Le poète déclare – El poeta declara Frères migrants – Patrick Chamoiseau – Hermanos migrantes

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Il y a presque un siècle et demi, Victor Hugo brandissait son verbe de poète pour s’insurger contre la guerre, pour l’abolition de la peine de mort et, déjà, pour les droits des femmes. Aujourd’hui une autre voix de poète se fait entendre, celle de Patrick Chamoiseau qui nous alerte sur le plus flagrant des crimes contre l’humanité commis juste devant nos yeux, celui des portes, principalement celles des pays le plus riches, qui se referment devant des vagues d’êtres humains en détresse fuyant la guerre, la faim, l’intolérance et les persécutions.
En ces temps où le nombril semble être la boussole de nombre de nos congénères, ce texte, ce plaidoyer pour une humanité solidaire, se dresse contre la mondialisation javélisante et contre le capitalisme sauvage et égoïste qui gouverne la planète.

« Seulement, la paix capitaliste et financière n’est pas la Paix. Elle est fourrière d’une barbarie qui domestique les barbaries anciennes sous l’arche des « mœurs douces » où fricotent les banquiers, les affairistes et les marchands. Au fil de son triomphe, cette barbarie perd de son invisibilité, voit surgir ses basses-fosses et déborder ses cales, se révèle en finale tout aussi virulente qu’une vieille arche de Noé où se concentreraient à des degrés divers toutes les virulences qui avaient existé… Ho ! que les morts massives en Méditerranée nous dessillent le regard ! Qu’elles nous permettent de distinguer les petites morts du quotidien, le désastre disséminé dans l’écume de nos jours, l’innommée catastrophe dont l’ombre en chiquetaille pèse à fond parmi nous de tout son impossible !… », écrit Chamoiseau, pour ensuite pointer ses dards directement sur les pays que l’on nomme développés.
« Mais, alors que bien des pays pauvres recueillent tant bien que mal des migrations massives, les États-nations d’Europe préfèrent dire à la vie qu’elle ne saurait passer. Eux qui ont tant migré, tant brisé de frontières, tant conquis, dominé, et qui dominent encore, veulent enchouker à résidence misères terreurs et pauvretés humaines. Ils prétendent que le monde d’au-delà de leurs seules frontières n’a rien à voir avec leur monde. Qu’il n’est pas de leurs œuvres et pas de leur devoir. Ils lui opposent les dissuasions d’une mort autorisée, filmée à angles choisis, médiatisée chaque jour. Ils élèvent l’attestation d’un impossible sur des monceaux de cadavres et consentent à l’abandon de tout un océan aux vocations des cimetières. »

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Reprenant le concept d’Édouard Glissant, Chamoiseau propose, face à la mondialisation, face aux « pierreries glacées » du capital et du Marché, la mondialité « qui surgit de ces rencontres multi-trans-culturelles, orchestrées par le hasard, les accidents, la chance et les errances ».
L’écrivain martiniquais ne nous présente pas, bien entendu, les migrants comme une horde protagoniste d’un quelconque « grand remplacement ». Ce ne sont pas, non plus, et comme nous les présentent les média, ce peuplades en fuite, sans visage et, bien sûr, sans humanité.

« Aucun migrant ne transporte un pays, une culture, un absolu de langue, une religion complète. Uniquement les combinaisons utiles à sa survie : l’alchimie de la mondialité où s’abreuve sa vision. Ces combinaisons circulent d’expérience individuelle en expérience individuelle, sans que l’une soit identique à l’autre. Dès lors, en Relation, on est toujours neuf pour l’Autre, et l’Autre est toujours neuf pour nous. L’expérience évolutive qu’est désormais l’Autre ne saurait être élucidée une fois pour toutes, identifiée ni d’emblée ni d’avance. Elle est à découvrir, souvent à constater. Non pas à mettre en transparence mais à vivre telle qu’elle est, en Relation. Ta différence, ton expérience, n’est pas quelque chose qui me menace. C’est le mouvement d’un autre devenir dans lequel il m’est possible de puiser (ou de refuser de puiser) une part de mon propre devenir. C’est bien, chère Jane, que tu aies vu dans leurs ombres des routes éternelles et des tombes sans adresse. Tu as vu ce mouvement.”

Ce livre renferme aussi un dialogue avec deux femmes :
« Hind, celle qui filme, me dit : En France, la Méditerranée est au coin de la rue, et la jungle de Calais que les pelles ont détruite n’arrête pas de surgir aux angles des boulevards !…
Jane, celle qui écrit, me murmure : À Paris, je sers du café chaud, des tranches de pain beurrées, à des yeux dépourvus de paupières. Ces pupilles, blanchies de vigilances et du sel des déserts, sont comme des sémaphores. Dans l’ombre de ces corps qui jaillissent de nulle part, qui ne font que surgir, évanescents continents, tout un lot d’origines qui se retrouvent brouillées dans un radeau de baluchons et de valises… »
Il s’agit, on le comprend, de deux femmes engagées, d’un côté Hind Meddeb, qui fait « des films pour donner la voix à des sans voix, montrer ce qui est caché », et de l’autre, Jane Sautière qui produit « une écriture qui rend compte d’un passage, celui du temps, d’une époque ».

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Le livre, où se mêlent harmonieusement poésie et rhétorique, se termine par une Déclaration des poètes dont que ne citerai que deux points :

« 7. Les poètes déclarent que le racisme, la xénophobie, l’homophobie, l’indifférence à l’Autre qui vient qui passe qui souffre et qui appelle sont des indécences qui dans l’histoire des hommes n’ont ouvert la voie qu’aux exterminations, et donc que ne pas accueillir, même pour de bonnes raisons, celui qui vient qui passe qui souffre et qui appelle est un acte criminel. »

« 16 – Frères migrants, qui le monde vivez, qui le vivez bien avant nous, frères de nulle part, ô frères déchus, déshabillés, retenus et détenus partout, les poètes déclarent en votre nom que le vouloir commun contre les forces brutes se nourrira des infimes impulsions. Que l’effort est en chacun dans l’ordinaire du quotidien. Que le combat de chacun est le combat de tous. Que le bonheur de tous clignote dans l’effort et la grâce de chacun, jusqu’à nous dessiner un monde où ce qui verse et se déverse par-dessus les frontières se transforme là même, de part et d’autre des murs et de toutes les barrières, en cent fois cent fois cent millions de lucioles ! – une seule pour maintenir l’espoir à la portée de tous, les autres pour garantir l’ampleur de cette beauté contre les forces contraires. »
 

Ce dernier paragraphe, qui fait écho aux vers les plus touchants de François Villon, devrait nous faire ouvrir les yeux. Il ne s’agit pas de charité, ni même de solidarité. Il s’agit, en fin de comptes, de nous. Chacun à notre manière, devenons des lucioles. Des lucioles qui finiront peut-être un jour par faire tomber les murs.

http://jmph.blog.lemonde.fr/2017/07/08/freres-migrants-patrick-chamoiseau-editions-du-seuil-2017/
https://www.youtube.com/watch?v=5gpGLBLL71M
https://www.youtube.com/watch?v=q_Fg-oKMGXA

Frères migrants, Patrick Chamoiseau, Seuil, 2017

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Hace casi un siglo y medio, Victor Hugo blandía su verbo de poeta para levantarse contra la guerra, por la abolición de la pena de muerte y, ya entonces, por los derechos de las mujeres. Hoy otra voz de poeta se hace oir, la de Patrick Chamoiseau que nos alerta sobre el más flagrante de los crímenes contra la humanidad cometido justo delante de nuestros ojos, el de la puertas, principalmente las de los países más ricos, que se cierran ante oleadas de seres humanos angustiados que huyen de la guerra, el hambre, la intolerancia y las persecuciones.
En estos tiempos en que el ombligo parece ser la brújulala de muchos de nuestros congéneres, este texto, este alegato por una humanidad solidaria, se yergue contra la mundialización decolorante y contra el capitalismo salvaje y egoísta que gobierna el planeta.

« Empero,la paz capitalista y financiera  no es la Paz. Es la perrera de una barbarie que domestica a las antiguas barbaries bajo el arca de la « costumbres suaves » en la que trafican banqueros, negociantes y comerciantes. A lo largo de su triunfo, esta barbarie pierde su invisibilidad, ve surgir sus calabozos y desbordar sus bodegas, se muestra al final tan virulenta como una vieja arca de Noé en la que se concentrarían en grados diversos todas las virulencias que ya habían existido. ¡Ho! ¡Que las muertes masivas en el Mediterráneo abran nuestra mirada! ¡Que nos permitan distinguir las pequeñas muertes de lo cotidiano, el desastre diseminado en le espuma de nuestros días, la innominada catástrofe cuya sombra desmenuzada pesa a fondo entre nosotros con toda su impavidez! “, escribe Chamoiseau para luego apuntar sus dardos directamente sobre los países que se llaman desarrollados.
« Pero, mientras que muchos países pobres acogen lo mejor que pueden a migraciones masivas, los Estados-nación de Europa prefieren decirle a la vida que no pase. Ellos que migraron tanto, que quebraron tantas fronteras, que conquistaron, dominaron y aún dominan  tanto, van a albergar miserias terrores y pobrezas humanas. Pretenden que el mundo  de más allá de sus únicas fronteras nada tiene que ver con su mundo. Que no es de su incumbencia ni de su deber. Le oponen las disuasiones de una muerte autorizada, filmada en ángulos elegidos, mediatizada cada día. Elevan la prueba de un imposible sobre montones de cadáveres y consienten al abandono de todo un océano a las vocaciones de los cementerios. “

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Retomando el concepto de Édouard Glissant, Chamoiseau propone, frente a la mundialización, frente al « pedrerío helado » del capital y del Mercado, la mundialidad « que surge de estos encuentros multi-trans-culturales, orquestados por el azar, los accidentes, la suerte y los errabundeos”.
El escritor martiniqués no nos presenta, por supuesto, a los migrantes como una horda protagonista de algún « gran remplazo ». No son, tampoco, y como nos los presentan los medios de comunicación, esos pueblos en fuga, sin rostro y, claro, sin humanidad.

« Ningún migrante transporta un país, una cultura, un absoluto de lengua, una religión completa. Sólo las combinaciones útiles para su supervivencia: la alquimia de la mundialidad donde su abreva su visión. Estas combinaciones circulan de experiencia individual a experiencia individual, sin que una sea idéntica a la otra. A partir de ello, en Relación, siempre somos nuevos para el Otro, y el Otro es siempre nuevo para nosotros. La experiencia evolutiva que es entonces el Otro no podría ser dilucidada de una vez por todas, identificada ni de entrada ni por adelantado. Se la debe descubrir, a menudo constatar. No volverla transparente pero vivirla tal cual es, en Relación. Tu diferencia, tu experiencia, no son cosas que me amenacen. Es el movimiento de otro devenir en el cual me es posible extraer (o negarme a extraer) una parte de mi propio devenir. Está bien, querida Jane, que hayas   visto en sus sombras rutas eternas y tumbas si  nombre. Viste ese movimiento. »

Este libre encierra también un diálogo con dos mujeres:
« Hind, la que filma, me dice: ¡En Francia, el Mediterráneo están en la esquina, y la jungla de Calais que las palas destruyeron no para de surgir en las esquinas de los bulevares!
Jane, la que escribe, me murmura: En París, sirvo café caliente, rebanadas de pan con manteca, a ojos desprovistos de párpados. Estas pupilas blanqueadas por vigilancias y por la sal de los desiertos, son como semáforos. En la sombra de estos cuerpos que surgen de ningún lado, que sólo surgen, evanescentes continentes, todo un lote de orígenes que se encuetran borroneados en un balsa de atados y valijas… »
Se trata, se entenderá, de dos mujeres comprometidas, por un lado, Hind Meddeb, que hace « películas para dar voz a los sin voz, para mostrar lo escondido » y por el otro, Jane Sautière que produce « una escritura que da cuenta de un paso, el del tiempo, de una época ».

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El libro, donde se mezclan armoniosamente poesía y retórica, se termina con una Declaración de los poetas de la que sólo citaré dos puntos:

« 7. Los poetas declaran que el racismo, la xenofobia, la homofobia, la indiferencia para con el Otro que viene que pasa que sufre y que llama son indecencias que en la historia de los hombres sólo han abierto la vía a las exterminaciones, y que entonces no recibir, aún con buenas razones, al que pasa que sufre y que llama es un acto criminal.»

« 16 – Hermanos migrantes, que viven el mundo, que lo viven mucho antes que nosotros, hermanos de ningún lado, oh hermanos caídos, desvestidos, retenidos y detenidos en todos lados, los poetas declaran en el nombre de ustedes que el deseo común contra las fuerzas brutas se nutrirá de los ínfimos impulsos. Que el esfuerzo está en cada uno en lo ordinario de lo cotidiano. Que el combate de cada uno es el combate de todos. ¡Que la felicidad de todos brilla en el esfuerzo y la gracia de cada uno., hasta dibujarnos un mundo en el que lo que se vierta y se derrame por encima de las fronteras se transforme allí mismo, de un lado y de otro de los muros y de todas las barreras en cien veces cien veces cien millones de luciérnagas! –una sola para mantener la esperanza al alcance de todos, las otras para garantizar la amplitud de esta belleza contra las fuerzas contrarias.»
 
Este último párrafo, que hace eco a los versos más conmovedores de François Villon, debería hacernos abrir los ojos. No se trata de caridad, ni siquiera de solidaridad. Se trata, al fin de cuentas, de nosotros. Cada uno a nuestra manera, seamos luciérnagas. Luciérnagas que terminarán quizás un día por hacer caer los muros.

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Refuges – Refugios

Refuge
Un film de Pamela de Massias de Bonne
Casting : Gabriela Benedetti – Daniel Coelho
Musique/Música : Patrice Renson
Directeur de la photographie/ Director de fotografía : Pablo Isa
Direction artistique/Directora artística : Candela Chirino
Assistante/Asistente : Orne Gaudini
Maquillage/Maquillaje : Marisa Ferreyra
Assistante à la réalisation/Asistente de dirección : Mariángeles Tonelli
Montage/Montaje : Carlos Lascano
Producteurs/Productores : Carlos Lascano – Pamela de Massias de Bonne

Le Marionnettiste /  El Marionetista
Un film de Carlos Lascano
Casting: Lalo Alias – Mariana Vidal – Laura Federico – Daniel Coelho – Teo Carrer
Musique/Música: Sandy Lavallart
Photographie/Fotografía: Bernardo Casali – Carlos Lascano
Direction artistique/Directora artística: Candela Chirino

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Je connais Carlos Lascano depuis son enfance. Sa mère, Julia, fit partie un certain temps de l’atelier de théâtre que je dirigeais, dans les années 80,  à l’Alliance Française de Mar del Plata., Quelques quinze ans plus tard, je participai de trois de ses projets, une sorte de radio-théâtre sur la légende du Torreón del Monje, monument emblématique de Mar del Plata ; un court-métrage qui s’appelait, je crois, Obra póstuma et un log-métrage, Juego perverso.
Je n’oublie pas que Carlos filma la représentation de la dernière pièce que je mis en scène, une pièce pour enfants, La hormiga Tomasa.
Et puis, Carlos parti poursuivre sa carrière en Europe. De temps en temps j’avais de ses nouvelles et j’apprenais ses succès.

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Ce 4 décembre dernier j’eus la joie que mon jeune ami m’invite à la projection de son film Le marionnettiste à Mar del Plata.
On y projetait aussi le court-métrage Refuge dont la réalisatrice est Paméla de Massias de Bonne.
Bien que les deux films soient, on pourrait dire, diamétralement opposés, dans leur esthétique et dans leur sujet,  un fait les réunit, le fait que leurs protagonistes s’enferment dans un refuge qui leur empêche de faire face à la réalité. La seule façon qu’ils trouvent pour supporter cette réalité qui les blesse est de refuser de la voir.

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Pour Refuge, Paméla de Massias de Bonne a choisit le noir et blanc pour nous montrer, avec le tempo d’un film noir classique, la violence faite aux femmes, la couleur n’arrivant qu’à la fin du film, quand la femme s’installe dans le refuge du déni.
Un vrai coup de poing qui nous alerte sur ce fléau que subissent les femmes ainsi que sur le fait que nombre d’entre elles, prisonnières d’une éducation rétrograde et machiste, n’osent même pas se voir sans la « protection » de « leur homme », même si celui-ci les soumet à toute sorte de violences.
Ce court-métrage, court comme une baffe en pleine gueule, qui m’a tenu en haleine jusqu’aux dernières secondes, devait être porté par d’excellents acteurs, et c’est vraiment le cas de Gabriela Benedetti et Daniel Coelho. L’abîme d’en faire trop les guettait à chaque instant et, cependant, l’horreur est là, sans outrance, ce qui la rends beaucoup plus poignante.
La musique de Patrice Renson souligne parfaitement la progression des images avec le même tempo de film noir dont je parlais au début.
Je conseille donc vivement de visionner Refuge de Paméla de Massias de Bonne. On peut le faire d’ailleurs depuis quelques jours sur Vimeo.
https://vimeo.com/219663690

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Quant au Marionnettiste, son refuge, c’est la mémoire. La mémoire de son grand amour. Avec les souvenirs de l’émerveillement de son amour naissant, il a dressé les murs qui le protègent d’un présent gris de dîners maussades et de soirées à sommeiller devant la télé.
Dans le film de Carlos Lascano nous quittons le réalisme cru de Refuge pour entrer dans le rêve et le fantastique. J’ai souvent pensé à l’expressionnisme allemand, par exemple devant le maquillage du protagoniste.
Celui-ci se refugie, encore et toujours, dans le sombre petit théâtre où il présente avec ses poupées, soir après soir, devant un public de plus en plus restreint, l’histoire de son amour de jeunesse.
Le marionnettiste est incarné, le mot est tellement juste dans ce cas, par Lalo Alias, cet acteur aux grands yeux où se projettent toutes ses émotions, de l’amour le plus tendre au désarroi le plus profond.
Mariana Vidal joue la femme qui n’est que dans les rêves de son mari la jeune fille éblouissante à la robe rouge dont il s’est épris il y a bien longtemps.
Laura Federico et Teo Carrer, quant à eux, jouent deux rôles qui, dirais-je, sortent tout droit du subconscient du protagoniste, de ses craintes les plus profondes.
Le film passe ainsi d’une strate à l’autre, de la réalité plate et frustrante du petit appartement gris où habite le marionnettiste à ses souvenirs miroitant de couleurs et embellis par le temps, une magie qui déborde les limites de l’écran.
Cette magie des images est possiblement la marque déposée de Carlos Lascano. Elle était déjà présente dans Lila, 9 minutes de pur bonheur ayant obtenu une multitude de prix.
https://vimeo.com/79505580

Or, je voudrais aussi signaler deux points qui me semblent améliorables. Tout d’abord le son, la musique prend parfois le dessus sur la parole. Peut-être s’agit-il d’un problème de la salle où se projetais Le Marionnettiste ? Quant à la parole, justement, certaines répétitions et certains poncifs alourdissent quelquefois la magie et la poésie des images.
Cette poésie des images, cette magie des images qui résultent du talent de Carlos Lascano à allier le réel et le numérique pour nous offrir une œuvre d’art qui ressemble beaucoup à un rêve.
https://vimeo.com/228641330

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Conozco a Carlos Lascano desde su infancia. Su madre, Julia, formó parte un cierto tiempo del taller de teatro que yo dirigía, en los años 80, en la Alianza Francesa de Mar del Plata. Unos quince años más tarde, participé de tres de sus proyectos, una suerte de radioteatro sobre la leyenda del Torreón del Monje, monumento emblemático de Mar del Plata; un cortometraje que se llamaba, creo, Obra póstuma y un largometraje, Juego perverso.
No me olvido que Carlos filmó la representación de la última obra de teatro que puse en escena, una obra para niños, La hormiga Tomasa.
Y luego, Carlos se fue a proseguir su carrera a Europa. De tanto en tanto tenía noticias suyas y me enteraba de sus éxitos.
Este 4 de diciembre tuve la alegría de que mi joven amigo me invitara a la proyección de su película El marionetista en Mar del Plata.

