Les écrivains français ne sont pas francophones

Le titre de cet article peut sembler absurde. C’est, cependant ce que laisse penser le chapeau de celui paru dans Le français dans le monde 424 (juillet-août 2019), signé Jacques Pécheur, sous le titre Écrivains francophones, écrivains du monde.
« Les écrivains français et francophones sont de plus en plus traduits mais chacun a son territoire de prédilection. »
Il s’agit donc de deux catégories bien distinctes et mon affirmation, apparemment incongrue, ne fait référence qu’à la première définition du mot « francophone » du dictionnaire Larousse, « Qui parle français ».

Or, laissant de côté l’ironie, ce qui me désole dans cette formule « écrivains français et francophones », c’est qu’il s’y cache, même inconsciemment, un relent du colonialisme sous son masque le plus hypocrite, celui d’une France «  mère des arts, des armes et des lois » qui continue « de dispenser ses lumières et bienfaitrice universelle, soucieuse d’apporter la civilisation aux peuples vivant dans les ténèbres », comme l’affirmèrent si bien, en 2007, les 44 écrivains signataires du manifeste Pour une littérature monde en français, dont Édouard Glissant, J.-M. G. Le Clézio, Amin Maalouf, Alain Mabanckou, Maryse Condé, Jean-Luc V. Raharimanana, Jean Rouaud, Boualem Sansal…

Cette idée de la « France, mère des arts, des armes et des lois » fut celle qui permit l’élection de Mme  Louise Mushikiwabo, ancienne ministre des Affaires étrangères du Rwanda, comme Secrétaire générale de l’Organisation internationale de la Francophonie. Candidature présentée et soutenue par le président Macron et dont l’objectif principal était de faire baisser la tension entre la France et le Rwanda depuis le génocide de 1994.
Ceci  donne raison à la lettre ouverte adressée le 15 janvier 2018, par l’écrivain Alain Mabanckou au président Macron qui lui avait proposé de collaborer aux travaux de réflexion qu’il souhaitait engager autour de la langue française et de la Francophonie. Une lettre qui s’achève ainsi :

« Dois-je rappeler aussi que le grand reproche qu’on adresse à la Francophonie «institutionnelle» est qu’elle n’a jamais pointé du doigt en Afrique les régimes autocratiques, les élections truquées, le manque de liberté d’expression, tout cela orchestré par des monarques qui s’expriment et assujettissent leurs populations en français? Ces despotes s’accrochent au pouvoir en bidouillant les constitutions (rédigées en français) sans pour autant susciter l’indignation de tous les gouvernements qui ont précédé votre arrivée à la tête de l’Etat.
Il est certes louable de faire un discours à Ouagadougou à la jeunesse africaine, mais il serait utile, Monsieur le Président, que vous prouviez à ces jeunes gens que vous êtes d’une autre génération, que vous avez tourné la page et qu’ils ont droit, ici et maintenant, à ce que la langue française couve de plus beau, de plus noble et d’inaliénable: la liberté.
Par conséquent, et en raison de ces tares que charrie la Francophonie actuelle – en particulier les accointances avec les dirigeants des républiques bananières qui décapitent les rêves de la jeunesse africaine –, j’ai le regret, tout en vous priant d’agréer l’expression de ma haute considération, de vous signifier, Monsieur le Président, que je ne participerai pas à ce projet. »

De mon côté, simple professeur de FLE de la province argentine, je soutiens depuis longtemps cette idée du français langue monde. Je m’indigne encore quand un manuel comme Latitudes 1 (Régine Mérieux, Yves Loiseau, Didier, 2013) nous présente l’écrivain Raphaël Confiant comme un auteur francophone. Serait-ce parce qu’il s’agit d’un romancier martiniquais et noir ?
Je considère,  d’ailleurs, et cette idée n’engage que moi, qu´’actuellement,  la meilleure littérature en français, sauf quelques exceptions, est produite hors de l’Hexagone, aussi bien en Afrique qu’aux Antilles (Martinique, Guadeloupe et, bien évidemment Haïti).  J’ajouterai même qu’à mon avis, le Martiniquais Patrick Chamoiseau est l’écrivain en français le plus talentueux suivi de très près du Congolais Alain Mabanckou. Quant à l’espoir, il se trouve peut-être aux Comores avec le jeune Ali Zamir, ou bien à Haïti avec le poète James Noël.

Je voudrais conclure avec une citation d’Alain Mabanckou lui-même, qui, le 12 février 2018, publia dans l’Obs, avec le grand historien Achille Mbembé, Le français, notre bien commun.

« Nous militons pour une langue-monde, une langue planétaire, une langue de l’en-commun, véhicule de circulation au croisement des forces de vie et d’ouverture; une langue dont l’humanité dans son ensemble pourrait se servir dans le but de partager des paroles neuves et engagées, qui interrogent notre destin dans ce qu’il a à la fois de commun et de particulier.
Nous militons pour une langue française qui serait véritablement un bien commun; qui ferait résolument partie du patrimoine planétaire. Et, au sein de cette langue planétaire, nul ne viendrait d’ailleurs. Nul ne serait considéré comme étranger. Nul n’aurait besoin de visa. Tous et toutes jouiraient d’un droit égal de séjour. Seul compterait alors le langage que chacun inventerait (ou réinventerait) dans cette langue et grâce à elle.
Nous sommes conscients, et nous ne sommes plus les seuls, que l’avènement d’une telle langue passera inévitablement par la reconsidération de la Francophonie institutionnelle et politique, dans une autopsie salutaire qui favoriserait enfin l’émergence d’une véritable francophonie des peuples. »

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Agnès Varda

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Agnès! Agnès Varda vient de mourir. J’ai l’impression d’avoir perdu une amie. Une amie très chère.
Il y a un peu plus d’une semaine, j’ai eu le bonheur de voir son dernier film. Une causerie l’appelait-elle. La leçon magistrale d’une cinéaste hors pair, d’une femme engagée, engagée aussi bien avec son art qu’avec la vie. Varda par Agnès se terminait avec cette phrase : « Je disparais dans le flou, je vous quitte ». « À la prochaine, Agnès ! », me suis-je dit, la croyant immortelle, comme l’on croit immortels tous ceux que l’on admire, tous ceux que l’on aime.
https://www.youtube.com/watch?v=fyWC35JOO_I

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Or, il s’agissait d’un adieu et si un jour je retourne rue Daguerre, dans le XIVème arrondissement de Paris, je n’aurai plus l’espoir de voir Agnès sortir de sa maison rose. Cette rue Daguerre qu’elle avait couverte de sable pour Les plages d’Agnès, son film de 2008.
Ces plages où elle disait : « Je suis chanceuse d’être en vie. J’ai cette énergie de vie. Cela dit, je suis vieille. Ma mémoire s’en va tranquillement. C’est la raison pour laquelle j’ai voulu tracer cet autoportrait. »
https://www.youtube.com/watch?v=7xBOQtG_FJA

Une femme engagée, une féministe de la première heure qui a signé, en 1971, « le manifeste des 343 salopes » réclamant une loi sur l’avortement, Agnès Varda tourna, en 1975, un court-métrage, Réponse des femmes, qui demandait le droit pour les femmes de décider librement sur leur sexualité.
https://www.youtube.com/watch?v=xlrZIbwPZI8ès
Agnès Varda, a d’ailleurs voulu, dès ses débuts comme photographe, montrer la complexité du monde et sa beauté.

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Dans les années 50, elle fut donc la photographe du TNP, ses modèles étant Jean Vilar, Gérard Philipe, Maria Casares, Philippe Noiret qui fut le protagoniste avec Sylvia Montfort, de son premier film, La pointe courte, où l’on trouve déjà tout ce qui fera l’esthétique Varda, les influences littéraires et picturales, une distanciation un peu brechtienne, l’emploi d’acteurs non professionnels…
https://www.youtube.com/watch?v=lrJE9Jmpquw
Et puis, en 1961, un chef-d’œuvre, Cléo de 5 à 7, où nous suivons dans Paris, et pendant deux heures, une femme qui attend un résultat médical. Nous y retrouvons l’une des caractéristiques marquantes du style Varda, la fiction se déroulant dans un cadre presque documentaire.
https://www.youtube.com/watch?v=TnzD-XRXiHk
Nous retrouvons cette caractéristique dans Sans toit ni loi (1985), un film dur qui suit l’errance d’une jeune SDF, avant que le terme SDF n’existe.
https://www.youtube.com/watch?v=73rzSNzjGF4
Jusqu’aux années 2 000, les documentaires et les fictions se sont alternés dans l’œuvre d’Agnès Varda.

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À la fin des années 60, elle se retrouve dans une Californie en pleine ´effervescence où elle tourne Black Panthers (1968) sur le mouvement de contestation afro-américain.
https://www.youtube.com/watch?v=g0ykB4jGaxo
La liberté sexuelle, la drogue et le mouvement ‘peace and love’ sont les sujets du long-métrage de fiction Lions love… (and lies).
https://www.youtube.com/watch?v=3zzYEqr8UKE
En 1975, elle tourne Daguerréotypes, dans la rue Daguerre où se trouve la maison qu’elle partage avec l’homme de sa vie, le cinéaste Jacques Demy.
https://www.dailymotion.com/video/xykwk0
Deux ans plus tard, L’une chante, l’autre pas, un manifeste féministe encore d’actualité rappelle à quel prix les droits des femmes ont été conquis.
http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19469345&cfilm=1485.html

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Les années 2 000 sont un tournant dans la carrière d’Agnès Varda. Elle ne tourne plus que des documentaires et devient plasticienne.
Les Glaneurs et la Glaneuse met son objectif sur tous ceux qui, en ville ou à la campagne, sont en contact avec les restes des autres. « On ne peut plus regarder comme avant ceux qui soulèvent les couvercles des poubelles » , dit-elle.
https://www.youtube.com/watch?v=6_vGlBv5gC8
Dans la foulée, elle présente son installation Patatutopia, où la pomme de terre devient un objet, un symbole, susceptible de rendre compte de l’action du temps.
Après Les plages d’Agnès (2010), Varda présente, en 2017, Visages Villages, un voyage à travers la France qu’elle entreprend avec le photographe et artiste de rue JR, à la recherche des gens, des gens ordinaires qui ne son, bien entendu, pas si ordinaires que cela.
https://www.youtube.com/watch?v=jc2dU9-fves
Et puis, présentée sur Arte, il y a moins de deux semaines, cette éblouissante leçon de cinéma, et de vie, qu’est Varda par Agnès.

Agnès Varda s’est donc éteinte ce 29 mars. Il nous reste son œuvre foisonnante et lumineuse, miroir de son talent et de son engagement indéclinable.

FESTIVAL PREMIERS PLANS 2018

Varda vue par une amie, Jane Birkin (FranceInfo, 20-03-2019)
« Je garde de ma rencontre avec Agnès Varda, le souvenir de son incroyable impertinence, son regard envers les autres, cette curiosité… Je n’ai jamais connu quelqu’un aussi curieux qu’Agnès. La vie avec elle – pratiquement deux ans qu’on a passés ensemble – chaque jour on changeait de lieu, d’idée, de fantasme. Je garde d’elle aussi un personnage qui était extraordinairement tendre. Quand ma fille est morte, elle était assise à la maison, vraiment c’était une personne tendre. Et je pense que de toute façon ça se voit dans son cinéma cette préoccupation de la vie des autres. C’était comme un merveilleux écureuil qui avait son sac de noix et qui avait un regard pétillant sur absolument tout.
On ne s’emmerdait jamais avec elle. Je me souviens qu’une fois on est parties pour l’Afrique du Nord et on était arrêtées à Madrid et elle m’a dit ‘tu ne penses pas que tu vas attendre dans un salon loundge première classe, quel ennui, on va tout de suite aller au musée du Prado’ et nous y sommes allées dans un taxi vite fait pendant 1 heures 30.(…)
Elle était extraordinairement féministe, elle était pour les femmes, elle était très engagée. C’était dans ses films, c’était dans son œuvre. C’est assez incroyablement impossible d’imaginer qu’elle ne soit pas là, parce qu’on était habitués à ce qu’elle continue, elle résistait contre tout avec toujours cette curiosité. Ses plans c’était jamais n’importe quoi. C’était une visionnaire, quelqu’un qui avait un esthétisme parce que ça lui plaisait et elle aimait partager tout ce qu’elle savait avec les autres et sans être chiante. »

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Varda vue par elle-même (L’Express, 20-03-2019)
« Je suis féministe oui, et donc furieuse des inégalités homme-femme, mais je suis aussi très positive, car les luttes que nous avons menées dans les années 1960-1970 ont porté leurs fruits. Nous avons obtenu des choses tout de même ! Qu’on puisse avoir des enfants désirés, interrompre une grossesse non voulue… Certes, on fait trois pas en avant, deux en arrière. L’histoire hoquette. On s’en aperçoit mieux quand on a vécu longtemps. Les choses avancent lentement. Le souci, c’est qu’une vie, ça passe vite. (…) Faire, c’est créer. Créer, c’est partager. Et cela suffit à mon bonheur. Je voudrais être un chat parce qu’ils arrivent à être indifférents et très présents. Avec l’âge, on acquiert une relative sérénité, et en même temps on est tellement fâchés, mais impuissants. L’échappatoire, c’est être artiste parce qu’on ne se sent pas complètement inutile. On vit avec des douleurs permanentes, le deuil, la perte, la conscience… La vieillesse n’est pas un concept. On se construit au jour le jour. On a conscience des choses avec une obligation d’oubli pour ne pas vivre tourmentée. On est mieux que ce qu’on pense être. Il y a en a nous un « ça » qui travaille. Une force qui crée, et cela nous réconcilie avec nous-même. Je suis d’ailleurs plus indulgente au quotidien, mais plus féroce vis-à-vis des crabes, des méchants, des pourris, des tricheurs… Là par exemple, la campagne présidentielle me rend folle de rage : en six mois, le mot culture n’a pas été prononcé une seule fois ! C’est douloureux. Quel que soit le futur dirigeant, s’il ne pense pas qu’une culture forte aide les gens à vivre, c’est perdu d’avance. La culture ne résoudra pas un problème social ou l’augmentation du prix du chou-fleur, mais on peut proposer aux gens des expos, de la musique, des livres, et à travers ça le respect de l’autre, une philosophie… Si on ne peut offrir cela, c’est honteux de gouverner un pays. »

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¡Agnès! Agnès Varda acaba de morir. Tengo la impresión de haber perdido a una amiga. Una amiga muy querida.
Hace poco más de una semana tuve la felicidad de ver su última película. La llamaba una charla. La lección magistral de una cineasta sin igual, de una mujer comprometida, comprometida tanto con su arte como con la vida. Varda por Agnès se terminaba con esta frase: « Desaparezco en lo borroso. Los dejo.” « ¡Hasta pronto, Agnès! » me dije, creyéndola inmortal, como creemos inmortales a todos los que admiramos, a todos los que queremos.
https://www.youtube.com/watch?v=fyWC35JOO_I

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Se trataba, empero, de un adiós, y si un día vuelvo a la calle Daguerre, en el distrito XIV de París, ya no tendré la esperanza de ver salir a Agnès de su casa rosa. Esta calle Daguerre que había cubierto de arena para Las playas de Agnès, su film de 2008.
Esas playas en las que decía: « Tengo suerte de estar viva. Tengo esta energía de vida. Dicho esto, soy vieja. Mi memoria se va tranquilamente. Es la razón por la cual quise trazar este autorretrato ».
https://www.youtube.com/watch?v=7xBOQtG_FJA
Una mujer comprometida, una feminista de la primera hora que firmó, en 1971, el « manifiesto de las 343 putas » que reclamaba una ley sobre el aborto, Agnès Varda rodó, en 1975, Respuesta de las mujeres, que pedía para las mujeres el derecho de decidir libremente sobre su sexualidad.
https://www.youtube.com/watch?v=xlrZIbwPZI8

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Agnès Varda, quiso, por otra parte, desde sus comienzos como fotógrafa, mostrar la complejidad del mundo, y su belleza.
En los años 50, fue entonces la fotógrafa del TNP (Teatro Nacional Popular), siendo sus modelos Jean Vilar, Gérard Philipe, Maria Casares, Philippe Noiret quien fue el protagonista junto a Sylvia Montfort, de su primera película, La pointe courte, en que encontramos todo lo que hará la estética Varda, las influencias literarias y pictóricas, una distanciación un poco brechtiana, el uso de actores no profesionales…
https://www.youtube.com/watch?v=lrJE9Jmpquw
Y luego, en 1961, una obra maestra , Cléo de 5 à 7, en que seguimos en París, y durante dos horas, a una mujer que espera un resultado médico. Encontramos allí una de las características descollantes del estilo Varda, la ficción que se desarrolla en un marco casi documental.
https://www.youtube.com/watch?v=TnzD-XRXiHk
Volvemos a encontrar esta característica en Sin techo ni ley, un film duro sobre el vagabundeo de una joven sin domicilio fijo, antes de que existiera este término en Francia.
https://www.youtube.com/watch?v=73rzSNzjGF4
Hasta los años 2.000, los documentales y las ficciones se alternaron en la obra de Agnès Varda.

