Olympe de Gouges

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« Si les femmes ont le droit de monter sur l’échafaud ; elles doivent avoir également celui de monter à la Tribune. » Nous devons cette phrase à l’une des premières féministes de l’histoire de France, l’une des femmes de la Révolution française, Olymppe de Gouges, dont la pensée était en avance sur son époque et qui luttait, parmi tant d’autres choses contre la peine de mort.
« Le sang, même des coupables, versé avec cruauté et profusion, souille éternellement les Révolutions », écrivit-elle un peu moins de deux-cents ans avant son abolition en France, en 1981.

Née en 1748 à Montauban sous le nom de Marie Gouze, fille naturelle d’un noble, elle est mariée à seize ans. Elle devient veuve deux ans plus tard.
Ce sera alors qu’Olympe de Gouge commettra trois entorses aux lois qui régissaient les femmes au XVIIIe siècle. La première sera de refuser de s’appeler la veuve Aubry. Elle décide de se créer une identité. Marie Gouze devient alors Olympe de Gouges.
La deuxième sera de refuser d’épouser son amant, Jacques Biétix de Rosières. Olympe ne croit pas au mariage « le tombeau de la confiance et de l’amour ». Cette déclaration lui vaudra une réputation de femme galante.
La troisième entorse sera son implication politique et sociale et sa condamnation des injustices faites aux laissés-pour-compte de la société, esclaves, femmes, enfants illégitimes, vieillards…  Cet engagement lui coûtera la vie.

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Installée donc  à Paris, elle fréquente les milieux littéraires et intellectuels, dont le salon de Madame de Montesson où elle rencontre le chevalier de Saint-George qui la sensibilise à la question de l’esclavage. En 1781, elle écrit une pièce antiesclavagiste, Zamore et Mirza, dont les héros sont deux esclaves fugitifs, qu’elle réussit, en 1785, faire entrer à la Comédie française. La pièce est rayée du répertoire et son auteure risque de finir à la Bastille. Elle ne sera remise au programme qu’en 1789 grâce au soutien de la Société des amis des noirs et  malgré la campagne menée par les colons des Antilles et les menaces adressées à l’auteure.
« Ils se servent de nous dans ces climats comme ils se servent des animaux dans les leurs. Ils sont venus dans ces contrées, se sont emparés des terres, des fortunes des naturels des îles et nous ont fait esclaves pour récompense des richesses qu’ils ont ravies ».

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En 1786, notre auteure publie Le Mariage inattendu de Chérubin, une suite du Mariage de Figaro et une plaidoirie contre le mariage forcé et pour l’émancipation féminine. Beaumarchais n’apprécie pas et fait courir la rumeur de la vie galante d’Olympe. Il assure même que se sont ses amants qui écrivent pour elle.
Elle lui lance un défi : « Ô faux protecteur de mon sexe ! Je gage de composer en présence de Tout Paris (…) une pièce de théâtre sur tel sujet qu’on voudra me donner (…). L’injustice d’un nombre infini d’hommes et de femmes qui disent tout haut que j’ai quelques auteurs à ma disposition me révolte. »
Beaumarchais ne relève pas le défi mais les calomnies se sont répandues.

Quand éclate la Révolution en 1789, Olympe de Gouges multiplie ses activités et publie des libelles où elle réclame avant tout l’égalité de droits pour tous les citoyens sans distinction de sexe, couleur de peau ou condition sociale. Elle demande aussi une loi de divorce qui sera votée  en 1792.

Une chanson de la Révolution, le Ça ira, par Édith Piaf.
https://www.youtube.com/watch?v=L9VoRmjxvPs

Ses propositions regorgent d’idées d’avant-garde qui seront très souvent mises en place un siècle plus tard. Elle fut la première à parler d’assistance sociale, d’établissements qui recevraient les vieillards, de garderies pour les enfants des ouvriers, d’ateliers publics pour ceux que l’on n’appelait pas encore chômeurs. Elle évoque finalement, chose rare à l’époque, l’assainissement des hôpitaux et l’hygiène des maternités. Une femme sur quatre mourait à l’accouchement dans ces temps-là et par des infections parfaitement évitables. Pour financer ce vaste programme social, elle lance l’idée d’un impôt sur le luxe: “Un bon impôt sur le luxe effréné serait applaudi par l’humanité », exprime-t-elle.

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En septembre 1791,  elle publie sa  Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne.
Les cahiers de doléances avaient déjà exprimé de différentes revendications qui demandaient que les femmes puissent faire partie du gouvernement. Dans son article de juillet 1790, « Sur l’admission des femmes au droit citoyen”, Condorcet s’était associé à ce combat. Plusieurs pamphlets étaient parus sur ce sujet.
La Déclaration d’Olymppe de Gouges part, comme ceux-ci, de l’idée que les femmes ont naturellement les mêmes droits que les hommes. Étant la Nation définie comme “la réunion de la femme et de l’homme”, elle déduit alors que la Constitution est nulle si la majorité des individus composant la Nation n’a pas coopéré à sa rédaction. Prenant comme exemple la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, elle affirme que “la femme naît et demeure  l’égale de l’homme en droits ».
Dans son Préambule, elle affirme: “Les mères, les filles, les sœurs, représentantes de la Nation, demandent à être constituées en Assemblée nationale. Considérant que l’ignorance, l’oubli ou le mépris des droits de la femme sont les seules causes des malheurs publics et de la corruption des gouvernements, ont résolu d’exposer, dans une déclaration solennelle, les droits naturels, inaltérables et sacrés de la femme, afin que cette déclaration constamment présente à tous les membres du corps social leur rappelle sans cesse leurs droits et leurs devoirs »

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En 1793, durant la Terreur, Olympe de Gouges attaque Robespierre qu’elle accuse de vouloir instaurer une dictature et à qui elle reproche sans violence incontrôlée. Le 20 juin, elle est arrêtée  en train de coller des affiches contre Robespierre. On la juge le 2 novembre et la guillotine le jour suivant.

Olympe de Gouges, une infatigable lutteuse pour les droits humains attend encore d’entrer au Panthéon où la France loge ses grands hommes et très peu de grandes femmes.

https://www.youtube.com/watch?v=eRQErkCv3wE

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« Si las mujeres tienen derecho a subir al cadalso, también deben tener derecho a subir a la tribuna
Esta frase se la debemos a una de las primeras feministas de la historia de Francia, una de las mujeres de la Revolución Francesa, Olympe de Gouges,  cuyo pensamiento se adelantaba a su época y que luchaba, entre muchas otras cosas, contra la pena de muerte.
« La sangre, aún la de los culpables, derramada con crueldad y profusión, mancha eternamente las revoluciones », escribió poco menos de doscientos años antes de su abolición en Francia, en 1981.

Nacida en 1748 en Montauban, ciudad de provincia, bajo el nombre de Marie Gouze, hija natural de un noble,  es casada a los diez y seis años. Enviuda dos años más tarde.
Será entonces que Olympe de Gouges  cometerá tres infracciones contra las leyes que regían a las mujeres en el siglo XVIII. La primera será la de negarse a llamarse viuda de Aubry. Decide crearse una identidad. Marie Gouze se vuelve entonces Olympe de Gouges.
La segunda será la negarse a casarse con su amante, Jacques Biétix de Rosières. Olympe no cree en el matrimonio, « la tumba de la confianza y del amor». Esta declaración le valdrá una reputación de mujer galante.
La tercera infracción será su implicancia política y social y su condena de las injusticias hechas a los desclasados de la sociedad, esclavos, mujeres, hijos ilegítimos, ancianos… Este compromiso le costará la vida.

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Instalada entonces en París, frecuenta los círculos literarios e intelectuales, entre los cuales el salón de la señora de Montesson donde conoce al caballero de Saint-George que la sensibiliza en el problema de la esclavitud. En 1781 escribe una obra contra la esclavitud, Zamore et Mirza, cuyos héroes son dos esclavos fugitivos, que logra, en 1785, hacer entrar en la Comedia Francesa. La obra es sacada del repertorio y su autora corre el riesgo de terminar en la Bastilla. La volverán a incluir en 1789 gracias al apoyo de la Sociedad de amigos de los negros y a pesar de la campaña llevaba a cabo por los colonos de las Antillas y de las amenazas dirigidas a la autora.
« Se sirven de nosotros en estos climas como se sirven de los animales en los suyos. Llegaron a estos parajes, se apoderaron de las tierras, de las fortunas de los nativos de las  islas y nos hicieron esclavos como recompensa de las riquezas que robaron».

En 1786, nuestra autora publica La Boda inesperada de Cherubino, una continuación de las Bodas de Fígaro y un alegato contra el casamiento forzado y a favor de la emancipación femenina. Beaumarchais no aprecia y hace correr el rumor de la vida galante de Olympe. Asegura además que son sus amantes los que escriben por ella.
Ella le lanza un desafío: « ¡Oh falso protector de mi sexo! Te desafío a componer en presencia de Todo París (…) una obra de teatro sobre el tema que me quieran dar (…) La injusticia de un número infinito de hombres y mujeres que dicen fuerte que tengo algunos autores a mi disposición me rebela.»
Beaumarchais no aceptó el desafío pero las calumnias se expandieron.

Al estallar la Revolución Francesa en 1789, Olympe de Gouges multiplica su actividad y publica panfletos y libelos en los cuales reclama ante todo la igualdad de derechos de todos los ciudadanos sin distinción de sexo, color de piel  y condición social. Aboga también por la ley de divorcio que será implementada en 1792.

Una canción de la Révolución, el Ça ira, por Édith Piaf.
https://www.youtube.com/watch?v=L9VoRmjxvPs

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Sus propuestas están llenas de ideas vanguardistas que serán muchas veces puestas en práctica un siglo después. Fue la primera en hablar de asistencia social, de establecimientos que recibieran a los ancianos, de guarderías para los hijos de obreros, de talleres públicos para los que aún no se llamaban desempleados. Evoca finalmente, cosa muy rara en la época, el saneamiento de los hospitales y la higiene de las maternidades. Una mujer sobre cuatro moría en el parto en esos tiempos por infecciones perfectamente evitables. Para financiar este amplio programa social lanza la idea de un impuesto al lujo: “Un buen impuesto al lujo desenfrenado sería aplaudido por la humanidad”, expresa.

En septiembre de 1791 publica su Declaración de los derechos de la mujer y de la ciudadana.
Ya con los cuadernos de quejas, se habían expresado diversas reivindicaciones pidiendo que las mujeres pudieran formar parte del gobierno. En su artículo de julio de 1790, “Sobre la admisión de las mujeres al derecho ciudadano”, Condorcet se había asociado a este combate. Varios panfletos también habían aparecido sobre el tema.
La Declaración de Olympe de Gouges parte, como ellos, de la idea de que las mujeres tienen naturalmente los mismos derechos que los hombres. Siendo definida la Nación como “la reunión de la mujer y del hombre”, deduce entonces que la Constitución es nula si la mayoría de los individuos que componen la Nación no ha cooperado para su redacción.  Tomando como ejemplo la Declaración de los derechos del hombre y del ciudadano, afirma que “la mujer nace y permanece igual al hombre en derechos”.
En su preámbulo afirma: “Las madres, las hijas, representantes de la Nación, piden ser constituidas en Asamblea nacional. Considerando que la ignorancia, el olvido o el desprecio por los derechos de la mujer son las únicas causas de las desgracias públicas y de la corrupción de los gobiernos, han resuelto exponer, en una declaración solemne, los derechos naturales, inalterables y sagrados de la mujer, ppara que esta declaración constantemente presente ante los miembros del cuerpo social les recuerde sin cesar sus derechos y sus deberes

En 1793, durante el Terror, Olympe de Gouges ataca a Robespierre a quien acusa de querer instaurar una dictadura y a quien le reprocha su violencia incontrolada. El 20 de julio es arrestada pegando carteles en contra de Robespierre. La juzgan el 2 de noviembre y guillotinan al día siguiente.