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Se proyectaba también el cortometraje Refuge cuya realizadora es Paméla de Massias de Bonne.
Aunque las dos películas sean, se podría decir, diametralmente opuestas, en su estética y en su tema, un hecho las une, el hecho de que sus protagonistas se encierren en un refugio que les impide enfrentar la realidad. La única manera que encuentran para soportar esa realidad es negarse a verla.

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En el caso de Refuge, Paméla de Massias de Bonne eligió el blanco y negro para mostrarnos, con el tempo de un clásico film negro, la violencia hecha a las mujeres, el color sólo llega al final,  cuando la mujer se instala en el refugio de la negación.
Un verdadero puñetazo que nos alerta sobre este flagelo que sufren las mujeres así como sobre el hecho de que muchas de ellas, prisioneras de una educación retrógrada y machista, no se atrevan ni siquiera a verse sin la « protección » de « su hombre », aún si este las somete a toda suerte de violencias
Este cortometraje, corto como una cachetada en plena cara, que me mantuvo sin aliento hasta sus últimos segundos, debía ser portado por excelentes actores, y es realmente el caso de Gabriela Benedetti y Daniel Coelho. El abismo de la sobreactuación los acechaba a cada instante y, sin embargo, el horror está allí, sin ultranza, lo que lo vuelve mucho más conmovedor.
La música de Patrice Renson subraya perfectamente la progresión de las imágenes con el mismo tempo de un film negro del que hablaba al comienzo.
Aconsejo entonces fuertemente ver Refuge de Paméla de Massias de Bonne. Por otra parte, desde hace unos días se lo puede hacer por Vimeo.
https://vimeo.com/219663690

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En cuanto al Marionetista, su refugio es la memoria. La memoria de su gran amor. Con los recuerdos del deslumbramiento de su amor naciente ha levantado las paredes que lo protegen de un presente gris de cenas deprimentes y de veladas somnolientas ante el televisor.

En el film de Carlos Lascano abandonamos el realismo crudo de Refuge para entrar en el sueño y lo fantástico. Pensé a menudo en el expresionismo alemán, delante, por ejemplo, del maquillaje del protagonista.
Este se refugia, otra vez, en el sombrío teatrito donde presenta  con sus muñecos, noche tras noche, ante un público cada vez más exiguo, la historia de su amor de juventud.
El marionetista es encarnado, y la palabra es tan justa en este caso, por Lalo Alias, este actor de grandes ojos donde se proyectan todas sus emociones, del amor más tierno al extravío más profundo.
Mariana Vidal joue la femme qui n’est que dans les rêves de son mari la jeune fille éblouissante à la robe rouge dont il s’est épris il y a bien longtemps.
Laura Federico y Teo Carrer, en cuanto a ellos, representan dos papeles que, diría, provienen directamente del subconsciente del protagonista, de sus temores más profundos.
El film pasa así de un estrato al otro, de la realidad chata y frustrante del pequeño departamento gris donde vive el marionetista a sus recuerdos  brillando de colores y embellecidos por el tiempo, una magia que desborda los límites de la pantalla.
Esta magia de las imágenes es posiblemente la marca registrada de Carlos Lascano. Ya estaba presente en Lila, 9 minutos de pura felicidad que obtuvieron una multitud de premios.
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Quisiera también señalar, empero, dos puntos que me parecen mejorables. En principio el sonido, la música se superpone a veces a la palabra. ¿Quizás se trate de un problema de la sala donde se proyectó El Marionetista? En cuanto a la palabra, justamente, ciertas repeticiones y ciertos lugares comunes pesan a veces sobre la magia y la poesía de las imágenes.
Esa poesía de las imágenes, esa magia de la imágenes que resultan del talento de Carlos Lascano en reunir le real y lo digital para regalarnos una obra de arte que se parece mucho a un sueño.
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Deux livres percutants (2) – Dos libros que golpean (2)

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Tous les média s’égosillent ces jours-ci sur la traite d’esclaves en Libye. Énorme hypocrisie ! L’esclavage n’a jamais cessé d’exister sur la planète, et je ne parle pas de formes plus ou moins déguisées, je parle du vrai, du simple esclavage comme celui du temps des plantations. Les sites géographiques où ce crime contre l’humanité se met en place ont peut être changé, mais le phénomène est strictement le même.

Je ne veux pas dire par là que l’on ne doive pas lutter contre ce qui se passe en Libye, mais que l’on devrait le faire sérieusement contre toutes les formes d’esclavage qui sévissent dans le monde.

Voici à quoi je pensais à la lecture des premières pages de Underground railroad, le roman de Colson Whitehead paru récemment chez Albin Michel. Premières pages qui m’ont fait penser, même si le style en est bien différent, au magnifique Un dimanche au cachot de Patrick Chamoiseau.

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« Puis la grand-mère de Cora fut revendue après un mois passé dans le lazaret de l’île de Sullivan, une fois que les médecins eurent certifié que la cargaison de la Nanny, Ajarry incluse, ne véhiculait aucune maladie. Encore une journée trépidante à la bourse aux esclaves. Les grandes ventes aux enchères attiraient toujours une foule bigarrée. Marchands et courtiers venus de toute la côte convergeaient vers Charleston pour examiner la marchandise, yeux, muscles, vertèbres, guettant toute affection vénérienne ou autre dysfonctionnement. Les spectateurs mâchonnaient des huîtres fraîches et du maïs brûlant tandis que les commissaires-priseurs criaient à tous vents. Les esclaves se tenaient nus sur l’estrade. On se disputa férocement un groupe d’étalons ashantis, ces Africains renommés pour leur nature industrieuse et leur musculature, et le contremaître d’une carrière de calcaire fit une excellente affaire en acquérant un lot de négrillons. La grand-mère de Cora aperçut parmi les badauds un petit garçon qui mangeait du sucre d’orge, et elle se demanda ce qu’il fourrait dans sa bouche.
Juste avant le coucher du soleil, un courtier l’acheta pour deux cent vingt-six dollars. Elle aurait rapporté davantage s’il n’y avait eu, cette saison-là, surabondance de jeunes filles. Il portait un costume de l’étoffe la plus blanche qu’elle ait jamais vue. Des bagues incrustées de pierreries colorées brillaient à ses doigts. Lorsqu’il lui pinça les seins pour vérifier qu’elle était en fleur, elle sentit le froid du métal sur sa peau. Elle fut marquée au fer rouge – ce n’était ni la première ni la dernière fois – et enchaînée aux autres acquisitions du jour. Le convoi entama cette nuit-là sa longue marche vers le sud, en trébuchant sur ses chaînes derrière la carriole du marchand. À cette heure, la Nanny faisait déjà voile vers Liverpool, emplie à ras bord de sucre et de tabac. Il y avait moins de cris dans la cale », lit-on dans les premières pages de ce roman qui m’a tenu en haleine comme me tenaient en haleine dans mon enfance les romans de Salgari. Car il s’agit vraiment d’un roman d’aventures, celles de Cora, une jeune esclave en fuite dans l’Amérique antérieure à la guerre de Sécession. Or, le portrait de ce Sud violent nous ramène à Ferguson, à Charlottesville, à la triste actualité de ce racisme maintenant décomplexé qui n’a jamais cessé d’exister aux États-Unis.

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L’Underground railroad fut réellement un réseau clandestin qui aidait les esclaves à fuir le Sud vers le Nord abolitionniste  et même vers le Canada. Ce n’était bien évidemment pas un chemin de fer, mais un réseau qui permit à au moins 100 000 esclaves de gagner la liberté. Le réseau était placé sous cette référence ferroviaire du fait qu’il utilisait la terminologie du chemin de fer comme code secret.
Après un début où l’on découvre l’existence misérable des esclaves dans une plantation de Géorgie ainsi que le personnage principal du roman, la toute jeune esclave Cora, qui après la fugue de Mabel, sa mère « ne fut plus qu’une enfant perdue. Onze ans, dix ans, dans ces eaux-là – il n’y avait plus personne pour le savoir précisément. Sous l’effet du choc, elle vit le monde s’assécher autour d’elle, réduit à des impressions grises. La première couleur qui revint fut le rouge-brun bouillonnant de la terre du lopin familial. Il la réveilla aux choses et aux êtres, et elle décida de se cramponner à son domaine, quoique jeune, frêle et sans personne pour s’occuper d’elle. Mabel était trop discrète et têtue pour être populaire, mais les gens avaient toujours respecté Ajarry. Son ombre avait été protectrice. La plupart des premiers esclaves de Randall étaient six pieds sous terre ou revendus, disparus d’une façon ou d’une autre. Restait-il encore une âme loyale envers sa grand-mère ? Cora sonda le village : pas une seule. Ils étaient tous morts. 

Elle se battit pour cette terre ingrate. Envahie par les petits parasites, trop jeunes pour travailler vraiment. Cora chassait ces enfants qui piétinaient ses pousses et les houspillait quand ils déracinaient ses ignames, sur le même ton qu’elle employait aux fêtes d’anniversaire de Jockey pour les entraîner dans des courses et des jeux. Avec bienveillance. »

La première mention d’une possible fuite de l’enfer de la plantation est la proposition que Caesar, un esclave nouvellement arrivé, fait à Cora :

« ‘’Je retourne dans le Nord, dit-il. Bientôt. Je vais m’échapper. Je veux que tu viennes.’’
Cora se demanda qui lui avait soufflé cette plaisanterie. ‘’Toi, tu vas dans le Nord. Eh bien, moi, je vais aller manger.’’
Caesar la retint par le bras, d’un geste doux mais insistant. Il avait le corps mince et fort, comme tout cueilleur de son âge, mais il portait sa force avec légèreté. Un visage rond, un petit nez plat – elle gardait le souvenir fugace de fossettes quand il riait. Pourquoi avait-elle ça en tête ?
‘’Je ne veux pas que tu me dénonces, dit-il. Je suis obligé de te faire confiance. Mais je pars bientôt, et je te veux avec moi. Pour me porter chance.’’
Alors elle comprit. Il n’était pas là pour lui jouer un tour. C’était à lui-même qu’il jouait un tour. Ce garçon était simplet. L’odeur du raton laveur qui mijotait la ramena à la fête et elle dégagea son bras. ‘’ J’ai pas l’intention de me faire tuer par Connelly, ni par la patrouille, ni par les serpents’’. »

Malgré la violence extrême qui l’entoure…

« Une seule et unique goutte. Un sentiment puissant s’empara de Cora. Elle n’en avait pas connu l’emprise depuis des années, depuis le jour où elle avait abattu la hachette sur la niche de Blake dans une gerbe d’échardes. Elle avait vu des hommes pendus à des arbres, abandonnés aux buses et aux corbeaux. Des femmes entaillées jusqu’à l’os par le fouet à lanières. Des corps vivants ou morts, mis à rôtir sur des bûchers. Des pieds tranchés pour empêcher la fuite, des mains coupées pour mettre fin au vol. Elle avait vu des garçons et des filles plus jeunes que cet enfant se faire rouer de coups, et elle n’avait rien fait. Ce soir-là de nouveau, ce sentiment envahit son cœur. Il prit possession d’elle, et avant que sa part d’esclave ne rattrape sa part humaine elle se penchait sur le jeune garçon pour lui faire rempart de son corps. Elle enserra la canne comme un homme du bayou agripperait un serpent, et vit l’ornement du pommeau. Le loup d’argent aux crocs d’argent, toutes babines retroussées. Et puis la canne lui échappa. S’abattit sur son crâne. S’abattit encore, et cette fois les crocs d’argent lui griffèrent les yeux et son sang éclaboussa la poussière. »

…Cora refuse encore et encore l’invitation à la fuite de Caesar .Jusqu’au jour où, ayant assisté à la mort sur le bûcher d’un esclave fugitif, elle décide de suivre Caesar.
Et c’est ici où le roman de Colson Whitehead balance dans le fantastique. Caesar s’était mis en contact avec un blanc abolitionniste,  Mr Fletcher, qui les conduisit à la gare souterraine, première étape vers la liberté.

« L’escalier conduisait à un quai étroit. Les deux extrémités de l’énorme tunnel béaient comme des bouches noires. Il devait faire six mètres de haut, et ses parois étaient couvertes de pierres colorées, alternant des motifs clairs et sombres. Quelle énergie avait-il fallu pour rendre un tel projet possible. Cora et Caesar remarquèrent les rails. Deux rails d’acier qui parcouraient le tunnel à perte de vue, rivés à la terre par des traverses de bois. Les rails filaient vers le sud et vers le nord, présumaient-ils : ils surgissaient d’une source inconcevable et coulaient vers un terminus miraculeux. Quelqu’un avait eu la prévenance d’installer un petit banc sur le quai. Cora, prise de vertige, s’assit.
Caesar avait du mal à parler.’’ Jusqu’où s’étend le tunnel ?’’
Lumbly haussa les épaules. ‘’Assez loin pour vous’’. »

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Whitehead prend donc à la lettre le nom du réseau émancipateur et en fait un véritable système ferroviaire clandestin avec ses gares, bien différentes selon l’État où elles se trouvent tout comme y est bien différent le traitement infligé aux fugitifs, stérilisation des femmes soi-disant humanitaire en Caroline du Sud, lynchage en Caroline du Nord, traque impitoyable en Indiana…
L’épopée de Cora, ce roman d’aventures à multiples rebondissements placé sous l’influence revendiquée des Voyages de Gulliver, est en réalité une plongée dans cette blessure profonde de l’histoire des États-Unis, blessure encore béante malgré l’abolition de l’esclavage qui remonte à plus d’un siècle et demi. Et à ce fléau, le racisme, présent dans le monde entier avec de multiples visages.
« Car nous sommes des Africains en Amérique. Une chose sans précédent dans l’histoire du monde, sans modèle pour nous dire ce que nous deviendrons », affirme l’un des personnages d’Underground railroad.
Des Africains en Amérique qui ont perdu presque tout leur passé africain, leurs racines antérieures à l’esclavage.
Colson Whitehead explique lui-même la genèse de son roman : « C’est difficile d’imaginer aujourd’hui ce qu’a été la brutalité de l’esclavage. Avant de m’amuser à jongler avec l’histoire, je voulais montrer la violence de la vraie vie, je voulais décrire chaque épreuve que traverse Cora. Je voulais montrer la violence de la Géorgie, ne serait-ce que pour honorer la mémoire de mes ancêtres« .
Et le résultat en est ce roman fantastique, dans tous les sens du mot, très visuel, qui s’arrête de temps à autre pour braquer son zoom sur un personnage secondaire, tout cela dans un style fluide, coloré, alerte, qui procure, et ce n’est pas trop habituel, un vrai plaisir à sa lecture.

Underground Railroad (The Underground Railroad), par Colson Whitehead, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Serge Chauvin, 416p., Albin Michel.

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Todos los medios de comunicación se desgañitan en estos días hablando de la trata de esclavos en Libia. ¡Enorme hipocresía! La esclavitud nunca dejó de existir sobre el planeta, u no hablo aquí de sus formas más o menos disfrazadas, hablo de la verdadera, de la simple esclavitud como la del tiempo de las plantaciones. Los sitios geográficos donde este crimen contra la humanidad se desarrolla pueden haber cambiado, pero el fenómeno es estrictamente el mismo.No quiero decir con esto que no se deba luchar contra lo que ocurre en Libia, pero se debería hacerlo seriamente contra todas las formas de esclavitud que se enseñorean en el mundo. J

Esto es lo que pensaba al leer las primeras páginas de El ferrocarril subterráneo, la novela de Colson Whitehead aparecida recientemente en la editorial Albin Michel, en Francia. En castellano la publicó Random House. Primeras páginas que me hicieron pensar, aunque el estilo sea bien diferente, al magnífico Un domingo en el calabozo de Patrick Chamoiseau.

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« Luego la abuela de Cora fue vuelta a vender después de un mes pasado en el lazareto de la isla de Sullivan, una vez que los médicos hubieran certificado que la carga del Nanny, Ajarry incluida, no traía ninguna enfermedad. Otro día movido en el mercado de esclavos. Los grandes remates atraían siempre una multitud colorida.  Vendedores y comisionistas llegados de toda la costa convergían en Charleston para examinar la mercadería, ojos, músculos, vértebras, acechando toda enfermedad venérea o cualquier otro problema. Los espectadores mascaban ostras frescas y maíz hirviendo mientras que los rematadores gritaban a voz en cuello. Los esclavos estaban desnudos sobre el estrado. Sdisputaron ferozmente un grupo de padrillos ashanti, estos africanos renombrados por su naturaleza trabajadora y su musculatura, y el capataz de una cantera de cal hizo un excelente negocio al adquirir un lote vde negritos. La abuela de Cora vio entre los curiosos a un niño que comía pirulines, y se preguntó qué podía meterse en la boca.