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A fines de los años 60, se encuentra en una California en plena efervescencia donde rueda Black Panthers (1968) sobre el movimiento de protesta afroamericano.
https://www.youtube.com/watch?v=g0ykB4jGaxo
La libertad sexual, la droga y el movimiento ‘peace and love’ son los temas del largometraje de ficción Lions love… (and lies).
https://www.youtube.com/watch?v=3zzYEqr8UKE
En 1975, filma Daguerréotypes, en la calle Daguerre donde se encuentra la calle que comparte con el hombre de su vida, el cineasta Jacques Demy.
https://www.dailymotion.com/video/xykwk0
Dos años más tarde, L’une chante, l’autre pas, (Una canta, la otra no), un manifiesto feminista aún de actualidad recuerda a qué precio se conquistaron los derechos de la mujer.
http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19469345&cfilm=1485.html
Los años 2.000 son un cambio en la carrera de Agnès Varda. Sólo filma documentales y se vuelve artista plástica.

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Les Glaneurs et la Glaneuse (Los espigadores y la espigadora) pone su objetivo en todos aquellos que, en el campo y la ciudad, están en contacto con los restos de los otros. « Ya no se puede mirar como antes a aquellos que levantan la tapa de los tachos de basura », dijo.
https://www.youtube.com/watch?v=6_vGlBv5gC8
Consecuentemente, presenta su instalación Patatutopia, en la que la papa se vuelve uun objeto, un símbolo, susceptible de dar cuenta de la acción del tiempo.
Después de Les plages d’Agnès (Las playas de Agnès)(2010), Varda presenta, en 2017, Visages Villages, (Rostros y lugares), un viaje a través de Francia que emprende con el fotógrafo y artista de calle JR, en busca de gente, de gente ordinaria que, por supuesto, no es tan ordinaria.
https://www.youtube.com/watch?v=SLPLzyK2urs
Y luego, presentada ppor Arte hace menos de dos semanas, esta deslumbrante lección de cine, y de vida, que es Varda por Agnès.

Agnès Varda se apagó entonces este 29 de marzo. Nos queda su obra abundante y luminosa, espejo de su talento y de su compromiso indeclinable.

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Varda vista por una amiga, Jane Birkin (FranceInfo, 20-03-2019)
« Conservo de mi encuentro con Agnès Varda, el recuerdo de su increíble impertinencia, su mirada para con los otros, esa curiosidad… Nunca conocí a alguien tan curioso como Agnès. La vida con ella –pasamos juntas prácticamente dos años- cambiábamos cada día de lugar, de idea, de fantasma. Conservo de ella también un personaje extraordinariamente tierno. Cuando murió mi hija, estaba sentada en casa, era realmente una persona tierna. Y pienso que por otra parte eso se ve en su cine, esa preocupación por la vida de los otros. Era como una ardilla maravillosa que tenía su bolsa de nueces y que tenía una mirada brillante sobre absolutamente todo.
Una no se embolaba nunca con ella. Recuerdo una vez que fuimos a África del Norte y habíamos parado en Madrid y me dijo ‘no pesarás que vas a esperar en un salón loundge de primera clase, que aburrimiento, ya nos vamos al museo del Prado y fuimos en taxi, rapidito durante una hora y media.(…)
Era extraordinariamente feminista, estaba del lado de las mujeres, era muy comprometida. Está en sus films, está en su obra. Es bastante increíblemente imposible imaginar que no esté, porque estábamos acostumbrados a que continuara, resistía en contra de todo siempre con esa curiosidad. Sus panes nunca eran cualquier cosa. Era una visionaria, alguien que tenía una estética porque eso le gustaba y le gustaba compartir todo lo que sabía con los otros y sin ser aburrida

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Varda vista por ella misma (L’Express, 20-03-2019)
« Soy feminista, sí, y luego furiosa por las desigualdades hombre y mujer, pero soy también muy positiva ya que las luchas que llevamos a cabo en los años 1960-1970 han dado sus frutos. ¡De todos modos hemos obtenido cosas! Que se puedan tener hijos deseados, interrumpir un embarazo no deseado… Es cierto que damos tres pasos hacia adelante y dos hacia atrás. La historia tartamudea. Una se da cuenta mejor cuando ha vivido mucho. Las cosas avanzan lentamente. El problema es que una vida pasa rápidamente. (…)
Hacer es crear. Crear es compartir. Y esto basta para hacerme feliz. Quisiera ser un gato porque llegan a ser indiferentes y muy presentes. Con la edad una adquiere una relativa serenidad y al mismo tiempo estamos realmente enojados, pero impotentes. . La escapatoria es ser artista porque uno no se siente completamente inútil. Se vive con dolores permanentes, el duelo, la pérdida, la conciencia… La vejez no es un concepto. Nos construimos día a día. Tenemos una conciencia de las cosas con una obligación de olvido para no vivir atormentados. Estamos mejor de lo que pensamos estar. Hay en nosotros un “algo” que trabaja. Una fuerza que crea y eso nos reconcilia con nosotros mismos. Soy por otra parte más indulgente en lo cotidiano, pero más feroz para con los cangrejos, los malvados, los podridos, los tramposos… Ahora por ejemplo, la campaña presidencial me vuelve loca de rabia: en seis meses, ¡la palabra cultura no ha sido pronunciada una sola vez! Es doloroso. Cualquiera sea el futuro dirigente, si no piensa que una cultura fuerte ayuda a la gente a vivir, está todo perdido de antemano. La cultura no resolverá un problema social o el aumento del precio del coliflor pero se pueden proponer a la gente exposiciones, música, libros, y a través de ello el respeto del otro, una filosofía… Si no se puede ofrecer esto, es vergonzoso gobernar un país

 

¡Un New Deal verde, rápidamente!

Es esta mi traducción de un editorial de Pascal Riché aparecido en L’Obs del 14 de febrero. Hay una emergencia ecológica en el mundo y nuestros gobernantes miran para otro lado.

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¡Un New Deal verde, rápidamente!

¡Den la alerta a los bebés!, cantaba hace unos cuarenta años Jacques Higelin. Hoy son los bebés que nos dan la alerta. En realidad, más bien los adolescentes: esos “acteenvistes”, como se los llama a veces (“teen” por “teenagers”:adolescentes), a quienes consagramos nuestra tapa (leer pág.26). Este viernes, en numerosos países, estudiantes secundarios protestarán contra el calentamiento climático. En París marcharán con todos aquellos que quieren movilizar a los gobiernos para que actúen por fin.
Hasta ahora la respuesta de estos últimos está lejos de estar a la altura de la urgencia.
Queda muy poco tiempo para evitar el desastre. La concentración de CO2 en la atmósfera alcanzó en marzo un nivel nunca visto desde hace dos millones de años según las últimas mediciones del observatorio de Mauna Loa. Y si escuchamos a los especialistas del Ciec (Grupo de expertos intergubernamental sobre la Evolución del Clima), la ventana para volver a tomar el control de las emisiones de gas con efecto invernadero y evitar un calentamiento de más de 2º que arruinaría al planeta se cerrarán en 2030. Sólo nos quedan 11 años para evitar lo irremediable.
Nada impide a los humanos detener esta mecánica loca, si deciden darse los medios y tirar abajo sus viejos modelos. Pero esto sólo ocurrirá con medidas fuertes. En los Estados Unidos, la enérgica y punzante dipputada demócrata de 29 años, Alexandria Ocasio-Cortez, promueve uun “Green New Deal”.
La expresión no ha sido tomada al azar.
Cuando, en lo más profundo de la crisis de los años 1930, los Estados Unidos parecían naufragar –ninguna de la recetas económicas tradicionales daba resultados- Franklin Roosevelt emprendió, a paso redoblado, una política muy audaz y poco ortodoxa: el New Deal. Hizo adoptar en tres meses más reformas que su predecesor Herbert Hoover en cuatro años. Gracias a nuevas reglamentaciones aplacó los mercados financieros, restauró la confianza, abrió la vía para los Treinta Gloriosos… Un “Green New Deal” se inscribiría en este ánimo de movilización  general: se trataría de invertir masivamente para descarbonar la economía. Concebido para ser puesto en marcha en noventa días (otra referencia a Roosevelt), este proyecto debe finalizar a comienzos de 2020… año presidencial.
Gracias al Green New Deal que une íntimamente transición ecológica y justicia, la izquierda norteamericana levanta la cabeza.
Mientras tanto, en Europa, la clase política parece paralizada. Frente al caos que se viene, sus ambiciones siguen siendo lentas. ¿El sobresalto vendrá acaso de la sociedad civil, de los jóvenes, de las ONG, de los sindicatos, de esos famosos cuerpos intermedios hasta ahora despreciados por Emmanuel Macron? Apoyado por 66 organizaciones, el Pacto social y ecológico presentado la semana pasada en Le Monde por Laurent Berger (CFDT, central sindical) y Nicolas Hulot (ecologista), puede dejarlo esperar. El espíritu es el mismo que el del Green New Deal y el proyecto pasa, también, por un megaplan de inversiones (energías sustentables,  transporte limpios, economías de energía, agricultura sustentable…) que deberá liberarse de los criterios presupuestarios de Maastrich. Astronómicos, los montos de los planes fuertes para forzar el camino hacia un mundo sin carbono dan mucho miedo. Pero estas inversiones sólo generarán ganadores para las generaciones futuras.
Y además, ¿Cuál es la alternativa cuando la sequía gana terreno, cuando las especies desaparecen, cuando, retomando una expresión usada por Jacques Chirac en 2002 (¡ya hacen 17 años!), la casa arde?
¿Seguir mirando para otro lado?

Pascal Riché

Gilberto Gil, merci, gracias!

 Viramundo. Un voyage musical avec Gilberto Gil (2013)
Réalisateur: Pierre-Yves Borgeaud

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Dans le très beau documentaire Viramundo, Gilberto Gil affirmait à des aborigènes australiens qui le questionnaient sur le fait qu’un Noir soit devenu ministre de la Culture au Brésil, que les choses étaient en train de changer ; que c’était encore dur, mais que les temps changeaient.
C’était la première escale d’un périple qui le mènerait de Salvador de Bahia aux terres aborigènes d’Australie, aux townships sud-africains ensuite, pour conclure au cœur de l’Amazonie brésilienne.
C’était en 2013, le tsunami néolibéral, et  même néo-fasciste, ne s’était pas encore abattu sur le monde.
Une autre escale du voyage de Gilberto Gil, l’Afrique du Sud. Une autre phrase qui fait mouche. Le chanteur Vusi Mahlasela cite Nelson Mandela qui voulait voir une Afrique en paix avec elle-même. Il va plus loin en élargissant ce souhait au monde entier.

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Et puis, finalement, nous retrouvons le grand artiste brésilien à São Gabriel de Cachoeira, en pleine Amazonie où il accompagne Sabrina Santos, jeune chanteuse aborigène.

« Jour après jour,
La nature est détruite.
Ils abattent nos forêts
Et notre eau est polluée
(…)
La nature va mourir
Et nos traditions vont disparaître »
nous chante-t-elle d’une voix chaleureuse et vibrante.
Quand ce film a été tourné, on pouvait croire que certaines choses, dans certains pays, allaient changer. Puis, le conservatisme a repris des forces. Les vieux réflexes inégalitaires se sont installés de plus belle dans le monde.

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Or, quand je vois ces marionnettes minables, et parfois meurtrières qui nous gouvernent, je me plais à penser qu’il ne s’agit qu’un dernier sursaut de cette idéologie néfaste, et que, comme le disait, il y a seulement 6 ans, Gilberto Gil,  les choses vont finir par changer.
Puis, je me dis aussi que nous devrions prêter oreille bien plus aux artistes qu’aux politiciens. Le chemin que nous proposent, en règles générales, les vrais artistes est un chemin de paix et de tolérance.
Comme celui pour lequel luttent tous ces lycéens en grève pour le climat de par le monde.
Je dois donc remercier Gilberto Gil, cet immense artiste plein de lumière, de ce regain d’espoir qu’il a fait naître en moi.

Vous trouverez Viramundo sur Arte ainsi que sur Youtube.

Viramundo. Un viaje musical con Gilberto Gil (2013)
Realizador: Pierre-Yves Borgeaud

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En el muy bello documental  Viramundo, Gilberto Gil afirmaba ante unos aborígenes australianos que le preguntaban sobre el hecho que un negro haya sido ministro de Cultura en Brasil, que las cosas estaban cambiando ; que aún era difícil, pero que los tiempos cambiaban.
Era la primera escala de un periplo que lo llevaría de Salvador de Bahía a las tierras aborígenes de Australia, a los townships sudafricanos luego, para concluir en el corazón de la Amazonia brasileña.
Era en 2013, el tsunami neoliberal, y aún neofascista, no se había abatiido sobre el mundo.
Otra escala del viaje  de Gilberto Gil, África del Sur. Otra frase que da en el blanco. . El cantante Vusi Mahlasela cita a Nelson Mandela que quería ver a África en paz con ella misma. Va más lejos ampliando este deseo al mundo entero.
Y después, finalmente, encontramos al gran artista brasileño en  São Gabriel de Cachoeira, en plena Amazonia, dónde acompaña a Sabrina Santos, una joven cantante aborigen

« Día tras día,
La naturaleza es destruida.
Tiran abajo nuestros bosques
Y nuestra agua está contaminada
(…)
La naturaleza va a morir
Y nuestras tradiciones van a desaparecer »
nos canta, con una voz cálida y vibrante.

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Cuando se rodó el film, se podía creer que ciertas cosas, en ciertos países, iban a cambiar. Luego el conservatismo sacó fuerzas. Los viejos reflejos de desigualdad se instalaron como nunca en el mundo.
Cuando veo, empero, a estas lamentables, y a veces asesinas,  marionetas  que nos gobiernan, quuiero pensar que sólo se trata de un último sobresalto de esta ideología nefasta, y que, como lo decía hace sólo 6 años, Gilberto Gil, las cosas van a terminar por cambiar.
Luego me digo también que deberíamos prestar oído mucho más a los artistas que a los políticos. El camino que nos proponen, en general, los verdaderos artistas, es un camino de paz y de tolerancia.
Como aquel por el cual luchan los colegiales en huelga por el clima en el mundo.
Debo entonces agradecer a Gilberto Gil, este inmenso artista lleno de luz, por esta renovada esperanza que hizo nacer en mí.

Encontrarán Viramundo en Arte así como en Youtube.

Olympe de Gouges

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« Si les femmes ont le droit de monter sur l’échafaud ; elles doivent avoir également celui de monter à la Tribune. » Nous devons cette phrase à l’une des premières féministes de l’histoire de France, l’une des femmes de la Révolution française, Olymppe de Gouges, dont la pensée était en avance sur son époque et qui luttait, parmi tant d’autres choses contre la peine de mort.
« Le sang, même des coupables, versé avec cruauté et profusion, souille éternellement les Révolutions », écrivit-elle un peu moins de deux-cents ans avant son abolition en France, en 1981.

Née en 1748 à Montauban sous le nom de Marie Gouze, fille naturelle d’un noble, elle est mariée à seize ans. Elle devient veuve deux ans plus tard.
Ce sera alors qu’Olympe de Gouge commettra trois entorses aux lois qui régissaient les femmes au XVIIIe siècle. La première sera de refuser de s’appeler la veuve Aubry. Elle décide de se créer une identité. Marie Gouze devient alors Olympe de Gouges.
La deuxième sera de refuser d’épouser son amant, Jacques Biétix de Rosières. Olympe ne croit pas au mariage « le tombeau de la confiance et de l’amour ». Cette déclaration lui vaudra une réputation de femme galante.
La troisième entorse sera son implication politique et sociale et sa condamnation des injustices faites aux laissés-pour-compte de la société, esclaves, femmes, enfants illégitimes, vieillards…  Cet engagement lui coûtera la vie.

