputer sinon Yussuf se fâche. Il pousse le battant sans frapper, sans s’étonner de la présence de Laure , se jette sur l’unique chaise, éponge la sueur e son front d’un revers de manche avant de lui annoncer d’un ton désolé qu’il n’a pas de courrier pour elle mais qu’il viendra tous les matins par n’importe quel temps même si personne ne lui écrit ou ne pense à elle, même s’il ne connaît pas son nom ni d’où elle vient pour donner du lait aux chats, la mère est sèche.
Accouchement difficile, explique-t-il d’une voix étranglée. La pauvre a failli passer, les petits se présentaient par le siège. Yussuf avait du sang jusqu’aux poignets.
Puis cette recommandation : ne pas la bouger du lit.
Voyant la machine à écrire, il lui demande si elle écrit des livres et si on parle d’elle dans les journaux et à la télé.
« Je réécris seulement.
-Tu veux dire que tu copies ce qu’un autre a pensé avant toi ! Quelqu’un d’important, un ministre ou un président de la République. Il a jeté ses idées sur des bouts de papier, tu corriges les fautes, à moins que la personne en question ne soit plus de ce monde, les morts ne peuvent pas se relire. »
Prend-il son silence pour un aveu ?
La main sur le cœur, le facteur lui présente ses condoléances, cul collé sur la chaise, la pente l’a épuissé. Il va se servir un verre d’eau au robinet avant de poursuivre sa tournée dans la vallée alors que sa sacoche est vide. Les jeunes ne donnent pas de leurs nouvelles, reviennent rarement, pour enterrer un parent ou dans un cercueil. Chute d’un échafaudage pour les uns, règlement de comptes pour les autres. La mafia enrôle à tour de bras.
« Les Albanais de Malaterra éparpillés dans toute l’Italie, se désole-t-il, seul ton voisin a choisi l’Australie. Déflorer la fille d’Helena a écroulé sa maison. Les murs n’ont pas tenu après le suicide de la malheureuse, le même mal frappe les pierres et les filles déshonorées… Sais-tu si l’Australie est en Amérique ?
Le facteur des Abruzzes, Mercure de France, 2012

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Le vieillard chétif qui peine à dos d’âne entre deux dunes ne peut être le grand rabbin de Mascara. Yudah imaginait l’homme nettement plus grand et plus imposant, bedonnant comme tous les gens bien nourris, avec ne serait-ce qu’une ou deux dents en or pour narguer le soleil. Yudah l’imaginait chevauchant un cheval fougueux, pas cette vieille carne si basse du cul que les chaussures du saint homme tracent deux sillons parallèles dans le sable du désert. Indignes du grand rabbin, la chapka en fourrure de lapin, le bouc taillé à la diable et cet air si misérable qu’on lui ferait volontiers l’aumône d’une poignée de pois chiches.
Annoncée depuis un mois, la visite du rabbin Haïm a donné lieu à des préparatifs hors normes. Moutons cardés, selles de chameaux agrémentées de sequins, enfants lavés dans l’eau du même bac, mais après les filles, devenues aussi rutilantes que les marmites de leur mère. Car c’est pour ces filles que le rabbin Haïm a traversé le désert, pour elles qu’il a affronté chacals et chardon, serpents de sable et sauterelles. Son but : passer en revue les filles à marier de la tribu juive des Qurayzas et offrir la meilleure à l’émir Abdelkader qui n’en a pourtant nul besoin, au dire de certains, ses quatre épouses lui suffisent amplement.
Un mois jour pour jour qu’ils attendent son arrivée, même ferveur que pour le Mésie, attendu depuis que le temps est temps. Bêtes harnachées, filles frottées au benjoin, bétail aligné comme chevaux de race pour la parade derrière les éventuelles fiancées qui adressent des sourires forcés au vieillard gris comme le sel extrait de la mine toute proche. Gris de la tête aux pieds, étroits comparés à ceux de ses hôtes, larges comme empreintes de chameau en cavale. Maigres et rôties au soleil, les filles de la tribu Qurayza ne sont ni belles ni laides, ni grandes ni petites, mais savent sourire, qualité no négligeable vu la guerre d’usure qui oppose Abdelkader au colonisateur français, plus qu’une qualité, un atout pour attirer ses bienfaits sur cette communauté, la protéger de ceux qui tuent les juifs sans raison (huit mille lors du massacre de Mascara en 1835), d’où l’intervention du duc d’Orléans qui a intégré les mille survivants à la retraite de son armée, les sauvant d’un nouveau massacre. Mauvaise initiative, on ne s’improvise pas soldat du jour au lendemain. Incapables de suivre la progression de l’armée française, certains sont morts en chemin et ceux revenus à Mascara, des artisans, ont été enlevés par Abdelkader et intégrés à son armée.
Une fille juive dans le lit du caïd rendrait sa dignité à la tribu nomade des Qurayzas, condamnée à l’errance de peur d’être exterminée, et apporterait richesse et bienfaits sur toute la communauté.
(…)
En retrait des autres, Yudah ne mange pas. Sa grand-mère qui la coiffe étire ses cheveux à grands coups de peigne comme pour les allonger avant de les tresser. Des tresses fines et ondoyantes parsemées de perles bleues, puis du kohl pour souligner les yeux et autour du poignet les sept bracelets rituels, cadeau d’Abdelkader, dit le rabbin. Et personne n’ose douter. Un rabbin ne ment pas. Ils le croient aussi lorsqu’il déclare avoir demandé à l’Émir de ne pas toucher la fille avant qu’elle ait atteint ses quatorze ans. »
La fiancée était à dos d’âne, Mercure de France, 2013

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-Que sont devenus les marins ?
-Tués par les Bani Haoua, l’informa la religieuse. Quelques uns ont réussi à fuir.
-Et les femmes ?
-Reparties entre les hommes comme un vulgaire butin de guerre.
-La marquise aussi?
Mère Jeanne hoche la tête en serrant ses paupières pour retenir ses larmes.
Un nuage noir traverse le regard de la rescapée. Sa phrase tombe aussi raide qu’un couperet:
-Je les vengerai jusqu’au dernier. Les Bani Haoua mourront de mes mains… De plaisir, ajoute-t-elle le regard au loin.
Mère Jeanne baisse les yeux, gênée.
-Parce que vous ne me croyez pas ? insiste le curieux personnage.
Blanche n’aime pas l’air méfiant de la religieuse, ni celui suspicieux du chevrier. D’un geste preste de la main, elle dégrafe sa veste. Deux seins ronds sursautent comme deux pigeons effrayés.
-Vous voulez voir le reste ?
Mouloud fait oui de la tête. Mère Jeanne la supplie de ne rien faire.
Elle la croit sur parole. Mais Blanche a déjà tiré sur le cordon de son froc.
-Arrête, hurle la religieuse.
-Vous n’avez rien vu, proteste le faux mousse. Le plus important test en bas.
La dague qui a ouvert la chair, sur le haut de la cuisse a pénétré jusqu’aux os. Le sable a joué le rôle de cicatrisant mais d’inféctant aussi. La jambe, d’une couleur violacée, a doublé de volume.
-Pouvez-vous me soigner, dit-elle d’une voix suppliante. Ma mère vous en serait si reconnaissante.
-Qu’attendez-vous pour aller me chercher de quoi panser cette plaie, lance Mère Jeanne à Mouloud d’une voix affolée.
Le chevrier arrache un morceau de son burnous et le lui tend.
-Je veux des plantes, malheureux, avec quoi vous autre Kabyles désinfectez-vous les blessures ?
-Avec de la joubarbe. Je sais où en trouver.
Il se précipite vers l’oued. Le bien et le mal se croisent autour des points d’eau, lieux de prédilection des âmes végétatives. Leur souffle fait pousser les plantes destinées à guérir les vivants. Il faut savoir distinguer les bénéfiques des maléfiques, cueillir les premières en balbutiant une prière, et cracher dans le sens du vent en passant devant les autres.
Mouloud repère très vite la touffe de joubarbe. Les feuilles sont tendres en cette saison, il les cueille en invoquant le nom d’Allah. Il est convaincu qu’une deuxième vie attend le garçon devenu fille grâce à lui.
Sinon comment expliquer qu’il soit le seul survivant du massacre. Benjamin, répète-t-il sans grande conviction. Il cherche un autre nom qui irait mieux avec la blondeur de la rescapée. Un nom aussi blanc, aussi rond que les seins qui ont fusé de la veste déboutonnée.
-Laouza, balbutie-t-il entre ses lèvres. Laouza, lance-t-il d’une voix tonitruante, et il se met à courir vers sa masure.
-Tu t’appelles désormais Laouza, c’est-à-dire Amande, annonce-t-il à la jeune fille. Un fruit doux frais qui étanche la soif mais vous laisse en même temps sur votre faim.
Laouza-Amande accepte avec grâce ce troisième nom.
Le chevrier, elle en est certaine, sera son meilleur allié.
Les fiancés du cap Ténès, Lattès, 1995