Olympe de Gouges, infatigable luchadora  por los derechos humanos espera aún entrar en el Panteón donde Francia aloja a sus héroes y a muy pocas heroínas.

Eduardo Galeano nos habla de Olympe de Gouges (en italiano)
https://www.youtube.com/watch?v=GQ03vNkFoSU

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Comme un écho – Como un eco

La Guerre des pauvres, Éric Vuillard, Actes Sud, 2019

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Cette Guerre des pauvres d’Éric Vuillard, fait sans doute écho à l’actualité. Bien que l’action se déroule au tout début des temps modernes, le drame est le même, un peuple qui se soulève,  victime de la violence aveugle des tenants du pouvoir économique.
L’auteur, d’autre part, ne se cache pas derrière un quelconque narrateur. C’est sa voix que l’on entend, une voix habitée, une voix habitée par une colère sourde.
Or, le regard que pose Éric Vuillard sur le soulèvement des paysans du Saint-Empire romain germanique, en 1524 et sur leur agitateur Thomas Müntzer, ainsi que sur les révoltes en Angleterre, un siècle auparavant, n’est pas un regard d’historien. Loin de là. Il se trouve parmi les révoltés, en immersion, et nous avec lui. Comme un reporter de guerre. Tantôt au beau milieu de l’action, tantôt à distance, ce qui permet une certaine perspective.

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« Ainsi, la ville est partagée en deux. Il y a d’un côté les patriciens, à Sainte-Marie, de l’autre, à Sainte-Catherine, la plèbe. La raison et la pureté, ce sera pour les pauvres ; c’est devant eux que Müntzer commence à s’agiter, c’est là que sa blessure s’avive. Il parle. On l’écoute. Il cite les Évangiles : “Vous ne pouvez servir Dieu et les richesses.” Il croit pouvoir lire les textes tout simplement, à la lettre ; il croit en une chrétienté authentique et pure. Il croit que tout est écrit noir sur blanc dans saint Paul, qu’on trouve tout ce qu’il faut dans les Évangiles. Voilà ce qu’il croit.
Et c’est cela qu’il va prêcher aux pauvres tisserands, aux mineurs, à leurs femmes, à tous les misérables de Zwickau. Il cite l’Évangile et met un point d’exclamation derrière. Et on l’écoute. Et les passions remuent, car ils sentent bien, les tisserands, que si on tire le fil toute la tapisserie va venir, et ils sentent bien, les mineurs, que si on creuse assez loin toute la galerie s’effondre. Alors, ils commencent à se dire qu’on leur a menti. Depuis longtemps, on éprouvait une impression troublante, pénible, il y avait tout un tas de choses qu’on ne comprenait pas. On avait du mal à comprendre pourquoi Dieu, le dieu des mendiants, crucifié entre deux voleurs, avait besoin de tant d’éclat, pourquoi ses ministres avaient besoin de tellement de luxe, on éprouvait parfois une gêne. Pourquoi le dieu des pauvres était-il si bizarrement du côté des riches, avec les riches, sans cesse ? Pourquoi parlait-il de tout laisser depuis la bouche de ceux qui avaient tout pris ? »

Thomas Müntzer prêche en langue vulgaire, il met donc à la portée du peuple la parole de Dieu.. La langue des technocrates et des éléments de langage, est aussi éloignée du peuple que le latin l’était aux débuts des temps modernes. Et tout comme aujourd’hui un fossé se creusait entre les dominés et les puissants.

« Et tandis que Luther traduit la Bible en allemand, Müntzer s’adresse dans leur langue à ceux qui ne savent pas lire.
Il va plus loin que Luther. Sa messe en allemand soulève un tollé. Les gens viennent des alentours d’Allstedt écouter la parole de Dieu, des foules se déplacent pour entendre un prêtre s’adresser à eux pour la première fois dans leur langue. Dans l’église d’Allstedt, Dieu parle allemand.
Aussitôt, des ennemis se dressent. Le comte Ernest de Mansfeld promet le fer à ceux de ses sujets qui se rendraient à Allstedt écouter Müntzer. Car les ouvriers, les artisans, toute une population ignare, les bourgeois même, se pressent. On veut entendre la Parole en allemand, on veut enfin savoir ce qu’on nous racontait depuis si longtemps dans cette langue étrange ; on en a marre de répéter amen et ces couplets que l’on ne comprend pas. Et ce n’est pas insulter Dieu que de lui demander gentiment de parler notre langue. »

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Ces deux extraits sont un bon exemple de la langue de Vuillard, une langue directe, qui va droit au but. Une langue souvent impétueuse, dotée d’une énergie qui lui permet d’être, au même moment, au XVIe siècle et de prendre la distance nécessaire au commentaire. Les mots sont, aussi bien chez l’écrivain que chez les paysans révoltés, « une autre convulsion des choses ».

La Guerre des Pauvre d’Éric Vuillard est donc, à mon avis, un texte important parmi les livres récemment publiés, bien au-delà de ses résonnances avec l’actualité. Il nous fait, bien évidemment, réfléchir sur la permanence historique de l’injustice et des inégalités. Il saisit, dans ce sens, un instant du passé pour le mettre sous les projecteurs du temps présent.
Or, tout ceci est rendu par un style ciselé, par un art d’extraire tout le suc des mots, par une puissance du verbe qui nous entraîne comme un fleuve déchaîné.
C’est ce style, cette maîtrise de la langue qui nous font revenir en arrière pour en savourer de nouveau toute la force et toute la beauté.

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Esta Guerra de los pobres de Éric Vuillard, tiene sin duda su eco en la actualidad. Aunque la acción se desarrolla a comienzos de los tiempos modernos, el drama es el mismo, un pueblo que se levanta, víctima de la violencia ciega de los dueños del poder económico.
El autor, por otra parte, no se esconde detrás de un narrador cualquiera. Es su voz la que escuchamos, una voz habitada por una cólera sorda.
La mirada que pone, empero, Éric Vuillard sobre el levantamiento de los campesinos del Santo Imperio romano germánico, en 1524 y sobre su agitador Thomas Müntzer, así como sobre las revueltas de Inglaterra, un siglo antes, no es una mirada de historiador. Lejos de ello. Se encuentra entre los rebeldes, en inmersión, y nosotros con él. Como un reportero de guerra. Ora en medio de la acción, ora a distancia, lo que permite una cierta perspectiva.

« De esta manera, la ciudad está separada en dos. Por un lado están los patricios en Sainte-Marie, por el otro, en Sainte-Catherine, la plebe. La razón y la pureza serán para los pobres; Müntzer comienza a agitarse ante ellos, su herida se aviva allí. Habla. Lo escuchan. Cita los Evangelios: ‘’Pueden servir a Dios y a las riquezas’’. Cree poder leer simplemente los textos, literalmente; cree en un cristianismo auténtico y puro. Cree que todo está escrito en san Pablo, que uno encuentra todo lo que busca en los Evangelios. Eso es lo que cree.   
Y es eso lo que va a predicar a los pobres tejedores, a los mineros, a sus mujeres, a todos los miserables de Zwickau. Cita el Evangelio y pone luego un signo de exclamación. Y lo escuchan. Y las pasiiones se mueven ya que los tejedores se dan cuenta de que si se tira del hilo, todo el tapiz va a venir, y los mineros lo sienten, si se cava bastante lejos, la galería se derrumba. Comienzan entonces a decirse que les mintieron.  Desde hace tiempo tenían la impresión perturbadora, penosa, de que había una cantidad de  cosas que no entendían. Costaba entender por qué Dios, el dios de los mendigos, crucificado entre dos ladrones, necesitaba tanto brillo, por qué sus ministros necesitaban tanto lujo, sentían a veces una molestia. ¿Por qué el dios de los pobres estaba tan extrañamente del lado de los ricos, con los ricos, sin parar? ¿Por qué hablaba de dejar todo por boca de aquellos que habían tomado todo? »

Thomas Müntzer predica en lengua vulgar, pone entonces al alcance del pueblo la palabra de Dios. La lengua de los tecnócratas y de los elementos de lenguaje está tan alejada del pueblo como lo estaba el latín a comienzos de los tiempos modernos. Y tanto como hoy un foso se cavaba entre los dominados y los poderosos.

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« Y mientras Lutero traducía la Biblia en alemán,  Müntzer se dirigía en su lengua a aquellos que no sabían leer.
Va más lejos que Lutero. Su misa en alemán levanta un escándalo. La gente viene de los alrededores de Allstedt para escuchar la palabra de Dios, multitudes se desplazan para oír a un sacerdote dirigirse por primera vez a ellos en su lengua. En la iglesia de Allstedt, Dios habla en alemán.  
De inmediato aparecen enemigos. El conde Ernest de Mansfeld promete acero a los que vayan a Allstedt para escuchar a  Müntzer. Ya que los obreros, los artesanos, toda una población ignorante, aún los burgueses, quieren saber por fin que nos contaban durante tanto tiempo en esa lengua extraña; están hartos de repetir amen y esos estribillos que no se entienden. Y no es insultar a Dios pedirle amablemente que hable nuestra lengua.»

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Estos dos fragmentos son un buen ejemplo de la lengua de Vuillard, una lengua directa, que va derecho a la meta. Una lengua a menudo impetuosa, dotada de una energía que le permite estar, en el mismo momento, en el siglo XVI y tomar la distancia necesaria para el comentario.   Las palabras son, tanto para el escritor como para los campesinos rebeldes, « otra convulsión de las cosas ».

La Guerra de los Pobres de Éric Vuillard es entonces, a mi entender, un texto importante entre los libros recientemente publicados, mucho más allá de sus resonancias con la actualidad. Nos hace, evidentemente, reflexionar sobre la permanencia histórica de la injusticia y las desigualdades. Atrapa, en este sentido, un instante del pasado para ponerlo bajo los  del tiempo presente.
Todo esto está dado, empero, por un estilo cincelado, por un arte de extraer todo su jugo a las palabras, por una potencia del verbo que nos lleva como un río desencadenado.
Son este estilo, este dominio de la lengua los que nos hacen volver atrás para saborear de nuevo toda su fuerza y toda su belleza.

Qui a tué mon père. Histoire de France – Quién mató a mi padre. Historia de Francia

Édouard Louis, Qui a tué mon père, Seuil, 2018
Édouard Louis, En finir avec Eddy Bellegueule, Seuil, 2014
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Qui a tué mon père, d’Édouard Louis met en évidence la profonde injustice sociale qui ravage la France depuis des décennies. Injustice dont les responsables sont des chefs d’État de plus en plus serviles vis-à-vis du pouvoir de la grande finance et dont M Macron est le représentant le plus caricatural. Situation qui a mené à l’explosion actuelle des Gilets jaunes et qui mènera probablement au triomphe de l’extrême droite aux élections européennes, et si M Macron reste dans sa bulle start-upeuse et méprisante, à un autre triomphe, celui de Marine Le Pen aux présidentielles.

Mais venons-en plus précisément au livre d’Édouard Louis. Nous y retrouvons ce père, l’une des figures essentielles de son premier roman En finir avec Eddy Bellegueule. Voici ce qu’il écrit aujourd’hui :

« Plusieurs années après, quand j’ai fui le village et que je suis allé habiter à Paris, quand le soir dans les bars je rencontrais des hommes et qu’ils me demandaient quelles étaient mes relations avec ma famille – c’est une drôle de question mais ils la posent – je leur répondais toujours que je détestais mon père. Ce n’était pas vrai. Je savais que je t’aimais mais je ressentais le besoin de dire aux autres que je te détestais. Pourquoi ?
 