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Installée donc  à Paris, elle fréquente les milieux littéraires et intellectuels, dont le salon de Madame de Montesson où elle rencontre le chevalier de Saint-George qui la sensibilise à la question de l’esclavage. En 1781, elle écrit une pièce antiesclavagiste, Zamore et Mirza, dont les héros sont deux esclaves fugitifs, qu’elle réussit, en 1785, faire entrer à la Comédie française. La pièce est rayée du répertoire et son auteure risque de finir à la Bastille. Elle ne sera remise au programme qu’en 1789 grâce au soutien de la Société des amis des noirs et  malgré la campagne menée par les colons des Antilles et les menaces adressées à l’auteure.
« Ils se servent de nous dans ces climats comme ils se servent des animaux dans les leurs. Ils sont venus dans ces contrées, se sont emparés des terres, des fortunes des naturels des îles et nous ont fait esclaves pour récompense des richesses qu’ils ont ravies ».

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En 1786, notre auteure publie Le Mariage inattendu de Chérubin, une suite du Mariage de Figaro et une plaidoirie contre le mariage forcé et pour l’émancipation féminine. Beaumarchais n’apprécie pas et fait courir la rumeur de la vie galante d’Olympe. Il assure même que se sont ses amants qui écrivent pour elle.
Elle lui lance un défi : « Ô faux protecteur de mon sexe ! Je gage de composer en présence de Tout Paris (…) une pièce de théâtre sur tel sujet qu’on voudra me donner (…). L’injustice d’un nombre infini d’hommes et de femmes qui disent tout haut que j’ai quelques auteurs à ma disposition me révolte. »
Beaumarchais ne relève pas le défi mais les calomnies se sont répandues.

Quand éclate la Révolution en 1789, Olympe de Gouges multiplie ses activités et publie des libelles où elle réclame avant tout l’égalité de droits pour tous les citoyens sans distinction de sexe, couleur de peau ou condition sociale. Elle demande aussi une loi de divorce qui sera votée  en 1792.

Une chanson de la Révolution, le Ça ira, par Édith Piaf.
https://www.youtube.com/watch?v=L9VoRmjxvPs

Ses propositions regorgent d’idées d’avant-garde qui seront très souvent mises en place un siècle plus tard. Elle fut la première à parler d’assistance sociale, d’établissements qui recevraient les vieillards, de garderies pour les enfants des ouvriers, d’ateliers publics pour ceux que l’on n’appelait pas encore chômeurs. Elle évoque finalement, chose rare à l’époque, l’assainissement des hôpitaux et l’hygiène des maternités. Une femme sur quatre mourait à l’accouchement dans ces temps-là et par des infections parfaitement évitables. Pour financer ce vaste programme social, elle lance l’idée d’un impôt sur le luxe: “Un bon impôt sur le luxe effréné serait applaudi par l’humanité », exprime-t-elle.

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En septembre 1791,  elle publie sa  Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne.
Les cahiers de doléances avaient déjà exprimé de différentes revendications qui demandaient que les femmes puissent faire partie du gouvernement. Dans son article de juillet 1790, « Sur l’admission des femmes au droit citoyen”, Condorcet s’était associé à ce combat. Plusieurs pamphlets étaient parus sur ce sujet.
La Déclaration d’Olymppe de Gouges part, comme ceux-ci, de l’idée que les femmes ont naturellement les mêmes droits que les hommes. Étant la Nation définie comme “la réunion de la femme et de l’homme”, elle déduit alors que la Constitution est nulle si la majorité des individus composant la Nation n’a pas coopéré à sa rédaction. Prenant comme exemple la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, elle affirme que “la femme naît et demeure  l’égale de l’homme en droits ».
Dans son Préambule, elle affirme: “Les mères, les filles, les sœurs, représentantes de la Nation, demandent à être constituées en Assemblée nationale. Considérant que l’ignorance, l’oubli ou le mépris des droits de la femme sont les seules causes des malheurs publics et de la corruption des gouvernements, ont résolu d’exposer, dans une déclaration solennelle, les droits naturels, inaltérables et sacrés de la femme, afin que cette déclaration constamment présente à tous les membres du corps social leur rappelle sans cesse leurs droits et leurs devoirs »

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En 1793, durant la Terreur, Olympe de Gouges attaque Robespierre qu’elle accuse de vouloir instaurer une dictature et à qui elle reproche sans violence incontrôlée. Le 20 juin, elle est arrêtée  en train de coller des affiches contre Robespierre. On la juge le 2 novembre et la guillotine le jour suivant.

Olympe de Gouges, une infatigable lutteuse pour les droits humains attend encore d’entrer au Panthéon où la France loge ses grands hommes et très peu de grandes femmes.

https://www.youtube.com/watch?v=eRQErkCv3wE

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« Si las mujeres tienen derecho a subir al cadalso, también deben tener derecho a subir a la tribuna
Esta frase se la debemos a una de las primeras feministas de la historia de Francia, una de las mujeres de la Revolución Francesa, Olympe de Gouges,  cuyo pensamiento se adelantaba a su época y que luchaba, entre muchas otras cosas, contra la pena de muerte.
« La sangre, aún la de los culpables, derramada con crueldad y profusión, mancha eternamente las revoluciones », escribió poco menos de doscientos años antes de su abolición en Francia, en 1981.

Nacida en 1748 en Montauban, ciudad de provincia, bajo el nombre de Marie Gouze, hija natural de un noble,  es casada a los diez y seis años. Enviuda dos años más tarde.
Será entonces que Olympe de Gouges  cometerá tres infracciones contra las leyes que regían a las mujeres en el siglo XVIII. La primera será la de negarse a llamarse viuda de Aubry. Decide crearse una identidad. Marie Gouze se vuelve entonces Olympe de Gouges.
La segunda será la negarse a casarse con su amante, Jacques Biétix de Rosières. Olympe no cree en el matrimonio, « la tumba de la confianza y del amor». Esta declaración le valdrá una reputación de mujer galante.
La tercera infracción será su implicancia política y social y su condena de las injusticias hechas a los desclasados de la sociedad, esclavos, mujeres, hijos ilegítimos, ancianos… Este compromiso le costará la vida.

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Instalada entonces en París, frecuenta los círculos literarios e intelectuales, entre los cuales el salón de la señora de Montesson donde conoce al caballero de Saint-George que la sensibiliza en el problema de la esclavitud. En 1781 escribe una obra contra la esclavitud, Zamore et Mirza, cuyos héroes son dos esclavos fugitivos, que logra, en 1785, hacer entrar en la Comedia Francesa. La obra es sacada del repertorio y su autora corre el riesgo de terminar en la Bastilla. La volverán a incluir en 1789 gracias al apoyo de la Sociedad de amigos de los negros y a pesar de la campaña llevaba a cabo por los colonos de las Antillas y de las amenazas dirigidas a la autora.
« Se sirven de nosotros en estos climas como se sirven de los animales en los suyos. Llegaron a estos parajes, se apoderaron de las tierras, de las fortunas de los nativos de las  islas y nos hicieron esclavos como recompensa de las riquezas que robaron».

En 1786, nuestra autora publica La Boda inesperada de Cherubino, una continuación de las Bodas de Fígaro y un alegato contra el casamiento forzado y a favor de la emancipación femenina. Beaumarchais no aprecia y hace correr el rumor de la vida galante de Olympe. Asegura además que son sus amantes los que escriben por ella.
Ella le lanza un desafío: « ¡Oh falso protector de mi sexo! Te desafío a componer en presencia de Todo París (…) una obra de teatro sobre el tema que me quieran dar (…) La injusticia de un número infinito de hombres y mujeres que dicen fuerte que tengo algunos autores a mi disposición me rebela.»
Beaumarchais no aceptó el desafío pero las calumnias se expandieron.

Al estallar la Revolución Francesa en 1789, Olympe de Gouges multiplica su actividad y publica panfletos y libelos en los cuales reclama ante todo la igualdad de derechos de todos los ciudadanos sin distinción de sexo, color de piel  y condición social. Aboga también por la ley de divorcio que será implementada en 1792.

Una canción de la Révolución, el Ça ira, por Édith Piaf.
https://www.youtube.com/watch?v=L9VoRmjxvPs

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Sus propuestas están llenas de ideas vanguardistas que serán muchas veces puestas en práctica un siglo después. Fue la primera en hablar de asistencia social, de establecimientos que recibieran a los ancianos, de guarderías para los hijos de obreros, de talleres públicos para los que aún no se llamaban desempleados. Evoca finalmente, cosa muy rara en la época, el saneamiento de los hospitales y la higiene de las maternidades. Una mujer sobre cuatro moría en el parto en esos tiempos por infecciones perfectamente evitables. Para financiar este amplio programa social lanza la idea de un impuesto al lujo: “Un buen impuesto al lujo desenfrenado sería aplaudido por la humanidad”, expresa.

En septiembre de 1791 publica su Declaración de los derechos de la mujer y de la ciudadana.
Ya con los cuadernos de quejas, se habían expresado diversas reivindicaciones pidiendo que las mujeres pudieran formar parte del gobierno. En su artículo de julio de 1790, “Sobre la admisión de las mujeres al derecho ciudadano”, Condorcet se había asociado a este combate. Varios panfletos también habían aparecido sobre el tema.
La Declaración de Olympe de Gouges parte, como ellos, de la idea de que las mujeres tienen naturalmente los mismos derechos que los hombres. Siendo definida la Nación como “la reunión de la mujer y del hombre”, deduce entonces que la Constitución es nula si la mayoría de los individuos que componen la Nación no ha cooperado para su redacción.  Tomando como ejemplo la Declaración de los derechos del hombre y del ciudadano, afirma que “la mujer nace y permanece igual al hombre en derechos”.
En su preámbulo afirma: “Las madres, las hijas, representantes de la Nación, piden ser constituidas en Asamblea nacional. Considerando que la ignorancia, el olvido o el desprecio por los derechos de la mujer son las únicas causas de las desgracias públicas y de la corrupción de los gobiernos, han resuelto exponer, en una declaración solemne, los derechos naturales, inalterables y sagrados de la mujer, ppara que esta declaración constantemente presente ante los miembros del cuerpo social les recuerde sin cesar sus derechos y sus deberes

En 1793, durante el Terror, Olympe de Gouges ataca a Robespierre a quien acusa de querer instaurar una dictadura y a quien le reprocha su violencia incontrolada. El 20 de julio es arrestada pegando carteles en contra de Robespierre. La juzgan el 2 de noviembre y guillotinan al día siguiente.

Olympe de Gouges, infatigable luchadora  por los derechos humanos espera aún entrar en el Panteón donde Francia aloja a sus héroes y a muy pocas heroínas.

Eduardo Galeano nos habla de Olympe de Gouges (en italiano)
https://www.youtube.com/watch?v=GQ03vNkFoSU

Comme un écho – Como un eco

La Guerre des pauvres, Éric Vuillard, Actes Sud, 2019

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Cette Guerre des pauvres d’Éric Vuillard, fait sans doute écho à l’actualité. Bien que l’action se déroule au tout début des temps modernes, le drame est le même, un peuple qui se soulève,  victime de la violence aveugle des tenants du pouvoir économique.
L’auteur, d’autre part, ne se cache pas derrière un quelconque narrateur. C’est sa voix que l’on entend, une voix habitée, une voix habitée par une colère sourde.
Or, le regard que pose Éric Vuillard sur le soulèvement des paysans du Saint-Empire romain germanique, en 1524 et sur leur agitateur Thomas Müntzer, ainsi que sur les révoltes en Angleterre, un siècle auparavant, n’est pas un regard d’historien. Loin de là. Il se trouve parmi les révoltés, en immersion, et nous avec lui. Comme un reporter de guerre. Tantôt au beau milieu de l’action, tantôt à distance, ce qui permet une certaine perspective.

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« Ainsi, la ville est partagée en deux. Il y a d’un côté les patriciens, à Sainte-Marie, de l’autre, à Sainte-Catherine, la plèbe. La raison et la pureté, ce sera pour les pauvres ; c’est devant eux que Müntzer commence à s’agiter, c’est là que sa blessure s’avive. Il parle. On l’écoute. Il cite les Évangiles : “Vous ne pouvez servir Dieu et les richesses.” Il croit pouvoir lire les textes tout simplement, à la lettre ; il croit en une chrétienté authentique et pure. Il croit que tout est écrit noir sur blanc dans saint Paul, qu’on trouve tout ce qu’il faut dans les Évangiles. Voilà ce qu’il croit.
Et c’est cela qu’il va prêcher aux pauvres tisserands, aux mineurs, à leurs femmes, à tous les misérables de Zwickau. Il cite l’Évangile et met un point d’exclamation derrière. Et on l’écoute. Et les passions remuent, car ils sentent bien, les tisserands, que si on tire le fil toute la tapisserie va venir, et ils sentent bien, les mineurs, que si on creuse assez loin toute la galerie s’effondre. Alors, ils commencent à se dire qu’on leur a menti. Depuis longtemps, on éprouvait une impression troublante, pénible, il y avait tout un tas de choses qu’on ne comprenait pas. On avait du mal à comprendre pourquoi Dieu, le dieu des mendiants, crucifié entre deux voleurs, avait besoin de tant d’éclat, pourquoi ses ministres avaient besoin de tellement de luxe, on éprouvait parfois une gêne. Pourquoi le dieu des pauvres était-il si bizarrement du côté des riches, avec les riches, sans cesse ? Pourquoi parlait-il de tout laisser depuis la bouche de ceux qui avaient tout pris ? »

Thomas Müntzer prêche en langue vulgaire, il met donc à la portée du peuple la parole de Dieu.. La langue des technocrates et des éléments de langage, est aussi éloignée du peuple que le latin l’était aux débuts des temps modernes. Et tout comme aujourd’hui un fossé se creusait entre les dominés et les puissants.

« Et tandis que Luther traduit la Bible en allemand, Müntzer s’adresse dans leur langue à ceux qui ne savent pas lire.
Il va plus loin que Luther. Sa messe en allemand soulève un tollé. Les gens viennent des alentours d’Allstedt écouter la parole de Dieu, des foules se déplacent pour entendre un prêtre s’adresser à eux pour la première fois dans leur langue. Dans l’église d’Allstedt, Dieu parle allemand.
Aussitôt, des ennemis se dressent. Le comte Ernest de Mansfeld promet le fer à ceux de ses sujets qui se rendraient à Allstedt écouter Müntzer. Car les ouvriers, les artisans, toute une population ignare, les bourgeois même, se pressent. On veut entendre la Parole en allemand, on veut enfin savoir ce qu’on nous racontait depuis si longtemps dans cette langue étrange ; on en a marre de répéter amen et ces couplets que l’on ne comprend pas. Et ce n’est pas insulter Dieu que de lui demander gentiment de parler notre langue. »

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Ces deux extraits sont un bon exemple de la langue de Vuillard, une langue directe, qui va droit au but. Une langue souvent impétueuse, dotée d’une énergie qui lui permet d’être, au même moment, au XVIe siècle et de prendre la distance nécessaire au commentaire. Les mots sont, aussi bien chez l’écrivain que chez les paysans révoltés, « une autre convulsion des choses ».

La Guerre des Pauvre d’Éric Vuillard est donc, à mon avis, un texte important parmi les livres récemment publiés, bien au-delà de ses résonnances avec l’actualité. Il nous fait, bien évidemment, réfléchir sur la permanence historique de l’injustice et des inégalités. Il saisit, dans ce sens, un instant du passé pour le mettre sous les projecteurs du temps présent.
Or, tout ceci est rendu par un style ciselé, par un art d’extraire tout le suc des mots, par une puissance du verbe qui nous entraîne comme un fleuve déchaîné.
C’est ce style, cette maîtrise de la langue qui nous font revenir en arrière pour en savourer de nouveau toute la force et toute la beauté.

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Esta Guerra de los pobres de Éric Vuillard, tiene sin duda su eco en la actualidad. Aunque la acción se desarrolla a comienzos de los tiempos modernos, el drama es el mismo, un pueblo que se levanta, víctima de la violencia ciega de los dueños del poder económico.
El autor, por otra parte, no se esconde detrás de un narrador cualquiera. Es su voz la que escuchamos, una voz habitada por una cólera sorda.
La mirada que pone, empero, Éric Vuillard sobre el levantamiento de los campesinos del Santo Imperio romano germánico, en 1524 y sobre su agitador Thomas Müntzer, así como sobre las revueltas de Inglaterra, un siglo antes, no es una mirada de historiador. Lejos de ello. Se encuentra entre los rebeldes, en inmersión, y nosotros con él. Como un reportero de guerra. Ora en medio de la acción, ora a distancia, lo que permite una cierta perspectiva.