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Nacida en Baabda, Líbano, en 1937, en una familia católica cuyo padre fue varios años intérprete del Alto Comisariado francés, Vénus Khoury-Ghata, realizó estudios en la Escuela superior de letras de Beirut.
En un principio periodista, publicó en 1966 su primer libro de poesía, Los rostros inacabados.
En 1970, Vénus Khoury conoció a Jean Ghata, médico e investigador francés, de quien se enamoró. Se divorció de su primer marido libanés y se instaló en París.
En 1971, publicó su primera novela, Los inadaptados.
Dividida entre dos culturas y dos lenguas, el francés y el árabe, Vénus Khoury-Ghata compuso un fresco literario (una decena de novelas y otros tantos libros de poesía) donde se codean los recuerdos de infancia y los traumatismos familiares, la figura austera del padre, las muertes de su hermano y de su marido (La casa de las ortigas, Una casa al borde de las lágrimas).
Vénus Khoury-Ghata obtuvo en 2009 el gran premio de la Academia Francesa, el premio Goncourt de poesía 2011 por Dónde van los árboles, y en 2015 el premio Renaudot por La novia cabalgaba un burro.

Entrevista de Cécile Oumhani

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CO : ¿Debió haber sido muy doloroso con este libro (Una casa al borde de las lágrimas) en el que puso tanto de si misma?
VKG : Mi familia no quería que se contara lo que había pasado cuarenta años, cincuanta años antes. Para mí, decir esta historia que tanto pesó en mi infancia y en mi corazón er auna forma de terapia. Si fui escritora es porque mi hermano, el mismo escritor y poeta, fue enviado a un asilo de locos por mi padre. Ten dría que haberlo hecho tratar con una cura de desintoxicación, como se hace con todas las personas que tocan las drogas. El hecho que él no haya podido escribir me llevó a hacerlo. Escribí entonces en su lugar en el cuaderno de borrador que había en casa. Esta historia aplastó a mi familia. Escribirlo molestó a mis hermanas, sobre todo a mi hermana May Menassa, que es periodista en EN-Nahar. En las ciudades mediterráneas la gente se mira, se observa mucho. Se tiene vergüenza de haber sido modesto, de haber tenido una infancia pobre, uno tiene que haber conocido Occidente para sólo tener vergüenza de lo vergonzoso.
CO : Volvemos a encontrar esta historia en Cual es la noche entre las noches.
VKG : Todavía no estoy curada. Ortigas, las treinta primeras páginas de ese libro, es poesía autobiográfica. La continuación será publicada por Actes Sud en noviembre próximo. Cuanto más envejezco más ganas tengo de contar mi infancia, cuando me olvidé de ella durante treinta años. Estaba ocupada viviendo, buscando mi camino entre gente sin problemas y olvidando la modestia de mis comienzos. Me encontré en un medio intelectual muy alejado de aquel en el que había vivido, que era a veces un poco una corte de los milagros y también bastante rudimentario. Había en mí una negación de todo esto. Y bruscamente, con la edad, una se vuelve modesta al acercarse este tercer ciclo de la vida.. Una se vuelve más simple y se lleva una mirada más clarividente a lo que vivió, que hace de nosotros lo que somos. Por ello, en Ortigas, me acerco a mi infancia en un pueblo del norte del Líbano, donde lo vegetal era primordial, como el pasto de las praderas, el valle, el torrente glacial, las cabras… Sin duda por eso me mudé de un barrio residencial en pleno París hasta aquí al borde del Bois de Boulogne, donde tengo un jardincito. Ocuparme del jardín me transporta a mi pueblo. Cuando tenían que cocinar, las mujeres de mi pueblo no iban al supermercado para comprar verdura congelada. Agarraban una gallina por el pescuezo. La desplumaban. Bajaban a su vergel, a un cuarto de hora o aún media hora a pié, para cosechar algunas verduras y luego volvían para cocinarlas sobre tres piedras ubicadas en la puerta de su casa en una marmita cubierta de hollín.
Tengo los mismos gestos para cocinar y para escribir. Mi máquina de escribir se encuentra habitualmente sobre esta mesa. Miro mi jardín y cuando podo un texto que escribí rápidamente, lo podo como un rosal, sacando sus ramas rotas, sus ramas muertas. Cuando le hago la guerra a los adjetivos que califico de adiposos, pienso en los gusanos que comen mis flores y mis hojas, Ocuparse del jardín, cocinar o escribir, para mí es el mismo gesto. Las palabras son los ingredientes de la escritura, como hay otros para la cocina. Usted pone tanto de sumac, de cúrcuma o de tomillo… Hacen falta muchos aromas en la escritura.

¿De dónde vienen las palabras?
de qué frotación de sonidos nacieron
en que sílex encendían su mecha
qué vientos los llevaron hasta nuestras bocas

Su pasado es rumor de silencios retenidos
Barride de materias en fusión
Gruñido de aguas malas

A veces
se estrechan en grito
se dilatan en lamentos
se vuelven vaho en los vidrios de las casas muertas
se cristalizan pepitas de pena en los labios muertos
se fijan en una estrella caída
cavan su agujero en la nada
aspiran a las almas extraviadas

Las palabras son lágrimas pedregosas
las llaves de las puertas iniciales
renegaban en las cavernas
prestaban su estrépito a las tempestades
su silencio al pan horneado vivo
Compassion des pierres, Éditions de la différence, 2001

El orden lógico se derrumbó con el techo
aplaudíamos las lluvias entre nuestros muros
remendábamos con fervor los desgarros de las telas de araña
Éramos fetichistas
irreverentes
mi madre tiraba las cartas a los mirlos
burlones
mi padre golpeaba la arena
golpeaba a Dios
en la sangría de las nubes
sobre la espalda encorvada del aire
Nuestra salvación vendría de la naturaleza
atraparíamos los rubores de los otoños
la indigencia del invierno
terminaríamos como sarmientos
como haces de leña
para enfrentar las cóleras breves de los resinosos.

Anthologie personnelle, Actes Sud, 1997

Ella teme perder de vista su imagen
ya no saber a qué se parece
perder de vista su casa
ya no saber si la puerta se abría al oeste
enterarse que un camino penetró en su casa
apiló las sillas sobre la mesa
que el plátano de la rotonda se acoda sobre la baranda

su temor de ya no saber apagar el sol
para evacuar el sollozo que quiere salir de su garganta

Quelle est la nuit parmi les nuits, Mercure de France, 2004

La superficie de un otoño

La superficie de un otoño
es inversamente proporcional a la altura de su tristeza
la nube interrogada multiplica sin dificultad la albahaca por el azafrán

Repetí después de mí :
la distancia entre dos lluvias se mide en fanegas de silencio
y el perímetro de un mes es divisible por su rayo de luna.
Es evidente.