Est-ce qu’il est normal d’avoir honte d’aimer ? »

Ce père qu’il nous présentait ainsi, en 2014 :

« Mon père en a été très heureux. Au village il n’importait pas seulement d’avoir été un dur mais aussi de savoir faire de ses garçons des durs. Un père renforçait son identité masculine par ses fils, auxquels il se devait de transmettre ses valeurs viriles, et mon père le ferait, il allait faire de moi un dur, c’était sa fierté d’homme qui était en jeu. Il avait décidé de m’appeler Eddy à cause des séries américaines qu’il regardait à la télévision (toujours la télévision). Avec le nom de famille qu’il me transmettait, Bellegueule, et tout le passé dont était chargé ce nom, j’allais donc me nommer Eddy Bellegueule. Un nom de dur.”

On découvrait déjà dans ce roman cette France parallèle, si j’ose dire, des laissés pour compte, terroir privilégié de toutes les violences, et de toutes les discriminations.

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« Ma mère m’avait un jour mis devant l’évidence. Je ne comprenais pas et je lui avais demandé à quatre ou cinq ans, avec cette pureté dans les questions que posent les enfants, cette brutalité poussant les adultes à arracher à l’oubli les questions qui, parce qu’elles sont les plus essentielles, paraissent les plus futiles.
Maman, la nuit, elles s’arrêtent quand même, elles dorment les usines ?
Non, l’usine dort pas. Elle dort jamais. C’est pour ça que papa et que ton grand frère partent des fois la nuit à l’usine, pour l’empêcher de s’arrêter.
Et moi alors, je devrai y aller aussi la nuit, à l’usine ?
Oui. »

Or, en 2018, Édouard Louis pointe du doigt ceux qu’il considère les responsables, les coupables, de cette situation.

« En mars 2006, le gouvernement de Jacques Chirac, président de la France pendant douze ans, et son ministre de la Santé Xavier Bertrand, ont annoncé que des dizaines de médicaments ne seraient plus remboursés par l’État, dont, en grande partie, des médicaments contre les troubles digestifs. (…) Acheter des médicaments pour les réguler devenait de plus en plus difficile. Jacques Chirac et Xavier Bertrand te détruisaient les intestins. (…)
 
En 2007, Nicolas Sarkozy, candidat à l’élection présidentielle, mène une campagne contre celles et ceux qu’il appelle les assistés, et qui selon lui, volent l’argent de la société française parce qu’ils ne travaillent pas. Il déclare : « le travailleur […] voit l’assisté s’en tirer mieux que lui pour boucler ses fins de mois sans rien faire. » (…) Ce genre d’humiliation venue des dominants te fait ployer le dos encore plus.
 
En 2009, le gouvernement de Nicolas Sarkozy et son complice Martin Hirsch remplacent le RMI, un revenu minimum versé par l’État français aux personnes sans travail, par le RSA. Tu touchais le RMI depuis que tu ne pouvais plus travailler. Le passage du RMI au RSA visait à « favoriser le retour à l’emploi », comme le disait ce gouvernement. La vérité, c’était que dorénavant tu étais harcelé par l’État pour reprendre le travail, malgré ta santé désastreuse, malgré ce que l’usine t’avait fait. Si tu n’acceptais pas le travail qu’on te proposait, ou plutôt qu’on t’imposait, tu allais perdre ton droit aux aides sociales. On ne te proposait que des emplois à mi-temps épuisants, physiques, dans la grande ville à quarante kilomètres de chez nous. Payer l’essence pour faire l’aller-retour tous les jours t’aurait coûté trois cents euros par mois. Au bout d’un certain temps, pourtant, tu as été obligé d’accepter un travail de balayeur dans une autre ville, pour sept cents euros par mois, penché toute la journée à ramasser les ordures des autres, penché, alors que ton dos était détruit. Nicolas Sarkozy et Martin Hirsch te broyaient le dos. (…)
 
En août 2016, sous la présidence de François Hollande, Myriam El Khomri, la ministre du Travail, soutenue par le Premier ministre Manuel Valls, fait adopter la loi dite « loi Travail ». Cette loi facilite les licenciements et permet aux entreprises de faire travailler les salariés plusieurs heures de plus par semaine, en plus de ce qu’ils travaillent déjà.
L’entreprise pour laquelle tu balaies les rues pouvait te demander de balayer encore plus, de te pencher encore plus longtemps chaque semaine. Ton état de santé aujourd’hui, tes difficultés à te déplacer, tes difficultés à respirer, ton incapacité à vivre sans l’assistance d’une machine viennent en grande partie d’une vie à faire des mouvements automatiques à l’usine, puis à te pencher huit heures de suite tous les jours pour balayer les rues, pour balayer les ordures des autres. Hollande, Valls et El Khomri t’ont asphyxié.
 
Pourquoi est-ce qu’on ne dit jamais ces noms ? 
  
Septembre 2017 – Emmanuel Macron accuse les « fainéants » qui, en France, selon lui, empêchent les réformes. Tu sais depuis toujours que ce mot est réservé aux gens comme toi, à ceux qui n’ont pas pu ou ne peuvent pas travailler parce qu’ils vivent trop loin des grandes villes, qui ne trouvent pas de travail parce qu’ils ont été chassés trop tôt du système scolaire, sans diplômes, à ceux qui ne peuvent plus travailler parce que la vie à l’usine leur a broyé le dos. On ne dit jamais fainéant pour nommer un patron qui reste toute la journée assis dans un bureau à donner des ordres aux autres. On ne le dit jamais. Quand j’étais petit, tu répétais, obsessionnellement, « Je ne suis pas un fainéant », parce que tu savais que cette insulte planait au-dessus de toi, comme un spectre que tu voulais exorciser.
Il n’y a pas de fierté sans honte : tu étais fier de ne pas être un fainéant parce que tu avais honte de faire partie de ceux qui pouvaient être désignés par ce mot. Le mot fainéant est pour toi une menace, une humiliation. Ce genre d’humiliation venue des dominants te fait ployer le dos encore plus.
 
Ces noms que je prononce depuis tout à l’heure, peut-être que ceux qui me liront ou m’entendront ne les connaissent pas, peut-être qu’ils les ont déjà oubliés ou qu’ils ne les ont jamais entendus, mais c’est justement pour ça que je veux les prononcer, parce qu’il y a des meurtriers qui ne sont jamais nommés pour les meurtres qu’ils ont commis, il y a des meurtriers qui échappent à la honte grâce à l’anonymat ou grâce à l’oubli, j’ai peur parce que je sais que le monde agit dans l’ombre et dans la nuit. Je refuse qu’ils soient oubliés. Je veux qu’ils soient connus maintenant et pour toujours, partout, au Laos, en Sibérie et en Chine, au Congo, en Amérique, partout à travers les océans, à l’intérieur de tous les continents, au-delà de toutes les frontières.
Est-ce que tout finit toujours par être oublié ? »

Or, le sujet central du premier livre d’Édouard Louis est le calvaire d’un jeune homosexuel dans un environnement hostile.

« À compter de mon arrivée dans l’établissement j’ai erré tous les jours dans la cour pour tenter de me rapprocher des autres élèves. Personne n’avait envie de me parler : le stigmate était contaminant ; être l’ami du pédé aurait été mal perçu. »
 
Un environnement tout aussi hostile au bon déroulement de la scolarité.

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« J’appartenais au monde de ces enfants qui regardent la télévision le matin au réveil, jouent au football toute la journée dans les rues peu fréquentées, au milieu de la route, dans les pâtures qui s’étendent derrière leur maison ou en bas des blocs, qui regardent la télévision, encore, l’après-midi, le soir pendant des heures, la regardent entre six et huit heures par jour. Au monde de ces enfants qui passent des heures dans les rues, le soir et la nuit, à zoner. Mon père me prévenait – maladroit quand il s’agissait d’aborder les questions scolaires – que je pouvais faire ce que je voulais mais que je devrais toujours en assumer les conséquences Tu sors quand tu veux, tu rentres à l’heure que tu veux mais si le lendemain tu es fatigué à l’école, c’est de ta faute. Si tu veux jouer au grand tu vas jusqu’au bout, quand les enfants d’instituteurs, du médecin ou des gérants de l’épicerie étaient astreints à rester chez eux pour faire leurs devoirs. Il lui arrivait à de multiples reprises dans une même semaine de me demander si mes devoirs étaient faits. Peu lui importait la réponse, comme ma mère qui m’interrogeait sur ma journée au collège. Sa question, ce n’était pas lui qui la posait mais un rôle qui le dépassait, parfois, contre sa volonté, l’acceptation ou plutôt l’intériorisation du fait qu’il valait mieux, qu’il était plus légitime de bien faire ses devoirs pour un enfant. »

Il serait important, toutefois, de nous situer dans le temps. Édouard Louis est né en 1992, l’action de son roman autobiographique se déroule donc entre la fin des années 90 et les années 2000. Un passé extrêmement proche…, un présent même, les agressions homophobes se reproduisant encore et toujours dans toute la France.

« Dans le couloir sont apparus deux garçons, le premier, grand, aux cheveux roux, et l’autre, petit, au dos voûté. Le grand aux cheveux roux a craché Prends ça dans ta gueule.
Le crachat s’est écoulé lentement sur mon visage, jaune et épais, comme ces glaires sonores qui obstruent la gorge des personnes âgées ou des gens malades, à l’odeur forte et nauséabonde. Les rires aigus, stridents, des deux garçons Regarde il en a plein la gueule ce fils de pute. »
 
Le seul espoir est alors la fuite. Fuir la violence, fuir un monde où tout semble préétabli d’avance, tous les rôles, tous les comportements et où celui qui transgresse ces règles doit être puni, doit être exclu. Nous sentons chez Eddy,  même au plus profond du désespoir,  une force qui le porte vers l’avenir. Cet avenir qui n’existe pour ainsi dire pas dans son village, hors un avenir plus noir encore que le présent.
Il lui faut impérativement laisser derrière lui une éducation oppressive, celle d’une société patriarcale dont les icônes sont la virilité, l’alcool, le foot, la télé et une énorme violence. Fuir ce monde pour en finir avec Eddy Bellegueule et devenir Édouard Louis.
Un roman qui est finalement un outil d’émancipation, non seulement pour son auteur.

Je finis ce commentaire sur ces deux livres incontournables d’Édouard Louis avec un extrait d’un article paru dans les Inrockuptibles sur les « gilets jaunes » :

« Ce mouvement doit continuer, parce qu’il incarne quelque chose de juste, d’urgent, de profondément radical, parce que des visages et des voix qui sont d’habitude astreints à l’invisibilité sont enfin visibles et audibles. Le combat ne sera pas facile : on le voit, les gilets jaunes représentent une sorte de test de Rorschach sur une grande partie de la bourgeoisie ; ils les obligent à exprimer leur mépris de classe et leur violence que d’habitude ils n’expriment que de manière détournée, ce mépris qui a détruit tellement de vies autour de moi, qui continue d’en détruire, et de plus en plus, ce mépris qui réduit au silence et qui me paralyse au point de ne pas réussir à écrire le texte que je voudrais écrire, à exprimer ce que je voudrais exprimer. 

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»Quién mató a mi padre, de Édouard Louis pone en evidencia la profunda injusticia social que asola a Francia desde hace décadas. Injusticia cuyos responsables son los jefes dec estado cada vez más serviles para con el poder de la gran finanza y de los cuales el Sr. Macron es el representante más caricaturesco. Situación que llevó a la explosión actual de los Chalecos amarillos y que llevará probablemente al triunfo de la extrema derecha en las elecciones europeas, y, si el Sr. Macron sigue en su burbuja de start uo y de desprecio, a otro triunfo, el de Marine Le Pen en la presidencial.