« De esta manera, la ciudad está separada en dos. Por un lado están los patricios en Sainte-Marie, por el otro, en Sainte-Catherine, la plebe. La razón y la pureza serán para los pobres; Müntzer comienza a agitarse ante ellos, su herida se aviva allí. Habla. Lo escuchan. Cita los Evangelios: ‘’Pueden servir a Dios y a las riquezas’’. Cree poder leer simplemente los textos, literalmente; cree en un cristianismo auténtico y puro. Cree que todo está escrito en san Pablo, que uno encuentra todo lo que busca en los Evangelios. Eso es lo que cree.   
Y es eso lo que va a predicar a los pobres tejedores, a los mineros, a sus mujeres, a todos los miserables de Zwickau. Cita el Evangelio y pone luego un signo de exclamación. Y lo escuchan. Y las pasiiones se mueven ya que los tejedores se dan cuenta de que si se tira del hilo, todo el tapiz va a venir, y los mineros lo sienten, si se cava bastante lejos, la galería se derrumba. Comienzan entonces a decirse que les mintieron.  Desde hace tiempo tenían la impresión perturbadora, penosa, de que había una cantidad de  cosas que no entendían. Costaba entender por qué Dios, el dios de los mendigos, crucificado entre dos ladrones, necesitaba tanto brillo, por qué sus ministros necesitaban tanto lujo, sentían a veces una molestia. ¿Por qué el dios de los pobres estaba tan extrañamente del lado de los ricos, con los ricos, sin parar? ¿Por qué hablaba de dejar todo por boca de aquellos que habían tomado todo? »

Thomas Müntzer predica en lengua vulgar, pone entonces al alcance del pueblo la palabra de Dios. La lengua de los tecnócratas y de los elementos de lenguaje está tan alejada del pueblo como lo estaba el latín a comienzos de los tiempos modernos. Y tanto como hoy un foso se cavaba entre los dominados y los poderosos.

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« Y mientras Lutero traducía la Biblia en alemán,  Müntzer se dirigía en su lengua a aquellos que no sabían leer.
Va más lejos que Lutero. Su misa en alemán levanta un escándalo. La gente viene de los alrededores de Allstedt para escuchar la palabra de Dios, multitudes se desplazan para oír a un sacerdote dirigirse por primera vez a ellos en su lengua. En la iglesia de Allstedt, Dios habla en alemán.  
De inmediato aparecen enemigos. El conde Ernest de Mansfeld promete acero a los que vayan a Allstedt para escuchar a  Müntzer. Ya que los obreros, los artesanos, toda una población ignorante, aún los burgueses, quieren saber por fin que nos contaban durante tanto tiempo en esa lengua extraña; están hartos de repetir amen y esos estribillos que no se entienden. Y no es insultar a Dios pedirle amablemente que hable nuestra lengua.»

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Estos dos fragmentos son un buen ejemplo de la lengua de Vuillard, una lengua directa, que va derecho a la meta. Una lengua a menudo impetuosa, dotada de una energía que le permite estar, en el mismo momento, en el siglo XVI y tomar la distancia necesaria para el comentario.   Las palabras son, tanto para el escritor como para los campesinos rebeldes, « otra convulsión de las cosas ».

La Guerra de los Pobres de Éric Vuillard es entonces, a mi entender, un texto importante entre los libros recientemente publicados, mucho más allá de sus resonancias con la actualidad. Nos hace, evidentemente, reflexionar sobre la permanencia histórica de la injusticia y las desigualdades. Atrapa, en este sentido, un instante del pasado para ponerlo bajo los  del tiempo presente.
Todo esto está dado, empero, por un estilo cincelado, por un arte de extraer todo su jugo a las palabras, por una potencia del verbo que nos lleva como un río desencadenado.
Son este estilo, este dominio de la lengua los que nos hacen volver atrás para saborear de nuevo toda su fuerza y toda su belleza.

Qui a tué mon père. Histoire de France – Quién mató a mi padre. Historia de Francia

Édouard Louis, Qui a tué mon père, Seuil, 2018
Édouard Louis, En finir avec Eddy Bellegueule, Seuil, 2014
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Qui a tué mon père, d’Édouard Louis met en évidence la profonde injustice sociale qui ravage la France depuis des décennies. Injustice dont les responsables sont des chefs d’État de plus en plus serviles vis-à-vis du pouvoir de la grande finance et dont M Macron est le représentant le plus caricatural. Situation qui a mené à l’explosion actuelle des Gilets jaunes et qui mènera probablement au triomphe de l’extrême droite aux élections européennes, et si M Macron reste dans sa bulle start-upeuse et méprisante, à un autre triomphe, celui de Marine Le Pen aux présidentielles.

Mais venons-en plus précisément au livre d’Édouard Louis. Nous y retrouvons ce père, l’une des figures essentielles de son premier roman En finir avec Eddy Bellegueule. Voici ce qu’il écrit aujourd’hui :

« Plusieurs années après, quand j’ai fui le village et que je suis allé habiter à Paris, quand le soir dans les bars je rencontrais des hommes et qu’ils me demandaient quelles étaient mes relations avec ma famille – c’est une drôle de question mais ils la posent – je leur répondais toujours que je détestais mon père. Ce n’était pas vrai. Je savais que je t’aimais mais je ressentais le besoin de dire aux autres que je te détestais. Pourquoi ?
 

Est-ce qu’il est normal d’avoir honte d’aimer ? »

Ce père qu’il nous présentait ainsi, en 2014 :

« Mon père en a été très heureux. Au village il n’importait pas seulement d’avoir été un dur mais aussi de savoir faire de ses garçons des durs. Un père renforçait son identité masculine par ses fils, auxquels il se devait de transmettre ses valeurs viriles, et mon père le ferait, il allait faire de moi un dur, c’était sa fierté d’homme qui était en jeu. Il avait décidé de m’appeler Eddy à cause des séries américaines qu’il regardait à la télévision (toujours la télévision). Avec le nom de famille qu’il me transmettait, Bellegueule, et tout le passé dont était chargé ce nom, j’allais donc me nommer Eddy Bellegueule. Un nom de dur.”

On découvrait déjà dans ce roman cette France parallèle, si j’ose dire, des laissés pour compte, terroir privilégié de toutes les violences, et de toutes les discriminations.

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« Ma mère m’avait un jour mis devant l’évidence. Je ne comprenais pas et je lui avais demandé à quatre ou cinq ans, avec cette pureté dans les questions que posent les enfants, cette brutalité poussant les adultes à arracher à l’oubli les questions qui, parce qu’elles sont les plus essentielles, paraissent les plus futiles.
Maman, la nuit, elles s’arrêtent quand même, elles dorment les usines ?
Non, l’usine dort pas. Elle dort jamais. C’est pour ça que papa et que ton grand frère partent des fois la nuit à l’usine, pour l’empêcher de s’arrêter.
Et moi alors, je devrai y aller aussi la nuit, à l’usine ?
Oui. »

Or, en 2018, Édouard Louis pointe du doigt ceux qu’il considère les responsables, les coupables, de cette situation.

« En mars 2006, le gouvernement de Jacques Chirac, président de la France pendant douze ans, et son ministre de la Santé Xavier Bertrand, ont annoncé que des dizaines de médicaments ne seraient plus remboursés par l’État, dont, en grande partie, des médicaments contre les troubles digestifs. (…) Acheter des médicaments pour les réguler devenait de plus en plus difficile. Jacques Chirac et Xavier Bertrand te détruisaient les intestins. (…)
 
En 2007, Nicolas Sarkozy, candidat à l’élection présidentielle, mène une campagne contre celles et ceux qu’il appelle les assistés, et qui selon lui, volent l’argent de la société française parce qu’ils ne travaillent pas. Il déclare : « le travailleur […] voit l’assisté s’en tirer mieux que lui pour boucler ses fins de mois sans rien faire. » (…) Ce genre d’humiliation venue des dominants te fait ployer le dos encore plus.
 
En 2009, le gouvernement de Nicolas Sarkozy et son complice Martin Hirsch remplacent le RMI, un revenu minimum versé par l’État français aux personnes sans travail, par le RSA. Tu touchais le RMI depuis que tu ne pouvais plus travailler. Le passage du RMI au RSA visait à « favoriser le retour à l’emploi », comme le disait ce gouvernement. La vérité, c’était que dorénavant tu étais harcelé par l’État pour reprendre le travail, malgré ta santé désastreuse, malgré ce que l’usine t’avait fait. Si tu n’acceptais pas le travail qu’on te proposait, ou plutôt qu’on t’imposait, tu allais perdre ton droit aux aides sociales. On ne te proposait que des emplois à mi-temps épuisants, physiques, dans la grande ville à quarante kilomètres de chez nous. Payer l’essence pour faire l’aller-retour tous les jours t’aurait coûté trois cents euros par mois. Au bout d’un certain temps, pourtant, tu as été obligé d’accepter un travail de balayeur dans une autre ville, pour sept cents euros par mois, penché toute la journée à ramasser les ordures des autres, penché, alors que ton dos était détruit. Nicolas Sarkozy et Martin Hirsch te broyaient le dos. (…)
 
En août 2016, sous la présidence de François Hollande, Myriam El Khomri, la ministre du Travail, soutenue par le Premier ministre Manuel Valls, fait adopter la loi dite « loi Travail ». Cette loi facilite les licenciements et permet aux entreprises de faire travailler les salariés plusieurs heures de plus par semaine, en plus de ce qu’ils travaillent déjà.
L’entreprise pour laquelle tu balaies les rues pouvait te demander de balayer encore plus, de te pencher encore plus longtemps chaque semaine. Ton état de santé aujourd’hui, tes difficultés à te déplacer, tes difficultés à respirer, ton incapacité à vivre sans l’assistance d’une machine viennent en grande partie d’une vie à faire des mouvements automatiques à l’usine, puis à te pencher huit heures de suite tous les jours pour balayer les rues, pour balayer les ordures des autres. Hollande, Valls et El Khomri t’ont asphyxié.
 
Pourquoi est-ce qu’on ne dit jamais ces noms ? 
  
Septembre 2017 – Emmanuel Macron accuse les « fainéants » qui, en France, selon lui, empêchent les réformes. Tu sais depuis toujours que ce mot est réservé aux gens comme toi, à ceux qui n’ont pas pu ou ne peuvent pas travailler parce qu’ils vivent trop loin des grandes villes, qui ne trouvent pas de travail parce qu’ils ont été chassés trop tôt du système scolaire, sans diplômes, à ceux qui ne peuvent plus travailler parce que la vie à l’usine leur a broyé le dos. On ne dit jamais fainéant pour nommer un patron qui reste toute la journée assis dans un bureau à donner des ordres aux autres. On ne le dit jamais. Quand j’étais petit, tu répétais, obsessionnellement, « Je ne suis pas un fainéant », parce que tu savais que cette insulte planait au-dessus de toi, comme un spectre que tu voulais exorciser.
Il n’y a pas de fierté sans honte : tu étais fier de ne pas être un fainéant parce que tu avais honte de faire partie de ceux qui pouvaient être désignés par ce mot. Le mot fainéant est pour toi une menace, une humiliation. Ce genre d’humiliation venue des dominants te fait ployer le dos encore plus.
 
Ces noms que je prononce depuis tout à l’heure, peut-être que ceux qui me liront ou m’entendront ne les connaissent pas, peut-être qu’ils les ont déjà oubliés ou qu’ils ne les ont jamais entendus, mais c’est justement pour ça que je veux les prononcer, parce qu’il y a des meurtriers qui ne sont jamais nommés pour les meurtres qu’ils ont commis, il y a des meurtriers qui échappent à la honte grâce à l’anonymat ou grâce à l’oubli, j’ai peur parce que je sais que le monde agit dans l’ombre et dans la nuit. Je refuse qu’ils soient oubliés. Je veux qu’ils soient connus maintenant et pour toujours, partout, au Laos, en Sibérie et en Chine, au Congo, en Amérique, partout à travers les océans, à l’intérieur de tous les continents, au-delà de toutes les frontières.
Est-ce que tout finit toujours par être oublié ? »

Or, le sujet central du premier livre d’Édouard Louis est le calvaire d’un jeune homosexuel dans un environnement hostile.

« À compter de mon arrivée dans l’établissement j’ai erré tous les jours dans la cour pour tenter de me rapprocher des autres élèves. Personne n’avait envie de me parler : le stigmate était contaminant ; être l’ami du pédé aurait été mal perçu. »
 
Un environnement tout aussi hostile au bon déroulement de la scolarité.

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« J’appartenais au monde de ces enfants qui regardent la télévision le matin au réveil, jouent au football toute la journée dans les rues peu fréquentées, au milieu de la route, dans les pâtures qui s’étendent derrière leur maison ou en bas des blocs, qui regardent la télévision, encore, l’après-midi, le soir pendant des heures, la regardent entre six et huit heures par jour. Au monde de ces enfants qui passent des heures dans les rues, le soir et la nuit, à zoner. Mon père me prévenait – maladroit quand il s’agissait d’aborder les questions scolaires – que je pouvais faire ce que je voulais mais que je devrais toujours en assumer les conséquences Tu sors quand tu veux, tu rentres à l’heure que tu veux mais si le lendemain tu es fatigué à l’école, c’est de ta faute. Si tu veux jouer au grand tu vas jusqu’au bout, quand les enfants d’instituteurs, du médecin ou des gérants de l’épicerie étaient astreints à rester chez eux pour faire leurs devoirs. Il lui arrivait à de multiples reprises dans une même semaine de me demander si mes devoirs étaient faits. Peu lui importait la réponse, comme ma mère qui m’interrogeait sur ma journée au collège. Sa question, ce n’était pas lui qui la posait mais un rôle qui le dépassait, parfois, contre sa volonté, l’acceptation ou plutôt l’intériorisation du fait qu’il valait mieux, qu’il était plus légitime de bien faire ses devoirs pour un enfant. »

Il serait important, toutefois, de nous situer dans le temps. Édouard Louis est né en 1992, l’action de son roman autobiographique se déroule donc entre la fin des années 90 et les années 2000. Un passé extrêmement proche…, un présent même, les agressions homophobes se reproduisant encore et toujours dans toute la France.

« Dans le couloir sont apparus deux garçons, le premier, grand, aux cheveux roux, et l’autre, petit, au dos voûté. Le grand aux cheveux roux a craché Prends ça dans ta gueule.
Le crachat s’est écoulé lentement sur mon visage, jaune et épais, comme ces glaires sonores qui obstruent la gorge des personnes âgées ou des gens malades, à l’odeur forte et nauséabonde. Les rires aigus, stridents, des deux garçons Regarde il en a plein la gueule ce fils de pute. »
 
Le seul espoir est alors la fuite. Fuir la violence, fuir un monde où tout semble préétabli d’avance, tous les rôles, tous les comportements et où celui qui transgresse ces règles doit être puni, doit être exclu. Nous sentons chez Eddy,  même au plus profond du désespoir,  une force qui le porte vers l’avenir. Cet avenir qui n’existe pour ainsi dire pas dans son village, hors un avenir plus noir encore que le présent.
Il lui faut impérativement laisser derrière lui une éducation oppressive, celle d’une société patriarcale dont les icônes sont la virilité, l’alcool, le foot, la télé et une énorme violence. Fuir ce monde pour en finir avec Eddy Bellegueule et devenir Édouard Louis.
Un roman qui est finalement un outil d’émancipation, non seulement pour son auteur.

Je finis ce commentaire sur ces deux livres incontournables d’Édouard Louis avec un extrait d’un article paru dans les Inrockuptibles sur les « gilets jaunes » :

« Ce mouvement doit continuer, parce qu’il incarne quelque chose de juste, d’urgent, de profondément radical, parce que des visages et des voix qui sont d’habitude astreints à l’invisibilité sont enfin visibles et audibles. Le combat ne sera pas facile : on le voit, les gilets jaunes représentent une sorte de test de Rorschach sur une grande partie de la bourgeoisie ; ils les obligent à exprimer leur mépris de classe et leur violence que d’habitude ils n’expriment que de manière détournée, ce mépris qui a détruit tellement de vies autour de moi, qui continue d’en détruire, et de plus en plus, ce mépris qui réduit au silence et qui me paralyse au point de ne pas réussir à écrire le texte que je voudrais écrire, à exprimer ce que je voudrais exprimer. 

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»Quién mató a mi padre, de Édouard Louis pone en evidencia la profunda injusticia social que asola a Francia desde hace décadas. Injusticia cuyos responsables son los jefes dec estado cada vez más serviles para con el poder de la gran finanza y de los cuales el Sr. Macron es el representante más caricaturesco. Situación que llevó a la explosión actual de los Chalecos amarillos y que llevará probablemente al triunfo de la extrema derecha en las elecciones europeas, y, si el Sr. Macron sigue en su burbuja de start uo y de desprecio, a otro triunfo, el de Marine Le Pen en la presidencial.