El bosque tiene miedo

El bosque tiene miedo
Un bosque miedoso
entra en pánico al ver el atardecer
Todo lo angustia
el grito de las lechuzas
su silecio
La mirada fría de la Luna
y la sombra de su ceja sobre el lago
Al abedul le castañetean los dientes
al esconderse detrás del guardabosques
El fresno se arropa en su corteza
y retiene su respiración hasta mañana
El pino seca su sudor
y llama a su padre el pino real
Con la cabeza entre las piernas
el sauce llora rodas sus hojas
y hace desbordar el arroyo
La caña que no le saca los ojos de encima
lo oye suplicar a la luciérnaga
para que ilumine las tinieblas
Sólo el roble conserva su dignidad
de rodillas dentro de su tronco
ruega al dios del bosque
apurar la llegada del día

Ellos

Flotan en la superficie de la memoria
se infiltran en la paredes con las lunaciones
degüellan el agua
desmantelan los relojes

Escalan las raíces
ruedan por la cuesta de la lluvia
aspiran los vapores de los pozos
beben de un solo trago nuestros ríos crecidos

Franquean los techos
doblan las vigas

despiertan a los niños enrollados en sus pestañas
para hacerles escuchar el ruido de sus falanjes

Comen la carne del azofaifo
atan los brazos del ciprés
y lo convierten en cirio

Vuelan en el aire de los cementerios
derriban las sepulturas
vacían su contenido en las cunetas

Nievan en copos inmóviles
soplan como ráfagas inertes
los recogemos en el borde de las caderas
los hacemos macerar en nuestros sudores
secamos sus lágrimas
los secamos en sogas tendidas bajo tierra

Enjaezan nuestras noches
ensillan nuestros sueños
nos montan del lado odioso del corazón

Van entre corteza y nogal
fuerzan las puertas de noviembre
perforan el ojo del tragaluz
firman nuestros espejos con sus vahos

Se alejan en su cuerpo
se esconden en sus tobillos
gritan hasta la ingle
laboriosos estos muertos cuando reptan
bajo las praderas
para levantar las nueces tiradas por el verano
que sacuden como sonajeros de niños

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Un hombre habla con los gatos en el umbral de la puerta. Les recomienda comer limpiamente y no pelearse sino Yussuf se enoja. Empuja la puerta sin golpear, sin asombrarse de la presencia de Laure, se tira sobre la única silla, seca el sudor de su frente con la manga antes de anunciarle con un tono desolado que no hay correspondencia para ella pero que vendrá todas las mañanas por cualquier clima aún si nadie le escribe o piensa en ella, aún si no conoce su nombre ni de donde viene para darle leche a los gatos, la madre está seca.
Parto difícil, explica con voz ahogada. La pobre estuvo por morir, los chiquitos venían de nalga. Yussuf tenía sangre hasta las muñecas.
Luego esta recomendación: no moverla de la cama.
Viendo la máquina de escribir, le pregunta si escribe libros y si hablan de ella en los diarios y por la tele.
“Solamente reescribo.
-¡Querés decir que copiás lo que otro pensó antes que vos ! Alguien importante, un ministro o un presidente de la república. Tiró sus ideas sobre pedazos de papel, corregís las faltas, a menos que la persona en cuestión ya no esté en este mundo, los muertos no pueden releerse.”
¿Toma su silencio por una confesión?
Con la mano sobre el pecho el cartero le presenta sus condolencias, con el culo pegado a la silla, la subida lo agotó. Va a servirse una vaso de agua de la canilla antes de proseguir su viaje en el valle aún su bolso esté vacío. Los jóvenes ya no mandan noticias, vuelven pocas veces, para enterrar a un pariente o en un cajón. Caída de un andamio para unos, arreglo de cuentas para otros. La mafia recluta en cantidad.
« Los albaneses de Malaterra desperdigados por toda Italia, se lamenta, sólo tu vecino eligió Australia. Desvirgar a la hija de Helena destruyó su casa. Las paredes no resistieron después del suicidio de la desgraciada, el mismo mal golpea a las piedras y a las chicas deshonradas… ¿Sabés si Australia está en América?
Le facteur des Abruzzes, Mercure de France, 2012

renaudot poche

El anciano enclenque que padece sobre un burro entre dos dunas no puede ser el gran rabino de Mascara. Yudah imaginaba al hombre francamente más alto y más imponente, barrigón como toda la gente bien alimentada, con aunque más no fuera uno o dos dientes de oro para burlarse del sol. Yudah lo imaginaba cabalgando un caballo fogoso, no ese viejo jamelgo con el culo tan bajo que los zapatos del santo varón trazan dos surcos paralelos en la arena del desierto. Indignos del gran rabino la chapka de piel de conejo, la barba tallada de cualquier manera y ese aspecto tan miserable que se le daría de buen grado un puñado de garbanzos como limosna.
Anunciada desde hacía un mes, la visita del rabino Haim dió lugar a preparativos fuera de lo común. Ovejas cardadas, sillas de camellos adornadas con monedas, niños lavados con el agua de la misma cuba, pero después de las chicas, vueltas tan rutilantes como las marmitas de su madre. Porque el rabino Haim había atravesado el desierto por estas chicas, por ellas había enfrentado chacales y cardos, serpientes de la arena y langostas. Su meta: revistar a las chicas casaderas de la tribu judía de los Qurauzas y ofrecerle la mejor al emir Abdelkader que sin embargo no la necesitaba, según algunos, ya que sus cuatro esposas le bastaban ampliamente.
Un mes día por día esperando su llegada, con el mismo fervor que para el Mesías, esperado desde que el tiempo es tiempo. Animales enjaezados, chicas frotadas con benjuí, ganado alineado como caballos de raza para el desfile detrás de la eventuales novias que dirigen sonrisas forzadas al anciano gris como la sal extraída de la mina cercana. Gris de la cabeza a los pies, angostos comparados a los de sus anfitriones, amplios como pisadas de camello escapando. Delgadas y asadas al sol, las chicas de la tribu Qurayza no son ni bellas ni feas, ni altas ni bajas, pero saben sonreír, calidad no despreciable considerando la guerra de usura que opone a Abdelkader al colonizador francés, más que una calidad, una ventaja para atraer sus favores sobre esta comunidad, protegerla de aquellos que matan a los judíos sin razón (ocho mil durante la masacre de Mascara en 1835), por lo cual intervino el duque de Orleans que integró los mil sobrevivientes a la retirada de su ejército, salvándolos de una nueva masacre. Mala iniciativa, uno no se improvisa soldado de un día para el otro. Incapaces de seguir la progresión del ejército francés, algunos murieron en el camino y los que volvieron a Mascara, artesanos, fueron apresados por Abdelkader e integrados a su ejército.
Una chica judía en la cama del caid devolvería su dignidad a la tribu nómade de los Qurauzas, condenada a la vagabundeo por miedo de ser exterminada, y traería riqueza y beneficios a toda la comunidad.
(…)
Atrás de las otras, Yudah no come. Su abuela, que la peina, estira sus cabellos con grandes golpes de peine como para alargarlos antes de trenzarlos. Trenzas finas y ondulantes sembradas de perlas azules, luego kohl para delinear los ojos y alrededor de la muñeca las siete pulseras rituales, regalo de Abdelkebir, dice el rabino. Y nadie se atreve a dudarlo. Un rabino no miente. Le creen también cuando declara haberle pedido al Emir que no tocase a la chica antes de que hubiera alcanzado sus catorce años.
La fiancée était à dos d’âne, Mercure de France, 2013