Justo antes del atardecer, un comisionista la compró por doscientos veintiséis dólares. e avant le coucher du soleil, un courtier l’acheta pour deux cent vingt-six dollars. Habría podido reportar más si no hubiese habido, en esa temporada, una superabundancia de jovencitas. Llevaba un traje de la tela más blanca que ella hubiera visto nunca. Anillos incrustados con piedras coloridas brillaban en sus dedos. Cuando pellizcó sus senos para ver si estaba en flor, sintió el frío del metal. La marcaron con un hierro candente –no fue la primera ni la última vez- y la encadenaron con la otras compras del día. El convoy comenzó esa noche su lenta marcha hacia el sur, tropezando con las cadenas detrás del carro del comerciante.  A esa hora el Nanny ya navegaba hacia Liverpool lleno de azúcar y tabaco. Había menos gritos en la bodega», leemos en las pimeras páginas de esta novela que me mantuvo sin aliento como me mantenían sin aliento en mi infancia las novelas de Salgari.  Pues se trata realmente de una novela de aventuras, las de Cora, una joven esclava huyendo en los Estados Unidos anteriores a la guerra de Secesión. El retrato de este Sur violento nos lleva empero a Ferguson, a Charlottesville, a la triste actualidad de este racismo ahora sin complejos que nunca dejó de existir en Estados Unidos.

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El ferrocarril subterráneo fue realmente una red clandestina que ayudaba a los esclavos a huir del Sur hacia el Norte abolicionista y aún hacia Canadá. No era evidentemente una red ferroviaria sino una red que permitió a por lo menos 100.000 esclavos alcanzar la libertad. La red estaba puesta bajo esta referencia ferroviaria ya que usaba la terminología del ferrocarril como código secreto.
Después de un comienzo en el que descubrimos la existencia miserable de los esclavos en una plantación de Georgia así como al personaje principal de la novela, la muy joven esclava Cora, que, después de la fuga de Mabel, su madre « sólo fue una niña perdida. Once años, diez años, por allí andaba –no quedaba nadie que lo supiera precisamente. Bajo los efectos del golpe, vio secarse el mundo a su alrededor, reducidos a unas impresiones grises. El primer color que volvió fue el rojo amarronado bullente de la tierra de la parcela familiar. La despertó a las cosas y a los seres, y decidió agarrarse a su terreno aunque fuera joven, frágil y sin  nadie que se ocupara de ella. Mabel era demasiado discreta y testaruda para ser popular, pero la gente siempre había respetado a Ajarry. Su sombra había sido protectora. La mayoría de los primeros esclavos de Randall estaban a seis pies bajo tierra o habían sido vueltos a vender, desaparecidos de una menara u otra. ¿Aun quedaba algún alma leal a su abuela? Cora sondeó al poblado, ni una sola, estaban todos muertos.

Luchó por esta tierra ingrata. Invadida por pequeños parásitos, demasiado jóvenes para trabajar realmente. Cora echaba a esos niños que pisoteaban sus brotes y los retaba cuando desenterraban sus ñames, con el mismo tono que empleaba en las fiestas de cumpleaños de Jockey para llevarlos a las carreras y los juegos. Con benevolencia.»

La primera mención de una posible huida del infierno de la plantación es la propuesta que Caesar, un esclavo llegado recientemente, le hace a Cora:

« ‘’Vuelvo al Norte, dijo. Pronto. Voy a escaparme. Quiero que vengas.’’
Cora se preguntó si le había deslizado una broma. ‘Vos vas al Norte. Bueno, yo voy a comer. ’’
Caesar la retuvo por el brazo, con un gesto suave pero insistente. Tenía un cuerpo delgado y fuerte, como todo recolector de su edad, pero llevaba su fuerza con ligereza. Un rostro redondo, una naricita chata –conservaba el recuerdo de hoyuelos cundo reía. ¿Por qué conservaba eso en su cabeza?
‘’No quiero que me denuncies, dijo. Estoy obligado a confiar en vos. Pero me voy pronto, y te quiero conmigo. Para traerme suerte. ’’
Entonces ella entendió. No estaba allí para jugarle una broma. Se la hacía a sí mismo. El chico era tontito. El olor a mapache que llevaba la trajo de vuelta a la fiesta y separó su brazo. ‘’No tengo la intención de hacerme matar por Connelly, ni por la patrulla, ni por las serpientes.»

A pesar de la violencia extrema que la rodea…

« Una sola y única gota. Un sentimiento poderoso se apoderó de Cora. No había sentido su poder desde hacía años, desde el día en que había abatido con el hachita la cucha de Blake en un ramo de astillas. Había visto hombres colgando de los árboles, abandonados a los ratoneros y a los cuervos. Mujeres talladas hasta el hueso por el látigo de correas. Cuerpos vivos o muertos, puestos a asar sobre hogueras. Pies troncados para impedir la fuga, manos cortadas para terminar con el robo. Había visto a chicos y chicas más jóvenes que este niño hacerse moler a golpes, y no había hecho nada. Esa noche, de nuevo, ese sentimiento invadió su corazón. Se apoderó de ella, y antes de que su parte esclava detuviera a su parte humana se inclinó sobre el muchachito para protegerlo con su cuerpo. Tomó el bastón como un hombre del bayou agarraría una serpiente, y vio el adorno en el pomo. Un lobo de plata con colmillos de plata, con el belfo levantado. Y luego el bastón se le escapó. Se abatió sobre su cráneo. Se abatió otra vez, y esta vez los colmillos de plata le rasguñaron los ojos y su sangre salpicó el polvo.»

…Cora rechaza una y otra vez la invitación a la huida de Caesar. Hasta el día en que, habiendo asistido a la muerte en la hoguera de un esclavo fugitivo, decide seguir a Caesar.
Es aquí que la novela de Colson Whitehead cae en lo fantástico. Caesar se había puesto en contacto con un blanco abolicionista, Mr Fletcher, que los llevó a la estación subterránea, primera etapa hacia la libertad.

« La escalera llevaba a un andén angosto. Las dos extremidades del enorme túnel se abrían como bocas negras. Debía tener seis metros de altura, y sus paredes estaban cubiertas por piedras coloridas que alternaban motivos claros y oscuros. Qué energía había que haber tenido para volver posible un proyecto semejante. Los rieles llamaron la atención de Cora y Caesar. Dos rieles de acero que recorrían el túnel hasta perderse de vista, sujetos a la tierra por durmientes de madera. Presumían que los rieles corrían hacia el sur y hacia el norte: surgían de una fuente inconcebible y corrían hacia una terminal milagrosa. Alguien había tenido la prevención de instalar un banquito en el andén. Cora, presa del vértigo, se sentó.
Caesar tenía dificultades para hablar.’’ ¿Hasta dónde llega el túnel ?’’
Lumbly levantó los hombros. ‘Lo bastante lejos para ustedes. »

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Whitehead toma entonces a la letra el nombre de la red emancipadora y la transforma en un verdadero sistema ferroviario clandestino, con sus estaciones, muy diferentes según el Estado en que se encuentran tanto como lo es allí el tratamiento infringido a los fugitivos, esterilización de las mujeres pretendidamente humanitaria en Carolina del Sur, linchamiento en Carolina del Nortre, acecho implacable en Indiana…
La epopeya de Cora, esa novela de aventuras con múltiples rebotes puesta bajo la influencia reivindicada de los Viajes de Gulliver, es en realidad una zambullida en esa herida profunda de la historia de los Estados Unidos, herida aún abierta a pesar de que la abolición de la esclavitud remonta a más de un siglo y medio. Y en este flagelo, el racismo, presente en el mundo entero con sus múltiples rostros.
« Pues somos africanos en América. Algo sin precedentes en la historia del mundo, sin un modelo que nos diga lo que ocurrirá con nosotros», afirma uno de los personajes de Ferrocarril subterráneo.
Africanos en América que han perdido casi todo su pasado africano, sus raíces anteriores a la esclavitud.
Colson Whitehead explica él mismo la génesis de su novela: « Es difícil imaginar hoy lo que fue la brutalidad de la esclavitud. Antes de divertirme haciendo malabarismos con la historia, quería describir cada prueba que debe atravesar Cora. Quería mostrar la violencia de Georgia, aunque más no fuese para honrar a mis antepasados. « 
Y el resultado es esta novela fantástica, en todos los sentidos de la palabra, muy visual, que se detiene cada tanto para enfocar su zoom en un personaje secundario, todo en un estilo fluido, colorido, ágil, que procura, lo que no es demasiado habitual, un verdadero placer al leerlo.

Deux livres percutants (1) – Dos libros que golpean (1)

Le hasard a mis ces jours-ci entre mes mains deux livres d’auteurs afro-américains récemment parus en France, Une colère noire de Ta-Nehisi Coates, et Underground railroad de Colson Whitehead.  Deux livres percutants qui, dans un sens,  se font écho, leur sujet étant pour ainsi dire le même, la dépossession physique et morale que subissent et subirent les Noirs aux États-Unis, la brutalité, la discrimination, et bien évidemment l’esclavage. Deux livres indispensables, surtout maintenant  quand, dans le pays de M Trump, on entend dire, dans la bouche des suprématistes blancs, que le seul moment où Noirs et Blancs ont vécu en paix était le temps de l’esclavage.

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Sur le premier, Une colère noire, aguichante traduction du titre originel, Between the world and me (Entre le monde et moi),   Toni Morrison, prix Nobel de littérature, a affirmé : « Je me suis demandée qui remplirait le vide intellectuel après la mort de James Baldwin. Sans aucun doute, c’est Ta-Nehisi Coates… Une lecture indispensable. »

Ce livre, un essai autobiographique rédigé par Coates comme une lettre à son fils de quinze ans, est préfacé par Alain Mabanckou qui a lui-même adressé à son fils Le sanglot de l’homme noir.

Mabanckou, qui reprend la référence à Baldwin, écrit :

« Oui, vous observez l’Amérique d’aujourd’hui avec la lucidité de Baldwin, et votre lettre, à cet égard, n’est pas éloignée de celle que votre « aîné » spirituel adressa à son neveu dans l’ouverture de La prochaine fois, le feu, brûlot qu’il commit en 1963 et devenu un classique dans la compréhension des rapports entre les « races » en Amérique. Vous apportez une modernité et une fraîcheur de regard qui remettent en selle les grands principes civiques que notre époque semble de plus en plus gommer. Qu’est-ce qu’un Africain-Américain de nos jours ? En quoi l’histoire de la haine et de la violence en Amérique est-elle intimement liée à la communauté noire, tantôt actrice de ces affrontements, mais le plus souvent victime expiatoire d’un système politique fondé sur l’hégémonie d’une classe au détriment des « minorités » qui ont pourtant toutes contribué, et contribuent toujours, à façonner le nouveau visage du pays, se sacrifiant au nom de ses intérêts et de son rayonnement dans le monde ?

Une colère noire remet sur la table la question de la « race » en Amérique par le biais de votre parcours personnel, celui d’un gamin des quartiers populaires de West Baltimore dans les années 1980. Cette approche personnelle a le mérite de ne pas tomber dans l’écueil de ces analyses trop généralistes. Et, curieusement, la peur qui vous animait alors n’était pas celle du Blanc mais celle des autres Noirs qui vous menaçaient, vous battaient. Vous alliez comprendre bien plus tard que ces gamins n’étaient en réalité que le produit du « racisme blanc » – une manière de signifier que le racisme est forcément une fabrication. »

Le meilleur aperçu de ce livre magnifique, c’est Coates lui-même qui nous le donne :

ta nehisi et fils

« Je t’écris aujourd’hui du haut de mes quarante ans, à un moment de mon existence qui n’a rien de particulièrement impressionnant mais qui dépasse quand même tout ce que ce garçon perdu aurait pu imaginer. Du temps de West Baltimore, je ne maîtrisais pas la rue, parce que je ne déchiffrais pas assez vite le langage des corps. Je ne maîtrisais pas l’école, parce que je ne parvenais pas à voir où tout ça pouvait bien mener. Mais je ne suis pas tombé. J’ai ma famille. J’ai mon travail. Je n’éprouve plus le besoin, la tête baissée dans les soirées, de dire aux gens : « J’essaie d’être écrivain. » Et même si je n’ai pas de dieu, le fait d’être humain, le fait d’être doué pour les études – et donc de sortir du lot parmi toute la matière qui flotte dans l’univers – est toujours aussi stupéfiant pour moi.

J’ai passé le plus clair de mes études à chercher à identifier la bonne question, celle qui me permettrait de comprendre le gouffre entre le monde et moi. Je n’ai pas passé mon temps à étudier le problème de la « race » – la « race », c’est juste une formule simplificatrice. Parfois, un abruti – qui pense généralement qu’il est blanc – vient expliquer que la voie vers le progrès serait une grande orgie entre Noirs et Blancs, qui ne se finirait qu’une fois que nous serions tous beiges, et donc de la même « race ». Mais beaucoup de « Noirs » sont déjà beiges. L’histoire des civilisations est jonchée de « races » défuntes (les Francs, les Italiens, les Allemands, les Irlandais) qu’on abandonne parce qu’elles ne servent plus leur objectif : la protection du peuple par le droit. »

« Être noir, dans le Baltimore de ma jeunesse, c’était comme être nu face aux éléments – face aux armes à feu, face aux coups de poing, aux couteaux, au crack, au viol et à la maladie. Cette nudité n’a rien d’une erreur, rien de pathologique. Elle n’est que le résultat logique et volontaire d’une politique, la conséquence prévisible de ces siècles passés à vivre dans la peur. À l’époque de l’esclavage, la loi ne nous protégeait pas. Aujourd’hui – à ton époque –, la loi est devenue une excuse pour pouvoir t’arrêter et te fouiller. Autrement dit, elle n’est que le prolongement de cette agression physique », écrit aussi Coates. La violence s’exerce sur le corps du Noir, ce corps que les Blancs ont exploité de la manière la plus ignoble pour « en faire du sucre, du tabac, du coton et de l’or »

La colère qui parcourt cette lettre est  exprimée dans un style souvent percutant mais tout aussi bien lyrique ce qui fait de certains paragraphes de vrais poèmes en prose. Pour preuve ces lignes sur Paris :

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« J’ai visité le musée Rodin. Je me suis arrêté dans un bistrot et, avec toute l’appréhension d’un garçon se décidant à approcher une jolie fille dans une fête, j’ai commandé deux bières, puis un hamburger. J’ai marché vers le jardin du Luxembourg. Il était à peu près seize heures. Je me suis assis. Le jardin était plein de gens, toujours occupés de leur étrange manière. À cet instant, j’ai eu un sentiment bizarre de solitude. Peut-être parce que je n’avais pas prononcé un mot d’anglais de toute la journée. Peut-être parce que je ne m’étais jamais assis dans un jardin public auparavant, que je n’avais même pas imaginé que j’aurais un jour envie de le faire. Et tout autour de moi, il y avait ces gens pour qui c’était chose courante.

J’ai pris conscience du fait que j’étais dans le pays d’autres gens, et que j’étais en même temps extérieur à ce pays, selon toute logique. En Amérique, je faisais partie de l’équation – même si ce n’était pas la partie de l’équation que je préférais. J’étais celui que la police arrêtait sur la 23e rue en pleine journée de travail. J’étais celui qui avait eu cette attirance pour La Mecque. Je n’étais pas seulement un père, mais le père d’un garçon noir. Je n’étais pas seulement un mari, mais le mari d’une femme noire, un symbole chargé de l’amour noir. Dans ce jardin public en revanche, pour la première fois, j’étais un étranger, j’étais un marin – sans terre et sans attaches. J’étais triste de ne jamais avoir senti cette solitude singulière auparavant –, de ne m’être jamais senti si loin du rêve de quelqu’un d’autre. J’éprouvais plus profondément le poids des chaînes qui avaient entravé les générations de mes ancêtres – mon corps confiné à certaines zones, du fait de l’histoire et de la politique. Certains d’entre nous s’en sortent. Mais les dés sont pipés. J’aurais voulu en savoir plus, et j’aurais voulu que ça arrive plus tôt. Je me souviens, cette nuit-là, que je regardais les adolescents se rassembler le long des quais de la Seine pour vaquer à leurs occupations d’adolescents. Et je me souviens avoir songé que j’aurais tant aimé avoir eu cette vie, ce passé sans peur. Ce n’était pas mon passé, mes souvenirs étaient bien différents. Mais je t’avais, toi. »

Le livre de Ta-Nehesi Coates est divisé en deux parties, l’une et l’autre sont placées sous le signe d’un événement qui a marqué profondément la vie de l’auteur.

Le premier incident, qui déclencha possiblement toute la réflexion sur la peur de perdre son corps, remonte à l’enfance de l’écrivain, quand sur un parking un adolescent, tout aussi noir que lui, pointa une arme dans sa direction. « Je me rappelle mon profond étonnement à l’idée que la mort puisse si facilement jaillir du néant d’un après-midi d’enfant, comme le brouillard au détour d’un virage », explique Coates.

L’enfant qu’il était voyait dans son monde « une injustice cosmique, d’une profonde cruauté », qui faisait naître en lui le désir irréductible, irrépressible, de libérer son corps de ses chaînes et d’atteindre la vitesse de libération.

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Il compare ensuite son monde à celui de son fils qui lui semble tout d’abord bien différent. « Je ne sais pas ce que c’est que de grandir avec un Président noir, des réseaux sociaux, des médias omniprésents et des femmes noires, partout, qui portent leurs cheveux au naturel. Tout ce que je sais, c’est que lorsqu’ils ont relâché l’assassin de Michael Brown, tu as simplement dit : ‘’Faut que j’y aille.’’ Et ça m’a brisé le cœur : malgré nos mondes différents, mon sentiment, à ton âge, était exactement le même ».

Le deuxième incident, déjà cité dans la première partie, est l’assassinat, travesti en erreur, d’un ami de l’université, Prince Jones, par un policier. Coates raconte sa rencontre avec la mère de Prince, une médecin renommée faisant partie de la haute bourgeoisie noire.

« Prince n’a pas essayé d’entrer à Harvard, ni à Princeton, ni à Yale, ni à Columbia, ni à Stanford. Il ne voulait que La Mecque. J’ai demandé au docteur Jones si elle regrettait que Prince ait choisi Howard. Elle a sursauté, comme si j’avais appuyé trop fort sur une plaie. ‘’Non, a-t-elle répondu. Je regrette qu’il soit mort.’’

Elle a dit ça avec un grand calme, et une douleur encore plus grande. Elle l’a dit avec toute la force et la détermination exigée par la grande blessure américaine. Est-ce que tu as déjà bien regardé ces images des sit-in des années 1960, vraiment bien regardé ? Est-ce que tu as déjà observé attentivement ces visages ? Ils ne sont ni en colère, ni tristes, ni joyeux. Ils ne trahissent presque aucune émotion. Ils regardent plus loin que leurs persécuteurs, plus loin que nous, vers un point de focale distant et inconnu. Je crois qu’ils sont attachés à leur dieu, un dieu que je ne connais pas et en lequel je ne crois pas. Mais, dieu ou pas, ils sont protégés par une armure, une armure bien réelle. Ou peut-être n’est-ce pas une armure du tout. Peut-être est-ce une extension de leur vie, une sorte de franchise, qui permet de supporter toutes les agressions et de ne payer la dette que plus tard. Quoi qu’il en soit, le regard que tu peux observer sur ces photos, ce regard noble et vide, c’était celui que je voyais chez Mabel Jones en cet instant. Ses yeux marron perçants s’emplissaient de larmes mais la digue ne cédait pas. Elle gardait le contrôle de tant de choses – et j’étais persuadé que les jours qui avaient suivi le pillage du corps de son Rocky, le vol de sa descendance, ne lui avaient pas demandé moins d’efforts.