Pero vayamos más precisamente al libro de Édouard Louis. Volvemos a encontrar a ese padre, figura esencial de su primera novela, Terminar con Eddy Bellegueule. Esto es lo que escribe hoy :
« Varios años después, cuando huí del pueblo y fui a vivir a París, cuando de noche en los bares, encontraba hombres y que me preguntaban cuales eran mis relaciones con mi familia –es una pregunta extraña pero la hacen- contestaba siempppre que odiaba a mi padre. No era verdad. Yo sabía que te amaba pero sentía la necesidad de decir a los otros que te odiaba. ¿Por qué?
 
¿Acaso es normal tener vergüenza de amar? »

Este padre que nos presentaba así, en 2014 :

« Mi padre fue muy feliz por ello. En el pueblo, no sólo importaba haber sido un duro pero también de haber sabido hacer duros a sus hijos. Un padre reforzaba su identidad masculina por sus hijos, a quienes debía transmitir sus valores viriles, y mi padre lo haría, iba a hacer conmigo un duro, era su orgullo lo que estaba en juego. Había decidido llamarme Eddy a causa de las series norteamericanas que miraba en la televisión (siempre la televisión). Con el apellido que me transmitía, Bellegueule (Lindajeta), y todo el pasado cargado en ese apellido, iba entonces a llamarme Eddy Bellegueule. Un nombre de duro.

Ya se descubría en esta novela esa Francia paralela, si puedo expresarme así, de los dejados de lado, terruño privilegiado de todas las violencias y de todas las discriminaciones.

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« Ma madre me había puesto un día ante le evidencia. Yo no entendía y le había preguntado a los cuatro o cinco años, con esa pureza en las preguntas que tienen los niños, esa brutalidad que lleva a los adultos a arrancar del olvido las preguntas que, porque son las más esenciales, parecen las más fútiles.
¿Mamá, de noche, se detienen  de algún modo, las fábricas duermen?
No, la fábrica no duerme. No duerme nunca. Por eso papá y tu hermano mayor van a veces de noche a la fábrica, para impedir que se detenga.
Y yo entonces, ¿también tendré que ir de noche a la fábrica?
Sí. »

En 2018, empero, Édouard Louis apunta a los que considera responsables, culpables de esta situación.

« En marzo de 2005, el gobierno de Jacques Chirac, presidente de Francia durante doce años, y su ministro de Salud, Xavier Bertrand, anunciaron que decenas de remedios ya no sería reembolsados por el Estado, entre los cuales, en gran parte, remedios contra los problemas digestivos. (…) Comprar remedios para controlarlos se volvía cada vez más difícil. Jacques Chirac et Xavier Bertrand te destruyeron les intestinos. (…)
 
En 2007, Nicolas Sarkozy, candidato a la elección presidencial, lleva una campaña contra aquellas y aquellos que llama los asistidos, y que, según él, roban el dinero de la sociedad francesa porque no trabajan. Declara: “el trabajador (…) ve al asistido arreglárselas mejor que él para llegar a fin de mes sin hacer nada, » (…)
Este tipo de humillación proveniente de los dominantes te hace inclinar la espalda aún más.
 
En 2009, el gobierno de Nicolas Sarkozy y su cómplice Martin Hirsch reemplazan el RMI, un seguro mínimo pagado por el Estado francés a los desempleados, por el RSA. Cobrabas el RMI desde que ya no podías trabajar. El paso del RMI al RSA apuntaba a « favorecer la vuelta al empleo », como lo decía ese gobierno. La verdad, era que desde entonces eras acosado por el Estado para volver a trabajar, a pesar de tu salud desastrosa, a pesar de lo que te había hecho la fábrica. Si no aceptabas el trabajo que te proponían, ibas a perder tu derecho a las ayudas sociales. Sólo te proponían empleos de medio tiempo agotadores, físicos, en la gran ciudad a cuarenta kilómetros de nuestra residencia. Pagar la nafta para hacer el ida y vuelta todos los días te habría costado trescientos euros por mes. Después de un cierto tiempo, sin embargo, tuviste que aceptar un trabajo de barrendero en otra ciudad, por setecientos euros por mes, inclinado todo el día, levantando la basura de los otros, inclinado, cuando tu espalda estaba destruida. Nicolas Sarkozy y Martin Hirsch te trituraban la espalda. (…)
 
En agosto de 2016, bajo la presidencia de François Hollande, Myriam El Khomri, la ministra del Trabajo, apoyada por el primer ministro Manuel Valls, hace adoptar la ley llamada “ley Trabajo”. Esta ley facilita los despidos y permite a las empresas hacer trabajar a los asalariados varias horas más  por semana, además de lo que ya trabajaban.
La empresa para la que barrés las calles podía pedirte barrer aún más, incliinarte aún más tiempo por semana. Tu estado de salud hoy, tus dificultades para moverte, tus dificultades para respirar, tu incapacidad de vivir sin la asistencia de una máquina provienen en gran parte de una vida pasada haciendo movimientos automáticos en la fábrica, luego inclinándote ocho horas seguidas todos los días barriendo las calles,  barriendo la basura de los otros. Hollande, Valls y El Khomri te asfixiaron.
 
¿Por qué nunca se dicen estos nombres? 
  
Septiembre de 2017 – Emmanuel Macron acusa los « holgazanes » que, en Francia, según él, impiden las reformas. Sabés que desde siempre que esta palabra está reservada a la gente como vos, a aquellos que no han podido o no pueden trabajar porque viven demasiado lejos de las grandes ciudades, que no encuentran trabajo porque han sido excluidos demasiado pronto del sistema escolar, sin diplomas, a los que ya no pueden trabajar porque la vida en la fábrica les ha destruido la espalda. Nunca se le dice holgazán a un patrón que se queda todo el día sentado en una oficina dando órdenes a otros. Nunca lo dicen. Cuando era chico, repetías, obsesivamente, « No soy un holgazán », porque sabías que ese insulto planeaba por encima tuyo, como un espectro al que querías exorcizar.
No hay orgullo sin vergüenza: estabas orgulloso de no ser un holgazán porque tenías vergüenza de formar parte de aquellos que pueden ser designados por esa palabra.  Ese tipo de humillación proveniente de los dominantes, te hace inclinar la espalda aún más.
 
Estos nombres que pronuncio desde hace un rato, puede que los que me lean o me escuchen no los conozcan, puede que ya los hayan olvidado o que no los hayan oído jamás, pero es justamente por eso que quiero pronunciarlos, porque hay asesinos que nunca son nombrados por los asesinatos que cometieron, hay asesinos que escapan de la vergüenza gracias al anonimato o gracias al olvido, tengo miedo porque se que el mundo actúa en la sombra o en la noche. Me niego a que sean olvidados. Quiero que sean conocidos ahora y para siempre, por todos lados, en Laos, en Siberia y en China, en el Congo, en América, en todos lados a través de los océanos, en el interior de todos los continentes, más allá de todas las fronteras.
¿Acaso todo termina siempre ppor ser olvidado? »

El tema central, empero, del primer libro de Édouard Louis es el calvario de un joven homosexual en un entorno hostil.

« Desde mi llegada al colegio, vagabundeé todos los días en el patio intentando acercarme a los otros alumnos. Nadie tenía ganas de hablarme: el estigma era contaminante ; ser amigo del marica hubiese sido mal visto. »

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Un entorno también hostil al buen desarrollo de la escolaridad.

« Yo pertenecía al mundo de esos niños que miran la televisión a la mañana al despertar, juegan al fútbol todo el día en las calles poco frecuentadas, en medio de la ruta, en los pastizales que se alargan detrás de sus casas o al pie de las torres, que miran la televisión, aún, de tarde, de noche durante horas, la miran entre seis y ocho horas por día. Al mundo de los niños que pasan horas en las calles, de tarde, de noche, callejeando. Mi padre me avisaba –torpe cuando se trataba de abordar cuestiones escolares- que podía hacer lo que quisiera pero que siempre debía asumir las consecuencias. Salís cuando quieras, volvés a la hora que quieras pero si al día siguiente estás cansado en la escuela, es culpa tuya. Si querés hacer el grande andá hasta el final, cuando los hijos de los maestro, del médico o de los gerentes del almacén estaban obligados a quedarse en casa para hacer sus deberes. Ocurría que en muchas oportunidades en una misma semana me preguntara si había terminado mis deberes. Poco le importaba la respuesta, como a mi madre que me interrogaba sobre mi día de colegio. No era él quien formulaba la pregunta sino un papel que lo sobrepasaba, a veces, contra su voluntad, la aceptación o mejor la interiorización del hecho de que más valía, que era más legítimo para un niño hacer bien sus deberes.”
 

Sería importante, sin embargo, situarnos en el tiempo. Édouard Louis nació en 1992, la acción de su novela autobiográfica se desarrolla entonces entre fines de los años 90 y los años 2000. Un pasado extremadamente cercano…

« En el pasillo aparecieron dos muchachos, el primero alto, con el cabello rojizo, y el otro, bajo, con la espalda encorvada. El alto pelirrojo escupió. Tomá eso en la jeta.
El escupitajo corrió lentamente sobre mi rostro, amarillo y espeso, como las escupidas sonoras que obstruyen las gargantas de los ancianos o de los enfermos, con olor fuerte y nauseabundo. Las raiisas agudas, estridentes de los dos muchachos. Mirá. Tiene la jeta llena ese hijo de puta. »
 

La única esperanza es entonces la huida. Huir de la violencia, huir de un mundo donde todo parece preestablecido de antemano, todos los papeles, todos los comportamientos, y donde aquel que trasgrede esas reglas debe ser castigado, debe ser excluido.  Sentimos en Eddy, aún en lo más profundo de la desesperanza, una fuerza que lo lleva hacia el porvenir. Ese porvenir que por así decirlo, no existe en su aldea, fuera de un porvenir aún más negro que el presente.
Debe imperativamente dejar atrás una educación opresiva, la de una sociedad patriarcal cuyos íconos son la virilidad, el alcohol, el fútbol, la tele y una enorme violencia. Huir de este mundo para terminar con Eddy Bellegueule y volverse Édouard Louis.
Una novela que finalmente es una herramienta de emancipación, no sólo para su autor.

Termino este comentario sobre estos dos libros imprescindibles de Édouard Louis con un fragmento de un artículo aparecido en  Les Inrockuptibles donde se expresa sobre los « chalecos amarillos “:

« Este movimiento debe continuar, porque encarna algo justo, urgente, profundamente radical, porque rostros y voces que están habitualmente obligadas a la invisibilidad son ahora visibles. El combate no será fácil, los chalecos amarillos representan una suerte de test  de Rorschach sobre gran parte de la burguesía ; los obligan a expresar su desprecio de clase y su violencia que habitualmente sólo expresan de manera indirecta, este desprecio que destruyó tantas vidas a mi alrededor, que sigue destruyendo, y cada vez más, este desprecio que reduce al silencio y que me paraliza a tal punto de no lograr escribir el texto que quería escribir, a expresar lo que quería expresar. »

Houellebecq, la vacuité – la vaciedad

Michel Houellebecq, Sérotonine, Flammarion, 2018

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Je n’ai jamais vraiment aimé Michel Houellebecq et j’ai toujours eu du mal à comprendre l’énorme engouement de la presse à son égard.
Après Soumission, d’une islamophobie absolument répugnante, l’écrivain continue à surfer sur l’air du temps, et sur une certaine droitisation de la société dans Sérotonine. Il prétend dans ce dernier roman nous parler du déclin de l’Occident par l’intermédiaire de Florent-Claude Labrouste, un agronome de 46 ans, accro aux antidépresseurs, lui-même en totale décadence et que l’on pourrait qualifier comme un beauf de la pire espèce.
On retrouve dans ce roman,  que je trouve d’une médiocrité attristante,  toutes les obsessions de Houellebecq, la xénophobie, visant ici les Hollandais, (quant aux Hollandais c’étaient vraiment des putes ils s’asseyaient n’importe où, une race de commerçants polyglottes et opportunistes les Hollandais on ne le dira jamais assez.), la misogynie ainsi que le sexe trash, pratiqué dans ce roman par la maîtresse japonaise de l’agronome avec des canidés ! Cette pornographie n’est même pas drôle, elle est plutôt triste à en mourir.
Et puis, est-ce de la provocation ?, un panégyrique du généralissime Franco, «  avec l’arrivée au pouvoir d’un homme. Francisco Franco, indépendamment d’autres aspects parfois discutables de son action politique, pouvait être considéré comme le véritable inventeur, au niveau mondial, du tourisme de charme, mais son œuvre ne s’arrêtait pas là, cet esprit universel devait plus tard jeter les bases d’un authentique tourisme de masse (qu’on songe à Benidorm ! qu’on songe à Torremolinos ! existait-il dans le monde, durant les années 1960, quoi que ce soit qui puisse y être comparé ?), Francisco Franco était en réalité un authentique géant du tourisme, et c’est à cette aune qu’il finirait par être réévalué. » Des effets parfois discutables, Guernica, le garrote vil, le vol de bébés, M Houellebecq ?
Un mot se retrouve très souvent dans le livre de Michel Houellebecq, la vacuité. Ce mot symbolise pour moi Sérotonine. J’ai donc suivi le conseil de Jorge Luis Borges : « Si un livre vous ennuie, laissez-le de côté, ne le lisez pas parce qu’il est renommé. Si un livre est ennuyeux, laissez-le de côté… ce livre n’a pas été écrit pour vous. » Merci Borges !

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Michel Houellebecq nunca me gustó realmente y me costó siempre entender el enorme apsionamiento de la prensa para con él.
Después de Sumisión, de una islamofobia absolutamente repugnante, el escritor continúa surfeando sobre las idea en vista, y sobre una cierta derechización de la sociedad en Serotonina. Pretende hablarnos en esta última novela de la decadencia de Occidente por el intermedio de Florent-Claude Labrouste, un agrónomo de 46 años, adicto a los antidepresores, el mismo en total decadencia y que podríamos calificar como un patán de la peor especie.
Encontramos en esta novela, que me parece de una mediocridad entristecedora, todas las obsesiones de Houellebecq, la xenofobia, que apunta aquí a los holandeses, (en cuanto a los holandeses eran realmente putas que se sentaban en cualquier lado, una raza de comerciantes políglotas y oportunistas, los holandeses, nunca lo diremos lo suficiente.), la misoginia así como el sexo trash,¡ practicado en esta novela por la amante japonesa del agrónomo con canes! Esta pornografía no es ni siquiera divertida, es más bien terriblemente triste.
Y luego, ¿es acaso provocación?,  un panegírico del generalísimo Franco, «  con la llegada al poder de un hombre, Francisco Franco, independientemente de otros aspectos a veces discutibles de su acción política, podía ser considerado como el verdadero inventor, a nivel mundial del turismo de encanto, pero su obra no se detenía allí, ese espíritu universal debía más tarde poner las bases de un auténtico turismo de masas (¡que se piense en Benidorm! ¡que se piense en Torremolinos! ¿existía acaso  en el mundo, durante los años 1960, se lo compare con lo que se lo compare?), Francisco Franco era en realidad un auténtico gigante del turismo y es de esta manera que debiera ser reevaluado. » ¿Aspectos a veces discutibles, Guernica, el garrote vil, el robo de bebés, Sr. Houellebecq?
Una palabra se encuentra muy a menudo en el libro de Michel Houellebecq, la vaciedad. Esta palabra simboliza para mí a Serotonina. Seguí entonces el consejo de  Jorge Luis Borges: « Si un libro los aburre, déjenlo, no lo lean porque es famoso. Si un libro es tedioso, déjenlo… ese libro no ha sido escrito para ustedes. » Gracias Borges!

Histoires de France – Historias de Francia

Omar Benlâala, Tu n’habiteras jamais Paris, Flammarion, 2018

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Ce récit d’Omar Benlâala porte cette phrase sur sa couverture : « Mon père, Martin Nadaud et moi », tout près d’une photo montrant deux mains d’homme usées par le temps et le travail.
Des mains de maçon, celles de Bouzid Benlâala, immigré algérien dans les années 60, le père.
Et puis, Martin Nadaud, immigré lui aussi, mais de la Creuse qui part vers Paris dans les années 1830 pour y travailler, lui aussi,  comme maçon.
Tous deux aidèrent à construire Paris, tous deux aimèrent, chacun à sa manière, cette vile.
Tous deux souffrirent le rejet lié à leurs origines ainsi qu’à leur méconnaissance de la langue française.
Tous deux exercèrent une activité militante, Bouzid au sein de la CGT, Martin Nadaud, de son côté, fut l’un des premiers députés ouvriers de France.
Tous deux durent à un moment, prendre le chemin de l’exil. Bouzid, tout jeune, au début des années 60, comme tant d’Algériens qui vinrent en France pour combler le manque de main d’œuvre de la France. Martin Nadaud, pour échapper aux répressions de Napoléon III.
Ces deux vies qui ont fait l’Histoire de la France à plus juste terme que certain tortionnaire de la guerre d’Algérie qui affirmait que les chambres à gaz n’étaient qu’un point de détail…, ces deux vies que séparent 130 ans, se font écho, se regardent, s’entremêlent avec une grande simplicité.
C’est justement là que réside le talent d’Omar Benlâala, il met devant nos yeux la vie dans sa simple grandeur et accomplit ainsi un devoir de mémoire.