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-¿Qué fue de los marinos?
-Matados por los Bani Haoua, le informó la religiosa. Algunos lograron huir.
-¿Y las mujeres?
-Repartidas entre los hombres como un vulgar botín de guerra.
-¿La marquesa también?
La Madre Jeanne mueve la cabeza cerrando sus párpados para retener sus lágrimas.
Una nube negra atraviesa la mirada de la sobreviviente. Su frase cae tan dura como una cuchilla:
-Vengaré hasta el último. Los Bani Haoua morirán por mis manos… Con placer, agrega mirando a lo lejos.
La Madre Jeanne baja la mirada, molesta.
-¿Porque no me cree? insiste el curioso personaje.
A Blanche no le gusta la mirada desconfiada de la religiosa, ni la recelosa del cabrero. Con un gesto rápido, desabrocha su chaqueta. Dos senos redondos sobresaltan como dos palomas asustadas.
-¿Quiere ver el resto?
Mouloud dice que sí con la cabeza. La Madre le suplica no hacer nada.
Le basta con su palabra. Pero Blanche ya tiró del cordón de su pantalón.
-Pará, aulla la religiosa.
-No vieron nada, protesta el falso grumete. Lo más importante está abajo.
La daga que abrió la carne, en la parte alta de la nalga penetró hasta los huesos. La arena hizo de cicatrizante pero también de infectante. La pierna, de un color violáceo, dobló de volumen.
-Puede curarme, dijo con una voz suplicante. Mi madre le estaría tan agradecida.
-¿Qué espera para ir a buscar algo con que cura resta llaga? lanza la Madre Jeanne a Mouloud con una voz enloquecida.
El cabrero arranca un pedazo de su albornoz y se lo tiende.
-Quiero plantas, desgraciado, ¿con qué desinfectan los kabiles las heridas?
-Con siempreviva. Se donde encontrarla.
Se precipita hacia el ued. El bien y el mal se cruzan alrededor de las fuentes de agua, lugares de predilección de las almas vegetativas. Su soplo hace crecer las plantas destinadas a curar a los vivos. Hay que saber distinguir las benéficas de las maléficas, cortar las primeras balbuceando una plegaria, y escupir en el sentido del viento pasando delante de las otras.
Mouloud encuentra rápido la mata de siempreviva. Las hojas son tiernas en esa estación, las corta invocando el nombre de Allah. Está convencido que una segunda vida espera al muchacho vuelto chica gracias a él.
Sino cómo explicar que sea el único sobreviviente de la masacre. Benjamin, repite sin mucha convicción. Busca otro nombre que cuadraría mejor con lo rubio de la sobreviviente. Un nombre tan blanco, tan redondo como los senos que emergieron de la chaqueta abierta.
-Laouza, balbucea entre sus labios. Laouza, lanza con una voz atronadora, y se pone a correr hacia su casucha.
-Te llamás de ahora en más Laouza, es decir Almendra, anuncia a la joven. Una fruta dulce fresca que apaga la sed y que al mismo tiempo te deja con ganas.
Laouza-Almendra acepta con gracia este tercer nombre.
El cabrero, está segura, será su mejor aliado.
Les fiancés du cap Ténès, Lattès, 1995

Emmanuel Dongala, témoin du Congo – testigo del Congo

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Romancier et dramaturge, mais aussi chimiste, Emmanuel Dongala est né en 1941, d’un père congolais et d’une mère centrafricaine, au Congo Brazzaville.
Après des études aux États-Unis et en France, il enseigne la chimie à l’Université de Brazzaville. Il anime aussi le théâtre de l’Éclair.
Quand le Congo sombre dans le chaos de la guerre civile, en 1997, Dongala quitte son pays et trouve refuge aux États-Unis grâce à l’écrivain Philip Roth
« Aujourd’hui professeur de chimie et de littérature africaine francophone, Dongala est également un romancier de renom, observateur acéré d’un monde suspendu entre ciel et enfer, depuis les maquis de l’Afrique australe (Un fusil dans la main, un poème dans la poche, Albin Michel, 1974), jusqu’aux charniers congolais peuplés d’enfants-soldats (Johnny Chien Méchant, Le serpent à plumes, 2002), Photo de groupe au bord du fleuve, son sixième roman, s’attaque aux maux de la femme africaine, mais dans une veine somme toute plus légère ».
Le Monde des livres, 15-04-2010

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-Après deux romans consacrés à l’enfance, cette fois c’est aux femmes que vous dédiez votre livre. Les personnages en situation d’infériorité ou de souffrance par rapport aux hommes vous donnent-ils envie d’écrire ?
-J’ai voulu consacrer un roman à deux facettes de la jeunesse africaine actuelle. Le premier, Les petits garçons naissent aussi des étoiles, montre ma vision du quotidien des jeunes et la nature de leurs relations avec leurs familles en Afrique urbaine, dans la « normalité ». Tandis que dans le second, Johnny Chien Méchant, il s’agit d’une jeunesse qui intimide les adultes, qui leur donne des ordres. Durant la guerre civile, j’ai vu des femmes souffrir, beaucoup plus que nous, les hommes. Elles assumaient les tâches courantes, comme s’occuper des enfants ou trouver de la nourriture et elles portaient des charges très lourdes, ce qui entraînait une véritable souffrance physique. Tout cela m’a beaucoup marqué et m’a donné envie d’écrire un roman pour ces femmes, afin de rendre hommage à leur courage, à leur ténacité.
(…)
-Vous avez écrit ce roman à la deuxième personne, et ce « tu » représente le personnage principal, Méréana, qui se parle à elle-même. Quel recul cela lui apporte-t-il ?
-J’ai commencé ce roman à la première personne. Ce « je », c’était Méréana, le personnage principal qui racontait son histoire. Mais je me suis rendu compte que ça ne fonctionnait pas, et que cela pouvait prêter à confusion puisqu’on aurait pu croire qu’il me représentait moi, l’auteur. Alors, j’ai eu une autre idée : j’ai demandé à cette femme de me raconter son histoire, et moi, je n’ai fait que la retranscrire. Et tout est devenu plus fluide. Ce « tu » lui permet de se regarder sans complaisance et avec du recul. Dans le « je », on fait parfois des choses qu’on ne voit pas, ou qu’on ne comprend pas. Grâce à ce léger décalage par rapport à elle-même, elle peut mieux appréhender sa situation, revenir en arrière, se laisser inspirer par ce qui l’entoure. (…)
Interview de Thomas Flamerion pour Evene.fr, le 10-06-2010

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(…)
-Comme il est déjà midi, revenez cet après-midi à quatorze heures.
-Mais…
Il claqua la porte du guichet. Amaya hésita alors sur ce qu’il fallait faire. Repartir jusqu’à Moungali prendrait trop de temps, et puis ce serait dépenser de l’argent inutilement, il fallait donc attendre. Elle sortit et se promena le long du débarcadère. Les vedettes arrivaient, accostaient, débarquaient des commerçantes qui criaient, hurlaient, se disputaient avec les douaniers. Ces derniers, maîtres absolus des lieux, empoignaient les commerçantes, les soudoyaient, aboyaient des ordres, n’hésitant pas à lever la chicotte quand elles ne s’exécutaient pas assez vite à leur gré ; ou alors, ils confisquaient les marchandises qu’ils ne rendaient que contre gratification.
Mais ces femmes ne trouvaient rien d’anormal à ces bastonnades, à ces injures et outrages que les douaniers leur faisaient subir, car, depuis leur naissance, toutes les autorités, coloniales et postcoloniales, rénovatrices ou rédemptrices, réactionnaires ou révolutionnaires, adeptes du socialisme bantou ou du socialisme scientifique marxiste-léniniste, toutes les avaient toujours traitées avec le même mépris ; et se figurer un monde où les citoyens et citoyennes seraient traités avec un peu plus de dignité, de compassion et de compréhension était au-delà de leur imagination la plus folle. Et elles étaient là tous les jours, bousculées, étouffant sous le soleil, redoublant de vigilance chaque fois qu’un douanier ou autre personnage louche s’approchait trop de leurs marchandises.
Amaya aussi gagnait sa vie à ce petit commerce. Profitant de la baisse du zaïre au marché noir, elle allait acheter quelques petites choses à Kinshasa, du beurre, de l’huile, du savon, de la farine -pour en citer quelques unes- qu’elle allait vendre au détail à Brazzaville le soir dans son quartier, à la lumière d’une chandelle faite d’un torchon de linge trempé dans du pétrole lampant. La journée, elle vendait au marché de la Gare où elle faisait ses meilleures affaires ; on les avait chassées de là à coups de bottes militaires ou de pelles, de bulldozers, le jour où le président avait décidé de placer le marché sur son itinéraire journalier ; sa sécurité primait sur le gagne-pain quotidien du petit peuple. (…)
Jazz et vin de palme, Portrait d’Augustine Amaya, Le serpent à plumes, 1996

The day will not save them
And we own the night
LeRoi Jones (Imanu Baraka)
Le jour ne les sauvera pas
Et la nuit nous appartient