Elle ne pouvait pas compter sur son pays pour obtenir de l’aide. Pour son fils, le pays du docteur Jones faisait ce qu’il savait faire le mieux – il l’oubliait. L’oubli est une habitude, c’est un autre composant nécessaire du Rêve. Ils ont oublié l’ampleur du vol qui les a enrichis grâce à l’esclavage ; la terreur qui leur a permis, pendant un siècle, de bourrer les urnes ; la politique ségrégationniste qui leur a offert leurs belles banlieues. Ils ont oublié, parce que se souvenir les éjecterait hors du Rêve et les forcerait à vivre avec nous, ici-bas, dans le monde. Je suis convaincu que les Rêveurs, au moins les Rêveurs d’aujourd’hui, préféreraient vivre blancs que vivre libres. »

Ce Rêve dont parle ici Ta-Nehesi Coates n’est autre que l’American Dream, un Rêve dont la fonction est de cacher dans le brouillard toutes les injustices, toutes les violences qui sont à la base de la puissance américaine. Tout comme l’esclavage et la colonisation sont à la base de la richesse de plusieurs pays européens dont la France.

Pour conclure cet article sur un livre dont la lecture me semble incontournable, je vais citer de nouveau la préface d’Alain Mabanckou :

« Pour mieux combattre la haine, cher Ta-Nehisi Coates, j’ai toujours utilisé les deux armes qui sont en ma possession, et ce sont elles qui nous unissent, pas notre couleur de peau : la création et la liberté de penser. Elles dépassent le crétinisme du raciste parce que le raciste est incapable de créer, de penser librement, trop préoccupé à détruire. Et votre livre est une invitation au dialogue, ce dialogue qui aboutira un jour à ce que Derek Walcott appelle ‘’la culture de la courtoisie et de l’échange’’ »

Une colère noire, lettre à mon fils (Between the world and me), traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Thomas Chaumont, préface d’Alain Mabanckou, éd. Autrement, 202 p.

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La casualidad ha puesto en estos días en mis manos dos libros de autores afroamericanos, aparecidos recientemente en Francia, Entre el mundo y yo de Ta-Nehisi Coates, y Underground railroad de Colson Whitehead.  Dos libros que golpean que, en un sentido, se hacen eco, siendo su tema por así decirlo el mismo, la desposesión física y moral que sufren y que sufrieron los negros en los Estados Unidos, la brutalidad, la discriminación, y evidentemente, la esclavitud. Dos libros indispensables, sobre todo ahora cuando, en el país de Mr Trump, se oye decir, en la boca de los supremacistas blancos, que el único momento en que los negros y los blancos vivieron en paz fue el tiempo de la esclavitud.  

Sobre el primero, Entre el mundo y yo, Toni Morrison, premio Nobel de literatura, afirmó : «  Me pregunté quien llenaría el vacío intelectual después de la muerte de James Baldwin. Sin ninguna duda se trata de Ta-Nehisi Coates… Una lectura indispensable. »

Este libro, un ensayo autobiográfico redactado por Coates como una carta a su hijo de quince años, es prologado, en la edición francesa, por Alain Mabanckou quien se dirigió también a su hijo en El sollozo del hombre negro.  

Mabanckou, que retoma la referencia a Baldwin, escribe:

« Sí, usted observa los Estados Unidos de hoy con la lucidez de Balwin, y su carta, a este respecto, no se aleja mucho de la que su « antepasado » espiritual le escribió a su sobrino en La próxima vez, el fuego, panfleto que cometió en 1963 y ya un clásico em la comprensión de la relación entre las ‘’razas’’ en Estados Unidos. Trae usted una modernidad y una frescura de mirada que vuelven al ruedo los grandes principios cívicos que nuestra época parece borrar cada vez más. ¿Qué es un  afroamericano en nuestros días? ¿En qué la historia del odio y de la violencia en los Estados Unidos está íntimamente ligada a la comunidad negra, a veces actriz de estos enfrentamientos, pero ,lo más a menudo víctima expiatoria de un sistema político basado en la hegemonía de una clase en detrimento de las ‘’minorías’’ que sin embargo han contribuido, y contribuyen siempre, a moldear el nuevo rostro del país, sacrificándose en nombre de sus intereses y de su influencia en el mundo?

Entre el mundo y yo vuelve a poner en la palestra la cuestión de la ‘’raza’’ en los Estados Unidos por medio de su itinerario personal, el de un muchachito de los barrios populares de West Baltimore en los años 1980. Este acercamiento personal tiene el mérito de no caer en el pozo de los análisis demasiado generalistas. Y, curiosamente, el miedo que lo animaba entonces no era el del blanco sino el de los otros negros que lo amenazaban, que lo golpeaban.  Iba a comprender mucho más tarde que esos muchachos eran en realidad sólo el producto de ‘’racismo blanco’’ –una manera de significar que el racismo es evidentemente una fabricación. »

El mejor resumen de este libro magnífico nos lo da el mismo Coates :

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« Te escribo hoy desde lo alto de mis cuarenta años, en un momento de mi existencia que no tiene nada particularmente impresionante pero que sobrepasa de todos modos todo lo que ese muchacho perdido habría podido imaginar. En la época de West Baltimore, yo no dominaba la calle, porque no descifraba lo bastante rápido la lengua de los cuerpos. No dominaba la escuela porque no lograba ver bien a donde todo eso podía llevarme. Pero no me caí. Tengo mi familia. Tengo mi trabajo. No siento la necesidad, con la cabeza gacha en las reuniones, de decirle a la gente : ‘’Trato de ser escritor’’. Y aunque no tenga diois, el hecho de ser humano, el hecho de tener dones para los estudios –y entonces de salir del montón entre toda la materia que flota en el universo- es siempre tan asombroso para mí.

He pasado la mayor parte de mis estudios tratando de identificar la buena pregunta, la que me permitiría comprender el abismo entre el mundo y yo. No pasé mi tiempo estudiando el problema de la ‘’raza’’, es sólo una fórmula simplificadora. A veces, un estúpido –que piensa generalmente que es blanco- explica que la vía hacia el progreso sería una gran orgía entre negros y blancos, que sólo terminaría un avez que fuéramos todos beige, y entonces de la misma ‘’raza’’. Pero muchos ‘’negros’’ ya son beige. La historia de las civilizaciones está colmada de ‘’razas’’ difuntas (los francos, los italianos, los alemanes, los irlandeses) abandonadas pues ya no sirven para su objetivo : la protección del pueblo por el derecho.»

« Ser negro, en el Baltimore de mi juventud, era como estar desnudo frente a los elementos –frente a las armas de fuego, frente a los puñetazos, a los cuchillos, al crack, a la violación y a la enfermedad. Esta desnudez no es para nada un error, no es para nada patológica. Sólo es el resultado lógico y voluntario de una política, la consecuencia previsible de esos siglos pasados viviendo en el miedo. En la época de la esclavitud, la ley no nos protegía. Hoy –en tu época-, la ley se ha vuelto una excusa para poder detenerte y cachearte. Dicho de otra manera, es sólo la extensión de esa agresión física », escribe también Coates.

La violenciua se ejerce sobre el cuerpo del negro, ese cuerpo que los blancos han explotado de la manera más inmunda para « hacer con él azúcar, tabaco, algodón y oro. »

La cólera que recorre esta carta se expresa con un estilo a menudo impactante pero igualmente lírico lo que hace de ciertos párrafos verdaderos poemas en prosa. Como prueba estas líneas sobre París:

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« Visité el museo Rodin. Me detuve en un bistrot y, con roda la aprensión de un muchacho que se decide a acercarse a una linda chica en una fiesta, pedí dos cervezas, luego una hamburguesa. Caminé hacia los jardines del Luxemburgo. Eran aproximadamente las diez y seis. Me senté. El jardín estaba lleno de gente, ocupados siempre de una manera extraña. En ese instante tuve un extraño sentimiento de soledad. Quizás porque no había pronunciado una sola palabra en inglés en todo el día. Quizás porque nunca antes me había sentado en un jardín, que ni siquiera había imaginado que un día tendría ganas de hacerlo. Y a mi alrededor había gente para quienes era una cosa corriente..

Tomé conciencia de que estaba en el país de otra gente, y que era al mismo tiempo exterior a ese país, según toda lógica.  En Estados Unidos yo formaba parte de la ecuación –aún si no era la patria de la ecuación que yo prefería. Era el que la policía detenía en la calle 23 en plena jornada de trabajo. Era el que había tenido esa atracción por La Meca. No era sólo un padre, sino el padre de un chico negro. No era sólo un marido, sino el marido de una mujer negra, un símbolo cargado del amor negro. En ese jardín, por lo contrario, por primera vez, era un extranjero, era un marino –sin tierra y sin ataduras. Estaba triste de nunca haber sentido antes esa soledad singular-, de nunca haberme sentido tan lejos del sueño de otro. Sentía más profundamente el peso de las cadenas que habían obstaculizado a generaciones de mis antepasados –mi cuerpo confinado a ciertas zonas, a causa de la historia y de la política. Algunos de nosotros salen adelante. Pero los dados están trucados. Hubiera querido saber más, y me hubiera gustado que ocurriera antes. Recuerdo, esa noche, miraba a los adolescentes reunirse en las calles que bordean al Sena realizando sus ocupaciones de adolescentes. Y recuerdo haber pensado que me habría gustado haber tenido esa vida, ese pasado sin miedo. No era mi pasado, mis recuerdos eran muy diferentes. Pero te tenía a vos.»

El libro de Ta-Nehesi Coates se divide en dos partes, una y otra ubicadas bajo el signo de un acontecimiento que marcó profundamente la vida del autor.

El primer incidente, que desencadenó posiblemente toda la reflexión sobre el miedo de perder su cuerpo, remonta a la infancia del escritor, cuando en un estacionamiento un adolescente, tan negro como él, apuntó un arma en su dirección. « Recuerdo mi profundo asombro ante la idea de que la muerte pudiera surgir tan fácilmente de la nada de una tarde de niño, como la niebla a la vuelta de una curva », explica Coates.

El niño que era veía en su mundo « una injusticia cósmica, con una profunda crueldad», que hacía nacer en él el deseo irreductible, irreprimible, de liberar su cuerpo de sus cadenas y de alcanzar la velocidad de la liberación.

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Compara luego su mundo al de su hijo que le parece en un principio muy diferente. « No se que es crecer con un presidente negro, redes sociales, medios de comunicación omnipresentes y mujeres negras, en todos lados, que llevan sus cabellos naturales. Todo lo que se es que cuando liberaron al asesino de Michael Brown, dijiste simplemente : ‘Tengo que irme.’’ Y eso destrozó mi corazón : a pesar de nuestros mundos diferentes, mi sentimiento, a tu edad, era exactamente el mismo ».

El segundo incidente, ya citado en la primera parte, es el asesinato, difrazado de error, de un  amigo de la universidad, Prince Jones, por un policía. Coates cuenta su encuentro con la madre de Prince, una médica renombrada perteneciente a la alta burguesía negra.

« Prince no trató de entrar a Harvard, ni a Princeton, ni a Yale, ni a Columbia, ni a Stanford. Sólo quería ir a La Meca. Pregunté a la doctora Jones si lamentaba que Prince hubiera elegido Howard. Se sobresaltó, como si yo hubiera tocado demasiado fuerte una llaga. ‘’No, contestó. Lamernto que esté muerto’’.  

Dijo esto con una gran calma, y un dolor aún más grande. Lo dijo con toda la fuerza y las determinación exigida por la gran herida norteamericana. ¿Ya miraste bien esas imágenes de las sentadas de los años 60, realmente las miraste bien? ¿Ya observaste atentamente esos rostros? No están ni encolerizados, ni tristes, ni alegres. No muestran casi ninguna emoción. Miran más allá de sus perseguidores, más allá que nosotros, hacia un punto focal distante y desconocido. Creo que están unidos a su dios, un dios que no conozco y en quien no creo. Pero con o sin dios, están protegidos por una armadura, una armadura muy real. O quizás no es para nada una armadura. Quizás sea una extensión de su vida, una suerte de franqueza, que permite soportar todas las agresiones y sólo pagar la deuda mucho más tarde. Sea como sea, la mirada que podés observar en esas fotos, esa mirada noble y vacía, era la que veía en Mabel Jones en ese instante. Sus agudos ojos marrones se llenaban de lágrimas pero el dique no cedía. Conservaba el control de tantas cosas –y estoy persuadido que los días que siguieron al pillaje del cuerpo de su Rocky, el robo de su descendencia, no le habían pedido menos esfuerzos.

No podía contar con su país para obtener ayuda. Para su hijo, el país de la doctora Jones hacía lo que sabía hacer mejor –lo olvidaba. El olvido es una costumbre, es otro componente necesario del Sueño. Olvidaron la amplitud del robo que los enriqueció gracias a la esclavitud; el terror que les permitió, durante un siglo, llenar las urnas; la política segregacionista que les regaló sus lindos suburbios. Olvidaron porque el recuerdo los eyectaría del sueño y los forzaría a vivir con nosotros, aqu’i abajo, en el mundo. Estoy convencido de que los Soñadores, por lo menos los Soñadores de hoy, preferirían vivir blancos que vivir libres.»

Este Sueño del que habla aquí Ta-Nehesi Coates no es otro que el American Dream, un Sueño cuya función es esconder en la niebla todas las injusticias, todas las violencias que están en la base del poderío norteamericano. De la misma manera que la esclavitud y la colonización están en la base de la riqueza de varios países europeos, entre ellos Francia.

Para concluir este artículo sobre un libre bcuya lectura me parece indispensable, voy a citar de nuevo el prólogo de Alain Mabanckou:

« Para combatir mejor el odio, querido Ta-Nehisi Coates, siempre he utilizado las dos armas que poseo y son las que nos unen, no nuestro color de piel : la creación y la libertad de pensar. Sobrepasan al cretinismo del racista porque el racista es incapaz de crear, de pensar libremente, está demasiado preocupado en destruir. Y su libro es una invitación al diálogo, ese diálogo que terminará un día en lo que Derek Walcott llama ‘’la cultura de la cortesía y el intercambio’’ »

 

J’aurais bien aimé… – Me habría gustado…

 

oies_vol_1Je ne crois pas être une exception si j’avoue que j’aurais aimé faire une bonne quantité de métiers ou d’activités que je n’ai jamais réalisé, que j’aurais bien aimé découvrir tant de choses que je ne verrai peut-être jamais.

J’aurais bien aimé être peintre. À quinze ans, d’ailleurs, je copiais Modigliani et un peu plus tard, je pondais des tableaux abstraits en écoutant du Beethoven !

J’aurais bien aimé être chanteur. J’ai pris, il y a très longtemps, des cours de chant avec une excellente professeure, Marta Millán, et j’ai même poussé la chansonnette sur scène à deux reprises, en 1980 su théâtre Cervantès de Buenos Aires, et puis, en 1984, à l’Alliance Française de Mar del Plata. Mais j’ai dû me rendre bientôt à l’évidence, mes talents plus que limités ne feraient jamais de moi un vrai chanteur !

J’ai été acteur, et même metteur en scène, durant un certain temps et j’en garde un souvenir lumineux. Et des amis très chers.

J’aurais bien aimé être menuisier. S’il y a au monde un matériau qui me tient au cœur, c’est bien le bois. Chaque fois que j’ai bricolé chez moi des petites choses en bois, j’ai ressenti un immense plaisir.

J’aurais bien aimé être historien, mais surtout archéologue. Quand je regarde, par exemple, dans un documentaire, les archéologues qui font apparaître, à l’aide de leurs petites brosses, une momie celte au beau milieu d’un désert de la Chine, je me mets à leur place, je me dis que j’adorerais être là !

Les voitures et les motos ne me disent absolument rien, par contre, j’aurais bien aimé savoir naviguer, surtout sur un voilier.

J’aurais aimé voyager bien plus que je ne l’ai fait. Bien que je ne puisse pas me plaindre sur ce sujet, j’aurais bien aimé connaître Barcelone, Prague et Venise ainsi que Dakar, Ouagadougou et Tombouctou. Un jour peut.-être…

Or, sauf quelques épisodes isolés et purement alimentaires où j’ai été vendeur ou concierge de nuit dans un hôtel, je n’exerce depuis des années qu’un métier qui me passionne et qui m’enrichit de jour en jour. Je suis professeur de français, cette belle langue dont je découvre encore aujourd’hui les multiples couleurs.

J’aurais bien aimé, j’aurais bien aimé…, mais un jour, il y a très longtemps, je suis certain d’avoir bien choisi le chemin que j’allais prendre.

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No creo ser una excepción si confieso que me habría gustado realizar una gran cantidad de oficios o de actividades que nunca hice, que me habría gustado descubrir muchas cosas que quizás no vea nunca.

Me habría gustado ser pintor. A los quince años, por otra parte, copiaba a Modigliani y un poco más tarde, ¡creaba cuadros abstractos mientras escuchaba a Beethoven!

Me habría gustado ser cantante. Tomé, hace mucho tiempo, clases de canto con una excelente profesora, Marta Millán, y aún, y llegué a cantar en escena en dos oportunidades, en 1980, en el Teatro cervantes de Buenos Aires, y luego, en 1984, en la Alianza Francesa de Mar del Plata. Pero tuve que rendirme pronto a la evidencia, ¡mis talentos más que limitados no harían nunca de mí un cantante verdadero!

Fui actor, y aún director escénico, durante un cierto tiempo y guardo de ello un recuerdo luminoso. Y amigos muy queridos.

Me habría gustado ser carpintero. Si hay en el mundo un material que me conmueve es la madera. Cada vez que fabriqué en casa algunas cositas de madera sentí un inmenso placer.

Me habría gustado ser historiador, pero sobre todo arqueólogo. Cuando miro, por ejemplo, en un documental, a los arqueólogos que hacen aparecer, con la ayuda de sus cepillitos, una momia celta en medio de un desierto de China, me pongo en su lugar, ¡me digo que me encantaría estar allí!

Los coches y las motos no me interesan en absoluto, por lo contrario, me habría gustado saber navegar, sobre todo un velero.