Extraits

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« Je me vois en lui ; mêmes gestes, même sourire. Des traits suivant la courbe d’une existence sans véritables vagues, malgré les tempêtes. La bouche bordée par le temps qui trace. Le nez busqué, comme fracturé, malicieusement surplombé de ces yeux bridés qui, parfois, trahissent un ras-le-bol devant une vie tirée à quatre épingles entre deux continents. Seule ma voix reste encore inaudible dans la sienne – peut-être ne l’ai-je pas suffisamment écouté. À siroter ses paroles, je m’aperçois que je ne sais pratiquement rien de celui qui m’a tant appris. Rien de ses craintes, des illusions, des peines qu’il a dû surmonter pour pouvoir s’asseoir en paix dans ce quartier qui m’a vu naître. Même sa couleur préférée m’est inconnue – en a-t-il seulement une ? En prenant des notes, je m’interroge : d’où venait le ressentiment de cette assistante sociale ? Sûrement de ses pères, et des pères de ses pères. Comme la plupart d’entre nous, victimes de haines ancestrales qu’on ne s’explique pas, qu’on se refile sans préliminaires, dans une sorte d’inceste idéologique. Difficile de lutter, même d’y réfléchir. »

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« Sans l’entêtement du père, je n’aurais pas lu. Le père, finalement, je le connaissais peu. À la maison, on avait pris l’habitude de compter les lunes qui nous séparaient de son retour. Cette fois, il était parti deux ans. J’avais retrouvé un étranger avec une bourse, une blague à tabac, et une gravure carrée comme une fenêtre. « Voilà un édifice que les nôtres ont bâti à Paris ! », avait-il précisé, son pouce sur la devise Aux grands hommes la patrie reconnaissante. Lorsque je lui avais demandé ce qui était inscrit sous l’image, il s’était renfrogné : « Un jour, tu sauras ! » L’affaire l’avait contrarié ; ses silences se prolongeaient, son regard était devenu fuyant. Quelque chose se préparait, il aurait fallu être mort pour ne pas le sentir… Mais, timide, je me tenais à distance de cet homme qui revenait l’hiver, avec les loups.
C’est un dimanche, au cabaret, que tout s’est décidé :
— Eh quoi ! Tu veux nous en faire un prêtre ?
— Quand je disais que les paperasses qu’il achetait au marché Saint-Jean finiraient par lui troubler la cervelle… Faudrait pas que notre Martin y finisse comme le petit faiseur d’embarras de la rue de la Mortellerie… Un qui fait honte à sa famille, tiens, avec ses discours de savant !
Ce dernier éclat décida le père à taper du poing sur la table. Il se tourna vers notre marguillier, Faucher : « Voilà un petit gars que je vous enverrais, si vous vouliez l’accepter… » Stupeur générale : le travail des champs n’attendait pas qu’on sonne la récréation ; et surtout, que valait une instruction tout juste bonne à signer et à chanter le missel ? La religion de ma mère était faite : m’envoyer cultiver l’alphabet ne rimait à rien. J’étais de son côté : entre deux gardes de troupeaux, le temps me manquait déjà pour aller au Thaurion attraper le goujon ; je priais en silence qu’on ne m’éloigne pas de mon cher ruisseau… Avec les autres fils de maçons, on suivait son cours à la recherche des plus belles pierres. Chacun y allait de son muret. Le vainqueur espérait être le premier à accompagner les hommes. Si mon père me fourrait le nez dans les livres, je risquais de ne plus pouvoir mettre mes pas dans les siens. Je voulais plus que tout revêtir la blouse, pas la robe d’un catéchiste ; pourquoi me déshéritait-il ? Comment lui prouver ma valeur ?
Il était respecté pour avoir placé nombre de jeunes gens chez les entrepreneurs de la capitale. Mais il baissait parfois les yeux devant l’aïeul :
— Depuis ton retour, tu n’as pas passé un jour sans nous entretenir de tes projets d’école. Aucun de nous ne connaît ses lettres, et nous avons mangé du pain tout de même !
Ce coup-ci, Léonard – mon père – tint tête à l’assemblée. Un jour, après avoir trempé la soupe plus tôt que d’habitude, il me passa un panier tressé de ses mains et, en chantant, m’accompagna chez Faucher à Pontarion. Je ne devais revoir mon géniteur que neuf mois plus tard.
Il me restait à faire ce que font les enfants en colère : traîner des pieds, en souhaitant qu’on se lasse d’eux. Élève sans ambition, turbulent et batailleur, je rêvais au chaume que les miens posent entre les âmes et les étoiles. À la rigueur, je voulais bien apprendre à tracer le trait, bien droit comme sur la gravure, mais y jucher des lettres… Lire ? Personne ne savait et le monde ne s’en portait pas plus mal. Et en français, encore ! Ce dont on n’a pas besoin, pourquoi y penser ? Sans manquer d’exprimer mon désaccord, je prenais garde de ne pas trop déplaire à mon maître, qui m’aurait vite dénoncé. Si je m’inquiétais que la mère soit privée de mes bras, je savais de quoi ceux du père étaient capables quand je désobéissais. Par chance, Faucher avait bon cœur, et sut ouvrir le mien en m’offrant le godet à encre qui m’accompagnerait jusqu’aux marches de l’Assemblée. »

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« Mais la nostalgie n’est jamais bonne conseillère. Et puis, je n’ai pas trop l’occasion de lui faire la conversation : je dois trouver mes marques, physiquement, géographiquement, dans cette ville interminable. Au départ, j’ai surtout peur de me perdre, alors, j’avance sur la pointe des pieds. Je mets à l’épreuve mon sens de l’observation, j’analyse le terrain. Il faut que je maîtrise mon environnement, ces pierres, ces visages. Que je puisse arpenter la cité de long en large, comme si je traversais les champs de ma région. Dans le quartier, le premier endroit que j’identifie est le bureau de tabac, au croisement où j’ai le plus souvent traîné mes chaussures de sécurité. Pour aller plus loin, ma technique est simple : je jette un coup d’œil avant de tenter une percée, si j’ai le sentiment de pouvoir explorer la rue à venir ; sinon, je rebrousse chemin pour en sonder une autre plus courte. La première fois que j’ai pris celle des Pyrénées, il m’a fallu une sacrée dose de courage ! Tu sais que c’est la voie la plus longue de Paris, après Vaugirard ? J’ai presque eu le vertige, mais à l’horizontale. La sensation d’être pris au piège dans un désert d’ardoises. Je veux courir mais je dois freiner, avancer doucement, comme l’enfant qui apprend à marcher. En plus, je n’ai pas très envie de demander mon chemin. Pour me ridiculiser ? Combien de fois j’ai préféré me perdre ou revenir en arrière ! Alors, je compte patiemment le nombre de rues jusqu’au métro Pyrénées, puis jusqu’au métro Belleville, et jusqu’au métro Ménilmontant. Voilà comment je m’oriente dans ce nouveau quartier où je vis encore.
On parle du village de Ménilmontant… Pour moi qui venais vraiment d’un village de montagne, ce quartier, c’était un continent ! Mon cœur de bâtisseur était enchanté de découvrir les bancs publics, les trottoirs, les fontaines sculptées, les bâtiments ‒ gaz à tous les étages, et l’eau courante… Pourquoi le cacher ? C’est aussi pour ça qu’on avait tant de mal à partir, fascinés qu’on était par le progrès. La rue de Ménilmontant était très courue : des commerces chics bordés de lampadaires ajoutaient leur éclat à celui des vitrines. Mets-toi à la place de l’enfant qui découvre les illuminations de Noël pour la première fois… Nous, on était habitués aux lampes à pétrole, à la lumière du jour, à celle qui brillait dans les yeux des mômes, pas à ce feu d’artifice ! Et ces hommes costumés, cravatés, aux cheveux gominés, au bras desquels se réjouissait une compagne ! Ménilmontant, c’était le rendez-vous du samedi soir, du dimanche après-midi. Les couples s’y rendaient pour parader, respirer le bon air. »

Omar Benlâala, Tu n’habiteras jamais Paris, Flammarion, 2018

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Este relato de Omar Benlâala lleva esta frase en su tapa: “Mi padre, Martin Nadaud y yo”, cerca de una foto de muestra dos manos de hombre gastadas por el tiempo y el trabajo.
Manos de albañil, las de Bouzid Benlâala, inmigrante argelino en los años 60, el padre.
Y por otra parte, Martin Nadaud, también inmigrante, pero de la Creuze, que parte hacia París en los años 1830 para trabajar allí también como albañil.
Ambos ayudaron a construir París, ambos amaron, cada uno a su manera, esa ciudad.
Ambos sufrieron el rechazo ligado a su origen así como al desconocimiento de la lengua francesa.
Ambos ejercieron una actividad militante, Bouzid en el seno de la CGT, Martin Nadaud, por su lado, fue uno de los primeros diputados obreros de Francia.

Ambos debieron, en un momento, tomar el camino del exilio. Bouzid, muy joven, a comienzos de los años 60, como tantos argelinos, para suplir la falta de mano de obra de Francia.  Martin Nadaud, para escapar a las represiones de Napoleón III.
Estas dos vida que hicieron la Historia de Francia mucho más que cierto torturador de la guerra de Argelia que afirmaba que las cámaras de gas sólo eran un punto de detalle…, estas dos vidas que separan 130 años, se hacen eco, se miran, se entremezclan con una gran simplicidad.
Aquí justamente reside el talento de Omar Benlâala, pone ante nuestros ojos a la vida en su simple grandeza y cumple así un deber de memoria.  .

Fragmentos

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« Me veo en él; los mismos gestos, la misma sonrisa.  Rasgos que siguen la curva de una existencia sin verdaderas olas, a pesar de las tempestades. La boca bordeada por el tiempo que traza. La nariz respingada, como fracturada, maliciosamente dominada por esos ojos almendrados que, a veces, muestran un hartazgo ante una vida impecable entre dos continentes. Sólo mi voz sigue siendo inaudible ante la suya –quizás no la haya escuchado lo suficiente. Abrevándome con sus palabras, me doy cuenta de que no se prácticamente nada del que tanto me enseñó. Nada de sus temores, de las ilusiones, de la penas que debió sobrepasar para poder sentarse en paz en el barrio que me vio nacer. Hasta su color preferido me es desconocido -¿acaso tiene uno? Tomando notas, me interrogo: ¿de dónde venía el resentimiento de esa asistente social ? Seguramente de sus padres, y de los padres de sus padres. Como la mayoría de nosotros, víctimas de odios ancestrales que no se explican, que nos pasamos sin preliminares, en una suerte de incesto ideológico. Es difícil luchar, aún reflexionar »

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« Sin el empecinamiento de mi padre, no habría leído. A mi padre, finalmente, lo conocía poco. En casa, habíamos tomado la costumbre de contar las lunas que nos separaban de su regreso. Esta vez, se había ido dos años. Me había encontrado con un extranjero con una bolsa, una tabaquera y un grabado cuadrado como una ventana. “¡Este es el edificio que los nuestros construyeron en París!”, había explicado, con el pulgar sobre el lema A los grandes hombres, la patria agradecida. Cuando le pregunté qué había escrito debajo de la imagen, gruñó: “¡Un día sabrás!” El asunto lo había contrariado, sus silencios se prologaban, su mirada se había vuelto huidiza. Algo se preparaba, tendría que haber estado muerto para no darme cuenta… Pero, tímido, me mantenía a distancia de este hombre que volvía en invierno, con los lobos.
Un domingo, en el cabaret, se decidió todo :
— ¡Qué! ¿Querés que sea cura ?
— cuando decía que los papeles que compraba en el mercado Saint-Jean terminarían por turbarle el seso…Nuestro Martin no puede terminar como el pequeño hacedor de problemas de la calle de la Mortellerie… ¡Uno que avergüenza a su familia, mirá, con sus discursos de sabiondo!
Este último estallido decidió a mi padre a darle un puñetazo a la mesa. Se volvió hacia el bedel de nuestra parroquia, Faucher : “Le mandaré a este chico, si quiere aceptar…” Estupor general: el trabajo del campo no esperaba que toque el recreo; y, sobre todo, ¿de qué valía una instrucción sólo buena para firmar y cantar la misa?. La opinión de mi madre era clara: mandarme a cultivar el alfabeto no servía para nada. Yo estaba de su lado: entre dos guardias de rebaño, me faltaba tiempo para ir al Thaurion a pescar cornalitos; rogaba en silencio para que no me alejaran de mi querido arroyo… Con los otros hijos de albañiles seguíamos su curso en búsqueda de las piedras más bellas. Cada uno levantaba su murete. El vencedor esperaba ser el primero en acompañar a los hombres. Si mi padre metía mi nariz en los libros, corría el riesgo de ya no poder poner mis pasos en los suyos. Quería más que nada ponerme el guardapolvo, no el traje de catequista ; ¿por qué me desheredaba? ¿Cómo probarle mi valor?
Era respetado por haber ubicado a varios jóvenes con los empresarios de la capital. Pero bajaba a veces la mirada ante el abuelo:
— Desde tu vuelta no has pasado una hora sin hablarnos de tus proyectos de escuela. ¡Ninguno de nosotros conoce las letras y, sin embargo, hemos comido pan!!
Esa vez, Léonard – mi padre – enfrentó a la asamblea. Un día, después de haber tomado la sopa más temprano que de costumbre, me dió un canasto trenzado por sus manos y, cantando, me acompañó hasta lo de Faucher en Pontarion. Volvería a ver a mi progenitor sólo nueve meses más tarde.
Sólo me quedaba hacer lo que hacen los niños enojados: arrastrar los pies rogando que se cansen de ellos. Alumno sin ambición, turbulento y batallador, soñaba con la paja que los míos ponen entre las almas y las estrellas. En rigor, aceptaba hacer un trazo bien recto como en el grabado, pero ponerle letras encima… ¿Leer? Nadie sabía y todos andaban muy bien. ¡Y además en francés! ¿Para qué pensar en lo que no se necesita? Sin dejar de expresar mi desacuerdo tenía cuidado de no disgustar a mi maestro, que rápidamente me hubiera denunciado. Si me preocupaba porque a la madre le faltaría mis brazos, sabía de que eran capaces los del padre cuando yo desobedecía. Por suerte, Faucher tenía un buen corazón, y supo abrir el mío regalándome el tintero que me acompañaría hasta los escaños de la Asamblea.»