Lorsque j’arrive dans une ville inconnue, j’aime souvent la découvrir le soir, entre ces heures mal définies et fugitives où le jour se meurt et où la nuit graduellement émerge pour étaler le voile de son emprise. C’est à ces moments-là que l’on capture le mieux les pulsions secrètes d’une ville, ses craintes et espoirs, où l’on surprend tout ce qui hésite encore entre paraître et disparaître, le moment où les hommes et les choses sont le moins sur leurs gardes. C’est l’heure des odeurs particulières, des fumées au goût de bois et de pétrole, des lampes tempêtes et des bougies qui surgissent soudain, clignotantes comme mille lucioles alignées le long des trottoirs où se vendent du manioc, des brochettes, des cacahouètes grillées… Et puis ces rumeurs, propres à chaque ville, faites de voix étouffées, de cris de femme à la recherche de leur progéniture n’ayant pas encore regagné le gîte familial, d’aboiements de chiens, de bruits de moteurs, de boîtes de nuit hurlant des rengaines à la mode. C’est enfin l’heure où apparaissent au coin des rues les premiers amoureux rendus anonymes par le jour qui s’en va, et les premières belles de nuit, papillons nocturnes transfigurés en odalisques étrangement désirables par le doux velours de la nuit. Qu’ils sont enivrants ces instants intervallaires, prodrome et pressentiment des nuits africaines !(…)
Les gens de Pointe-Noire sont de grands buveurs de bière et de vin rouge importé, ce qui fait qu’à cette heure où commence la nuit, ils envahissent les buvettes comme les insectes nocturnes courent à la lumière, afin d’étancher une soif accumulée toute la journée dans cette ville où il fait particulièrement chaud malgré la présence de la mer. Ils ont le vin gai, sont charmants et bons vivants ; et comme tous les peuples du sud dont je suis, ils sont parfois vains, souvent fanfarons mais, trait sympathique, ils aiment les femmes. J’en étais là de mes élucubrations sociologiques lorsque je sentis une tape amicale sur mon épaule droite suivie d’une exclamation : -Tiens, mais c’est Kuvezo !
-Ah ! c’est toi, fis-je, faisant furieusement travailler mes cellules grises car, lui, il m’avait reconnu, son nom… Je l’avais là au bout de mes lèvres… Je brûlais, fiat lux, un éclair : Kali Tchikati ! Mais c’est toi, Kali Tchikati, c’est pas possible, que fais-tu ici ?
Il commanda une grande bouteille de vin rouge en digne fils du coin ; nous continuâmes nos salamalecs jusqu’à ce qu’on nous apportât la bouteille.
-À notre santé et à nos retrouvailles, mon cher Kali, dis-je, en levant mon verre.
-Et pour les ancêtres aussi, répondit-il, en versant par terre quelques gouttes de son vin.
J’ai d’abord pensé qu’il continuait à se moquer de ces théoriciens du mythe de l’authenticité contre lesquels il avait, en bon progressiste, milité toute sa vie. Et pourtant il y avait dans son geste quelque chose de plus, de, comment dire, d’authentique, presque un acte de foi. Cela me surprit fort mais je ne m’y attardai pas. Nous bûmes alors, moi, ma bière, lui son vin, ce mauvais vin rouge que la France nous envoyait lorsqu’elle nettoyait le fond de ses caves et ses cuves ; un seul verre suffisait pour me donner une migraine lancinante pendant des heures ; il semblait par contre que l’effet fût l’inverse sur Kali car, après avoir bu un verre, l’excitation qu’il avait manifesté tout à l’heure en me voyant était complètement tombée : il avait repris son regard inquiet de personnage traqué. Mais qu’avait-il donc ?
-Dis-moi, Kali Tchikati, qu’est-ce qui ne va pas ? Tu as l’air inquiet, on te dirait traqué par tous les démons de la nuit.
-Tu ne saurais mieux dire ! En effet je suis traqué.
-Par quoi ? Par qui ? Je croyais tes ennuis avec le Parti terminés.
Il ne dit rien pendant un moment, puis vida la moitié de son verre et lâcha :
-Mon cher Kuvezo, tu as devant toi quelqu’un qui va bientôt mourir ;: j’ai été ensorcelé par mon oncle paternel.
Ce fut la phrase que me jeta Kali Tchikati à la face. J’ai cru un instant qu’il plaisantait, j’allais rire en disant qu’on ne me la faisait pas lorsque je fus arrêté par le désespoir lucide que je lus au fond de ses yeux, grandes fenêtres ouvertes sur la profonde détresse de son âme. Je compris que c’était sérieux. Malgré tout, il m’était difficile de croire en sa « conversion », de penser que Kali Tchikati pût croire à la sorcellerie ou du moins aux manifestations mystiques et métaphysiques auxquelles les gens croient dans notre société. Je ne pus donc m’empêcher de le pousser un peu :
-Toi, Kali, ensorcelé ? Tu blagues, n’est-ce pas ?
-Il n’y a pas de doute, mon oncle veut me « manger ».
-Allons, allons, toi le matérialiste, avec six ans de formation idéologique à Moscou, ancien directeur de notre école du Parti et responsable de la propagande idéologique, toi, qui voulais transformer tous les temples et églises en musées, toi…
-Je comprends que tu ne puisses comprendre.
-Et comment !
Jazz et vin de palme, L’étonnante et dialectique déchéance du camarade Kali Tchikati, Le serpent à plumes, 1996.

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Quand j’eus totalement repris mes esprits, j’ai vu que je me trouvais sur une petite butte, je dominais ainsi le champ de bataille comme un général en campagne. Ce que je voyais n’était pas beau : des coups de feu, des coups de crosse qui s’abattaient sur les hommes, les femmes, les enfants qui essayaient de fuir. J’étais révolté. Je me suis mis tout d’un coup à penser au coup de brodequin que j’avais reçu dans le postérieur : imaginez si je l’avais reçu par devant, en plein dans mes bijoux de famille ! M’en serais-je relevé ? Alors la colère monta en moi et je devins furax. Pourquoi des hommes faisaient-ils souffrir d’autres hommes ? Pourquoi tapaient-ils sur ces femmes qu’ils ne connaissaient pas et qui ne leur avaient rien fait ? Ces gens qui ne voulaient que s’exprimer et qui ne voulaient que réclamer la liberté de papa. Mais au fait, n’était-ce pas la démocratie que réclamaient ces gens ? Si je n’étais pas venu réclamer la liberté de papa, aurais-je reçu ce coup de pied qui aurait pu réduire en compote mes bijoux de famille ? Et soudain ce fut la révélation, l’illumination : nous combattions pour la démocratie. En vérité, ce coup de godasse au popotin m’avait fait comprendre le sens de la démocratie.
Tout d’un coup, j’ai sursauté. J’ai d’abord aperçu un camion militaire non bâché sortir de l’enceinte de la prison pour s’arrêter devant un officier qui donnait des ordres. Immédiatement surgit une femme, éjectée de l’intérieur de l’enceinte, tel un diable à ressort. Je reconnus maman ! Elle s’est jetée sur la plate-forme arrière du véhicule, elle est brutalement repoussée, elle tombe. Mon sang ne fit qu’un tour et je me mis à dévaler la petite pente de la butte où je me trouvais. Je courais comme un dératé, ignorant le point de côté qui commençait à me faire mal. Pendant ce temps, maman s’était relevée, s’était solidement accrochée à la carrosserie et criait, criait. Je n’ai pas tardé à comprendre pourquoi : papa était là, assis, encadré par des soldats qui se moquaient visiblement de lui, lui tiraient les cheveux, le battaient, lui forçaient une cigarette à travers les lèvres, lui qui ne fumait pas, ce qui n’allait pas sans le brûler. Dans ma course vers le camion, j’ai hurlé : « Papa ! papa ! »
J’étais presque arrivé lorsque le bahut démarra brutalement, entraînant maman sur plusieurs mètres avant que celle-ci ne lâche prise. Aïe ! Heureusement qu’elle avait solidement attaché son pagne comme les femmes qui se préparent à aller à une bagarre, sinon elle se serait retrouvée sans rien sur elle. Ma tête était comme une aiguille de boussole affolée, tant elle oscillait entre maman et papa. Finalement, avant de me précipiter vers maman, mon esprit grava une dernière vision fugitive de papa, papa attrapé, papa humilié mais narquois et digne sous les coups et les injures, papa roulant dans un camion vers une destination inconnue. Et je crus revivre les derniers moments de la vie de Lumumba dont nous avions visionné la cassette deux ou trois fois sous l’insistance de papa qui nous répétait chaque fois qu’il fallait que notre génération connaisse l’histoire de l’Afrique. Lumumba, un combattant de la liberté du temps de grand-père. Lumumba, livré à ses assassins par Mobutu. Lumumba battu, torturé, humilié, Lumumba dans un camion roulant vers sa mort au Katanga. Lumumba ! Papa !
Les petits garçons naissent aussi des étoiles, Le serpent à plumes, 1998