Me habría gustado viajar mucho más de lo que lo he hecho. Por más que no puedo quejarme sobre el tema, me habría gustado conocer Barcelona, Praga y Venecia así como Dakar, Uagadugú y Tombuctú. Un día quizás…

Empero, salvo algunos episodios aislados y puramente alimentarios en los que fui vendedor o portero nocturno en un hotel, sólo ejerzo desde hace años un oficio que me apasiona y me enriquece día a día. Soy profesor de francés, esta bella lengua cuyos múltiples colores descubro aún hoy.

Me habría gustado, me habría gustado…, pero un día, hace mucho tiempo, estoy seguro de haber elegido bien el camino que iba a seguir.

Tel un étranger, j’étais chez moi – Como un extranjero, estaba en casa

Baldwin10Je ne suis pas votre Nègre
Documentaire de Raoul Peck (2017)

« L’histoire du Noir en Amérique, c’est l’histoire de l’Amérique et ce n’est pas une belle histoire », James Baldwin

Il y a quelques années déjà, je publiai un article sur le grand écrivain et activiste noir américain, James Baldwin.
Je viens aujourd’hui de découvrir le saisissant documentaire que lui consacre le réalisateur haïtien Raoul Peck, Je ne suis pas votre Nègre (I am not your negro).
Le point de départ de ce film est un manuscrit inachevé de Baldwin, Souvenez-vous de cette maison (Remember this house) où il dresse l’histoire et ses souvenirs de trois figures fondamentales de la lutte pour les droits civiques, Medgar Evers, Malcolm X et Martin Luther King, dont l’écrivain noir fut l’ami et qui moururent tous les trois assassinés.
Raoul Peck (Lumumba, Quelques jours en avril), considérant que l’œuvre de Baldwin avait été longtemps occulté, a voulu remettre à la lumière cette parole urgente et fondamentale pour comprendre le monde actuel.
Et c’est justement cela qui saute aux yeux devant Je ne suis pas votre Nègre, l’actualité absolue de la parole de James Baldwin, actualité que Peck souligne adroitement au moyen d’archives  récentes des violences faites aux Noirs aux États-Unis ainsi que des manifestations du mouvement Black Lives Matter.
https://www.youtube.com/watch?v=CG7nMeJVsH0

Une autre référence à l’actualité, l’élection de Barak Obama, le premier président noir des États-Unis et les paroles de Bob Kennedy en 1965 sur l’éventualité d’un président noir : « Je me souviens quand l’ancien ministre de la justice, M Robert Kennedy, a dit qu’il était possible que nous ayons dans quarante ans un président noir en Amérique. Pour les Blancs, cette déclaration était très émancipée. Mais ils n’étaient pas à Harlem quand elle fut prononcée. Ils n’ont pas entendu les ricanements d’amertume et de dédain qui accueillirent ces mots. Cela fait quatre cents ans que nous sommes là et maintenant, il nous dit que peut-être dans quarante ans, si vous êtes sages, on vous laissera devenir président ».
Peck construit son film exclusivement sur la base des mots de James Baldwin, illustrés par toute une série d’archives dont, bien évidemment, des interventions émouvantes de l’écrivain à la télévision, mais aussi des images des longues luttes pour les Droits civiques ainsi que des extraits de films où l’on voit le rôle octroyé aux Noirs par Hollywood opposé à l’idéalisation d’un American dream strictement WASP (White Anglo Saxon Protestant) qui dressent une fresque brutale de l’oppression et l’injustice., une claire démonstration que la parole de James Baldwin n’a rien perdu de sa valeur car le racisme congénital des États-Unis est encore son pire ennemi du moment que les mensonges fondateurs du pays sur le massacre des Amérindiens et sur l’esclavage des Noirs ne seront pas exposés en plein jour.
« J’ai senti qu’on était dans un monde qui s’immolait dans l’ignorance, qui s’immolait dans les fractures, dans le racisme. J’ai senti la nécessité de faire revenir cette voix », exprimait Raoul Peck dans un entretien réalisé sur ARTE le 25 avril 2017.
L’une des images choc, parmi tant d’autres, de Je ne suis pas votre Nègre, celle de Dorothy Count, une jeune lycéenne noire de 15 ans qui essaie de se frayer un passage entourée d’une horde de jeunes Blancs vociférant leur haine.
C’est d’ailleurs l’affaire Dorothy Counts qui poussa James Baldwin à rentrer dans son pays natal pour, selon lui, y payer ses dettes.

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« Je suis rentré chez moi, il y avait beaucoup d’illusions dans ce chez moi, mais aussi beaucoup de vérité. À présent, tel un étranger, j’étais chez moi », écrivit l’auteur américain.
Au moyen des textes et de la parole de James Baldwin, Je ne suis pas votre Nègre nous dit qu’un État, en maltraitant les siens, est voué à la catastrophe et, donc, que le salut ne se trouve que dans la fraternité.
https://www.youtube.com/watch?v=04UwVEAuC74

Mais qui était donc James Baldwin, figure majeure de la littérature afro-américaine que le magistral documentaire de Raoul Peck sort d’un certain oubli où il était tombé ?
Né en 1924, à Harlem, d’un père inconnu, c’est son beau-père, le prédicateur David Baldwin qui lui donne son nom et l’éduque malgré le mauvais rapport qu’ils ont.
Adolescent, il passe des soirées entières à lire à la bibliothèque et se met bientôt à écrire, ce qui déplait au pasteur Baldwin.
Sa professeure Orilla Miller ose le soutenir et même mettre en scène une pièce qu’il a écrite. « C’est en partie parce qu’elle arriva très tôt dans ma terrible vie que je me suis toujours gardé de vouer de la haine aux Blancs », dira plus tard l’écrivain.
En 1948, les préjugés racistes et homophobes qu’il subit, ainsi que le suicide d’un de ses amis, l’obligent à quitter les États-Unis et à s’installer en France.
« À partir de ce décès, j’eus peur de l’idée même de devoir endurer d’autres morts. Je craignais que la haine et le désir de vengeance n’atteignent chez moi des proportions incontrôlables, et que ma fin, même si je ne devais pas mourir physiquement, ne soit infiniment plus horrible que le suicide de mon ami », écrira Baldwin.
https://www.youtube.com/watch?v=QCW06WHn-08

Il écrit aussi : « En ce qui me concerne, je pense que mon exil parisien me sauva la vie, en confirmant quelque chose que les Américains semblaient avoir beaucoup de mal à accepter. C’est-à-dire, tout simplement ceci : un homme n’est pas un homme tant qu’il ne peut ni ne veut accepter sa propre vision du monde, même s’il existe une différence radicale entre cette vision et celle des autres ».

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En 1953, Baldwin publie son premier roman Tell it on the mountain (La Conversion) et deux ans plus tard, un recueil d’essais sous le titre de Notes of a Native Son (Chroniques d’un pays natal).
Le succès international, ainsi que le scandale arrivent avec le roman Giovanni’s room (La chambre de Giovanni), paru en 1956. Un roman qui raconte les amours homosexuels de David et Giovanni dans le Paris des années 50.
En 1957, James Baldwin rentre aux États-Unis, choqué par l’affaire Dorothy Counts et désireux de participer aux luttes pour les Droits civiques. En 1958, à Montgomery, il rencontre Martin Luther King :
« Il vous charme immédiatement, puissamment, mais il ne donne pas l’impression d’être particulièrement extraverti ou chaleureux. Sa retenue n’est pas, cependant, du genre froid, maladroit et agaçant qu’on trouve chez tant de Noirs devenus célèbres, qui ont laissé leurs aspirations et leur notoriété détruire leur identité et qui semblent sans cesse s’adonner à une imitation douteuse de quelque très improbable homme blanc ».
https://www.youtube.com/watch?v=euJ-yrZMf4k&t=434s

En 1962, Balwin publie un nouveau roman, Another country (Un autre pays) et un an plus tard un essai, The fire nex time (La prochaine fois, le feu), cité dans le documentaire de Raoul Peck :
« La glorification d’une race et le dénigrement corollaire d’une autre ou d’autres a toujours été et sera une recette de meurtre. Ceci est une loi absolue. Si on laisse quelqu’un faire subir un traitement particulièrement défavorable à un groupe quelconque d’individus en raison de leur race, ou de leur couleur de peau, on ne saurait fixer des limites aux mauvais traitements dont ils seront l’objet et, puisque la race entière a été condamnée pour des raisons mystérieuses, il n’y a aucune raison pour ne pas essayer de la détruire dans son intégralité. C’est précisément ce que les nazis auraient voulu accomplir. (…)
J’ai beaucoup à cœur de voir les Noirs conquérir leur liberté aux États-Unis. Mais leur dignité et leur santé spirituelle me tiennent également à cœur et je dois m’opposer à toute tentative des Noirs de faire à d’autres ce qu’on leur a fait ».

Par rapport à cet ouvrage, Alain Mabanckou, qui a publié une Lettre à Jimmy, adressée à Baldwin, nous dit dans son blog du 19 août 2006 :
« On croit entendre Martin Luther King, lorsque Baldwin écrit :
‘’Bref, nous autres, les Blancs et les Noirs, avons profondément besoin les uns des autres si nous avons vraiment l’intention de devenir une nation, si nous devons, réellement veux-je dire, devenir nous-mêmes, devenir des hommes et des femmes adultes’’. Pour en arriver à une telle conclusion, James Baldwin ne se prive pas de donner une leçon d’histoire à la société blanche qui croit que le Noir serait sorti de la cuisse à Jupiter :’’ Je ne suis pas sous la tutelle des États-Unis. Je suis un des premiers Américains à être arrivés sur ces rives’’. Et de retracer le passé, ‘’le passé du Noir, ce passé de corde, de feu ; de torture, de castration, d’infanticide, de viol ; de peur, jour et nuit…’’ »
Pour continuer : « Baldwin démêle la question de ‘’couleur’’ pour en arriver au constat suivant, les sociétés actuelles confrontées au racisme devraient d’ailleurs s’en inspirer : ‘’Humainement, personnellement, la couleur n’existe pas. Politiquement, elle existe. Mais c’est là une distinction si subtile que l’Ouest n’a pas encore été capable de la faire’’ »

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Il écrit par la suite, d’autres romans, L’homme qui meurt, Si Beale street pouvait parler… Le dernier Just above my head (Harlem Quartet), publié en 1972, est d’une étonnante actualité :
« Je voyageais avant l’époque des systèmes de surveillance électronique, avant l’arrivée des pirates de l’air et des terroristes. Arrivée pour laquelle les gens au pouvoir n’ont à blâmer qu’eux-mêmes. Qui a multiplié les actes de piraterie plus que l’Angleterre, par exemple, ou encore, qui est plus doué que mon malheureux pays pour semer la terreur. Oui, je sais, néanmoins, les enfants, que la roue tourne et la vérité revient à son maître. Un terroriste est ainsi qualifié parce qu’il n’a ni le pouvoir ni le soutient de l’État et c’est pourquoi il est terroriste. Mais quand l’État domine, il change les règles du jeu et tous les moyens deviennent légitimes pour que la terreur prenne une forme légale. C’est ainsi que Franco est resté longtemps au pouvoir et c’est indéniablement vrai en ce qui concerne l’Afrique du Sud. Jamais personne n’a traité le défunt J. Edgar Hoover de terroriste bien que ce fut précisément ce qu’il était. Et si quiconque souhaite, dans ce contexte, parler de valeurs de « civilisation », de « démocratie » ou de « moralité », alors vous excuserez bien ce pauvre Nègre s’il met sa main sur sa bouche, ricane et se paye votre tête : j’ai subi votre moralité depuis si longtemps que je rampe encore pour me sortir péniblement de ce tas de merde. Tout ce qu’un esclave peut apprendre de son maître, c’est comment devenir un bon esclave. Et il n’y a là aucune morale ».

James Baldwin meurt en 1987, à Saint-Paul-de-Vence, en France.

30 ans après sa mort, sa voix résonne encore avec toute sa force, toute sa douleur et toute son actualité car dans le monde le racisme et l’intolérance augmentent.

Deux grands écrivains noirs, l’un haïtien, Dany Lafferrière, l’autre congolais et que nous avons déjà cité, Alain Mabanckou, ont rendu hommage à James Baldwin.

Mabanckou publie en 2007 Lettre à Jimmy, où il s’adresse directement à Baldwin :
« …C’est aux anciens colonisés d’Afrique noire francophone que tu auras parlé en particulier, Cher Jimmy. Parce que ce sont sans doute les seuls qui (…) sont restés sur les quais des gares, bernés, leurrés, regardant circuler des trains fantômes, criant à la malédiction de Cham. (…)
Non pas pour les « flageller », mais pour leur dire que l’attitude de l’éternelle victime ne pourra plus longtemps absoudre leur mollesse, leurs tergiversations. (…)
Il ne suffit plus que je me dise Nègre pour que dans la mémoire de l’Autre défilent des siècles d’humiliations que les miens ont subies. Il ne suffit plus, Cher Jimmy, que je me dise originaire du Sud pour exiger du Nord le devoir d’assistance dans son élan de tiers-mondiste car je sais depuis que l’assistance n’est que le prolongement subreptice de l’asservissement, et il y a longtemps qu’être Noir ne veut plus rien dire, à commencer par les hommes de couleur eux-mêmes.
Frantz Fanon achève d’ailleurs Peau noire, masques blancs en des termes qui devraient nous inspirer dans la lecture de notre condition : « Je ne veux pas être la victime de la Ruse d’un monde noir. Ma vie ne doit pas être consacrée à faire le bilan des valeurs nègres. Je ne suis pas le prisonnier de l’Histoire. Je ne dois pas y chercher le sens de ma destinée… Dans le monde où je m’achemine, je me crée interminablement » (…) »

Quant à Dany Laferrière, il s’exprime ainsi sur Baldwin :
« Le miracle, c’est que le jeune homme de Harlem, maigrichon avec des yeux globuleux et une intelligence effrayante, soit devenu l’intellectuel le plus intrépide de sa génération, par l’audace de ses réflexions et le feu qu’il infuse à ses phrases. (…) Sa force réside dans cet effort désespéré de comprendre l’autre. (…) Baldwin, c’est le plus important, c’est lui qui a tenté de traverser les frontières, c’est le seul qui aurait pu trouver un chemin. Après lui, cela a continué, l’Amérique blanche et l’Amérique noire, deux solitudes. On le voit avec les jeunes rappeurs, pourtant Baldwin les avait prévenus, personne ne sortira tout seul de cet histoire ».

Pour finir des mots, pourrait-on dire prémonitoires de James Baldwin lui-même :
« Évidemment vous n’avez jamais amené vos esclaves sur votre sol. Mais cela se produit maintenant pour la première fois : vous êtes en train de faire exactement la même chose que les Américains. Vous avez un Harlem à Paris, et un Harlem à Marseille, aussi stupides et aussi racistes que ceux que nous avons. La même chose va arriver parce que vous croyez que vous êtes blancs. Vous obtiendrez peut-être de la musique à la fin de tout ça, mais cela reviendra cher ».
La prochaine fois, le feu.

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No soy tu negro
Documental de Raoul Peck (2017)

« La historia del negro en Estados Unidos, es la historia de los Estados Unidos y no es una linda historia », James Baldwin

Hace ya unos años, publiqué un artículo sobre el gran escritor y activista negro norteamericano James Baldwin.
Acabo hoy de descubrir el sobrecogedor documental que le consagra el realizador haitiano Raoul Peck, No soy tu negro (I am not your negro).
El punto de partida es un manuscrito inconcluso de Baldwin, Recuerden esta casa (Remember this house) en el que plasma la historia y sus recuerdos de tres figuras fundamentales de la lucha por los derechos cívicos, Medgar Evers, Malcolm X y Martin Luther King, de quienes el escritor negro fue amigo y que murieron asesinados.
Raoul Peck (Lumumba, Algunos días en abril), considerando que la obra de Baldwin fue ocultada durante largo tiempo, quiso volver a la luz del día esta palabra urgente y fundamental para entender el mundo actual.
Esto es justamente lo que salta a la vista ante No soy tu negro, la actualidad absoluta de la palabra de Baldwin, actualidad que Peck subraya diestramente opor medio de archivos recientes de las violencia cometidas contra los jóvenes negros en los Estados Unidos así como de las manifestaciones del movimiento Black Lives Matter.
Otra referencia a la actualidad, la elección de Barak Obama, el primer presidente negro de los Estados Unidos y la palabras de Bob Kennedy en 1965 sobre la eventualidad de un presidente de color: « Recuerdo cuando el ex ministro de Justicia, el Sr. Robert Kennedy, dijo que era posible que dentro de cuarenta años tuviéramos un presidente negro en Norteamérica. Para los blancos, esta declaración era muy emancipada. Pero no estaban en Harlem cuando fue pronunciada. No oyeron las risotadas de amargura y de desdén que recibieron esas palabras. Hace cuatrocientos años que estamos aquí y ahora, nos dice que quizás dentro de cuarenta años, si nos portamos bien, nos dejará ser presidente ».
Peck construye su film exclusivamente sobre la base de las palabras de James Baldwin, ilustradas por toda una serie de archivos entre las cuales, evidentemente, las intervenciones conmovedoras del escritor en la televisión, así como imágenes de las largas luchas por los Derechos Cívicos y fragmentos de películas en los que se ve el papel otorgado a los negros por Hollywood opuesto a la idealización de un American dream estrictamente WASP (White Anglo Saxon Protestant) que crean un fresco brutal de la opresión y la injusticia, una clara demostración de que la palabra de James Baldwin nada ha perdido de su valor ya que el racismo congénito de los Estados Unidos es todavía su peor enemigo hasta que las mentiras fundadoras del país sobre el masacre de los amerindios y la esclavitud de los negros no se expongan a la luz del día.
« Sentí que estábamos en un mundo que se inmolaba en la ignorancia, que se inmolaba en las fracturas, en el racismo. Sentí la necesidad de hacer volver esta voz », expresaba Raoul Peck en una entrevista realizada por ARTE el 25 de abril de 2017.
Una de las imágenes fuertes, entre tantas otras, de No soy tu negro, la de Dorothy Count, una joven colegial negra de 15 años que trata de abrirse paso rodeada por una horda de de jóvenes blancos que vociferan su odio.
Por otra parte, el caso Dorothy Counts forzó a James Baldwin a volver a su país natal para, según él, pagar sus deudas.
« Volví a casa, había muchas ilusiones en ese a casa, pero también mucha verdad. Ahora, como un extranjero, estaba en casa », escribió el autor norteamericano.