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« Pero la nostalgia nunca es buena consejera. Y además, no tengo demasiado la oportunidad de conversar con ella: debo encontrar mis referencias, físicamente, geográficamente, en esta ciudad interminable. Al comienzo, tengo sobre todo miedo de perderme, entonces, avanzo en puntas de pié. Pongo a prueba mi sentido de la observación, analizo el terreno, debo dominar mi entorno, esas piedras, esos rostros. Que pueda recorrer la ciudad de punta a punta, como su cruzara los campos de mi región. En el barrio, el primer lugar que identifico es el kiosco de cigarrillos, en el cruce donde arrastré más mis zapatos de seguridad. Para ir más lejos, mi técnica es simple : echo una ojeada antes de intentar el avance, si tengo la sensación de poder explorar la calle siguiente ; si no, doy media vuelta para sondear otra más corta. La primera vez que tomé la de Pyrénées, ¡necesité una buena dosis de coraje! ¿Sabés que es la más larga de París después de la de Vaugirard? Casi tuve vértigo, pero horizontal. La sensación de estar atrapado en un desierto de pizarras. Quiero correr pero debo frenar, avanzar suavemente, como el niño que aprende a caminar. Además, no tengo muchas ganas de preguntar mi camino. ¿Para ridiculizarme? ¡Cuantas veces preferí perderme o volver para atrás! Entonces cuento pacientemente el número de calles hasta el metro Pyrénées, luego hasta el metro Belleville, y hasta el metro Ménilmontant. Así me oriento en mi nuevo barrio, donde vivo aún ahora.
Se habla del poblado de Ménilmontant… Para mí, llegado realmente de un poblado de montaña, ¡ese barrio era un continente! Mi corazón de constructor estaba encantado de descubrir los bancos públicos, las veredas, las fuentes esculpidas, los edificios –gas en todos los pisos, y agua corriente… ¿Por qué negarlo? También por eso nos costaba irnos, fascinados con el progreso. La calle de Ménilmontant era muy frecuentada : comercios elegantes bordeados por faroles agregaban su brillo al de las vidrieras. Ponete en el lugar del niño que descubre por primera vez las iluminaciones de Navidad… Nosotros estábamos acostumbrados a las lámparas de kerosene, a la luz del día, a la que brillaba en los ojos de los pibes, ¡no a esos fuegos artificiales! ¡Y esos hombres de traje, con corbata, el pelo engominado, del brazo de quienes se regocijaba una compañera! Ménilmontant, era la cita del sábado a la noche, del domingo por la tarde. Las parejas iban a mostrarse, a respirar aire puro. » 

Les cigognes sont congolaises – Las cigüeñas son congoleñas

Alain  Mabanckou, Les cigales sont immortelles, Seuil, août 2018

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Dès les premières lignes du dernier livre d’Alain Mabanckou, Les cigognes sont immortelles, il me semble écouter les lire la voix de l’auteur. Une voix douce aux intonations bien particulières que je ne connais que par ses interviews.
C’est bien Michel qui me parle. Michel, le double de Mabanckou que j’avais quitté il y a quelques années, à la dernière page de Demain j’aurai vingt ans. C’était alors un enfant, il entre aujourd’hui dans l’adolescence mais les personnages et le décor sont les mêmes, maman Pauline, papa Roger et la petite maison « en attendant » en bois et en taule,  dans une parcelle du quartier Voungou de Pointe Noire, au Congo Brazzaville.
Ce 18 mars 1977, sous le manguier, « l’arbre à paroles » de papa Roger, celui-ci et Michel écoutent, comme d’habitude, tantôt la Voix de la Révolution congolaise, tantôt la Voix de l’Amérique, quand une nouvelle leur tombe sur la tête : le camarade président Marien Ngouabi vient d’être assassiné.
Un comité militaire prend le pouvoir dont l’un des membres est le commandant Denis Sassou-Ngesso, l’actuel dictateur du Congo.

CONGO-NGOUABI

Marien Ngouabi

« Il y a un nouveau type de commerce partout : des enfants vendent dans les rues des étoffes noires à mettre autour du bras pour montrer qu’on est en deuil. Tout le monde en a, et je me dis qu’il faut que j’en achète une pour être tranquille au cas où un camion militaire passerait à côté de moi et remarquerait que je ne respecte pas le camarade président Marien Ngouabi. L’étoffe en question coûte vingt-cinq francs comme le tabac de Papa Roger. Si j’en achète, mon père ne sera pas fâché, au contraire il se dira que je n’ai pas oublié que j’étais et que je reste une cigogne de la Révolution socialiste congolaise.
Les vendeurs d’étoffes noires sont tellement nombreux que je ne sais pas chez qui je vais en prendre. Je m’arrête devant l’un d’eux qui est pieds nus avec un ventre ballonné. Il me fait pitié car, à voir comment ses lèvres sont sèches, j’imagine qu’il n’a pas mangé au minimum depuis avant-hier à 14 h 30. Pour lui, c’est un grand bénéfice que le camarade président Marien Ngouabi soit mort, il peut maintenant se faire de l’argent, manger, et peut-être aussi acheter des savates pour ne plus marcher pieds nus. (…)
Je tends une pièce de vingt-cinq francs à l’enfant au ventre ballonné. Il regarde la pièce et me dit :
– Non, je prends pas ça !
Les gaillards nous surveillent, je dois faire attention à mon comportement. Je parle d’une voix gentille, je souris aussi, comme ça ces gaillards se diront que les choses se passent bien entre nous et que nous nous connaissons bien tous les deux :
– Pourquoi tu ne prends pas ça, c’est pourtant une jolie pièce, en plus elle ne sent pas mauvais comme l’argent que les femmes mettent dans leur soutien-gorge et…
– Non, je prends pas ça, point à la ligne !
– Mon frère, c’est une pièce de vingt-cinq francs, regarde bien tu verras que…
– Non, je prends pas ça ! Je ne suis pas ton frère ! Ce que je vends là, ça coûte cinquante francs maintenant !
Il veut me voler alors que sur sa pancarte par terre c’est écrit que l’étoffe noire coûte vingt-cinq francs.
Je le laisse là, je vais vers un autre enfant qui a un ventre normal. Il porte une chemise avec une seule manche, l’autre n’existe plus, il n’y a que quelques traces qui montrent qu’elle a peut-être été arrachée dans une bagarre.
Je lui donne ma pièce de vingt-cinq francs.
– Non, je prends pas ça !
– Mon frère, pourquoi toi aussi tu ne prends pas ça ?
– Je ne suis pas ton frère ! Ce que je vends là, ça coûte soixante francs maintenant !
– Mais ça coûtait d’abord vingt-cinq francs, puis ça coûtait cinquante francs, et maintenant ça coûte soixante francs ?
– Si tu blagues trop avec moi, ça va coûter cent francs et quelques !
– Jamais moi Michel, fils de Kengué Pauline et de Kimangou Roger, je vais acheter ce tissu noir pour cent francs ou cent francs et quelques !
– Ok, c’est pas grave alors, va dire ça aux gaillards là-bas, c’est eux qui vont te vendre ça avec des gifles en cadeau…
Je retourne chez l’enfant au ventre de ballon de rugby, c’est mieux d’acheter ça à cinquante francs qu’à soixante. Eh bien, il a aussi changé d’avis, il me dit d’aller acheter chez son ami à la chemise déchirée par la bagarre. Et quand je me pointe de nouveau devant son ami, le prix est maintenant à cent francs !
Je n’ai pas envie de patoiser encore avec eux, j’achète finalement, et je continue ma route. De loin, les gaillards ricanent car après moi d’autres personnes sont en train d’acheter à vingt-cinq francs, et il y en a qui débattent ce prix, partent avec ça en payant quinze francs seulement.
Je mets mon étoffe noire autour du bras, et je me dis que le camarade président Marien Ngouabi sera content de moi car j’ai acheté ça plus cher que tout le monde. Et puis, il sera aussi très content de moi parce que, alors que les gens croient qu’il est mort pour de bon, moi je me dis qu’il est en train d’apprendre à voler au-dessus des têtes des gens comme les cigognes blanches qui sont en fait des soldats russes ayant laissé leur vie sur des champs de bataille inondés de sang… »

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Comme nous pouvons le remarquer dans cet extrait, cette manière de  raconter l’histoire du point de vue d’un jeune garçon permet à l’auteur d’éviter les discours enflammés et, en outre, d’éclairer de la même lumière le politique ainsi que l’intime. La douleur d’Alain Mabanckou face aux dérives autoritaires que subit son pays natal transparaît cependant tout au long de ce roman qui ne s’étend que sur trois jours, du samedi 19 mars au lundi 21 mars 1977.
Nous retrouvons aussi dans ce nouveau roman la classe dominante des « capitalistes noirs » : membres du parti au pouvoir, études en URSS, costume cravate, belles voitures, maisons en dur, reprenant certaines habitudes des colonisateurs et séparée par un fossé du peuple travailleur.

« La femme qu’on lui a trouvée et qui est grosse et petite de taille, c’est Madame Léopoldine Mindondo. Elle ne dit jamais bonjour aux mamans du quartier et, pour ne pas les croiser, elle fait ses courses au Printania avec les Blancs et les autres capitalistes noirs.
Si je connais par cœur les noms des enfants Mindondo, c’est parce que des noms de ce gabarit il n’y a que cette famille qui les a à Pointe-Noire. Le grand frère s’appelle Thomas d’Aquin Mindondo, puis il y a trois autres garçons : Dionysos Mindondo, Olympe Mindondo, Poséidon Mindondo. La famille n’a qu’une seule fille, Artémis Mindondo, elle marche encore à quatre pattes.
Le grand frère Thomas d’Aquin Mindondo a quatorze ans, il ne fréquente pas notre collège des Trois-Glorieuses, il est à l’école française Charlemagne avec les petits Blancs que nous voyons dans le quartier quand Monsieur Mindondo fête les anniversaires de ses enfants.
Lorsque Monsieur Mindondo reçoit les gens qui portent une cravate et qui sont ses collègues du Parti Congolais du Travail, ces invités garent leur voiture partout, jusque devant notre parcelle. Monsieur Mindondo s’est déjà chamaillé avec Papa Roger qui lui avait dit de ne plus laisser ces individus cravatés se garer devant chez nous parce qu’on risquerait de penser que ça nous appartient, que nous sommes tout à coup devenus des capitalistes noirs. »

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La tragédie du pays trouve son écho dans celle de maman Pauline qui perd l’un de ses frères, un haut gradé de l’armée congolaise, tué après l’assassinat du camarade-président. Va-t-elle porter le deuil malgré les graves inconvénients que cela peut attirer sur elle et sur son entourage.
La figure de maman Pauline se dresse alors, héroïque, tragique, au beau milieu d’un monde presque dérisoire.

J’ai lu tout Mabanckou, ou presque, mais chaque nouveau livre est une nouvelle surprise, un nouvel émerveillement.
Dans Les cigales sont immortelles, Alain Mabanckou réussit à nous émouvoir sans tomber dans le pathos, la tendresse et l’humour nous en éloignent. Il s’agit, cependant, du premier de ses romans où la politique s’invite avec tout son bagage de violence et d’injustice.
Cette politique que subissent ces personnes, j’allais écrire ces personnages, mais non, ces personnes qui me sont déjà chères, Michel, Maman Pauline, Papa Roger… Et que j’espère peut-être retrouver dans un autre roman, quand Michel entrera au lycée, ou à l’université qui porte le nom du camarade-président.

L’auteur

Je découvris Alain Mabanckou en 2006 quand son roman Mémoires de porc-épic obtint le prix Renaudot. Je n’avais lu jusque là que quelques auteurs africains, les pères fondateurs, Léopold Sédar Senghor, Birago Diop, Camara Laye, Cheikh Hamidou Kane, et puis les auteurs qui suivirent les indépendances, Kourouma, Ouologuem,..
Ce fut mon premier roman africain contemporain et ce fut un vrai éblouissement. Mabanckou est d’ailleurs aujourd’hui l’un des écrivains actuels que j’admire le plus.
Né en 1966, à Pointe Noire, au Congo Brazzaville, Alain Mabanckou est aujourd’hui un homme de trois continents : Il est né en Afrique, il écrit sur l’Afrique. Or, il n’est pas le bienvenu dans son pays natal au cause de sa lutte pour la démocratie et contre les dictateurs, dont Denis Sassou-Nguesso. Il a fait une partie de ses études en France et y publie les livres qu’il rédige en français. En 2016, Alain Mabanckou est le premier écrivain africain a occuper une chaire du Collège de France .Il enseigne, depuis 2002, aux États-Unis, et, depuis 2006, à l’UCLA de Californie.

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Mais auparavant, Alain Mabanckou fait des études de droit à l’Université Marien Ngouabi de Brazzaville. À 22 ans, il débarque en France muni d’une bourse. Durant une dizaine d’années, il travaille comme juriste et écrit la nuit.
En 1998, notre écrivain publie son premier roman, Bleu-Blanc-Rouge, qui obtient le Grand Prix littéraire d’Afrique noire.
Suivront Verre cassé (2005), Mémoires de porc-épic (2006), Black Bazar (2009), Demain j’aurai vingt ans (2010), un remarquable essai, Le sanglot de l’homme noir (2012), Lumières de Pointe-Noire (2013), Petit Piment (2015) et des recueils de poésie dont une anthologie parue en 2015, Tant que les arbres s’enracineront dans la terre.

Hors son grand talent littéraire, j’admire chez Alain Mabanckou une franchise et une liberté de parole qui ne sont pas habituelles.
Au début de cette année, M Macron l’invitait à s’engager à ses côtés pour la défense de la Francophonie.
Il adresse alors au Président de la République la lettre ouverte qui suit :

« Monsieur le Président,

Dans votre discours du 28 novembre à l’université de Ouagadougou, puis dans un courrier officiel que vous m’avez adressé le 13 décembre, vous m’avez proposé de «contribuer aux travaux de réflexion que vous souhaitez engager autour de la langue française et de la Francophonie.»
 
Au XIXème siècle, lorsque le mot «francophonie» avait été conçu par le géographe Onésime Reclus, il s’agissait alors, dans son esprit, de créer un ensemble plus vaste, pour ne pas dire de se lancer dans une véritable expansion coloniale. D’ailleurs, dans son ouvrage «Lâchons l’Asie, prenons l’Afrique» (1904), dans le dessein de «pérenniser» la grandeur de la France il se posait deux questions fondamentales: «Où renaître ? Comment durer ?»
 
Qu’est-ce qui a changé de nos jours ? La Francophonie est malheureusement encore perçue comme la continuation de la politique étrangère de la France dans ses anciennes colonies. Repenser la Francophonie ce n’est pas seulement «protéger» la langue française qui, du reste n’est pas du tout menacée comme on a tendance à le proclamer dans un élan d’auto-flagellation propre à la France. La culture et la langue françaises gardent leur prestige sur le plan mondial.
 
Les meilleurs spécialistes de la littérature française du Moyen-âge sont américains. Les étudiants d’Amérique du Nord sont plus sensibilisés aux lettres francophones que leurs camarades français. La plupart des universités américaines créent et financent sans l’aide de la France des départements de littérature française et d’études francophones. Les écrivains qui ne sont pas nés en France et qui écrivent en français sont pour la plupart traduits en anglais: Ahmadou Kourouma, Anna Moï, Boualem Sansal, Tierno Monénembo, Abdourahman Waberi, Ken Bugul, Véronique Tadjo, Tahar Ben Jelloun, Aminata Sow Fall, Mariama Bâ, etc. La littérature française ne peut plus se contenter de la définition étriquée qui, à la longue, a fini par la marginaliser alors même que ses tentacules ne cessent de croître grâce à l’émergence d’un imaginaire-monde en français.
 
Tous les deux, nous avions eu à cet effet un échange à la Foire du livre de Francfort en octobre dernier, et je vous avais signifié publiquement mon désaccord quant à votre discours d’ouverture dans lequel vous n’aviez cité aucun auteur d’expression française venu d’ailleurs, vous contentant de porter au pinacle Goethe et Gérard de Nerval et d’affirmer que «l’Allemagne accueillait la France et la Francophonie», comme si la France n’était pas un pays francophone!
 
Dois-je rappeler aussi que le grand reproche qu’on adresse à la Francophonie «institutionnelle» est qu’elle n’a jamais pointé du doigt en Afrique les régimes autocratiques, les élections truquées, le manque de liberté d’expression, tout cela orchestré par des monarques qui s’expriment et assujettissent leurs populations en français? Ces despotes s’accrochent au pouvoir en bidouillant les constitutions (rédigées en français) sans pour autant susciter l’indignation de tous les gouvernements qui ont précédé votre arrivée à la tête de l’Etat.
 
Il est certes louable de faire un discours à Ouagadougou à la jeunesse africaine, mais il serait utile, Monsieur le Président, que vous prouviez à ces jeunes gens que vous êtes d’une autre génération, que vous avez tourné la page et qu’ils ont droit, ici et maintenant, à ce que la langue française couve de plus beau, de plus noble et d’inaliénable: la liberté.
 
Par conséquent, et en raison de ces tares que charrie la Francophonie actuelle – en particulier les accointances avec les dirigeants des républiques bananières qui décapitent les rêves de la jeunesse africaine –, j’ai le regret, tout en vous priant d’agréer l’expression de ma haute considération, de vous signifier, Monsieur le Président, que je ne participerai pas à ce projet.
 
Alain Mabanckou
Santa Monica, le 15 janvier 2018 »

Je partage absolument ce qu’exprime Alain Mabanckou dans cette lettre, d’autant plus, que de mon humble point de vue de professeur de français langue étrangère, c’est une idée que j’ai défendue à longueur de congrès et de réunions pédagogiques.
Je citerai, finalement, quelques paragraphes de l’article Le français, notre bien commun ?, paru dans l’Obs du 12 février 2018, et signé par Mabanckou et l’historien Achille Mbembé.

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« Nous le redisons : nous sommes opposés à toute définition de la langue française qui aurait pour fondement une idéologie nationalitaire. Une langue qui a vocation d’imaginer le monde est celle qui refuse que soient instaurées des frontières infranchissables en son sein. S’il est une caractéristique du français dans le monde contemporain, c’est justement son caractère transnational et transversal, son potentiel en tant que langue planétaire. Ce potentiel ne saurait se réaliser aux dépens des créateurs et des relayeurs qui œuvrent dans l’ombre, loin de la France, sans la permission de la France, sans attendre une quelconque rétribution de celle-ci, parce qu’ils savent depuis fort longtemps que la langue française est plus grande que la France.
 