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LAOKOLÉ
Le général Giap a proclamé un pillage général de quarante-huit heures. J’ai aussitôt arrêté la radio, j’ai pris la lampe-tempête et j’ai couru vers la petite cabane qui nous servait de débarras pour vérifier si la brouette était bien là, et en état de marche. Oui, elle était bien là, renversée sur son caisson. J’ai fait tourner son unique roue. Elle tournait bien, mais grinçait un peu. Je suis allée dans la cuisine chercher un peu d’huile de palme qui nous restait ; je l’ai graissée avec et l’ai testée à nouveau. Elle ne grinçait plus. Malgré la rouille qui avait commencé à ronger une partie de la carrosserie, elle était en parfait état de marche, et les deux brancards étaient solides.
Je suis retournée dans la maison. J’ai soulevé le pagne qui servait de rideau entre ma chambre et celle de maman : elle dormait toujours. La réveiller ou la laisser dormir un peu plus ? J’ai hésité un moment puis j’ai décidé de ne la réveiller qu’au dernier moment ; la nuit avait été très difficile pour elle et ce n’était que vers trois heures du matin que les deux comprimés effervescents d’aspirine que je l’avais forcée à prendre avaient calmé les douleurs de ses jambes fracturées et lui avaient aussi permis de s’endormir. J’allais la laisser se reposer une demi-heure encore. J’ai laissé retomber le pagne et me suis dirigée vers Fofo, mon petit frère, qui partageait la chambre avec moi ; il continuait à ronfler, confortablement allongé sur son matelas mousse étalé par terre à côté de mon lit. Je l’ai brutalement secoué. À onze ans, bientôt douze, ce n’était plus un gamin, il était assez âgé pour aider la famille.
Johnny Chien Méchant, Le serpent à plumes, 2002

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Tu enlèves le panier que tu portes sur la tête et le tiens par les anses.
Cela te permet de balancer plus amplement tes bras et de marcher ainsi plus vite.
Tu as hâte d’arriver au chantier avant que les premiers véhicules d’acheteurs ne se présentent pour leur annoncer la décision que vous avez toutes prise hier à l’unanimité.
Tu as été choisie comme porte-parole et, même si tu n’as pas accepté cette fonction que contrainte et forcée, il ne faut pas décevoir celles qui ont placé leur confiance en toi.
Cependant tu n’arrives pas à écarter de ton esprit les inquiétudes de tantine Turia ; tu te rassures toi-même en te disant qu’elle se trompe, que votre décision n’a rien à voir avec la politique, et que vous vous battez tout simplement pour votre pain quotidien.
D’ailleurs n’étaient-ce pas ces grands panneaux aux ronds-points qui affichaient le portrait du président de la République en veston-cravate, en tenue de sport, en train de courir le marathon, en blouse d’infirmier en train d’administrer aux enfants des vaccins contre la polio, son épouse à ses côtés, avec une truelle à la main en train de poser la première pierre d’une école ou d’un hôpital, sur un tracteur en train de lancer la construction d’une route, sur un voilier en tenue de skipper, sans tous ces panneaux, tu n’aurais jamais su à quoi ressemblait sa bouille.
Ta seule préoccupation était de savoir comment tu allais faire pour casser au plus vite la quantité de pierre nécessaire pour entrer en possession de cet argent dont tu avais un besoin si urgent.
L’idée d’en revendiquer un nouveau prix n’avait pas été préméditée, elle s’était imposée toute seule, peu à peu, par effraction presque. (…)
Voilà les camions qui arrivent. Il est onze heures, l’attente n’a pas été longue. Le bruit de leurs moteurs diesel, les fumées de gazole, la poussière, les crissements des freins et des pneus, tout cela a failli vous faire sauter de joie. Vous êtes soulagées.
Ils vous avaient dit qu’ils ne reviendraient pas tant que vous n’auriez pas ramené vos prix à dix mille francs et pourtant, ils sont là, ils sont revenus, ce qui montre qu’ils ne peuvent se passer de votre pierre. Mais il ne faut pas leur montrer votre soulagement, vous continuez donc à taper sur votre pierre comme si ces arrivants n’avaient aucune importance. D’habitude, les acheteurs allaient directement inspecter les sacs avec l’arrogance de ceux qui ont de l’argent, se complaisant dans la manière dont vous vous pressiez autour d’eux, telles des poules dans le poulailler s’égaillant autour de celui qui leur jette des graines à picorer ; ils savaient que vous étiez prêtes à subir toutes leurs vexations pour toucher ces fameux dix mille francs. Coup de gueule par ci : Et toi, là, ton sac n’est même pas plein, tu me prends pour un idiot, ajoute quelques cailloux pour bien le remplir si tu veux que je l’achète ! Mais c’est quoi ça ? Tu appelles ça du gravier ? Mais vas-y donc pendant que tu y es, vends-moi carrément les gros blocs que tu vois là-bas.
Coup de pied dans le sac qu’ils renversaient pour montrer à la vendeuse que ses cailloux n’étaient pas cassés assez petits. (…)
-Nous ne refusons pas de vendre –c’est toi qui réponds car tu es celle qui est chargée de porter la parole des autres-, comprenez-vous ! Vous vendiez à trente mille le sac que vous nous achetiez à dix mille.
Depuis que le président de la République a visité le chantier de cet aérodrome et que, furieux parce que les travaux avaient pris du retard, il a menacé de mettre tous les entrepreneurs en prison, vous en avez profité pour augmenter le prix du sac à cinquante mille francs. Cinq fois le prix que vous nous l’achetez. Mais nous aussi nous voulons en profiter. Nous demandons vingt mille francs, il vous restera encore trente mille francs de bénéfice !
Photo de groupe au bord du fleuve, Actes Sud, 2010

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Novelista y dramaturgo, pero también químico, Emmanuel Dongala nació en 1941, de un padre congoleño y de una madre centroafricana, en el Congo Brazzaville.
Después de estudios en los Estados Unidos y en Francia, enseña química en la Universidad de Brazzaville. Anima también el grupo de teatro del Éclair.
Cuando el Congo se hunde en el caos de la guerra civil, en 1997, Dongala abandona su país y encuentra asilo en los Estados Unidos gracias al escritor Philip Roth
« Hoy profesor de química y de literatura africana francófona, Dongala es también un novelista de renombre, observador acerado de un mundo suspendido entre el cielo y el infierno, desde los maquis del África austral (Un fusil dans la main, un poème dans la poche (Un fusil en la mano, un poema en el bolsillo), Albin Michel, 1974), hasta los osarios congoleños poblados por niños soldados (Johnny Chien Méchant (Johnny Perro Malo), Le serpent à plumes, 2002), Photo de groupe au bord du fleuve (Foto de grupo a orillas del río), su sexta novela, se ocupa de los males de la mujer africana, pero en una vena en suma más liviana.
Le Monde des livres, 15-04-2010

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-Después de dos novelas consagradas a la infancia, est avez dedica su libro a las mujeres. ¿Los personajes de situación de inferioridad o de sufrimiento con respecto a los hombres le dan ganas de escribir?
Quise consagrar una novela a dos facetas de la juventud africana actual. La primera, Les petits garçons naissent aussi des étoiles (Los nenes también nacen de las estrellas), muestra mi visión de lo cotidiano de los jóvenes y de la naturaleza de sus relaciones con sus familias en el África urbana, en la “normalidad”. Mientras que en la segunda, Johnny Chien Méchant (Johnny Perro Malo), ise trata de una juventud que intimida a los adultos, a quienes les dan órdenes. Durante la guerra civil, vi sufrir mujeres, mucho más que nosotros, los hombres. Asumían las tareas corrientes, como ocuparse de los niños o encontrar alimentos y llevaban cargas muy pesadas, lo que traía un verdadero sufrimiento físico. Todo esto me marcó mucho y me dió ganas de escribir una novela para estas mujeres, para homenajear su coraje, su tenacidad.
(…)
-Escribió esta novela en segunda persona, y este « vos » representa al personaje principal, Mereana, que se habla a ella misma. ¿Qué distancia trae esto?
-Comencé esta novela en primera persona. Ese « yo » era Mereana, el personaje principal que contaba su historia. Pero me di cuenta de que esto no funcionaba, y que esto podía prestar a confusión ya que se habría podido creer que me representaba a mí, al autor. Tuve entonces otra idea: le pedí a esa mujer que me contara su historia, y yo, sólo la transcribí. Y todo se volvió más fluido. Este “vos” permite mirarse sin complacencia y con distancia. En el “yo”, se hacen a veces cosas que no se ven o que no se comprenden. Gracias a esta leve distancia con respecto a ella misma, puede aprehender mejor su situación, volver para atrás, dejarse inspirar por lo que la rodea. (…)
Entrevista de Thomas Flamerion para Evene.fr, le 10-06-2010