Pero vayamos más precisamente al libro de Édouard Louis. Volvemos a encontrar a ese padre, figura esencial de su primera novela, Terminar con Eddy Bellegueule. Esto es lo que escribe hoy :
« Varios años después, cuando huí del pueblo y fui a vivir a París, cuando de noche en los bares, encontraba hombres y que me preguntaban cuales eran mis relaciones con mi familia –es una pregunta extraña pero la hacen- contestaba siempppre que odiaba a mi padre. No era verdad. Yo sabía que te amaba pero sentía la necesidad de decir a los otros que te odiaba. ¿Por qué?
 
¿Acaso es normal tener vergüenza de amar? »

Este padre que nos presentaba así, en 2014 :

« Mi padre fue muy feliz por ello. En el pueblo, no sólo importaba haber sido un duro pero también de haber sabido hacer duros a sus hijos. Un padre reforzaba su identidad masculina por sus hijos, a quienes debía transmitir sus valores viriles, y mi padre lo haría, iba a hacer conmigo un duro, era su orgullo lo que estaba en juego. Había decidido llamarme Eddy a causa de las series norteamericanas que miraba en la televisión (siempre la televisión). Con el apellido que me transmitía, Bellegueule (Lindajeta), y todo el pasado cargado en ese apellido, iba entonces a llamarme Eddy Bellegueule. Un nombre de duro.

Ya se descubría en esta novela esa Francia paralela, si puedo expresarme así, de los dejados de lado, terruño privilegiado de todas las violencias y de todas las discriminaciones.

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« Ma madre me había puesto un día ante le evidencia. Yo no entendía y le había preguntado a los cuatro o cinco años, con esa pureza en las preguntas que tienen los niños, esa brutalidad que lleva a los adultos a arrancar del olvido las preguntas que, porque son las más esenciales, parecen las más fútiles.
¿Mamá, de noche, se detienen  de algún modo, las fábricas duermen?
No, la fábrica no duerme. No duerme nunca. Por eso papá y tu hermano mayor van a veces de noche a la fábrica, para impedir que se detenga.
Y yo entonces, ¿también tendré que ir de noche a la fábrica?
Sí. »

En 2018, empero, Édouard Louis apunta a los que considera responsables, culpables de esta situación.

« En marzo de 2005, el gobierno de Jacques Chirac, presidente de Francia durante doce años, y su ministro de Salud, Xavier Bertrand, anunciaron que decenas de remedios ya no sería reembolsados por el Estado, entre los cuales, en gran parte, remedios contra los problemas digestivos. (…) Comprar remedios para controlarlos se volvía cada vez más difícil. Jacques Chirac et Xavier Bertrand te destruyeron les intestinos. (…)
 
En 2007, Nicolas Sarkozy, candidato a la elección presidencial, lleva una campaña contra aquellas y aquellos que llama los asistidos, y que, según él, roban el dinero de la sociedad francesa porque no trabajan. Declara: “el trabajador (…) ve al asistido arreglárselas mejor que él para llegar a fin de mes sin hacer nada, » (…)
Este tipo de humillación proveniente de los dominantes te hace inclinar la espalda aún más.
 
En 2009, el gobierno de Nicolas Sarkozy y su cómplice Martin Hirsch reemplazan el RMI, un seguro mínimo pagado por el Estado francés a los desempleados, por el RSA. Cobrabas el RMI desde que ya no podías trabajar. El paso del RMI al RSA apuntaba a « favorecer la vuelta al empleo », como lo decía ese gobierno. La verdad, era que desde entonces eras acosado por el Estado para volver a trabajar, a pesar de tu salud desastrosa, a pesar de lo que te había hecho la fábrica. Si no aceptabas el trabajo que te proponían, ibas a perder tu derecho a las ayudas sociales. Sólo te proponían empleos de medio tiempo agotadores, físicos, en la gran ciudad a cuarenta kilómetros de nuestra residencia. Pagar la nafta para hacer el ida y vuelta todos los días te habría costado trescientos euros por mes. Después de un cierto tiempo, sin embargo, tuviste que aceptar un trabajo de barrendero en otra ciudad, por setecientos euros por mes, inclinado todo el día, levantando la basura de los otros, inclinado, cuando tu espalda estaba destruida. Nicolas Sarkozy y Martin Hirsch te trituraban la espalda. (…)
 
En agosto de 2016, bajo la presidencia de François Hollande, Myriam El Khomri, la ministra del Trabajo, apoyada por el primer ministro Manuel Valls, hace adoptar la ley llamada “ley Trabajo”. Esta ley facilita los despidos y permite a las empresas hacer trabajar a los asalariados varias horas más  por semana, además de lo que ya trabajaban.
La empresa para la que barrés las calles podía pedirte barrer aún más, incliinarte aún más tiempo por semana. Tu estado de salud hoy, tus dificultades para moverte, tus dificultades para respirar, tu incapacidad de vivir sin la asistencia de una máquina provienen en gran parte de una vida pasada haciendo movimientos automáticos en la fábrica, luego inclinándote ocho horas seguidas todos los días barriendo las calles,  barriendo la basura de los otros. Hollande, Valls y El Khomri te asfixiaron.
 
¿Por qué nunca se dicen estos nombres? 
  
Septiembre de 2017 – Emmanuel Macron acusa los « holgazanes » que, en Francia, según él, impiden las reformas. Sabés que desde siempre que esta palabra está reservada a la gente como vos, a aquellos que no han podido o no pueden trabajar porque viven demasiado lejos de las grandes ciudades, que no encuentran trabajo porque han sido excluidos demasiado pronto del sistema escolar, sin diplomas, a los que ya no pueden trabajar porque la vida en la fábrica les ha destruido la espalda. Nunca se le dice holgazán a un patrón que se queda todo el día sentado en una oficina dando órdenes a otros. Nunca lo dicen. Cuando era chico, repetías, obsesivamente, « No soy un holgazán », porque sabías que ese insulto planeaba por encima tuyo, como un espectro al que querías exorcizar.
No hay orgullo sin vergüenza: estabas orgulloso de no ser un holgazán porque tenías vergüenza de formar parte de aquellos que pueden ser designados por esa palabra.  Ese tipo de humillación proveniente de los dominantes, te hace inclinar la espalda aún más.
 
Estos nombres que pronuncio desde hace un rato, puede que los que me lean o me escuchen no los conozcan, puede que ya los hayan olvidado o que no los hayan oído jamás, pero es justamente por eso que quiero pronunciarlos, porque hay asesinos que nunca son nombrados por los asesinatos que cometieron, hay asesinos que escapan de la vergüenza gracias al anonimato o gracias al olvido, tengo miedo porque se que el mundo actúa en la sombra o en la noche. Me niego a que sean olvidados. Quiero que sean conocidos ahora y para siempre, por todos lados, en Laos, en Siberia y en China, en el Congo, en América, en todos lados a través de los océanos, en el interior de todos los continentes, más allá de todas las fronteras.
¿Acaso todo termina siempre ppor ser olvidado? »

El tema central, empero, del primer libro de Édouard Louis es el calvario de un joven homosexual en un entorno hostil.

« Desde mi llegada al colegio, vagabundeé todos los días en el patio intentando acercarme a los otros alumnos. Nadie tenía ganas de hablarme: el estigma era contaminante ; ser amigo del marica hubiese sido mal visto. »

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Un entorno también hostil al buen desarrollo de la escolaridad.

« Yo pertenecía al mundo de esos niños que miran la televisión a la mañana al despertar, juegan al fútbol todo el día en las calles poco frecuentadas, en medio de la ruta, en los pastizales que se alargan detrás de sus casas o al pie de las torres, que miran la televisión, aún, de tarde, de noche durante horas, la miran entre seis y ocho horas por día. Al mundo de los niños que pasan horas en las calles, de tarde, de noche, callejeando. Mi padre me avisaba –torpe cuando se trataba de abordar cuestiones escolares- que podía hacer lo que quisiera pero que siempre debía asumir las consecuencias. Salís cuando quieras, volvés a la hora que quieras pero si al día siguiente estás cansado en la escuela, es culpa tuya. Si querés hacer el grande andá hasta el final, cuando los hijos de los maestro, del médico o de los gerentes del almacén estaban obligados a quedarse en casa para hacer sus deberes. Ocurría que en muchas oportunidades en una misma semana me preguntara si había terminado mis deberes. Poco le importaba la respuesta, como a mi madre que me interrogaba sobre mi día de colegio. No era él quien formulaba la pregunta sino un papel que lo sobrepasaba, a veces, contra su voluntad, la aceptación o mejor la interiorización del hecho de que más valía, que era más legítimo para un niño hacer bien sus deberes.”
 

Sería importante, sin embargo, situarnos en el tiempo. Édouard Louis nació en 1992, la acción de su novela autobiográfica se desarrolla entonces entre fines de los años 90 y los años 2000. Un pasado extremadamente cercano…

« En el pasillo aparecieron dos muchachos, el primero alto, con el cabello rojizo, y el otro, bajo, con la espalda encorvada. El alto pelirrojo escupió. Tomá eso en la jeta.
El escupitajo corrió lentamente sobre mi rostro, amarillo y espeso, como las escupidas sonoras que obstruyen las gargantas de los ancianos o de los enfermos, con olor fuerte y nauseabundo. Las raiisas agudas, estridentes de los dos muchachos. Mirá. Tiene la jeta llena ese hijo de puta. »
 

La única esperanza es entonces la huida. Huir de la violencia, huir de un mundo donde todo parece preestablecido de antemano, todos los papeles, todos los comportamientos, y donde aquel que trasgrede esas reglas debe ser castigado, debe ser excluido.  Sentimos en Eddy, aún en lo más profundo de la desesperanza, una fuerza que lo lleva hacia el porvenir. Ese porvenir que por así decirlo, no existe en su aldea, fuera de un porvenir aún más negro que el presente.
Debe imperativamente dejar atrás una educación opresiva, la de una sociedad patriarcal cuyos íconos son la virilidad, el alcohol, el fútbol, la tele y una enorme violencia. Huir de este mundo para terminar con Eddy Bellegueule y volverse Édouard Louis.
Una novela que finalmente es una herramienta de emancipación, no sólo para su autor.