Nous ne voulons pas d’un outil, la Francophonie, qui servirait de cache-misère pour une politique de la brutalité, pour une politique qui sépare au lieu de mettre ensemble, de tisser des relations.
 
Nous ne voulons pas d’un outil, la Francophonie, qui tournerait le dos au monde au lieu de l’embrasser; qui favoriserait l’enclavement des identités au lieu de faire en sorte qu’elles puissent être parcourues dans tous les sens; qui abandonnerait les arts et la culture aux forces du marché et de l’entreprise.
 
Nous militons pour une langue-monde, une langue planétaire, une langue de l’en-commun, véhicule de circulation au croisement des forces de vie et d’ouverture; une langue dont l’humanité dans son ensemble pourrait se servir dans le but de partager des paroles neuves et engagées, qui interrogent notre destin dans ce qu’il a à la fois de commun et de particulier. »

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Desde las primeras líneas del último libro de Alain Mabanckou, Las cigüeñas son inmortales, me parece escuchar la voz del autor que las lee. Una voz suave de entonaciones muy particulares que sólo conozco por sus entrevistas.
Es Michel quien me habla. Michel, el doble de Mabanckou que había dejado hace unos años, en la última página de Mañana tendré veinte años. Era entonces un niño, entra hoy en la adolescencia pero los personajes y el decorado son los mismos, mamá Pauline, papa Roger y la casita « a la espera » de madera y chapa, en la parcela del barrio Voungou de Pointe Noire, en el Congo Brazzaville.
Ese 18 de marzo de 1977, bajo el mango, « el árbol de palabras » de papa Roger, este y Michel escuchan, como de costumbre, ora la Voz de la Revolución congoleña, ora la Voz de las Américas, cuando una noticia les cae encima: el camarada presidente Marien Ngouabi acaba de ser asesinado.

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Marien Ngouabi

Un comité militar toma el poder, uno de sus miembros es el comandante Denis Sassou-Ngesso, el actual dictador del Congo.

« Hay un nuevo tipo de comercio en todos lados: chicos venden en las calles telas negras para ponerse alrededor del brazo para mostrar que uno está de luto. Todo el mundo tiene, y me dije que tenía que comprar una para estar tranquilo en caso en que un camión militar pasara cerca de mí y notara que no respeto al camarada presidente  Marien Ngouabi. La tela en cuestión cuesta veinticinco francos como el tabaco de Papá Roger. Si la compro mi padre no se enojará, al contrario, se dirá que no me olvidé que era y que sigo siendo una cigüeña de la Revolución socialista congoleña.
Los vendedores de telas negras son tan numerosos que no se a quien comprarle. Me detengo delante de uno de ellos que está descalzo y tiene una gran panza. Me da lástima pues, al ver que sus labios están resecos, imagino que no comió al menos desde antes de ayer a las 14, 30. Para él es un gran beneficio que haya muerto el camarada presidente Marien Ngouabi, ahora puede ganar plata, comer y quizás pueda comprar chancletas para no caminar descalzo. (…)
Tiendo una moneda de veinticinco francos al niño panzón, mira la moneda y me dice:  
– No, ¡no la quiero!
Los tipos nos vigilan, debo cuidar mi comportamiento. Hablo con una voz amable, también sonrío, así esos tipos se dirán que las cosas andan bien entre nosotros y que ambos nos conocemos:
– ¿Por qué no querés?, es una linda moneda, además no huele mal como el dinero que las mujeres se ponen en el corpiño y…
– ¡No, no la quiero y punto!
– Hermano, es una moneda de veinticinco francos, mirala bien y verás que…
– No, ¡no la quiero! ¡No soy tu hermano! ¡Lo que vendo ahora cuesta cincuenta francos!
Me quiere robar cuando sobre su cartel en el piso está escrito que la tela negra cuesta veinticinco francos.  
Me voy, voy hacia otro chico que tiene una panza normal. Lleva una camisa con una sola manga, la otra ya no existe, sólo algún rastro muestra que pudo haber sido arrancada en una pelea.
Le doy mi moneda de veinticinco francos
– No, ¡no la quiero!
– Hermano, ¿por qué vos tampoco la querés?
– ¡No soy tu hermano! ¡Lo que vendo ahora cuesta sesenta francos!
– Pero primero costaba veinticinco francos, luego costaba cincuenta francos y ¿ahora cuesta sesnta francos? 
– Si te burlás demasiado de mí, ¡te va a costar cien francos y más!
– Nunca, yo Michel, hijo  de Kengué Pauline y de Kimangou Roger, ¡nunca voy a comprar esa tela negra por cien francos o cien francos y más!
– Ok, no es grave, andá decírselo a los tipos que están allá, te la van a vender ellois con bofetadas de regalo…
Vuelvo cerca del niño de la panza como pelota de rugby, es mejor comprarle a él por cincuenta francos que por sesenta. Y bien, él también cambió de idea, me dice de comprarle a su amigo con la camisa rota por la pelea. Y cuando me encuentro frente a su amigo, ¡el precio es ahora de cien francos!  
No tengo ganas de perder el tiempo con ellos, compro finalmente y sigo mi camino. De lejos, los tipos se ríen ya que, después que yo, otras personas compran por veinticinco francos, y los hay que discuten el precio, y luego se van habiendo pagado quince francos.
Pongo mi tela negra alrededor del brazo, y me digo que el camarada presidente Marien Ngouabi estará contento de mí ya que la compré más caro que todo el mundo. Y además, también estará contento de mí, mientras la gente cree que está muerto del todo, yo me digo que está aprendiendo a volar por arriba de la cabeza de la gente como las cigüeñas blancas que son en realidad soldados rusos que dejaron su vida en campos de batalla inundados de sangre…»

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Como podemos verlo en este fragmento, esta manera de contar la historia desde el punto de vista de un muchacho permite al autor evitar discursos encendidos y, además, iluminar con la misma luz la política y lo íntimo. El dolor de Alain Mabanckou frente al curso autoritario que sigue su país se transparenta sin embargo a lo largo de esta novela que se extiende por tres días, del sábado 19 de marzo al lunes 21 de marzo de 1977.
Nos volvemos a encontrar también en esta nueva novela con la clase dominante de los « capitalistas negros » : miembros del partido en el poder, con estudios en la URSS, traje y corbata, lindos coches, casas de material, retomando ciertas costumbres de los colonizadores y separada por un abismo del pueblo trabajador.

La mujer que le encontraron y que era gorda y baja, es la señora  Léopoldine Mindondo. Nunca saluda a las mamás del barrio y, para no cruzarse con ellas, hace sus compras en el Printania con los blancos y otros capitalistas negros.
Si conozco de memoria los nombres de los hijos Mindondo es porque sólo hay nombres de ese tipo en esta familia en Pointe Noire. El hermano mayor se llama Tomás de Aquino Mindondo, luego hay otros tres varones : Dionysos Mindondo, Olympe Mindondo, Poséidon Mindondo. La familia sólo tiene una hija, Artemis Mindondo que aún anda en cuatro patas.
El harmano mayor Tomás de Aquino Mindondo tiene catorce años, no frecuenta nuestro colegio de las Tres Gloriosas, está en la escuela francesa Carlomagno con blanquitos que vemos en el barrio cuando el señor Mindondo festeja los cumpleaños de sus hijos.
Cuando el señor Mondondo recibe a la gente que lleva corbata y que son sus colegas del Partido Congoleño del Trabajo, estos invitados estacionan sus coches ppor todos lados, hasta delante de nuestra parcela. El señor Mindondo ya se peleó con Papá Roger que le había dicho que no dejara a estos individuos encorbatados estacionarse delante de casa porque correríamos el riesgo que pensaran que eran nuestros que de golpe nos volvimos capitalistas negros. “
 
La tragedia del país encuentra su eco en la de Mamá Pauline que pierde a uno de sus hermanos, un oficial del ejército congoleño, muerto después del asesinato del camarada-presidente. ¿Va a llevar el luto a pesar de los graves inconvenientes que esto puede atraer sobre ella y su entorno?
La figura de mamá Pauline se yergue entonces, heroica, trágica, en medio de un mundo casi irrisorio.

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He leído todo  Mabanckou, o casi, pero cada nuevo libro es una nueva sorpresa, una nueva maravilla.
En Las cigüeñas son inmortales, Alain Mabanckou logra conmovernos sin caer en el pathos, la ternura y el humor nos alejan de él. Se trata, sin embargo, de la primera de sus novelas en que la política se invita con su equipaje de violencia y de injusticia.
Esta política que sufren estas personas, iba a escribir personajes, pero no, estas ppersonas que ya me son queridas, Michel, Mamá Pauline, papá Roger… Y que espero quizás volver a encontrar en otra novela, cuando Michel entre al secundario, o a la universidad que lleva el nombre del camarada-presidente.

El autor

Descubrí a Alain Mabanckou en 2006 cuando su novela Memorias de puercoespín obtuvo el premio Renaudot. Hasta entonces sólo había leído a algunos autores africanos, a los padres fundadores, Léopold Sédar Senghor, Birago Diop, Camara Laye, Cheikh Hamidou Kane, y luego a los autores posteriores a las independencias, Kourouma, Ouologuem,..
Fue mi primera novela africana contemporánea y fue un deslumbramiento. Mabanckou es por otra parte hoy uno de los autores actuales que más admiro.
Nacido en 1966, en Pointe-Noire, en el Congo Brazzaville, Alain Mabanckou es hoy un hombre de tres continentes: nació en África, escribe sobre África. No es, empero, bienvenido en su país natal a causa de su lucha por la democracia y contra los dictadores, entre ellos Denis Sassou-Nguesso. Hizo parte de sus estudios en Francia y publica allí los libros que escribe en francés. En 2016, Alain Mabanckou es el primer escritor africano en ocupar una cátedra en el Collège de France. Enseña, desde 2002, en los Esatdos Unidos, y, desde 2006, en la UCLA de California.
Pero, anteriormente, Alain Mabanckou siguiió estudios de derecho en la Universidad Marien Ngouabi de Brazzaville. A los 22 años, desembarca en Francia con una beca. Durante una década trabaja como jurista y escribe de noche.
En 1998, nuestro escritor publica su primera novela, Azul-Blanco-Rojo, que obtiene el Gran Premio Literario del África Negra.
Seguirán Vaso roto (2005), Memorias de puercoespín (2006), Black Bazar (2009), Mañana tendré veinte años(2010), un notable ensayo, El sollozo del hombre negro (2012), Luces de Pointe-Noire (2013), Pimientito (2015) y libros de poesía entre los cuales una antología aparecida en 2015,  , Mientras los árboles se arraiguen en la tierra.

Fuera de su gran talento literario, admiro en Alain Mabanckou una franqueza y una libertad de palabra que no son habituales.
A comienzos de este año, el sr Macron lo invitaba a comprometerse a su lado para la defensa de la Francofonía.
Le dirige entonces al Presidente de la República Francesa la carta abierta siguiente:

« Señor Presidente,

En su discurso del 28 de noviembre en la universidad de Uagadugú, luego en un correo oficial que me dirigió el 13 de diciembre, me ha propuesto usted « contribuir a los trabajos de reflexión que desea usted emprender alrededor de la lengua francesa y la Francofonía » .
 
En el siglo XIX, cuando la palabra “francofonía” fue concebida por el geógrafo Onésime Reclus, se trataba entonces, en su mente, de crear un conjunto más vasto, por no decir de lanzarse en una verdadera expansión colonial. Por otra parte, en su libro “Dejemos Asia, tomemos África” (1904), con el objetivo de “perennizar” la grandeza de Francia, planteaba dos preguntas fundamentales: “¿Dónde renacer? ¿Cómo durar?”      
 
¿Qué cambió en nuestros días? La Francofonía es desgraciadamente aún percibida como la continuación de la política extranjera de Francia en sus ex colonias. Volver a pensar la Francofonía no es sólo “proteger” la lengua francesa que, por otro lado no está en absoluto amenazada como se tiene la tendencia de proclamar en un impulso de autoflagelación propio de Francia. La cultura y la lengua francesas conservan prestigio en el plano mundial.  
 
Los mejores especialistas en literatura francesa del Medioevo son norteamericanos. Los estudiantes de América del Norte están más sensibilizados a las letras en francés que sus colegas franceses. La mayoría de las universidades norteamericanas crean y financian sin ayuda de Francia departamentos de literatura francesa y de estudios francófonos. Los escritores que no nacieron en Francia y que escriben en francés son en su mayoría traducidos al inglés: Ahmadou Kourouma, Anna Moï, Boualem Sansal, Tierno Monénembo, Abdourahman Waberi, Ken Bugul, Véronique Tadjo, Tahar Ben Jelloun, Aminata Sow Fall, Mariama Bâ, etc. La literatura francesa ya no puede contentarse con la definición limitada que, a la larga, terminó por marginalizarla cuando sus tentáculos no dejan de crecer gracias a la emergencia de un imaginario-mundo en francés.  
 
Ambos, habíamos tenido sobre este tema, un intercambio en la Feria del Libro de Frankfurt en octubre pasado, y le expresé públicamente mi desacuerdo en cuanto a su discurso de apertura en el que no citó a ningún autor de expresión francesa proveniente de otro lado, se contentó con llevar al pináculo a Goethe y a Gérard de Nerval  y de afirmar que « Alemania recibía a Francia y a la Francofonía », ¡cómo si Francia no fuese un país francófono!
 
¿Debo recordarle que el gran reproche que se le hace a la Francofonía « institucional » es que nunca señaló a los regímenes autocráticos, las elecciones trucadas, la falta de libertad de expresión, todo esto orquestado por monarcas que se expresan y oprimen a sus poblaciones en francés? Estos déspotas se agarran del poder arreglando las constituciones (redactadas en francés) sin por ello suscitar las indignación de todos los gobiernos que han precedido su llegada a la cabeza del Estado.
 
Es por cierto loable hacer un discurso en Uagadugú a la juventud africana, pero sería útil, señor Presidente, que usted les probara a estos jóvenes que es de otra generación, que ha dado vuelta la página y que tienen derecho, aquí y ahora, a lo que tiene la lengua francesa de más bello, de más noble y de más inalienable: la libertad.  
 
En consecuencia, y por las taras que conlleva la Francofonía actual –particularmente la carcanía con los dirigentes de las repúblicas bananeras que decapitan los sueños de la juventud africana-, lamento, haciéndole llegar al mismo tiempo mi consideración, expresarle, señor Presidente, que no particiiparé de ese proyecto.
 
Alain Mabanckou
Santa Monica, 15 de enero de 2018 »

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Comparto absolutamente lo que expresa Alain Mabanckou en esta carta, tanto más que desde mi humilde punto de vista de profesor de francés lengua extranjera, es una idea que he defendiso a lo largo de congresos y reuniones pedagógicas.
Citaré, finalmente, algunos párrafos del artículo El francés, ¿nuestro bien común? , aparecido en L’Obs del 12 de febrero de 2018 y firmado por Mabanckou y el historiador Achille Mbembé.

« Lo volvemos a decir: nos oponemos a toda definición de la lengua francesa que tuviera como fundamento una ideología nacionalitaria. Una lengua que tiene como vocación imaginar el mundo es aquella que rechaza que sean instauradas fronteras infranqueables en su seno. Si existe una característica del francés en el mundo contemporáneo, es justamente su carácter transnacional y transversal, su potencial como lengua planetaria. Este potencial no podría realizarse a expensas de los creadores y de los portavoces que obran en la sombra, lejos de Francia, sin el permiso de Francia, sin esperar de ella ninguna retribución, porque saben desde hace mucho tiempo que la lengua francesa es más grande que Francia.
 
No queremos una herramienta, la Francofonía, que serviría para esconder una política de la brutalidad, para una política que separa en vez de reunir, de tejer relaciones.
 
No queremos una herramienta, la Francofonía, que vuelva la espalda al mundo en vez de abrazarlo; que favorezca el aislamiento de las identidades en lugar de hacer de manera que puedan ser recorridas en todos los sentidos ; que abandone las artes y la cultura a las fuerzas del mercado y de la empresa.
 
Militamos por una lengua-mundo, una lengua planetaria, una lengua de aquello en común, vehículo de circulación en el cruce de las fuerzas de vida y de apertura, una lengua cuya humanidad en su conjunto podría usarse con la meta de compartir palabras nuevas y comprometidas, que interrogan nuestro destino en lo que tiene a la vez de común y de particular,”