Por medio de los textos y de las palabras de James Baldwin, No soy tu negro nos dice que un estado, al maltratar a los suyos, está signado por la catástrofe y, por ende, que la salvación sólo se encuentra en la fraternidad.
https://www.youtube.com/watch?v=cNI1seYDW6M

¿Pero quién era James Baldwin, figura mayor de la literatura afro-americana a quien el magistral documental de Raoul Peck saca de un cierto olvido en el que había caído?
Nacido en 1924, en Harlem, de un padre desconocido, fue su padrastro, el predicador David Baldwin, quien le da su nombre y lo educa a pesar de la mala relación que los une.
Siendo adolescente, pasa tardes enteras leyendo en la biblioteca y pronto se pone a escribir, lo que le disgusta mucho al pastor Baldwin.
Su profesora Orilla Miller se Atreve a apoyarlo y aún pone en escena una obra que escribió. « Es en parte porque ella llegó muy temprano a mi vida terrible que siempre me cuidé de sentir odio por los blancos», dirá más tarde el escritor.
En 1948, los prejuicios racistas y homofóbicos que sufre, así como el suicidio de uno de sus amigos, lo obligan a abandonar los Estados Unidos y a instalarse en Francia.
« A partir de esta muerte, tuve miedo de la idea misma de deber soportar otras muerte,. Temía que el odio y el deseo de venganza alcanzaran en mi proporciones incontrolables, y que mi final, aún si no debía morir físicamente, no fuera infinitamente más horrible que el suicidio de mi amigo », escribirá Baldwin.
https://www.youtube.com/watch?v=QCW06WHn-08

Escribe también : « En lo que a mí concierne, pienso que mi exilio parisino me salvó la vida, confirmando algo que los Norteamericanos parecen tener muchas dificultades en aceptar. Es decir, muy simplemente esto: un hombre no es un hombre hasta tanto no puede aceptar su propia visión del mundo, aún si existe una diferencia radical entre esta visión y la de los otros ».
En 1953, Baldwin publica su primera novela Tell it on the mountain (Ve y dilo en la montaña) y dos años más tarde, un conjunto de ensayos bajo el título de Notes of a Native Son (Notas de un hijo nativo
El éxito internacional, así como el escándalo llegan con la novela Giovanni’s room (El cuarto de Giovanni), aparecida en 1956. Una novela que relata los amores homosexuales de David y Giovanni en el París de los años 50.
En 1957, James Baldwin vuelve a los Estados Unidos, conmovido por el caso Dorothy Counts y deseoso de participar en las luchas por los Derechos Cívicos. En 1958, en Montgomery, encuentra a Martin Luther King :
« Nos seduce inmediatamente, poderosamente, pero no da la impresión de ser particularmente extravertido o cálido. Su retención no es, sin embargo, del tipo frío, torpe y molesto que se encuentra en algunos negros que se han vuelto célebres, que han dejado sus aspiraciones y su notoriedad destruir su identidad y que parecen abocarse sin cesar a una imitación dudosa de algún improbable hombre blanco».
En 1962, Balwin publica una nueva novela, Another country (Otro país) y un año después un ensayo, The fire nex time (La próxima vez, el fuego), citado en el documental de Raoul Peck :
« La glorificación de una raza y la denigración corolaria de otra o de otras ha sido siempre y será una receta de crimen. Esto es una ley absoluta. Si se déjà a alguien hacer soportar un tratamiento particularmente desfavorable a un grupo cualquiera de individuos en razón de su raza, o de su color de piel, no se podrían fijar límites a los malos tratos que sufrirán y, ya que la raza entera ha sido condenada por razones misteriosas, no hay ninguna razón para no tratar de destruirla en su integralidad. Es precisamente lo que los nazis hubieran querido realizar. (…)
Me importa mucho ver a los negros conquistar su libertad en los Estados Unidos. Pero su dignidad y su salud espiritual también me importan y debo oponerme a toda tentativa de los negros por hacer a otros lo que les han hecho a ellos ».

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Con respecto a este trabajo, Alain Mabanckou, que publicó una Carta a Jimmy, dirigida a Baldwin, nos dice en su blog del 19 de agosto de 2006:
« Creemos oír a Martin Luther King, cuando Baldwin escribe:
‘’En resumen, los blancos y los negros nos necesitamos profundamente los unos a los otros si tenemos realmente la intención de volvernos una nación, si debemos, realmente quiero decir, volvernos nosotros mismos, volvernos hombres y mujeres adultos’’. Para llegar a tal conclusión, Baldwin no se priva de dar una lección de historia a la sociedad blanca que cree que el negro habría salido de la nalga de Júpiter: ‘’No estoy bajo la tutela de los Estados Unidos. Soy uno de los primeros norteamericanos en haber llegado a estas riberas’’. Y retrata el pasado, ‘’el pasado del negro, este pasado de soga, de fuego, de tortura, de castración, de infanticidio, de violación; de miedo, noche y día…’’  »
Siguiendo: « Baldwin desentraña la cuestión de « color » para llegar a la conclusión siguiente, las sociedades actuales confrontadas al racismo, deberían por otra parte inspirarse en ella : ‘’Humanamente, personalmente, el color no existe. Políticamente, existe. Pero es una distinción tan sutil que el Oeste no ha sido aún capaz de hacerla’’. »

Escribe luego otras novelas, el hombre que muere, Blues de la calle Beale… La última Just above my head (Justo debajo de mi cabeza), publicada en 1972, es de una asombrosa actualidad:
« Yo viajaba antes de los sistemas de vigilancia electrónica, antes de la llegada de los piratas del aire y de los terroristas. Llegada por la que la gente en el poder sólo se debe culpar a si misma. Quién multiplicó los actos de piratería más que Inglaterra, por ejemplo, o aún, quien está más capacitado que mi desgraciado país para sembrar el terror. Sí, lo se, sin embargo, chicos, que la rueda y la verdad vuelven a su amo. Un terrorista es así llamado porque no tiene ni el poder ni el apoyo del Estado y por ello es terrorista. Pero cuando el Estado domina, cambia las reglas del juego y todos los medios se vuelven legítimos para que el terror tome forma legal. Es así como Franco permaneció tanto tiempo en el poder y es innegablemente verdadero en lo que concierne a África del Sur. Nunca nadie trató al difunto J.Edgar Hoover de terrorista aunque eso fue precisamente lo que era. Y si cualquiera desea, en este contexto, hablar de valores de ‘’civilización’’, de ‘’democracia’’ o de ‘’moralidad’’, entonces disculparán a este pobre negro si se tapa la boca con la mano, se ríe y se burla de ustedes: he soportado la moralidad de ustedes tanto tiempo que repto aún para salir de ese montón de mierda. Todo lo que un esclavo puede aprender de su amo, es como volverse un buen esclavo. Y allí no hay ninguna moral ».

James Baldwin muere en 1987 en Saint-Paul-de-Vence, Francia.

30 años después de su muerte, su voz resuena aún con toda su fuerza, con todo su dolor y toda su actualidad ya que en el mundo crecen el racismo y la intolerancia.

Dos grandes escritores negros, uno haitiano, Dany Laferrière, el otro congoleño y que ya hemos citado, Alain Mabanckou, han rendido homenaje a James Baldwin.

Mabanckou publica en 2007 Carta a Jimmy en la que se dirige directamente a Baldwin:
« …Has hablado particularmente, Querido Jimmy, a los ex colonizados del África negra francoparlante. Porque son sin dudas los únicos que (…) se quedaron en los andenes de las estaciones, engañados, timados, mirando circular trenes fantasmas, gritando por la maldición de Cham. (…)
No para ‘’flagelarlos’’, pero para decirles que la actitud de víctima eterna no podrá absolver por mucho tiempo su blandura, sus tergiversaciones. (…)
No basta con que yo me diga negro para que desfilen en la cabeza del Otro los siglos de humillaciones que soportaron los míos. Ya no basta, Querido Jimmy, con que yo me diga originario del Sur para exigir del Norte el deber de asistencia en su impulso de tercermundista ya que se desde hace tiempo que la asistencia sólo es la prolongación subrepticia de la servidumbre, y hace tiempo que negro ya no quiere decir nada, empezando por los mismos hombres de color.  
Frantz Fanon termina, por otra parte, Piel negra, máscaras blancas con términos que deberían inspirarnos para la lectura de nuestra condición: ‘’No quiero ser víctima del Ardid de un mundo negro. Mi vida no debe consagrarse a hacer el balance de los valores negros. No soy el prisionero de la Historia. No debo buscar en ella el sentido de mi destino… En el mundo en el que camino, me creo a mi mismo interminablemente’’»

En cuanto a Danny Laferrière, así se expresa sobre Baldwin:
«El milagro fue que el joven de Harlem, delgaducho con ojos globulosos y una asombrosa inteligencia, se haya vuelto el intelectual más intrépido de su generación, por la audacia de sus reflexiones y el fuego que infunde a sus frases. (…) Su fuerza reside en ese esfuerzo desesperado por entender al otro. (…)Baldwin, esto es lo más importante, intentó atravesar las fronteras, fue el único que habría podido encontrar un camino. Después de él, todo siguió, América blanca y América negra, dos soledades. Lo vemos en los jóvenes raperos, sin embargo Baldwin les había prevenido, nadie saldrá solo de esta historia».

Para terminar palabras, podría decirse premonitorias, del propio James Baldwin :
“Evidentemente no trajeron ustedes a sus esclavos a su tierra. Pero esto se produjo ahora por vez primera: están haciendo exactamente lo mismo que los norteamericanos. Tienen un Harlem en París, y un Harlem en Marsella, tan estúpidos y tan racistas como los que tenemos nosotros. Lo mismo va a ocurrir ya que ustedes creen que son blancos. Al final de todo quizás vayan a obtener música, pero les costará caro”.

La próxima vez, el fuego.

XIV Congrès national des professeurs de de Mendoza (11) – Au sommet!

SOUS LES PISTES D’ITALO CALVINO
OU LA CLASSE DE FLE HORS LES MURS
Vanessa MASSONI DA ROCHA Universidade Federal Fluminense vanessamassonirocha@gmail.com

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Résumé
Dans un monde de plus en plus connecté, la place des TICE au domaine pédagogique s’avère enrichissante voire incontournable. A présent, une salle de classe de FLE vouée à la réussite doit imbriquer le monde en réseau où nous sommes tous plongés aux pratiques mises en place au sein éducatif. Dans ce sens, les pratiques d’enseignement-apprentissage du FLE ont largement transposé les limites physiques institutionnelles pour aller à la rencontre des étudiants bien au-delà de ces murs. A ce sujet, l’écrivain italien Italo Calvino préconise, dans son ouvrage Leçons américaines : aide-mémoire pour le prochain millénaire (1985), six valeurs qu’il voudrait transmettre au prochain millénaire, à savoir : la légèreté, la rapidité, l’exactitude, la visibilité, la multiplicité et la consistance. Cette communication se consacre à répondre, à lumière des propositions de Calvino, à une question impérative dans le contexte actuel : le rôle des TICE ne serait-il pas en soi-même un référentiel indispensable de notre contemporanéité ? En d’autres mots, il s’agit d’analyser la place et les rôles des TICE à partir d’exemples pédagogiques réussis et inventifs et d’une analyse théorique capable d’aider les professeurs à faire face aux nouveaux défis qui s’imposent à la plénitude des apprentissages de FLE.

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Vanessa Massoni Da Rocha est professeure de littérature, donc très attachée au texte. Elle a mis tout d’abord en exergue une phrase du grand poète portugais Fernando Pessoa, « Il es nécessaire de naviguer ».
Et puis, elle a expliqué que l’écrivain italien Italo Calvino exprimait sa manière de regarder le monde.

En 1985, Calvino réalisa des conférences autour de la littérature et ses valeurs où il analysait les vertus suivantes :
-la légèreté,
-la rapidité,
-l’exactitude,
-la visibilité,
-la multiplicité,
-la consistance.

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Après la mort de l’auteur, les conférences ont été publiées en 1986 sous le titre de « Leçons américaines ». La dernière, sur le thème de la consistance, qui n’a jamais eu lieu, est la partie inédite de ce livre posthume de Calvino, circonscrit en principe au domaine littéraire mais qui n’a pas tardé à faire écho dans d’autres domaines académiques. Il pourrait servir de livre de chevet aux chefs d’entreprise aussi bien qu’aux étudiants de littérature.
Visionnaire, l’écrivain a saisi les forces motrices du XXIe siècle.

Ceci peut être tenu en compte dans notre regard sur l’actualité. Dans ce sens, dans le domaine pédagogique en général, dans les démarches qui valorisent la technologie de l’information et de la communication pour l’enseignement, en particulier, une question centrale se présente : À la lumière des propositions de Calvino, le rôle des TICE ne serait-il pas en soi-même un référentiel indispensable de notre contemporanéité ?
La communication de Vanessa a fait se côtoyer les réflexions théoriques et les exemples pratiques avec les TICE en classe de FLE pour approfondir le débat à propos des nouvelles ressources , des nouvelles approches indispensables aux nouveaux défis éducatifs.
Aujourd’hui, les professeurs sont nombreux à se pencher dans l’univers des TICE pour étudier, préparer et faire entrer toutes les potentialités du monde connecté de la technologie dans l’éducatif. D’une certaine manière, il  est possible d’affirmer qu’il y a eu un éclatement de l’espace FLE de la salle de classe. Les cours de FLE dépassent largement la limite des murs pour s’imbriquer dans la vie quotidienne des apprenants. Dans ce concept, le professeur qui tient au contrôle interactif de toute action pédagogique, s’il existe encore, s’avère condamné à l’échec de sa pratique et de sa relation interpersonnelle avec les étudiants.

Le progrès s’impose. Il est regrettable, voire impossible, de les ralentir ou de faire marche arrière. La définition de TICE rend explicite ces alliances avec l’univers formateur, un domaine de l’éducation consacré à la recherche des applications des outils numériques au sein des démarches pédagogiques. À son tour, l’un des objectifs majeurs recommandés, met en lumière le besoin de promouvoir des méthodes d’enseignement de langues vivantes où prime l’indépendance de la pensée, du jugement et de l’action, combinées à la responsabilité et au savoir-faire social. Elles se montrent davantage ancrées dans la réalité et dans la capacité de l’étudiant d’intervenir en autonomie et de manière concrète dans son quotidien. Internet présente toutes les conditions requises pour être utilisé au service d’une pédagogie active axée notamment sur l’apprentissage par les tâches.

Dans l’ouvrage « Internet dans la salle de classe », François Mangenot dit que la tâche serait le fil d’Ariane des apprenants pour ne pas se perdre dans le labyrinthe de la toile. L’approche actionnelle, alliée à Internet permet de faire faire aux apprenants des tâches en utilisant la langue. Celle-ci n’est plus l’objet de l’apprentissage mais un outil pour atteindre des objectifs précis.
Mangenot attire notre attention sur l’immensité de la toile et au besoin un travail ciblé pour que l’apprenant ne s’égare pas devant les nombreux appels qui le guettent.
Démarche en construction, il y a très peu d’ouvrages présentant des activités concernant les TICE en classe de FLE. C’est un secteur encore expérimental et les enseignants expérimentateurs sont des pionniers et construisent peu à peu leurs propres méthodes en fonction de leurs apprenants et de leurs objectifs.

À titre d’exemple, le livre « 150 activités » publié en 2004 par CLE International est voué à une vie très brève car plusieurs de ses activités ont été modifiées, voire supprimées.

Si d’un côté, la potentialité des réseaux encourage la créativité des enseignants, il faut néanmoins, d’un autre côté, tenir compte de la pérennité des liens. La nouvelle ère des sites donne naissance à un nouveau rôle du professeur, il devient un guide, un accompagnateur de l’apprentissage. Sa place physique n’est plus devant le tableau ou derrière le bureau, mais plutôt aux côtés de l’apprenant, devant l’écran de l’ordinateur.
Isabelle Barrière, dans son article « TICE et FLE », définit que les inconvénients sont notamment d’ordre technique et technologique.
Or, il est indéniable que les ressources technologiques mettent à preuve l’offre d’équipement moderne et les compétences capables de faire fonctionner l’engrenage des activités en réseau. En outre de ces difficultés, quelques professeurs résistent à renouveler leurs pratiques et à adopter les TICE dans leur démarche pédagogique. Certes, s’ouvrir à l’inconnu et se klancer dans de nouvelles pratiques et désacraliser les découvertes s’avèrent des défis insurmontables dans certains cas. Pour les professeurs qui se croyaient les protagonistes, voir l’ascension des apprenants est une profonde restructuration.
Pourtant, l’enchaînement des TICE se construit de manière solide vu que nous passons d’un paradigme de transmission du savoir, d’acquisition des connaissances, à un paradigme d’apprentissage, de développement des compétences. L’enseignant est un coach, l’élève est un acteur à part entière de sa formation.

Selon Jacques Tardif, le paradigme rend le professeur un professionnel interdépendant ouvert et critique, un travailleur collaboratif, un provocateur du développement, un médiateur entre ses savoirs et les élèves et un collaborateur dans la réussite de tous les élèves de l’établissement.
Dans ce processus, François Mangenot et Elizabeth Louveau, définissent d’abord la potentialité d’activités de compréhension, d’expression, tout en faisant entrer dans la salle de classe la réalité extérieure et la culture de la langue cible. En plus, elles vont promouvoir la présence de l’oral spontané et no de l’oralité qu’on propose dans les méthodes.

Il faut souligner la réhabilitation des jeux en tant que moyens d’appropriation des compétences.

On trouve donc, parmi les grands atouts des TICE, la vocation à décloisonner les savoirs et à donner un sens pratique et logique au processus d’enseignement-apprentissage.

Vanessa nous a présenté ensuite trois exemples de cette utilisation des TICE en cours de FLE. Le premier tourne autour d’un album qui s’appelle « Le buveur d’encre », un livre qu’elle a adopté en salle de classe et à partir duquel elle a développé un projet qui a gagné un concours de l’Ambassade de France. Ses élèves ont lu le livre et ensuite, ils ont posé des questions à l’auteur qui y a répondu sur son blog. Il s’agissait de ce genre de questions : Pourquoi êtes-vous écrivain ?, ou même des questions plus personnelles, parce qu’il a 13 enfants. L’auteur du livre a publié le texte du concours et cela a été fascinant pour les apprenants de se voir publiés dans le blog d’un écrivain français. Ils ont alors compris et  vu la possibilité de communiquer avec quelqu’un grâce à la langue française.
www.ericsanvoisin.com

Le deuxième exemple est quelque chose de plus courant. À partir du poème « Déjeuner du matin » de Jacques Prévert, déjà si utilisé pour apprendre le passé composé, elle a demandé à ses élèves de faire un petit film avec leur téléphone portable et de proposer une lecture du poème.

Le troisième exemple : poster une recette de cuisine sur internet en français et en faire ensuite la dégustation.

Comme conclusion, Vanessa Massoni nous expliqué que la mise au point des TICE est idéale pour faire face à de nombreux défis pédagogiques, réduire le clivage entre le monde réel et la salle de classe, être en contact avec des documents réels reflétant la culture et la langue telles que vécues et utilisées, donner un caractère ludique à l’apprentissage, dédramatiser les erreurs grâce à l’autocorrection, provoquer et encourager  l’autonomie dans l’apprentissage, développer des compétences de compréhension interculturelle et intégrer le processus d’apprentissage dans la logique de la mondialisation des réseaux et, finalement, encourager un apprentissage coopératif et créatif.