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(…)
-Como ya son las doce, vuelva esta tarde a las catorce.
-Pero…
Golpeó la puerta de la ventanilla. Amaya dudó entonces sobre lo que había que hacer. Volver hasta Moungali tomaría demasiado tiempo, y sería gastar toda esa plata inútilmente, entonces había que esperar. Salió y paseó a lo largo del desembarcadero. Las lanchas llegaban, atracaban, desembarcaban comerciantes que gritaban, aullaban, se peleaban con los aduaneros. Estos últimos, amos absolutos del lugar, empuñaban a las comerciantes, las sobornaban, ladraban órdenes, no dudaban en golpearlas con la varilla cuando, según ellos, no actuaban suficientemente rápido; o entonces confiscaban sus mercaderías que sólo devolvían con una gratificación.
Pero esta mujeres no encontraban nada anormal en estos golpes, en estas injurias y estos ultrajes que los aduaneros les hacían sufrir, ya que, desde su nacimiento, todas la autoridades, coloniales o poscoloniales, renovadoras o redentoras, reaccionarias o revolucionarias, adeptas al socialismo bantú o al socialismo científico marxista-leninista, todas las habían tratado con el mismo desprecio ; y figurarse un mundo en el que los ciudadanos y las ciudadanas fueran tratados con un poco más de dignidad, de compasión y de comprensión estaba más allá de su imaginación más loca. Y ellas estaban allí todos los días, atropelladas, ahogándose bajo el sol, redoblando la vigilancia cada vez que un aduanero u otro personaje sospechoso se acercaba demasiado de su mercadería.
Amaya ganaba también su vida con este pequeño comercio. Aprovechando la baja del Zaire en el mercado negro, iba a comprar algunas cositas a Kinshasa, manteca, aceite, jabón, harina –para citar algunas- que iba a vender al por menor en Brazzaville de noche en su barrio, a la luz de una candela hecha con un trapo de paño mojado en kerosén. Durante el día, vendía en el mercado de la Estación donde hacía sus mejores negocios; las había echado de allí a golpes de botas militares o de palas, o de a topadoras, el día en que el presidente había decidido ubicar al mercado en su itinerario diario; su seguridad primaba sobre el sustento cotidiano del pueblo. (…)
Jazz et vin de palme (Jazz y vino de palma), Portrait d’Augustine Amaya (Retrato de Augustine Amaya) , Le serpent à plumes, 1996

The day will not save them
And we own the night
LeRoi Jones (Imanu Baraka)
El día no los salvará
Y la noche nos pertenece

Cuando llego a una ciudad desconocida, me gusta a menudo descubrirla de noche, entre esas horas mal definidas y fugitivas en las que el día se muere y la noche emerge gradualmente para cubrirla con el velo de su dominio. En esos momentos uno captura mejor las pulsiones secretas de una ciudad, sus temores y esperanzas, en los que se sorprende todo lo que duda aún entre parecer y desaparecer, el momento en que los hombres y las cosas están menos en guardia. Es la hora de los olores particulares, humos con gusto a madera y petróleo, faroles sol de noche y velas que surgen de pronto, parpadeando como miles de luciérnagas alineadas a lo largo de las veredas donde se vende mandioca, brochettes, maní asado… Y luego esos rumores, propios de cada ciudad, hechos de voces apagadas, de gritos de mujer buscando a la progenie que todavía no volvió al seno familiar, de ladridos de perros, de ruidos de motores, de cabarets que aúllan canciones de moda. Es finalmente la hora en que aparecen en las esquinas los primeros enamorados vueltos anónimos por el día que se va, y las primeras bellas de noche, mariposas nocturnas trasfiguradas como odaliscas extrañamente deseables con el suave terciopelo de la noche. ¡Qué embriagadores son estos instantes de intervalo, pródromo y presentimiento de las noches africanas. (…)
La gente de Pointe-Noire es gran bebedora de cerveza y de vino tinto importado, lo que hace que en esta hora en que comienza la noche, invaden los bares como los insectos nocturnos corren hacia la luz, para apagar una sed acumulada durante todo el día en esta ciudad donde hace particularmente calor a pesar de la presencia del mar. Tienen el vino alegre, son encantadores y regalones, y como todos los pueblos del sur, entre los cuales me cuento, son a veces vanos, a menudo fanfarrones pero, rasgo simpático, les gustan las mujeres. Estaba hundido en mis elucubraciones sociológicas cuando sentí un golpe amigable en mi hombro derecho seguida por una exclamación: -¡Pero, si es Kuvezo!
-¡Ah! Sos vos, dije, haciendo trabajar furiosamente mis células grises ya que, él, el me había reconocido, su nombre… Lo tenía en la punta de la lengua… Caliente, fiat lux, un relámpago : Kali Tchikati ! Pero sos vos, Kali Tchikati, no es posible, ¿qué hacés acá?
Pidió una gran botella de vino tinto como digno hijo del lugar; seguimos con nuestros saludos hasta que trajeron la botella.
-A nuestra salud y por nuestro encuentro, mi querido Kali, dije, levantando mi vaso.
-Y por los antepasados también, contestó, volcando en el piso algunas gotas de su vino.
Primero pensé que seguía burlándose de esos teóricos del mito de la autenticidad contra quienes había, como buen progresista, militado toda su vida. Y sin embargo había en su gesto algo más, de, como decirlo, de auténtico, casi un acto de fe. Esto me sorprendió mucho pero no me detuve en ello. Bebimos entonces, yo mi cerveza, él su vino, ese mal vino tinto que Francia nos enviaba cuando hacía limpieza en el fondo de sus bodegas y de sus cubas; un solo vaso bastaba para darme una migraña lancinante durante horas; parecía, por lo contrario, que el efecto fuera inverso en Kali ya que, después de haber bebido un vaso, la excitación que había manifestado hacía un rato al verme se había caído completamente: Volvía a tener su mirada inquieta de personaje acechado. ¿Qué le ocurría ?
-Decime, Kali Tchikati, ¿qué anda mal? Parecés inquieto, parecés perseguido por todos los demonios de la noche.
-¡No te equivocás! En efecto, estoy perseguido.
-¿Por qué? ¿Por quién? Creía que habían terminado tus problemas con el Partido.
No dijo nada durante un momento, luego vació la mitad de su vaso y dijo:
-Mi querido Kuvezo, tenés delante a alguien que va a morir pronto; fui hechizado por mi tío paterno.
Fue la frase que me tiró Kali Tchikati a la cara. Creí por un instante que bromeaba, iba a reír diciendo que no lo creía cuando fui detenido por la lúcida desesperación que leí en el fondo de sus ojos, grandes ventanas abiertas al profundo desamparo de su alma. Comprendí que hablaba en serio. A pesar de todo, me era difícil creer en su « conversión », pensar que Kali Tchikati pudiese creer en la brujería o por lo menos en manifestaciones místicas y metafísicas en las cuales cree la gente de nuestra sociedad. No pude dejar de apurarlo un poco:
-Vos, Kali, ¿embrujado? Bromeás, ¿no es cierto?
-No hay dudas, mi tío me quiere « comer ».
-Vamos, vamos, vos el materialista, con seis años de formación ideológica en Moscú, ex director de nuestra escuela del Partido y responsable de la propaganda ideológica, vos que querías transformar a todos los templos e iglesias en museos, vos…
-Comprendo que puedas no entender.
-¡Y cómo!
Jazz et vin de palme (Jazz y vino de palma), L’étonnante et dialectique déchéance du camarade Kali Tchikati (La asombrosa y dialéctica decadencia del camarada Kali Tchikati), Le serpent à plumes, 1996.