Termino este comentario sobre estos dos libros imprescindibles de Édouard Louis con un fragmento de un artículo aparecido en  Les Inrockuptibles donde se expresa sobre los « chalecos amarillos “:

« Este movimiento debe continuar, porque encarna algo justo, urgente, profundamente radical, porque rostros y voces que están habitualmente obligadas a la invisibilidad son ahora visibles. El combate no será fácil, los chalecos amarillos representan una suerte de test  de Rorschach sobre gran parte de la burguesía ; los obligan a expresar su desprecio de clase y su violencia que habitualmente sólo expresan de manera indirecta, este desprecio que destruyó tantas vidas a mi alrededor, que sigue destruyendo, y cada vez más, este desprecio que reduce al silencio y que me paraliza a tal punto de no lograr escribir el texto que quería escribir, a expresar lo que quería expresar. »

Houellebecq, la vacuité – la vaciedad

Michel Houellebecq, Sérotonine, Flammarion, 2018

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Je n’ai jamais vraiment aimé Michel Houellebecq et j’ai toujours eu du mal à comprendre l’énorme engouement de la presse à son égard.
Après Soumission, d’une islamophobie absolument répugnante, l’écrivain continue à surfer sur l’air du temps, et sur une certaine droitisation de la société dans Sérotonine. Il prétend dans ce dernier roman nous parler du déclin de l’Occident par l’intermédiaire de Florent-Claude Labrouste, un agronome de 46 ans, accro aux antidépresseurs, lui-même en totale décadence et que l’on pourrait qualifier comme un beauf de la pire espèce.
On retrouve dans ce roman,  que je trouve d’une médiocrité attristante,  toutes les obsessions de Houellebecq, la xénophobie, visant ici les Hollandais, (quant aux Hollandais c’étaient vraiment des putes ils s’asseyaient n’importe où, une race de commerçants polyglottes et opportunistes les Hollandais on ne le dira jamais assez.), la misogynie ainsi que le sexe trash, pratiqué dans ce roman par la maîtresse japonaise de l’agronome avec des canidés ! Cette pornographie n’est même pas drôle, elle est plutôt triste à en mourir.
Et puis, est-ce de la provocation ?, un panégyrique du généralissime Franco, «  avec l’arrivée au pouvoir d’un homme. Francisco Franco, indépendamment d’autres aspects parfois discutables de son action politique, pouvait être considéré comme le véritable inventeur, au niveau mondial, du tourisme de charme, mais son œuvre ne s’arrêtait pas là, cet esprit universel devait plus tard jeter les bases d’un authentique tourisme de masse (qu’on songe à Benidorm ! qu’on songe à Torremolinos ! existait-il dans le monde, durant les années 1960, quoi que ce soit qui puisse y être comparé ?), Francisco Franco était en réalité un authentique géant du tourisme, et c’est à cette aune qu’il finirait par être réévalué. » Des effets parfois discutables, Guernica, le garrote vil, le vol de bébés, M Houellebecq ?
Un mot se retrouve très souvent dans le livre de Michel Houellebecq, la vacuité. Ce mot symbolise pour moi Sérotonine. J’ai donc suivi le conseil de Jorge Luis Borges : « Si un livre vous ennuie, laissez-le de côté, ne le lisez pas parce qu’il est renommé. Si un livre est ennuyeux, laissez-le de côté… ce livre n’a pas été écrit pour vous. » Merci Borges !

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Michel Houellebecq nunca me gustó realmente y me costó siempre entender el enorme apsionamiento de la prensa para con él.
Después de Sumisión, de una islamofobia absolutamente repugnante, el escritor continúa surfeando sobre las idea en vista, y sobre una cierta derechización de la sociedad en Serotonina. Pretende hablarnos en esta última novela de la decadencia de Occidente por el intermedio de Florent-Claude Labrouste, un agrónomo de 46 años, adicto a los antidepresores, el mismo en total decadencia y que podríamos calificar como un patán de la peor especie.
Encontramos en esta novela, que me parece de una mediocridad entristecedora, todas las obsesiones de Houellebecq, la xenofobia, que apunta aquí a los holandeses, (en cuanto a los holandeses eran realmente putas que se sentaban en cualquier lado, una raza de comerciantes políglotas y oportunistas, los holandeses, nunca lo diremos lo suficiente.), la misoginia así como el sexo trash,¡ practicado en esta novela por la amante japonesa del agrónomo con canes! Esta pornografía no es ni siquiera divertida, es más bien terriblemente triste.
Y luego, ¿es acaso provocación?,  un panegírico del generalísimo Franco, «  con la llegada al poder de un hombre, Francisco Franco, independientemente de otros aspectos a veces discutibles de su acción política, podía ser considerado como el verdadero inventor, a nivel mundial del turismo de encanto, pero su obra no se detenía allí, ese espíritu universal debía más tarde poner las bases de un auténtico turismo de masas (¡que se piense en Benidorm! ¡que se piense en Torremolinos! ¿existía acaso  en el mundo, durante los años 1960, se lo compare con lo que se lo compare?), Francisco Franco era en realidad un auténtico gigante del turismo y es de esta manera que debiera ser reevaluado. » ¿Aspectos a veces discutibles, Guernica, el garrote vil, el robo de bebés, Sr. Houellebecq?
Una palabra se encuentra muy a menudo en el libro de Michel Houellebecq, la vaciedad. Esta palabra simboliza para mí a Serotonina. Seguí entonces el consejo de  Jorge Luis Borges: « Si un libro los aburre, déjenlo, no lo lean porque es famoso. Si un libro es tedioso, déjenlo… ese libro no ha sido escrito para ustedes. » Gracias Borges!

Histoires de France – Historias de Francia

Omar Benlâala, Tu n’habiteras jamais Paris, Flammarion, 2018

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Ce récit d’Omar Benlâala porte cette phrase sur sa couverture : « Mon père, Martin Nadaud et moi », tout près d’une photo montrant deux mains d’homme usées par le temps et le travail.
Des mains de maçon, celles de Bouzid Benlâala, immigré algérien dans les années 60, le père.
Et puis, Martin Nadaud, immigré lui aussi, mais de la Creuse qui part vers Paris dans les années 1830 pour y travailler, lui aussi,  comme maçon.
Tous deux aidèrent à construire Paris, tous deux aimèrent, chacun à sa manière, cette vile.
Tous deux souffrirent le rejet lié à leurs origines ainsi qu’à leur méconnaissance de la langue française.
Tous deux exercèrent une activité militante, Bouzid au sein de la CGT, Martin Nadaud, de son côté, fut l’un des premiers députés ouvriers de France.
Tous deux durent à un moment, prendre le chemin de l’exil. Bouzid, tout jeune, au début des années 60, comme tant d’Algériens qui vinrent en France pour combler le manque de main d’œuvre de la France. Martin Nadaud, pour échapper aux répressions de Napoléon III.
Ces deux vies qui ont fait l’Histoire de la France à plus juste terme que certain tortionnaire de la guerre d’Algérie qui affirmait que les chambres à gaz n’étaient qu’un point de détail…, ces deux vies que séparent 130 ans, se font écho, se regardent, s’entremêlent avec une grande simplicité.
C’est justement là que réside le talent d’Omar Benlâala, il met devant nos yeux la vie dans sa simple grandeur et accomplit ainsi un devoir de mémoire.

Extraits

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« Je me vois en lui ; mêmes gestes, même sourire. Des traits suivant la courbe d’une existence sans véritables vagues, malgré les tempêtes. La bouche bordée par le temps qui trace. Le nez busqué, comme fracturé, malicieusement surplombé de ces yeux bridés qui, parfois, trahissent un ras-le-bol devant une vie tirée à quatre épingles entre deux continents. Seule ma voix reste encore inaudible dans la sienne – peut-être ne l’ai-je pas suffisamment écouté. À siroter ses paroles, je m’aperçois que je ne sais pratiquement rien de celui qui m’a tant appris. Rien de ses craintes, des illusions, des peines qu’il a dû surmonter pour pouvoir s’asseoir en paix dans ce quartier qui m’a vu naître. Même sa couleur préférée m’est inconnue – en a-t-il seulement une ? En prenant des notes, je m’interroge : d’où venait le ressentiment de cette assistante sociale ? Sûrement de ses pères, et des pères de ses pères. Comme la plupart d’entre nous, victimes de haines ancestrales qu’on ne s’explique pas, qu’on se refile sans préliminaires, dans une sorte d’inceste idéologique. Difficile de lutter, même d’y réfléchir. »

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« Sans l’entêtement du père, je n’aurais pas lu. Le père, finalement, je le connaissais peu. À la maison, on avait pris l’habitude de compter les lunes qui nous séparaient de son retour. Cette fois, il était parti deux ans. J’avais retrouvé un étranger avec une bourse, une blague à tabac, et une gravure carrée comme une fenêtre. « Voilà un édifice que les nôtres ont bâti à Paris ! », avait-il précisé, son pouce sur la devise Aux grands hommes la patrie reconnaissante. Lorsque je lui avais demandé ce qui était inscrit sous l’image, il s’était renfrogné : « Un jour, tu sauras ! » L’affaire l’avait contrarié ; ses silences se prolongeaient, son regard était devenu fuyant. Quelque chose se préparait, il aurait fallu être mort pour ne pas le sentir… Mais, timide, je me tenais à distance de cet homme qui revenait l’hiver, avec les loups.
C’est un dimanche, au cabaret, que tout s’est décidé :
— Eh quoi ! Tu veux nous en faire un prêtre ?
— Quand je disais que les paperasses qu’il achetait au marché Saint-Jean finiraient par lui troubler la cervelle… Faudrait pas que notre Martin y finisse comme le petit faiseur d’embarras de la rue de la Mortellerie… Un qui fait honte à sa famille, tiens, avec ses discours de savant !
Ce dernier éclat décida le père à taper du poing sur la table. Il se tourna vers notre marguillier, Faucher : « Voilà un petit gars que je vous enverrais, si vous vouliez l’accepter… » Stupeur générale : le travail des champs n’attendait pas qu’on sonne la récréation ; et surtout, que valait une instruction tout juste bonne à signer et à chanter le missel ? La religion de ma mère était faite : m’envoyer cultiver l’alphabet ne rimait à rien. J’étais de son côté : entre deux gardes de troupeaux, le temps me manquait déjà pour aller au Thaurion attraper le goujon ; je priais en silence qu’on ne m’éloigne pas de mon cher ruisseau… Avec les autres fils de maçons, on suivait son cours à la recherche des plus belles pierres. Chacun y allait de son muret. Le vainqueur espérait être le premier à accompagner les hommes. Si mon père me fourrait le nez dans les livres, je risquais de ne plus pouvoir mettre mes pas dans les siens. Je voulais plus que tout revêtir la blouse, pas la robe d’un catéchiste ; pourquoi me déshéritait-il ? Comment lui prouver ma valeur ?
Il était respecté pour avoir placé nombre de jeunes gens chez les entrepreneurs de la capitale. Mais il baissait parfois les yeux devant l’aïeul :
— Depuis ton retour, tu n’as pas passé un jour sans nous entretenir de tes projets d’école. Aucun de nous ne connaît ses lettres, et nous avons mangé du pain tout de même !
Ce coup-ci, Léonard – mon père – tint tête à l’assemblée. Un jour, après avoir trempé la soupe plus tôt que d’habitude, il me passa un panier tressé de ses mains et, en chantant, m’accompagna chez Faucher à Pontarion. Je ne devais revoir mon géniteur que neuf mois plus tard.
Il me restait à faire ce que font les enfants en colère : traîner des pieds, en souhaitant qu’on se lasse d’eux. Élève sans ambition, turbulent et batailleur, je rêvais au chaume que les miens posent entre les âmes et les étoiles. À la rigueur, je voulais bien apprendre à tracer le trait, bien droit comme sur la gravure, mais y jucher des lettres… Lire ? Personne ne savait et le monde ne s’en portait pas plus mal. Et en français, encore ! Ce dont on n’a pas besoin, pourquoi y penser ? Sans manquer d’exprimer mon désaccord, je prenais garde de ne pas trop déplaire à mon maître, qui m’aurait vite dénoncé. Si je m’inquiétais que la mère soit privée de mes bras, je savais de quoi ceux du père étaient capables quand je désobéissais. Par chance, Faucher avait bon cœur, et sut ouvrir le mien en m’offrant le godet à encre qui m’accompagnerait jusqu’aux marches de l’Assemblée. »