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XIV Congrès des professeurs de français de Mendoza (10) – Au sommet!

L’ART EN MOUVEMENT DU FLE
LE THÉÂTRE COMME OUTIL D’APPRENTISSAGE  DU FRANÇAIS LANGUE ÉTRANGÈRE

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María Claudia MILANO
Centro de Cultura Francesa de Morón
cmilano@intramed.net

Nathalie GREFF-SANTAMARIA
Centro de Cultura Francesa de Morón
nathaliegreffsantamaria@gmail.com

Résumé

L’objectif de notre communication consiste à rappeler la pertinence du théâtre dans l’apprentissage d’une langue étrangère, en l’occurrence le français. Un outil bien trop souvent oublié dont les résultats peuvent être spectaculaires auprès des élèves, leur permettant d’acquérir un phrasé spécifique et de retenir, grâce à la mémoire corporelle, des expressions, des gestes ou encore des éléments culturels indispensables. En tant que professeures de FLE aguerries évoluant depuis des années dans le monde du théâtre et accompagnées par toute une équipe de professionnelles venues d’horizons divers et convergents autour de cette même ambition interdisciplinaire, nous souhaitons évoquer ici plusieurs aspects que nous avons eu la possibilité de mettre en œuvre dans nos cours et avec nos élèves de différents niveaux, afin d’en partager les résultats et expériences acquises. Il s’agit, entre autres, d’activités théâtrales ciblées sur l’apprentissage d’une notion spécifique, d’analyses d’œuvres courtes ou d’extraits, du travail de lecture à voix haute plus ou moins poussé d’une pièce de théâtre (assis, debout, avec ou sans le texte) ou encore d’un projet de plus longue haleine : la mise en scène d’une pièce d’une durée d’une demi-heure, sur scène, avec représentation publique à la clef.

Nathalie: Même si on est deux, c’est à quatre qu’on a monté tout ce projet. Je suis arrivée en Argentine et j’ai commencé à travailler au Centre de Culture française de Morón. Comme je suis également interprète, j’ai connu Claudia (Milano) qui est comédienne, qui fait du théâtre communautaire. Je l’ai rencontrée alors qu’elle faisait une formation de comédienne et que je venais interpréter. On s’est rendu compte qu’on habitait juste à côté et c’est comme ça qu’on a commencé à former un petit groupe. Claudia connaissait déjà Ana (Laisa), elles travaillaient toutes les deux à l’hôpital Posadas.
C’est à partir de cette réunion de nous quatre (avec Laura Bosco), et de cette pièce qu’avait écrite Claudia (Trois fois Marie) et qui nous a beaucoup plu qu’on a décidé de l’intégrer dans le cours de français.

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Claudia : Je présente Ana (Laisa), elle travaille à l’hôpital. C’est une femme courageuse, elle a une troupe de théâtre avec des malades psychiatriques. Elle a créé le groupe Donarte, on fait des pièces de théâtre, des chansons, des interventions culturelles dans des situations critiques pour les rendre humaines. L’hôpital n’est pas un lieu de maladie, c’est un lieu de rencontres, un lieu de santé, un lieu d’amitié, un lieu de contention. On veut donc transformer l’idée de l’hôpital, lieu de maladie et c’est pour ça qu’on travaille après le travail rémunéré.
Ana nous encourage. Elle a le grand talent de nous diriger en français alors que ce n’est pas une langue qu’elle parle couramment. Je crois que maintenant, elle doit connaître la pièce par cœur.

Nathalie : Je n’avais pas vraiment de trajectoire comme comédienne mais j’avais toujours été intéressée par l’idée de faire entrer le théâtre dans les cours afin de trouver un moyen de faire participer les élèves, de ne pas toujours être dans une relation de professeur qui parle et des élèves qui ne s’intéressent qu’au professeur. Nous voulions créer de nouvelles dynamiques et donc, c’est de là qu’est venue cette idée de réunir l’enseignement d’une langue et le théâtre.

(À partir d’ici les interventions de Claudia et de Nathalie s’entremêlent, ce qui m’empêche de préciser laquelle des deux prend la parole)

En intégrant le théâtre dans nos cours, on a pu travailler sur les gestes. Toute langue a ses gestes et dans la pièce on en a intégré certains. « Mon œil », par exemple, ne se trouve pas dans la pièce, mais on l’a proposé pour travailler avec les élèves pour leur montrer la différence car ça ne veut pas du tout dire la même chose qu’en Argentine. « ¡Ojo ! » en Argentine, serait le « Fais gaffe ! » français.

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Le théâtre nous permet de pouvoir travailler le verbal et le non verbal et puis toutes les notions culturelles, les expressions, les gestes. Il est important aussi de pouvoir travailler les silences, les pauses.
Moi, je suis entrée (C’est Claudia qui s’exprime) dans le théâtre quand je travaillais en cancérologie et là, j’ai compris la valeur du silence. Et là, j’ai dit : « Voilà, on doit jouer avec l’autre. Je vais enrichir l’autre, il va m’enrichir ».
Le théâtre apporte aussi l’avantage d’évoluer dans un contexte moins formel, de ne pas être assis à écouter le professeur. Ce qui m’intéressait du théâtre, c’était de pouvoir faire parler les élèves parce qu’ils ne se sentent pas écoutés par le reste de la classe.
Ils travaillent soit tous ensemble, soit en petits groupes. Ça leur donne plus de confiance en eux-mêmes et ça permet d’améliorer l’expression.
Une citation de Véronique Laurent qui nous a beaucoup plu et qui définit l’utilisation du théâtre de l’outil théâtre dans le FLE comme une manière de susciter le désir, de s’exprimer en une langue nouvelle, d’approcher la langue par le plaisir, de se donner une autre entrée dans la langue et la culture grâce aux techniques et au jeu théâtraux. C’est vraiment là-dessus qu’on a basé tout ce qu’on a fait.
On a intégré dans nos cours la lecture à haute voix et les exercices d’échauffement.
Dans mon cas (Nathalie), je ne sais pas si je me sentirais à l’aise, à moins d’avoir choisi un cours de théâtre où je sais que je vais me retrouver face à ce genre de choses. Généralement, je le propose, ou bien comme un cours de théâtre particulier ou je préviens l’élève à l’avance. Il sait alors sur quoi on va travailler.
Si le groupe le permet, on passe le DVD. On fait de la compréhension orale. On va discuter et après on va la lire. On peut changer la fin. On va jouer le rôle des personnages qui sont dans la scène ou qui n’y sont pas. « Roberto, qui est nommé, il est comment ? »

Quelles sont les difficultés ? La honte devant les autres, rompre la peur.
Le résultat est une grande satisfaction d’avoir compris la pièce, la curiosité et jouer un personnage et le modifier.
Des élèves timides sont devenus des stars.

Je vais tout donner, la langue va passer à l’autre. L’autre va la recevoir. Je la transforme, je l’habille, je la coiffe et l’autre va la rendre deux fois, trois fois plus.
Si on veut un monde idéal et si on veut changer le monde, on va travailler vers l’autre.

J’espère avoir pu restituer un tant soit peu l’enthousiasme et la passion exprimés par Claudia et Nathalie durant leur communication et de ne pas avoir été trop infidèle dans mon compte rendu de celle-ci.

XIV Congrès des professeurs de français de Mendoza (9) – Au sommet!

Christian Ollivier est actuellement professeur des universités en didactique du FLE à l’université de La Réunion. En tant que chercheur, il travaille essentiellement sur les approches didactiques, l’utilisation d’internet pour l’enseignement-apprentissage des langues et les didactiques du plurilinguisme. Il dispose, en outre, d’une longue expérience de l’enseignement des langues dans le primaire, le secondaire et le supérieur ainsi que dans la formation des adultes.

Il a piloté / pilote de nombreux projets internationaux sur l’utilisation du numérique (essentiellement Internet) pour l’enseignement et l’apprentissage des langues.

Il a également une large connaissance du monde du théâtre. Il a mis en scène de nombreuses pièces jouées en Autriche, en Allemagne, en France et en Italie et a rédigé le livret de quatre opéras qu’il a également mis en scène pour des représentations à Salzburg et à l’opéra du Caire.

Son travail sur les pratiques théâtrales en classe de langue lui permet de réunir didactique des langues et expérience du théâtre.

Site : http://www.christianollivier.eu
Mail : ollivier.reunion@gmail.com

Tâche ancrée dans la vie réelle sur le web 2.0 – Agir et interagir pour de vrai

Résumé
Dès l’apparition d’Internet, les didacticiens s’intéressant à l’utilisation de la technologie y ont vu une opportunité de dépasser les limites des situations traditionnelles d’enseignement-apprentissage des langues, considérant ce nouveau média comme une possibilité d’ouverture sur le monde et d’élargissement des possibilités de communiquer avec plus d’authenticité.
Pourtant, force est de constater que le potentiel d’Internet et de son évolution, le web 2.0 / social, reste encore largement inexploité. Les TICE sont surtout utilisées pour faciliter la communication au sein des groupes-classes et entre groupes d’apprenants distants locuteurs natifs ou non. Rares sont les expériences dans lesquelles les apprenants ont été amenés à agir et/ou interagir avec des personnes dépassant le cadre des groupes constitués et à s’engager en tant que personnes (en non plus seulement comme des apprenants) dans des tâches ancrées dans la vie réelle impliquant un processus de communication authentique. Pourtant, les recherches dans le domaine font ressortir de nombreux atouts, dont une plus grande motivation des apprenants et une attention accrue à la forme et au contenu en fonction de l’interaction sociale de référence.
Nous mettrons l’accent sur les potentialités et atouts d’une utilisation du web 2.0 / social dans une approche socio-interactionnelle, montrerons en quoi elle contribue à augmenter l’authenticité de la communication et de l’interaction éducative. Nous proposerons pour cela de nombreux exemples concrets de tâches ancrées dans la vie réelle.

Voici, parmi les ateliers assurés par de experts internationaux de la taille de Puren, Lebrun, Lacroix…, présents dans ce congrès, la transcription de celui qui m’a personnellement le plus touché, car, et ce depuis assez longtemps, je lutte pour abattre les murs de la salle de classe et y Laisser entre la vraie vie. Un grand merci donc à Christian Ollivier.

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En 1996, j’étais prof de français en Autriche. On nous a donné une adresse mail. On avait tous une adresse mail et on se demandé ce qu’on allait en faire. On a commencé à s’envoyer des mails d’un bureau à l’autre. On aurait pu téléphoner mais on s’envoyait des mails. 4 ou 5 mails dans la journée, c’était un moment heureux.
Et puis, l’Université nous a demandé de créer un site web, moche comme pas possible ! Mais à l’époque, c’était super. On nous a dit qu’on y avait un espace personnel. Je suis curieux et je me suis créé une page aussi moche que celle de l’université.
J’ai vu que sur internet, il y avait des gens qui faisaient des exercices interactifs. J’ai regardé comment c’était programmé, je me suis dit que c’était une langue et que je devais être capable d’apprendre une langue. J’ai donc programmé deux ou trois exercices interactifs pour mes étudiants.
Un jour, une de mes étudiantes qui était la maîtresse d’un fonctionnaire haut placé du ministère de l’Éducation me dit qu’elle connaissait quelqu’un au ministère qui cherchait quelqu’un pour diriger les cours français de l’école virtuelle européenne.
Je prends rendez-vous et ils m’expliquent qu’ils ont pensé à moi car avec mes deux pages je sais en faire beaucoup. Je me dis : « Pourquoi pas » et de projet en projet je suis arrivé à suivre un petit peu ce qui se passait sur internet et à travailler sur le web 2.0 sur lequel je reviendrai.
L’idée est donc de vous donner des idées sur ce qu’on peut faire avec le web et ce que le web peut m’apporter en tant que professeur de français.

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Ce dont je vous parlerai aujourd’hui, c’est des activités qu’on peut faire en classe sans internet.

Qu’est-ce que j’appelle une approche socio-interactionnelle ? Vous savez à peu près de quoi il s’agit par rapport à l’approche actionnelle.
Il y a de grandes différences avec l’approche communicative qui était le fait de compétences langagières qui mises l’une à côté de l’autre devaient servir à communiquer mais qui ne correspondaient pas toujours à ce qui se faisaient dans la vie.
Un exemple, vous distribuez un texte à vos élèves ou vous leur faites écouter un document audio et puis, vous leur posez des questions : « De quoi ça parle ?, qu’est-ce que c’est ? »… Imaginez la même chose chez vous, vous dites à votre compagnon ou à votre compagne : « Regarde cet article dans le journal, il est super intéressant ». Après qu’il (elle) a lu l’article, vous lui demandez : « De quoi il parle ? ». Il (elle) va vous répondre : « Attends, tu ne l’as pas lu ? Tu m’as dit qu’il était intéressant ! »
On a fait pendant longtemps, et on continue à le dire, des actions qu’on ne ferait pas dans la vie. Ce n’est pas du tout de la communication. La seule vraie réponse communicative de l’élève serait : « Mais vous ne l’avez pas compris ? » Dans la vie si on demande de quoi ça parle, c’est qu’on n’a pas compris.
Notre idée c’est d’aller vers une classe de langue qui soit plus authentique, plus proche de ce qu’on fait dans la vie, de s’y préparer, voire d’aller encore plus loin.
Qu’est-ce la compétence communicative ? La compétence communicative, c’est d’abord la capacité que l’on a d’agir en adéquation avec la relation engagée.
Quand on communique on agit, et quand on agit, on agit toujours en relation avec les autres. Quand je communique, je communique toujours avec quelqu’un. Savoir communiquer, c’est savoir communiquer avec quelqu’un.
Aujourd’hui, si je parlais avec un ami autour d’une table, ce ne serait pas de la même façon. Ici, il y a une rangée de sièges, et moi, on m’a mis devant. Je suis debout, vous êtes assis. On m’a donné une certaine légitimité, il y a toute une relation sociale qui se met en place. Je ne connais personne particulièrement.
Si vous faites la classe à un petit groupe, et que dans ce groupe il y a des personnes que vous connaissez bien, ce n’est pas pareil.

Ce qui est important, c’est que les élèves apprennent à adapter leur communication à la personne avec laquelle ils communiquent. C’est pareil pour tout ce qu’on fait dans la vie. Tout ce qu’on fait dans la vie, on le fait avec quelqu’un d’autre. Tout est une affaire de relation.
Le sens, on le construit toujours à deux, ou à trois…On ne le construit jamais tout seul.
Un exemple, je vous dis : « Beau foulard ! » Mais qu’est-ce que j’ai vraiment dit ? On utilise des mots, mais on dit autre chose. C’est peut-être un compliment sur le foulard, mais j’aurais pu dire « Beau foulard » et vous auriez pu me répondre : « Regardez ailleurs ». Et là, « Beau foulard » ne veut plus dire la même chose, c’est une tentative d’approche que je refuse. La phrase n’a pas changé, mais elle a changé de sens. Je peux répondre : « Je considère que je vais acheter le même à ma compagne », et le sens change de nouveau. Le sens n’existe pas en soi. Il n’est pas dans la tête de quelqu’un. Dans nos têtes nous avons des intentions de sens. D’où l’intérêt et l’importance de communiquer la façon la plus claire possible. Dans la classe on ne travaille pas vraiment sur le sens. On se dit que le sens existe dans le texte, il faut comprendre le texte. Le prof n’a pas d’intention particulière, à part poser des questions et faire parler. Il n’y a pas d’intention sociale derrière. Et les élèves parlent pour vous dire ce que vous attendez qu’ils disent.
On n’est donc pas du tout dans la communication, on fait de l’anti communication ! D’où l’idée de voir ce qu’on pourrait changer si l’intérêt est de communiquer, d’apprendre à communiquer, de parler avec quelqu’un, de faire quelque chose avec quelqu’un.

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Cela montre les limites que la classe de langue nous impose. La classe de langue où il y a le prof qui a une position hiérarchique, qui crée un déséquilibre social. On s’est rendu compte que celui qui parle le plus en classe, c’est le prof !
Je ne suis pas d’accord avec l’opposition entre faire parler et faire taire. Il y a un seul axe, c’et le pouvoir du prof, le pouvoir de parole et de non parole. Il n’y a pas d’opposition, il y a un seul pouvoir.
On est constamment dans une communication sur un axe de pouvoir et jamais sur un axe horizontal. On simule. Le pire, c’est la simulation en situation d’examen, un jeu de rôles où vous jouez l’ami de l’élève. C’est terrible parce qu’il n’est pas votre ami !
J’ai fait une formation à l’évaluation au Kenya où il y a beaucoup de réfugiés somaliens qui sont généralement musulmans. Une jeune fille musulmane qui passe un examen ne peut pas regarder dans les yeux celui qui lui parle. Dans les barèmes d’évaluation, elle perd beaucoup de points parce qu’elle ne peut pas communiquer comme avec un ami. Ce n’est pas juste de demander à un élève de vous considérer comme un ami pour vous parler pendant l’examen.
On simule, il y a des élèves qui vont être capables de simuler et d’autres qui ne vont pas forcément en être capables.
On doit dépasser la simulation pour essayer de communiquer pour de vrai et la perspective actionnelle, en espagnol « orientado », ce qui veut dire que le cours de langue prépare à la vie. C’est le principe d’homologie. On va faire dans la classe quelque chose qui va ressembler à ce qu’on fait dans la vie réelle. Je dis qu’on peut aller plus loin. On peut faire les deux à la fois. On va répéter dans un endroit protégé, on va faire des erreurs, là on est considéré comme un apprenant. Ne peut-on pas, pendant le cours de langue, faire agir réellement ? On ne va pas dire qu’on est un ami, on ne va pas dire qu’on fait « comme si ». On peut faire un autre type de tâches que celles qu’on fait habituellement, des tâches qu’on va réaliser dans des relations sociales en dehors de la classe. Ce seront des actions ancrées dans la vie réelle, qui ont un pied dans la vie réelle.