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Cuando volví totalmente en mí, vi que me encontraba sobre una pequeña columna, dominaba así el campo de batalla como un general en campaña. Lo que veía no era lindo: tiros, culatazos que caían sobre los hombres, las mujeres, los niños que trataban de huir. Estaba indignado. Me puse a pensar de golpe en el golpe de borceguí que había recibido en el trasero: imaginen si lo hubiera recibido adelante, ¡en mis joyas de familia! ¿Habría podido levantarme? La ira subió en mí y me puse furioso. ¿Por qué unos hombres hacían sufrir a otros hombres? ¿Por qué golpeaban a esas mujeres que no conocían y que no les habían hecho nada? Esa gente que sólo quería expresarse y que sólo querían reclamar la libertad de papá. Pero realmente, ¿esa gente no reclamaba acaso democracia? Si yo no hubiera venido a reclamar la libertad de papá, habría recibido esa patada que habría podido dejar mis joyas de familia en compota? Y fue de pronto una revelación, una iluminación: combatíamos por la democracia. En verdad, eso golpe de tamango en mi pan dulce me había hecho entender el sentido de la democracia.
Me sobresalté de golpe. Vi primero un camión militar sin lona salir del recinto de la prisión y detenerse delante de un oficial que daba órdenes. Inmediatamente surgió una mujer, expulsada del interior del recinto como un diablo con resorte. ¡Reconocí a mamá! Se arrojó sobre la plataforma trasera del vehículo, es rechazada violentamente, se cae. La sangre se me subió a la cabeza y me puse a correr por la bajadita de la colina en la que me encontraba. Corría como un demente, sin pensar en la puntada en el costado que comenzaba a dolerme. Mientras tanto, mamá se había levantado, se había agarrado sólidamente de la carrocería y gritaba, gritaba. No tardé en entender por qué: papá estaba allí, rodeado por soldados que se burlaban visiblemente de él, le tiraban del cabello, lo golpeaban, le metían un cigarrillo entre los labios, a él que no fumaba, y no dejaban de quemarlo. Mientras corría hacia el camión, aullé: «¡Papá! ¡papá!»
Había casi llegado cuando arrancó brutalmente el camión, llevando a mamá durante varios metros hasta que se soltó. ¡Ay! Por suerte había atado sólidamente su ropa como lo hacen las mujeres que se preparan para la pelea, sino hubiera quedado sin nada encima. Mi cabeza era como la aguja de una brújula enloquecida, tanto oscilaba entre papá y mamá. Finalmente antes de precipitarme hacia mamá, mi mente grabó una última visión fugitiva de papá, papá agarrado, humillado pero socarrón y digno bajo los golpes y las injurias, papá yendo en un camión hacia un destino desconocido. Y creí revivir los últimos momentos de la vida de Lumumba cuya cassette habíamos visto dos o tres veces ante la insistencia de papá que decía que nuestra generación debía conocer la historia de África. Lumumba, un combatiente de la libertad de la época del abuelo. Lumumba, entregado a sus asesinos por Mobutu. Lumumba golpeado, torturado, humillado, Lumumba en un camión dirigiéndose hacia su muerte en Katanga. ¡Lumumba! ¡Papá!
Les petits garçons naissent aussi des étoiles Los nenes también nacen de las estrellas), Le serpent à plumes, 1998

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LAOKOLÉ
El general Giap proclamó un pillaje general de cuarenta y ocho horas. Apagué en seguida la radio, tomé el farol y corrí hacia la cabañita que usábamos de galpón para ver si la carretilla estaba allí y en buen estado. Sí, estaba allí, volcada sobre la caja. Hice girar su única rueda. Giraba bien, pero chirriaba un poco. Fui a la cocina a buscar un poco de aceite de palma que nos quedaba; la engrasé y la probé de nuevo. Ya no chirriaba. A pesar del óxido que había empezado a roer parte de la carrocería, estaba en perfecto estado de funcionamiento y sus dos angarillas eran sólidas.
Volví a la casa. Levanté el paño que servía de cortina entre mi habitación y la de mamá: seguía durmiendo. ¿Despertarla o dejarla dormir un poco más? Dudé un momento y luego decidí despertarla a último momento; la noche había sido muy difícil para ella y sólo hacia las tres de la mañana los dos comprimidos efervecentes de aspirina que la había obligado a tomar habían calmado los dolores de sus piernas fracturadas y le habían permitido dormirse. Iba a dejarla descansar media hora más. Dejé caer el paño y me dirigí hacia Fofo, mi hermano menor, que compartía conmigo la habitación ; seguía roncando, confortablemente acostado sobre su colchón de espuma de goma tirado en el piso al lado de mi cama. Lo sacudí brutalmente. A los once años, pronto doce, ya no era un niño. Tenía edad suficiente para ayudar a la familia.
Johnny Chien Méchant (Johnny Perro  Malo), Le serpent à plumes, 2002

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Te sacás el canasto que llevás en la cabeza y lo agarrás por las asas.
Eso te permite balancear más ampliamente tus brazos y así caminar más rápido.
Tenés apuro por llegar a la cantera antes que los primeros vehículos de compradores se presentaran para anunciarles la decisión que tomaron todas ayer con unanimidad.
Fuiste elegida como portavoz y, aún si no aceptaste esta función más que obligada y forzada, no hay que decepcionar a las que te dieron su confianza.
Sin embargo, no llegás a apartar de tu mente las inquietudes de tía Turia ; te tranquilizás a vos misma diciéndote que se equivoca, que la decisión de ustedes no tiene nada que ver con la política y que se pelean simplemente por el pan de cada día.
No fueron acaso esos grandes carteles en los cruces que afichaban el retrado del presidente de la República de saco y corbata, de sport, corriendo la maratón, con guardapolvo de enfermero administrando a los niños una vacuna contra la polio, con su esposa a su lado, con una cuchara de albañil poniendo la primera piedra de una escuela o un hospital, en un tractor lanzando la construcción de una ruta, en un velero vestido de capitán, sin todos esos carteles, nunca hubieras sabido cual era su jeta.
Tu única preocupación era saber cómo ibas a hacer para romper lo más rápido posible la cantidad de piedra necesaria para ganar ese dinero que necesitabas con urgencia. (…)
La idea de reivindicar un nuevo precio no era premeditada, se habia impuesto sola, poco a poco, casi por efrección. (…)
Y aquí llegan los camiones. Son las once, la espera no fue larga. El ruido de sus motores diesel, el humo del gasoil, el polvo, los crujidos de los frenos y de los neumáticos, todo esto estuvo por hacerlas saltar de alegría. Están aliviadas.
Les habían dicho que no volverían hasta tanto no hubieran vuelto los precios a mil francos, y están allí, volvieron, lo que muestra que necesitan la piedra de ustedes. Pero no hay que mostrarles el alivio, siguen entonces golpeando la piedra como si los que llegan no tuvieran ninguna importancia. Habitualmente, los compradores iban directamente a inspeccionar las bolsas con la arrogancia de los que tienen plata, complaciéndose con la manera con que se agolpaban ustedes a su alrededor, como gallinas en el gallinero alegrándose alrededor de aquel que les arroja los granos para picotear; sabían que estaban listas a sufrir cualquier vejación para cobrar los famosos mil francos. Griterío por aquí : ¡Y vos, tu bolsa ni siquiera está llena, me tomás por un idiota, agregá algunas piedras para llemarlo bien si querés que te compre! ¡Pero qué est esto? ¿A esto lo llamás pedregullo? Ya que estamos vendeme directamente los bloques que ves allá.
Patada también en la bolsa que volcaban para mostrar a la vendedora que las ´piedras no se habían roto lo bastante pequeñas. (…)
-No nos negamos a vender –contestás vos pues sos la encargada de llevar la palabra de las otras-, ¡comprenden! Vendían a treinta mil la bolsa que compraban a diez mil.
Desde que el presidente de la República visitó la obra de ese aerodromo y que, furioso porque la construcción se había retrasado, amenazó con poner a todos los empresarios en la cárcel, aprovecharon para aumentar el precio de la bolsa a cincuenta mil. Cinco veces el precio con el que nos las compran. Pero nosotras también queremos aprovechar. Pedimos veinte mil, les quedarán todavía treinta mil de beneficio.
Photo de groupe au bord du fleuve (Foto de grupo a orillas del río) , Actes Sud, 2010