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« Mais la nostalgie n’est jamais bonne conseillère. Et puis, je n’ai pas trop l’occasion de lui faire la conversation : je dois trouver mes marques, physiquement, géographiquement, dans cette ville interminable. Au départ, j’ai surtout peur de me perdre, alors, j’avance sur la pointe des pieds. Je mets à l’épreuve mon sens de l’observation, j’analyse le terrain. Il faut que je maîtrise mon environnement, ces pierres, ces visages. Que je puisse arpenter la cité de long en large, comme si je traversais les champs de ma région. Dans le quartier, le premier endroit que j’identifie est le bureau de tabac, au croisement où j’ai le plus souvent traîné mes chaussures de sécurité. Pour aller plus loin, ma technique est simple : je jette un coup d’œil avant de tenter une percée, si j’ai le sentiment de pouvoir explorer la rue à venir ; sinon, je rebrousse chemin pour en sonder une autre plus courte. La première fois que j’ai pris celle des Pyrénées, il m’a fallu une sacrée dose de courage ! Tu sais que c’est la voie la plus longue de Paris, après Vaugirard ? J’ai presque eu le vertige, mais à l’horizontale. La sensation d’être pris au piège dans un désert d’ardoises. Je veux courir mais je dois freiner, avancer doucement, comme l’enfant qui apprend à marcher. En plus, je n’ai pas très envie de demander mon chemin. Pour me ridiculiser ? Combien de fois j’ai préféré me perdre ou revenir en arrière ! Alors, je compte patiemment le nombre de rues jusqu’au métro Pyrénées, puis jusqu’au métro Belleville, et jusqu’au métro Ménilmontant. Voilà comment je m’oriente dans ce nouveau quartier où je vis encore.
On parle du village de Ménilmontant… Pour moi qui venais vraiment d’un village de montagne, ce quartier, c’était un continent ! Mon cœur de bâtisseur était enchanté de découvrir les bancs publics, les trottoirs, les fontaines sculptées, les bâtiments ‒ gaz à tous les étages, et l’eau courante… Pourquoi le cacher ? C’est aussi pour ça qu’on avait tant de mal à partir, fascinés qu’on était par le progrès. La rue de Ménilmontant était très courue : des commerces chics bordés de lampadaires ajoutaient leur éclat à celui des vitrines. Mets-toi à la place de l’enfant qui découvre les illuminations de Noël pour la première fois… Nous, on était habitués aux lampes à pétrole, à la lumière du jour, à celle qui brillait dans les yeux des mômes, pas à ce feu d’artifice ! Et ces hommes costumés, cravatés, aux cheveux gominés, au bras desquels se réjouissait une compagne ! Ménilmontant, c’était le rendez-vous du samedi soir, du dimanche après-midi. Les couples s’y rendaient pour parader, respirer le bon air. »

Omar Benlâala, Tu n’habiteras jamais Paris, Flammarion, 2018

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Este relato de Omar Benlâala lleva esta frase en su tapa: “Mi padre, Martin Nadaud y yo”, cerca de una foto de muestra dos manos de hombre gastadas por el tiempo y el trabajo.
Manos de albañil, las de Bouzid Benlâala, inmigrante argelino en los años 60, el padre.
Y por otra parte, Martin Nadaud, también inmigrante, pero de la Creuze, que parte hacia París en los años 1830 para trabajar allí también como albañil.
Ambos ayudaron a construir París, ambos amaron, cada uno a su manera, esa ciudad.
Ambos sufrieron el rechazo ligado a su origen así como al desconocimiento de la lengua francesa.
Ambos ejercieron una actividad militante, Bouzid en el seno de la CGT, Martin Nadaud, por su lado, fue uno de los primeros diputados obreros de Francia.

Ambos debieron, en un momento, tomar el camino del exilio. Bouzid, muy joven, a comienzos de los años 60, como tantos argelinos, para suplir la falta de mano de obra de Francia.  Martin Nadaud, para escapar a las represiones de Napoleón III.
Estas dos vida que hicieron la Historia de Francia mucho más que cierto torturador de la guerra de Argelia que afirmaba que las cámaras de gas sólo eran un punto de detalle…, estas dos vidas que separan 130 años, se hacen eco, se miran, se entremezclan con una gran simplicidad.
Aquí justamente reside el talento de Omar Benlâala, pone ante nuestros ojos a la vida en su simple grandeza y cumple así un deber de memoria.  .

Fragmentos

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« Me veo en él; los mismos gestos, la misma sonrisa.  Rasgos que siguen la curva de una existencia sin verdaderas olas, a pesar de las tempestades. La boca bordeada por el tiempo que traza. La nariz respingada, como fracturada, maliciosamente dominada por esos ojos almendrados que, a veces, muestran un hartazgo ante una vida impecable entre dos continentes. Sólo mi voz sigue siendo inaudible ante la suya –quizás no la haya escuchado lo suficiente. Abrevándome con sus palabras, me doy cuenta de que no se prácticamente nada del que tanto me enseñó. Nada de sus temores, de las ilusiones, de la penas que debió sobrepasar para poder sentarse en paz en el barrio que me vio nacer. Hasta su color preferido me es desconocido -¿acaso tiene uno? Tomando notas, me interrogo: ¿de dónde venía el resentimiento de esa asistente social ? Seguramente de sus padres, y de los padres de sus padres. Como la mayoría de nosotros, víctimas de odios ancestrales que no se explican, que nos pasamos sin preliminares, en una suerte de incesto ideológico. Es difícil luchar, aún reflexionar »

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« Sin el empecinamiento de mi padre, no habría leído. A mi padre, finalmente, lo conocía poco. En casa, habíamos tomado la costumbre de contar las lunas que nos separaban de su regreso. Esta vez, se había ido dos años. Me había encontrado con un extranjero con una bolsa, una tabaquera y un grabado cuadrado como una ventana. “¡Este es el edificio que los nuestros construyeron en París!”, había explicado, con el pulgar sobre el lema A los grandes hombres, la patria agradecida. Cuando le pregunté qué había escrito debajo de la imagen, gruñó: “¡Un día sabrás!” El asunto lo había contrariado, sus silencios se prologaban, su mirada se había vuelto huidiza. Algo se preparaba, tendría que haber estado muerto para no darme cuenta… Pero, tímido, me mantenía a distancia de este hombre que volvía en invierno, con los lobos.
Un domingo, en el cabaret, se decidió todo :
— ¡Qué! ¿Querés que sea cura ?
— cuando decía que los papeles que compraba en el mercado Saint-Jean terminarían por turbarle el seso…Nuestro Martin no puede terminar como el pequeño hacedor de problemas de la calle de la Mortellerie… ¡Uno que avergüenza a su familia, mirá, con sus discursos de sabiondo!
Este último estallido decidió a mi padre a darle un puñetazo a la mesa. Se volvió hacia el bedel de nuestra parroquia, Faucher : “Le mandaré a este chico, si quiere aceptar…” Estupor general: el trabajo del campo no esperaba que toque el recreo; y, sobre todo, ¿de qué valía una instrucción sólo buena para firmar y cantar la misa?. La opinión de mi madre era clara: mandarme a cultivar el alfabeto no servía para nada. Yo estaba de su lado: entre dos guardias de rebaño, me faltaba tiempo para ir al Thaurion a pescar cornalitos; rogaba en silencio para que no me alejaran de mi querido arroyo… Con los otros hijos de albañiles seguíamos su curso en búsqueda de las piedras más bellas. Cada uno levantaba su murete. El vencedor esperaba ser el primero en acompañar a los hombres. Si mi padre metía mi nariz en los libros, corría el riesgo de ya no poder poner mis pasos en los suyos. Quería más que nada ponerme el guardapolvo, no el traje de catequista ; ¿por qué me desheredaba? ¿Cómo probarle mi valor?
Era respetado por haber ubicado a varios jóvenes con los empresarios de la capital. Pero bajaba a veces la mirada ante el abuelo:
— Desde tu vuelta no has pasado una hora sin hablarnos de tus proyectos de escuela. ¡Ninguno de nosotros conoce las letras y, sin embargo, hemos comido pan!!
Esa vez, Léonard – mi padre – enfrentó a la asamblea. Un día, después de haber tomado la sopa más temprano que de costumbre, me dió un canasto trenzado por sus manos y, cantando, me acompañó hasta lo de Faucher en Pontarion. Volvería a ver a mi progenitor sólo nueve meses más tarde.
Sólo me quedaba hacer lo que hacen los niños enojados: arrastrar los pies rogando que se cansen de ellos. Alumno sin ambición, turbulento y batallador, soñaba con la paja que los míos ponen entre las almas y las estrellas. En rigor, aceptaba hacer un trazo bien recto como en el grabado, pero ponerle letras encima… ¿Leer? Nadie sabía y todos andaban muy bien. ¡Y además en francés! ¿Para qué pensar en lo que no se necesita? Sin dejar de expresar mi desacuerdo tenía cuidado de no disgustar a mi maestro, que rápidamente me hubiera denunciado. Si me preocupaba porque a la madre le faltaría mis brazos, sabía de que eran capaces los del padre cuando yo desobedecía. Por suerte, Faucher tenía un buen corazón, y supo abrir el mío regalándome el tintero que me acompañaría hasta los escaños de la Asamblea.»

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« Pero la nostalgia nunca es buena consejera. Y además, no tengo demasiado la oportunidad de conversar con ella: debo encontrar mis referencias, físicamente, geográficamente, en esta ciudad interminable. Al comienzo, tengo sobre todo miedo de perderme, entonces, avanzo en puntas de pié. Pongo a prueba mi sentido de la observación, analizo el terreno, debo dominar mi entorno, esas piedras, esos rostros. Que pueda recorrer la ciudad de punta a punta, como su cruzara los campos de mi región. En el barrio, el primer lugar que identifico es el kiosco de cigarrillos, en el cruce donde arrastré más mis zapatos de seguridad. Para ir más lejos, mi técnica es simple : echo una ojeada antes de intentar el avance, si tengo la sensación de poder explorar la calle siguiente ; si no, doy media vuelta para sondear otra más corta. La primera vez que tomé la de Pyrénées, ¡necesité una buena dosis de coraje! ¿Sabés que es la más larga de París después de la de Vaugirard? Casi tuve vértigo, pero horizontal. La sensación de estar atrapado en un desierto de pizarras. Quiero correr pero debo frenar, avanzar suavemente, como el niño que aprende a caminar. Además, no tengo muchas ganas de preguntar mi camino. ¿Para ridiculizarme? ¡Cuantas veces preferí perderme o volver para atrás! Entonces cuento pacientemente el número de calles hasta el metro Pyrénées, luego hasta el metro Belleville, y hasta el metro Ménilmontant. Así me oriento en mi nuevo barrio, donde vivo aún ahora.
Se habla del poblado de Ménilmontant… Para mí, llegado realmente de un poblado de montaña, ¡ese barrio era un continente! Mi corazón de constructor estaba encantado de descubrir los bancos públicos, las veredas, las fuentes esculpidas, los edificios –gas en todos los pisos, y agua corriente… ¿Por qué negarlo? También por eso nos costaba irnos, fascinados con el progreso. La calle de Ménilmontant era muy frecuentada : comercios elegantes bordeados por faroles agregaban su brillo al de las vidrieras. Ponete en el lugar del niño que descubre por primera vez las iluminaciones de Navidad… Nosotros estábamos acostumbrados a las lámparas de kerosene, a la luz del día, a la que brillaba en los ojos de los pibes, ¡no a esos fuegos artificiales! ¡Y esos hombres de traje, con corbata, el pelo engominado, del brazo de quienes se regocijaba una compañera! Ménilmontant, era la cita del sábado a la noche, del domingo por la tarde. Las parejas iban a mostrarse, a respirar aire puro. » 

Les cigognes sont congolaises – Las cigüeñas son congoleñas

Alain  Mabanckou, Les cigales sont immortelles, Seuil, août 2018

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Dès les premières lignes du dernier livre d’Alain Mabanckou, Les cigognes sont immortelles, il me semble écouter les lire la voix de l’auteur. Une voix douce aux intonations bien particulières que je ne connais que par ses interviews.
C’est bien Michel qui me parle. Michel, le double de Mabanckou que j’avais quitté il y a quelques années, à la dernière page de Demain j’aurai vingt ans. C’était alors un enfant, il entre aujourd’hui dans l’adolescence mais les personnages et le décor sont les mêmes, maman Pauline, papa Roger et la petite maison « en attendant » en bois et en taule,  dans une parcelle du quartier Voungou de Pointe Noire, au Congo Brazzaville.
Ce 18 mars 1977, sous le manguier, « l’arbre à paroles » de papa Roger, celui-ci et Michel écoutent, comme d’habitude, tantôt la Voix de la Révolution congolaise, tantôt la Voix de l’Amérique, quand une nouvelle leur tombe sur la tête : le camarade président Marien Ngouabi vient d’être assassiné.
Un comité militaire prend le pouvoir dont l’un des membres est le commandant Denis Sassou-Ngesso, l’actuel dictateur du Congo.