Ceci ne veut pas dire qu’on supprime le type de tâche qu’on fait habituellement.
Je pense que vous faites trois types de tâches :
-tâches didactiques assez éloignées de la vie réelle ;
-tâches cibles, assez proches de la vie réelle ;
-tâches ancrées dans la vie réelle (sur le web 2.0)

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Internet a une évolution intéressante que l’on appelle le web 2.0. En fait, il n’y a pas deux web quend nous naviguez sur internet.
On va de plus en plus vers un web participatif. On peut maintenant agir sur internet. Vous avez les réseaux sociaux.
Sur internet, on va agir ensemble, on va participer. Vous connaissez tous wikipedia ? C’est un site 2.0. Il faut deux choses pour que ce soit vraiment un site 2.0 : une technologie qui permet d’agir ensemble et puis, il faut une attitude de l’utilisateur.
Un petit sondage : Qui est allé sur Wikipedia pour chercher une information ?
Cent pour cent.
Qui est allé sur Wikipedia pour poster de l’information ?
Trois personnes.
Nous somme donc trois à utiliser pleinement Wikipedia. Nous sommes des acteurs sur internet, alors que les autres sont des consommateurs. On parle maintenant de consommacteurs.
Si vous n’avez jamais changé quelque chose, vous pouvez aussi faire disparaître quelque chose, avec « modifier ».

Dans le web 2.0, tout le monde est capable d’agir. Sur Wikipedia, il n’y a pas de spécialistes qui postent quelque chose. Sur le web 2.0, comme sur Wikipedia, il y a une plateforme, un outil qui est vide. Les gens qui ont créé Wikipedia n’y ont mis aucune information. Il n’y a rien dans le moteur de recherches Google, mais simplement un algorithme qui va vous chercher les sites en rapport avec ce que vous avez demandé. C’est une plateforme qui fournit simplement un service et pas de contenus. Les contenus proviennent de ce qu’on appelle l’intelligence collective.
L’intelligence collective c’est : Toi, tu sais quelque chose sur Mendoza, tu vas le mettre sur la page de Mendoza. Toi, tu sais quelque chose d’autre, tu vas le mettre aussi. On va créer la page ensemble.
L’intelligence collective met des informations mais elle va aussi les modifier.
Je vous rassure, si j’avais supprimé la page de Mendoza, dans un quart d’heure, elle y était de nouveau. Il y a des robots qui le font.
L’intelligence collective, c’est notre intelligence plus l’intelligence des robots.

C’est comme dans l’approche actionnelle, on va faire quelque chose ensemble. On va prendre un exemple concret. Si on travaille sur Wikipedia, il nous faut des élèves d’un niveau assez élevé. On va donc choisir Wikitravel. C’est le même principe que Wikipedia, mais il s’agit d’un guide touristique participatif.
http://wikitravel.org/fr/Accueil

On va créer ensemble un site qui va permettre à des touristes qui voudraient venir à Mendoza, à Buenos Aires, à Rosario, de trouver des informations y ont été mises par des internautes qui sont censés connaître quelque chose. C’est là que l’on change la perspective de l’élève. En classe, on est d’abor infantilisé : « Comment tu t’appelles ? Tu as quel âge ? » Dans la vie de tous les jours on ne fait pas comme ça.
On considère que vous êtes quelqu’un qui ne sait pas et que vous devez apprendre. Et là, c’est le contraire, on dit aux élèves : « Vous savez des choses, si vous apprenez le français, le français va vous permettre de partager ce que vous savez, de le partager avec des Français qui sont potentiellement intéressés ». Quel que soit l’endroit où vous habitez, vous savez des choses, et vous pouvez, parce que vous êtes en train d’apprendre le français, les partager avec des Français.
L’intelligence collective agit comme ça : Vous allez mettre une information aujourd’hui sur un restaurant de Mendoza. Quelqu’un d’autre va venir voir la page de Mendoza et se dira : « Moi, le restaurant, je le connais, ce n’est pas ça », il va le supprimer.
Il y a un principe, on ne poste pas de publicité.
Pour entrer il faut mettre un captcha pour prouver que je ne suis pas un robot. Nous sommes tous responsable de l’information, ça fait partie de l’intelligence collective. Nos élèves découvrent qu’ils peuvent utiliser le français pour partager leur savoir.

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Si on poste un commentaire sur un blog, ce serait ça ?
Oui, ce serait un exemple d’action avec des autres.
Ça change beaucoup de choses parce que ce n’est pas de la relation verticale mais horizontale. Je suis un participant comme tous les autres participants.

C’est très satisfaisant pour les élèves parce qu’ils reçoivent des commentaires et ils voient les commentaires des autres. Cette interaction est intéressante.                       
Ce que je suis est considéré comme valable, comme intéressant. Je ne suis plus infantilisé dans mon apprentissage, mais je suis valorisé pour ce que j’ai à dire. L’erreur m’oblige à revoir des choses. Ce n’est pas l’erreur de langue qui est importante mais l’erreur de communication.

Des collègues australiennes ont publié un article sur quatre étudiants qui apprennent le français et qui ont participé au forum du Monde. Les deux premiers y sont allés en disant : « Nous sommes étudiants, nous parlons mal le français mais nous aimerions discuter avec vous ». Et ils ont commencé à discuter sur un sujet des États-Unis. Ils ont été fantastiquement accueillis par la communauté. Quand ils ne pouvaient plus s’exprimer en français, ils le faisaient en anglais, ce qui a été aussi très bien accueilli parce qu’ils communiquaient, ils disaient quelque chose. Pour les deux autres, ça ne s’est pas aussi bien passé. Pourquoi ? Parce qu’ils sont arrivés en disant : « Nous sommes apprenants de français et nous venons ici pour pratiquer notre français ». On ne va pas sur un site du Monde pour pratiquer son français. Ce n’est pas comme à l’école. On y va pour communiquer. Peu importe si mon français n’est pas très bon si j’arrive à communiquer ce que j’ai envie de dire.

Une autre activité absurde, c’est de faire écrire des lettres à des amis. C’est la pire des choses qu’on peut faire parce que quand j’écris à un ami, peu importe nombre de fautes que je fais. Si mon ami arrête d’être mon ami parce que je fais des erreurs de français, ce n’est pas un ami.
Par contre, et on peut l’apprendre sur le web 2.0, il y a certains cas où je peux avoir un niveau de correction faible, et certains cas où je peux avoir un niveau de correction fort.
Quand je participe à Wikipedia, vous allez voir les règles, on me demande un bon niveau de français.
Ça a un autre avantage, ça fait parler de sa propre culture, parler de soi plutôt que parler de l’autre.

Là, il y a de l’affectif.
Oui, on va partager ça. Dans cet ancrage dans la vie réelle, il va falloir tenir compte du contrat social, des règles sociales explicites et implicites.
On a des attentes sociales. Ça peut être des attentes de qualité, de rédaction, que se soit lisible, qu’il n’y ait pas trop d’erreurs. C’est une relation sociale avec d’autres personnes. Travailler sur la communication est une compétence sociale.
Sur la plupart des sites, vous avez des pages. Si on n’a pas internet, on peut faire une copie.
On trouve les règles sociales explicites du site Que dit Wikitravel ?
« Être un voyageur exige du courage, de la confiance en soi et de la persévérance. Un wikivoyageur exige les mêmes qualités. Lancez-vous dans la tâche d’écrire ou de modifier des articles ». On peut donc écrire, modifier n’importe quel article sur Wikitravel. On s’adresse à vous, ce n’est pas une tâche créée par le prof, ce n’est pas une tâche écrite par l’auteur du manuel. La tâche, elle existe déjà. Ils ont besoin de vos connaissances, de votre expérience, de votre talent et de votre attention.

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Ne vous inquiétez donc pas de ne pas être à la hauteur. On travaille ensemble, c’est l’intelligence collective. Ajoutez simplement une mention et laissez les autres l’améliorer. Ignorez l’autorité. Vous avez autant le droit de modifier quoi que ce soit que n’importe qui. Ne prenez pas la peine de demander la permission.
Il y a aussi la page qui vous dit ce qu’il ne faut pas faire. Par exemple : ne passez pas votre temps à déconseiller le voyageur. Que toute l’information soit justifiée. Toute mention commerciale ou encyclopédique est interdite.
Il y a un double ancrage : l’ancrage dans la vie, et l’autre dans la classe de langue.
Il y a un contrat social implicite, qu’on a tous dans la tête, et explicite, qui se trouve sur le site.
On n’écrit pas pour le prof, on n’écrit pas pour nous mais pour aller plus loin.

Les premiers étudiants avec qui j’ai travaillé sur Wikipedia y ont mis des informations et quelques heures après, il y avait des gens qui avaient modifié les informations, qui avaient ajouté des choses, qui avaient ajouté des liens vers d’autres articles. Leur article était intégré à Wikipedia. Ils ont été bluffés, ça les a beaucoup motivés, car ils n’ont pas écrit pour eux, ni pour le prof.
Il y a un enjeu réel. L’enjeu ça peut être un facteur de stress, mais c’est un gros facteur de motivation.
Voyez la différence : on ne les fait pas travailler pour les préparer à faire quelque chose plus tard, parce que, combien parmi vos élèves qui apprennent le français, s’en serviront plus tard ? On n’en sait rien. Et là, tout à coup, c’est maintenant. Maintenant, je sais que je me sers du français. Ce n’est pas de l’hypothétique.
Il s’agit d’une tâche qui n’est inventé ni par le prof, ni par l’auteur d’un manuel. Elle a déjà été inventée.

Le prof va donc explorer sur internet. « Je suis en train de faire une unité sur la région, sur les restaurants »,.
Cela ressemble assez à la pédagogie de projet mais ce n’est pas un projet parce qu’on n’a pas besoin de collaborer, il y a plusieurs éléments qui n’y entrent pas. Un projet, c’est tellement important qu’on a besoin de partager le travail. Ici, ce n’est pas long, tandis que le projet se fait sur la durée.
Mais la pédagogie est la même. Ça reste une tâche.
Vous pourriez le faire à l’écrit avec vos élèves : « La semaine prochaine chacun me présente un restaurant ». Mais ce n’est pas la même chose. La préparation va être la même mais simplement les dimensions sociales vont changer. Un tout petit rien fait qu’on passe de la simulation à la véritable communication.

Pour l’évaluation, ce n’est pas vous qui allez évaluer. Qui va évaluer ? Les autres wikivoyageurs qui vont modifier quelque chose. Mais ce sont éventuellement les élèves eux-mêmes qui avant de poster vont reprendre leur article. On est vraiment dans la tâche authentique.

J’ai dit que c’était une tâche ancrée dans la vie réelle et inscrite dans une situation d’apprentissage. Ce qui me semble intéressant, c’est qu’on est dans le monde, en dehors de la classe, et dans la classe. Dans la classe, je ne fais pas comme si je communiquais. On me fait faire une activité d’apprentissage, le prof va choisir un travail en fonction des objectifs.

L’intérêt est aussi d’accompagner l’élève. Il peut être stressé par Wikipedia. Un jour mes élèves m’ont demandé de corriger leur texte, ça ne m’était jamais arrivé avant. C’est une expertise qui peut les aider.
On va les accompagner, on va être là jusqu’au bout. C’est le côté rassurant de l’accompagnement.
Même quand il met un commentaire sur un blog, la personne qui va lire le commentaire ne sait pas que l’élève est accompagné d’un prof..
L’ancrage dans la vie réelle ce sont des actions, des interactions sociales en contexte éducatif. On s’en sert pour apprendre.
Dans ce cas, on est un peu exposé parce que tout le monde va lire ce qu’on va écrire, tout le monde va pouvoir juger.
L’enjeu que nous avons est celui d’une double authenticité, l’authenticité socio interactionnelle, communication et action, et une authenticité d’éducation. Ce n’est pas comme quand on fait semblant de communiquer.

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Quels sont les avantages pour l’apprenant ?
Habituellement, ils communiquent dans une seule relation. Quand on communique avec des pairs, c’est toujours les mêmes. Ici ça nous permet de tester plusieurs situations de communication. On va pouvoir poster de recettes de cuisine sur un forum de cuisine. Là, on va être dans une situation où j’ai le droit de faire des erreurs de langue. On va travailler sur Wikitravel, là, il faut déjà que ce soit un peu meilleur. On va poster sur Wikipedia, il ne doit y avoir quasiment aucune erreur.
Il y a donc une diversité et une authenticité des interactions sociales.
L’apprenant a le droit à la parole. C’est un apprenant considéré comme un apprenant-connaissant. Il append et il sait.
L’apprenant prend conscience de l’importance des interactions sociales ainsi que du niveau d’exigence requis pour une tâche précise.

Et qu’est-ce qui change pour l’enseignant ?
Il n’est pas :
-concepteur de tâches,
-évaluateur. Vous n’allez pas corriger cette tâche mais une tâche cible qui lui ressemble. La communication et l’évaluation ne sont pas la même chose. Dans une situation communicative, on doit être audacieux, prendre des risques, dans une situation d’évaluation, il faut être défensif.
-propriétaire ou gestionnaire de l’espace d’action.

C’est :
-un prospecteur
-une force de proposition
-une force de motivation
-une personne-ressource/conseil

Comme remarques préliminaires, les tâches proposées se ressemblent aux tâches habituelles avec ces différences :
-les destinataires,
-le contrat social,
-l’enjeu : dépasser la simulation ou la répétition.

En ce qui concerne la préparation, on doit faire découvrir dès le début pour qui on écrit, sur quel site on va publier et quelle est l’intention.

Sites pour partager un savoir :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Wikip%C3%A9dia:Accueil_principal
http://fr.wikimini.org/wiki/Accueil
http://wikitravel.org/fr/Accueil
http://fr.wikihow.com/Accueil
https://fr.wikinews.org/wiki/Accueil

Pour partager une recette de cuisine :
https://www.supertoinette.com/

Pour partager un avis ou faire part d’une expérience :
-sur un film : www.allocine.fr
-réagir sur l’actualité : www.20minutes.fr
-partager une croyance d’enfant : https://twitter.com/quandjetaisptit?lang=fr
-raconter un désagrément : http://www.viedemerde.fr/
-raconter un désagrément féminin : https://twitter.com/viedemeuf

Pour échanger et apprendre
-Interroger des locuteurs natifs : https://fr.answers.yahoo.com/

Réseaux sociaux d’apprenants
www.babbel.com
www.livemocha.com
www.busme.com
http://www.babel-web.eu/

Je souhaite que cette transcription, que j’espère le plus fidèle possible, soit utile aux collègues absent à Mendoza.

XIV Congrès des professeurs de français de Mendoza (8) – Au sommet!

L’UTILISATION DES TICE DANS LA CLASSE DE FLE POUR COMMUNIQUER AVEC DES INTERLOCUTEURS FRANCOPHONES

Mariela Verónica SANSBERRO
Alliance Française de Bahía Blanca
marielavsansberro@gmail.com

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Résumé

Les ressources numériques et les outils informatiques des médias dont les enseignants de FLE disposent leur permettent de dynamiser les classes et d’agir sur l’authentique ou encore sur le réel. C’est pourquoi l’intégration de ces ressources doit mener à une pensée critique et réflexive sur la pratique de classe permettant à l’enseignant de repenser les activités. Le défi de l’enseignant est de proposer l’emploi de ces ressources dans des situations pédagogiques au profit des apprenants, de leur travail collaboratif, avec l’intention de maîtriser l’information à l’aide de documents français et francophones authentiques. L’objectif de ce travail est de montrer comment les TICE ont permis à un groupe d’étudiants de FLE de communiquer avec des interlocuteurs natifs dans un scénario réel.

Mariela Sansberro a partagé une expérience d’enseignement en situation où les apprenants ont pu communiquer avec des locuteurs francophones en utilisant les technologies de l’information et la communication (TIC).
Les TIC sont présentes dans la vie quotidienne. On peut affirmer que dans certains domaines socio-économiques, personne ne peut s’en passer. C’est le cas du téléphone portable pour nos élèves. Les outils informatiques et les ressources numériques sont un réservoir d’activités mises à la disposition de l’enseignant. L’utilisation de ces nouvelles technologies en classe, notamment en classe de FLE, devient incontournable.
Les TICE font donc partie de notre vie quotidienne. L’objectif est de les utiliser de manière collective.
L’éventail de ressources numériques est très vaste. Cette richesse de ressources est un atout qu’un enseignant ne peut pas négliger afin de rendre ses cours plus agréables et plus vivants.
En les utilisant on peut aussi découvrir ceux qui ne s’en servent pas, car tout le monde n’a pas la possibilité d’y avoir accès.

Les TICE vont aider à l’acquisition de connaissances et de compétences autrement.
De toute évidence l’enseignant doit savoir maitriser les ressources numériques. L’inclusion des TICE doit être authentique.
L’acquisition de connaissances est traversée aujourd’hui par les nouvelles technologies.

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En classe de FLE, les nouvelles technologies peuvent enrichir l’enseignement et rendre aussi la didactique plus complexe.
L’enseignant doit réfléchir sur son activité professionnelle et concevoir des activités de construction de la situation d’apprentissage. Le paradoxe de l’utilité de l’enseignant consiste à se rendre inutile. Il doit savoir s’effacer.
Pour y arriver, un gros travail est nécessaire, avant, pendant et après. Travail de recherche, d’élaboration et d’analyse permanentes. L’activité proposée par l’enseignant doit pouvoir éveiller la mobilisation des apprenants.
En ce qui concerne l’apprenant, son activité doit être le centre de la situation d’apprentissage. Il faut lui proposer des tâches qui lui permettront de développer des compétences. Il doit agir avec les autres, il s’agit d’un agir social. L’action est mis sur la co-action et le travail collaboratif, c’est-à-dire agir ensemble.

L’expérience présentée a été réalisée dans un cours de niveau A2. L’activité finale était la rédaction d’une lettre formelle. Il fallait +écrire au maire d’une ville. Il a fallu l’adapter pour l’encadrer dans une situation authentique en rapport avec la vie quotidienne et dont le but était de pouvoir communiquer avec des locuteurs natifs.

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Pour ce faire, ils ont fait appel aux ressources d’internet pour se renseigner sur le sujet à traiter. Les élèves ont utilisé l’ordinateur de l’institution, celui de la professeure et leurs téléphones portables. Ils ont consulté les moteurs de recherche ainsi que des sites.
Ils ont ensuite envoyé des mails aux offices de tourisme et ils ont, finalement, reçu le matériel demandé. Ils ont donc réalisé en classe un projet créatif et motivant.
Leur travail collaboratif favorise l’acquisition de connaissances significatives. Il s’agissait d’un groupe où il y avait des adolescents et des adultes. Cette expérience où ils ont pu élargir et enrichir un projet du manuel était très intéressante pour eux.
Ils ont pu communiquer avec des interlocuteurs francophones, français en l’occurrence, ils ont agi dans un scénario de la vie réelle à l’intérieur d’un domaine d’action pertinent.
La convergence de la perspective actionnelle à partir des nouvelles technologies a permis l’agir social dans la classe et aussi dans la société avec le travail collaboratif en groupe, pour aboutir à l’envoi de mails auxquels les francophones ont répondu.
Le statut des contenus médiatiques se renouvelle constamment, ce qui donne donc la possibilité de renouveler aussi nos pratiques de classe.