CONGO-NGOUABI

Marien Ngouabi

« Il y a un nouveau type de commerce partout : des enfants vendent dans les rues des étoffes noires à mettre autour du bras pour montrer qu’on est en deuil. Tout le monde en a, et je me dis qu’il faut que j’en achète une pour être tranquille au cas où un camion militaire passerait à côté de moi et remarquerait que je ne respecte pas le camarade président Marien Ngouabi. L’étoffe en question coûte vingt-cinq francs comme le tabac de Papa Roger. Si j’en achète, mon père ne sera pas fâché, au contraire il se dira que je n’ai pas oublié que j’étais et que je reste une cigogne de la Révolution socialiste congolaise.
Les vendeurs d’étoffes noires sont tellement nombreux que je ne sais pas chez qui je vais en prendre. Je m’arrête devant l’un d’eux qui est pieds nus avec un ventre ballonné. Il me fait pitié car, à voir comment ses lèvres sont sèches, j’imagine qu’il n’a pas mangé au minimum depuis avant-hier à 14 h 30. Pour lui, c’est un grand bénéfice que le camarade président Marien Ngouabi soit mort, il peut maintenant se faire de l’argent, manger, et peut-être aussi acheter des savates pour ne plus marcher pieds nus. (…)
Je tends une pièce de vingt-cinq francs à l’enfant au ventre ballonné. Il regarde la pièce et me dit :
– Non, je prends pas ça !
Les gaillards nous surveillent, je dois faire attention à mon comportement. Je parle d’une voix gentille, je souris aussi, comme ça ces gaillards se diront que les choses se passent bien entre nous et que nous nous connaissons bien tous les deux :
– Pourquoi tu ne prends pas ça, c’est pourtant une jolie pièce, en plus elle ne sent pas mauvais comme l’argent que les femmes mettent dans leur soutien-gorge et…
– Non, je prends pas ça, point à la ligne !
– Mon frère, c’est une pièce de vingt-cinq francs, regarde bien tu verras que…
– Non, je prends pas ça ! Je ne suis pas ton frère ! Ce que je vends là, ça coûte cinquante francs maintenant !
Il veut me voler alors que sur sa pancarte par terre c’est écrit que l’étoffe noire coûte vingt-cinq francs.
Je le laisse là, je vais vers un autre enfant qui a un ventre normal. Il porte une chemise avec une seule manche, l’autre n’existe plus, il n’y a que quelques traces qui montrent qu’elle a peut-être été arrachée dans une bagarre.
Je lui donne ma pièce de vingt-cinq francs.
– Non, je prends pas ça !
– Mon frère, pourquoi toi aussi tu ne prends pas ça ?
– Je ne suis pas ton frère ! Ce que je vends là, ça coûte soixante francs maintenant !
– Mais ça coûtait d’abord vingt-cinq francs, puis ça coûtait cinquante francs, et maintenant ça coûte soixante francs ?
– Si tu blagues trop avec moi, ça va coûter cent francs et quelques !
– Jamais moi Michel, fils de Kengué Pauline et de Kimangou Roger, je vais acheter ce tissu noir pour cent francs ou cent francs et quelques !
– Ok, c’est pas grave alors, va dire ça aux gaillards là-bas, c’est eux qui vont te vendre ça avec des gifles en cadeau…
Je retourne chez l’enfant au ventre de ballon de rugby, c’est mieux d’acheter ça à cinquante francs qu’à soixante. Eh bien, il a aussi changé d’avis, il me dit d’aller acheter chez son ami à la chemise déchirée par la bagarre. Et quand je me pointe de nouveau devant son ami, le prix est maintenant à cent francs !
Je n’ai pas envie de patoiser encore avec eux, j’achète finalement, et je continue ma route. De loin, les gaillards ricanent car après moi d’autres personnes sont en train d’acheter à vingt-cinq francs, et il y en a qui débattent ce prix, partent avec ça en payant quinze francs seulement.
Je mets mon étoffe noire autour du bras, et je me dis que le camarade président Marien Ngouabi sera content de moi car j’ai acheté ça plus cher que tout le monde. Et puis, il sera aussi très content de moi parce que, alors que les gens croient qu’il est mort pour de bon, moi je me dis qu’il est en train d’apprendre à voler au-dessus des têtes des gens comme les cigognes blanches qui sont en fait des soldats russes ayant laissé leur vie sur des champs de bataille inondés de sang… »

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Comme nous pouvons le remarquer dans cet extrait, cette manière de  raconter l’histoire du point de vue d’un jeune garçon permet à l’auteur d’éviter les discours enflammés et, en outre, d’éclairer de la même lumière le politique ainsi que l’intime. La douleur d’Alain Mabanckou face aux dérives autoritaires que subit son pays natal transparaît cependant tout au long de ce roman qui ne s’étend que sur trois jours, du samedi 19 mars au lundi 21 mars 1977.
Nous retrouvons aussi dans ce nouveau roman la classe dominante des « capitalistes noirs » : membres du parti au pouvoir, études en URSS, costume cravate, belles voitures, maisons en dur, reprenant certaines habitudes des colonisateurs et séparée par un fossé du peuple travailleur.

« La femme qu’on lui a trouvée et qui est grosse et petite de taille, c’est Madame Léopoldine Mindondo. Elle ne dit jamais bonjour aux mamans du quartier et, pour ne pas les croiser, elle fait ses courses au Printania avec les Blancs et les autres capitalistes noirs.
Si je connais par cœur les noms des enfants Mindondo, c’est parce que des noms de ce gabarit il n’y a que cette famille qui les a à Pointe-Noire. Le grand frère s’appelle Thomas d’Aquin Mindondo, puis il y a trois autres garçons : Dionysos Mindondo, Olympe Mindondo, Poséidon Mindondo. La famille n’a qu’une seule fille, Artémis Mindondo, elle marche encore à quatre pattes.
Le grand frère Thomas d’Aquin Mindondo a quatorze ans, il ne fréquente pas notre collège des Trois-Glorieuses, il est à l’école française Charlemagne avec les petits Blancs que nous voyons dans le quartier quand Monsieur Mindondo fête les anniversaires de ses enfants.
Lorsque Monsieur Mindondo reçoit les gens qui portent une cravate et qui sont ses collègues du Parti Congolais du Travail, ces invités garent leur voiture partout, jusque devant notre parcelle. Monsieur Mindondo s’est déjà chamaillé avec Papa Roger qui lui avait dit de ne plus laisser ces individus cravatés se garer devant chez nous parce qu’on risquerait de penser que ça nous appartient, que nous sommes tout à coup devenus des capitalistes noirs. »

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La tragédie du pays trouve son écho dans celle de maman Pauline qui perd l’un de ses frères, un haut gradé de l’armée congolaise, tué après l’assassinat du camarade-président. Va-t-elle porter le deuil malgré les graves inconvénients que cela peut attirer sur elle et sur son entourage.
La figure de maman Pauline se dresse alors, héroïque, tragique, au beau milieu d’un monde presque dérisoire.

J’ai lu tout Mabanckou, ou presque, mais chaque nouveau livre est une nouvelle surprise, un nouvel émerveillement.
Dans Les cigales sont immortelles, Alain Mabanckou réussit à nous émouvoir sans tomber dans le pathos, la tendresse et l’humour nous en éloignent. Il s’agit, cependant, du premier de ses romans où la politique s’invite avec tout son bagage de violence et d’injustice.
Cette politique que subissent ces personnes, j’allais écrire ces personnages, mais non, ces personnes qui me sont déjà chères, Michel, Maman Pauline, Papa Roger… Et que j’espère peut-être retrouver dans un autre roman, quand Michel entrera au lycée, ou à l’université qui porte le nom du camarade-président.

L’auteur

Je découvris Alain Mabanckou en 2006 quand son roman Mémoires de porc-épic obtint le prix Renaudot. Je n’avais lu jusque là que quelques auteurs africains, les pères fondateurs, Léopold Sédar Senghor, Birago Diop, Camara Laye, Cheikh Hamidou Kane, et puis les auteurs qui suivirent les indépendances, Kourouma, Ouologuem,..
Ce fut mon premier roman africain contemporain et ce fut un vrai éblouissement. Mabanckou est d’ailleurs aujourd’hui l’un des écrivains actuels que j’admire le plus.
Né en 1966, à Pointe Noire, au Congo Brazzaville, Alain Mabanckou est aujourd’hui un homme de trois continents : Il est né en Afrique, il écrit sur l’Afrique. Or, il n’est pas le bienvenu dans son pays natal au cause de sa lutte pour la démocratie et contre les dictateurs, dont Denis Sassou-Nguesso. Il a fait une partie de ses études en France et y publie les livres qu’il rédige en français. En 2016, Alain Mabanckou est le premier écrivain africain a occuper une chaire du Collège de France .Il enseigne, depuis 2002, aux États-Unis, et, depuis 2006, à l’UCLA de Californie.

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Mais auparavant, Alain Mabanckou fait des études de droit à l’Université Marien Ngouabi de Brazzaville. À 22 ans, il débarque en France muni d’une bourse. Durant une dizaine d’années, il travaille comme juriste et écrit la nuit.
En 1998, notre écrivain publie son premier roman, Bleu-Blanc-Rouge, qui obtient le Grand Prix littéraire d’Afrique noire.
Suivront Verre cassé (2005), Mémoires de porc-épic (2006), Black Bazar (2009), Demain j’aurai vingt ans (2010), un remarquable essai, Le sanglot de l’homme noir (2012), Lumières de Pointe-Noire (2013), Petit Piment (2015) et des recueils de poésie dont une anthologie parue en 2015, Tant que les arbres s’enracineront dans la terre.

Hors son grand talent littéraire, j’admire chez Alain Mabanckou une franchise et une liberté de parole qui ne sont pas habituelles.
Au début de cette année, M Macron l’invitait à s’engager à ses côtés pour la défense de la Francophonie.
Il adresse alors au Président de la République la lettre ouverte qui suit :

« Monsieur le Président,

Dans votre discours du 28 novembre à l’université de Ouagadougou, puis dans un courrier officiel que vous m’avez adressé le 13 décembre, vous m’avez proposé de «contribuer aux travaux de réflexion que vous souhaitez engager autour de la langue française et de la Francophonie.»
 
Au XIXème siècle, lorsque le mot «francophonie» avait été conçu par le géographe Onésime Reclus, il s’agissait alors, dans son esprit, de créer un ensemble plus vaste, pour ne pas dire de se lancer dans une véritable expansion coloniale. D’ailleurs, dans son ouvrage «Lâchons l’Asie, prenons l’Afrique» (1904), dans le dessein de «pérenniser» la grandeur de la France il se posait deux questions fondamentales: «Où renaître ? Comment durer ?»
 
Qu’est-ce qui a changé de nos jours ? La Francophonie est malheureusement encore perçue comme la continuation de la politique étrangère de la France dans ses anciennes colonies. Repenser la Francophonie ce n’est pas seulement «protéger» la langue française qui, du reste n’est pas du tout menacée comme on a tendance à le proclamer dans un élan d’auto-flagellation propre à la France. La culture et la langue françaises gardent leur prestige sur le plan mondial.
 
Les meilleurs spécialistes de la littérature française du Moyen-âge sont américains. Les étudiants d’Amérique du Nord sont plus sensibilisés aux lettres francophones que leurs camarades français. La plupart des universités américaines créent et financent sans l’aide de la France des départements de littérature française et d’études francophones. Les écrivains qui ne sont pas nés en France et qui écrivent en français sont pour la plupart traduits en anglais: Ahmadou Kourouma, Anna Moï, Boualem Sansal, Tierno Monénembo, Abdourahman Waberi, Ken Bugul, Véronique Tadjo, Tahar Ben Jelloun, Aminata Sow Fall, Mariama Bâ, etc. La littérature française ne peut plus se contenter de la définition étriquée qui, à la longue, a fini par la marginaliser alors même que ses tentacules ne cessent de croître grâce à l’émergence d’un imaginaire-monde en français.
 
Tous les deux, nous avions eu à cet effet un échange à la Foire du livre de Francfort en octobre dernier, et je vous avais signifié publiquement mon désaccord quant à votre discours d’ouverture dans lequel vous n’aviez cité aucun auteur d’expression française venu d’ailleurs, vous contentant de porter au pinacle Goethe et Gérard de Nerval et d’affirmer que «l’Allemagne accueillait la France et la Francophonie», comme si la France n’était pas un pays francophone!
 
Dois-je rappeler aussi que le grand reproche qu’on adresse à la Francophonie «institutionnelle» est qu’elle n’a jamais pointé du doigt en Afrique les régimes autocratiques, les élections truquées, le manque de liberté d’expression, tout cela orchestré par des monarques qui s’expriment et assujettissent leurs populations en français? Ces despotes s’accrochent au pouvoir en bidouillant les constitutions (rédigées en français) sans pour autant susciter l’indignation de tous les gouvernements qui ont précédé votre arrivée à la tête de l’Etat.
 
Il est certes louable de faire un discours à Ouagadougou à la jeunesse africaine, mais il serait utile, Monsieur le Président, que vous prouviez à ces jeunes gens que vous êtes d’une autre génération, que vous avez tourné la page et qu’ils ont droit, ici et maintenant, à ce que la langue française couve de plus beau, de plus noble et d’inaliénable: la liberté.
 
Par conséquent, et en raison de ces tares que charrie la Francophonie actuelle – en particulier les accointances avec les dirigeants des républiques bananières qui décapitent les rêves de la jeunesse africaine –, j’ai le regret, tout en vous priant d’agréer l’expression de ma haute considération, de vous signifier, Monsieur le Président, que je ne participerai pas à ce projet.
 
Alain Mabanckou
Santa Monica, le 15 janvier 2018 »

Je partage absolument ce qu’exprime Alain Mabanckou dans cette lettre, d’autant plus, que de mon humble point de vue de professeur de français langue étrangère, c’est une idée que j’ai défendue à longueur de congrès et de réunions pédagogiques.
Je citerai, finalement, quelques paragraphes de l’article Le français, notre bien commun ?, paru dans l’Obs du 12 février 2018, et signé par Mabanckou et l’historien Achille Mbembé.

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« Nous le redisons : nous sommes opposés à toute définition de la langue française qui aurait pour fondement une idéologie nationalitaire. Une langue qui a vocation d’imaginer le monde est celle qui refuse que soient instaurées des frontières infranchissables en son sein. S’il est une caractéristique du français dans le monde contemporain, c’est justement son caractère transnational et transversal, son potentiel en tant que langue planétaire. Ce potentiel ne saurait se réaliser aux dépens des créateurs et des relayeurs qui œuvrent dans l’ombre, loin de la France, sans la permission de la France, sans attendre une quelconque rétribution de celle-ci, parce qu’ils savent depuis fort longtemps que la langue française est plus grande que la France.
 
Nous ne voulons pas d’un outil, la Francophonie, qui servirait de cache-misère pour une politique de la brutalité, pour une politique qui sépare au lieu de mettre ensemble, de tisser des relations.
 
Nous ne voulons pas d’un outil, la Francophonie, qui tournerait le dos au monde au lieu de l’embrasser; qui favoriserait l’enclavement des identités au lieu de faire en sorte qu’elles puissent être parcourues dans tous les sens; qui abandonnerait les arts et la culture aux forces du marché et de l’entreprise.
 
Nous militons pour une langue-monde, une langue planétaire, une langue de l’en-commun, véhicule de circulation au croisement des forces de vie et d’ouverture; une langue dont l’humanité dans son ensemble pourrait se servir dans le but de partager des paroles neuves et engagées, qui interrogent notre destin dans ce qu’il a à la fois de commun et de particulier. »

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Desde las primeras líneas del último libro de Alain Mabanckou, Las cigüeñas son inmortales, me parece escuchar la voz del autor que las lee. Una voz suave de entonaciones muy particulares que sólo conozco por sus entrevistas.
Es Michel quien me habla. Michel, el doble de Mabanckou que había dejado hace unos años, en la última página de Mañana tendré veinte años. Era entonces un niño, entra hoy en la adolescencia pero los personajes y el decorado son los mismos, mamá Pauline, papa Roger y la casita « a la espera » de madera y chapa, en la parcela del barrio Voungou de Pointe Noire, en el Congo Brazzaville.
Ese 18 de marzo de 1977, bajo el mango, « el árbol de palabras » de papa Roger, este y Michel escuchan, como de costumbre, ora la Voz de la Revolución congoleña, ora la Voz de las Américas, cuando una noticia les cae encima: el camarada presidente Marien Ngouabi acaba de ser asesinado.

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Marien Ngouabi

Un comité militar toma el poder, uno de sus miembros es el comandante Denis Sassou-Ngesso, el actual dictador del Congo.

« Hay un nuevo tipo de comercio en todos lados: chicos venden en las calles telas negras para ponerse alrededor del brazo para mostrar que uno está de luto. Todo el mundo tiene, y me dije que tenía que comprar una para estar tranquilo en caso en que un camión militar pasara cerca de mí y notara que no respeto al camarada presidente  Marien Ngouabi. La tela en cuestión cuesta veinticinco francos como el tabaco de Papá Roger. Si la compro mi padre no se enojará, al contrario, se dirá que no me olvidé que era y que sigo siendo una cigüeña de la Revolución socialista congoleña.
Los vendedores de telas negras son tan numerosos que no se a quien comprarle. Me detengo delante de uno de ellos que está descalzo y tiene una gran panza. Me da lástima pues, al ver que sus labios están resecos, imagino que no comió al menos desde antes de ayer a las 14, 30. Para él es un gran beneficio que haya muerto el camarada presidente Marien Ngouabi, ahora puede ganar plata, comer y quizás pueda comprar chancletas para no caminar descalzo. (…)
Tiendo una moneda de veinticinco francos al niño panzón, mira la moneda y me dice:  
– No, ¡no la quiero!
Los tipos nos vigilan, debo cuidar mi comportamiento. Hablo con una voz amable, también sonrío, así esos tipos se dirán que las cosas andan bien entre nosotros y que ambos nos conocemos:
– ¿Por qué no querés?, es una linda moneda, además no huele mal como el dinero que las mujeres se ponen en el corpiño y…
– ¡No, no la quiero y punto!
– Hermano, es una moneda de veinticinco francos, mirala bien y verás que…
– No, ¡no la quiero! ¡No soy tu hermano! ¡Lo que vendo ahora cuesta cincuenta francos!
Me quiere robar cuando sobre su cartel en el piso está escrito que la tela negra cuesta veinticinco francos.  
Me voy, voy hacia otro chico que tiene una panza normal. Lleva una camisa con una sola manga, la otra ya no existe, sólo algún rastro muestra que pudo haber sido arrancada en una pelea.
Le doy mi moneda de veinticinco francos
– No, ¡no la quiero!
– Hermano, ¿por qué vos tampoco la querés?
– ¡No soy tu hermano! ¡Lo que vendo ahora cuesta sesenta francos!
– Pero primero costaba veinticinco francos, luego costaba cincuenta francos y ¿ahora cuesta sesnta francos? 
– Si te burlás demasiado de mí, ¡te va a costar cien francos y más!
– Nunca, yo Michel, hijo  de Kengué Pauline y de Kimangou Roger, ¡nunca voy a comprar esa tela negra por cien francos o cien francos y más!
– Ok, no es grave, andá decírselo a los tipos que están allá, te la van a vender ellois con bofetadas de regalo…
Vuelvo cerca del niño de la panza como pelota de rugby, es mejor comprarle a él por cincuenta francos que por sesenta. Y bien, él también cambió de idea, me dice de comprarle a su amigo con la camisa rota por la pelea. Y cuando me encuentro frente a su amigo, ¡el precio es ahora de cien francos!  
No tengo ganas de perder el tiempo con ellos, compro finalmente y sigo mi camino. De lejos, los tipos se ríen ya que, después que yo, otras personas compran por veinticinco francos, y los hay que discuten el precio, y luego se van habiendo pagado quince francos.
Pongo mi tela negra alrededor del brazo, y me digo que el camarada presidente Marien Ngouabi estará contento de mí ya que la compré más caro que todo el mundo. Y además, también estará contento de mí, mientras la gente cree que está muerto del todo, yo me digo que está aprendiendo a volar por arriba de la cabeza de la gente como las cigüeñas blancas que son en realidad soldados rusos que dejaron su vida en campos de batalla inundados de sangre…»

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Como podemos verlo en este fragmento, esta manera de contar la historia desde el punto de vista de un muchacho permite al autor evitar discursos encendidos y, además, iluminar con la misma luz la política y lo íntimo. El dolor de Alain Mabanckou frente al curso autoritario que sigue su país se transparenta sin embargo a lo largo de esta novela que se extiende por tres días, del sábado 19 de marzo al lunes 21 de marzo de 1977.
Nos volvemos a encontrar también en esta nueva novela con la clase dominante de los « capitalistas negros » : miembros del partido en el poder, con estudios en la URSS, traje y corbata, lindos coches, casas de material, retomando ciertas costumbres de los colonizadores y separada por un abismo del pueblo trabajador.

La mujer que le encontraron y que era gorda y baja, es la señora  Léopoldine Mindondo. Nunca saluda a las mamás del barrio y, para no cruzarse con ellas, hace sus compras en el Printania con los blancos y otros capitalistas negros.
Si conozco de memoria los nombres de los hijos Mindondo es porque sólo hay nombres de ese tipo en esta familia en Pointe Noire. El hermano mayor se llama Tomás de Aquino Mindondo, luego hay otros tres varones : Dionysos Mindondo, Olympe Mindondo, Poséidon Mindondo. La familia sólo tiene una hija, Artemis Mindondo que aún anda en cuatro patas.
El harmano mayor Tomás de Aquino Mindondo tiene catorce años, no frecuenta nuestro colegio de las Tres Gloriosas, está en la escuela francesa Carlomagno con blanquitos que vemos en el barrio cuando el señor Mindondo festeja los cumpleaños de sus hijos.
Cuando el señor Mondondo recibe a la gente que lleva corbata y que son sus colegas del Partido Congoleño del Trabajo, estos invitados estacionan sus coches ppor todos lados, hasta delante de nuestra parcela. El señor Mindondo ya se peleó con Papá Roger que le había dicho que no dejara a estos individuos encorbatados estacionarse delante de casa porque correríamos el riesgo que pensaran que eran nuestros que de golpe nos volvimos capitalistas negros. “
 
La tragedia del país encuentra su eco en la de Mamá Pauline que pierde a uno de sus hermanos, un oficial del ejército congoleño, muerto después del asesinato del camarada-presidente. ¿Va a llevar el luto a pesar de los graves inconvenientes que esto puede atraer sobre ella y su entorno?
La figura de mamá Pauline se yergue entonces, heroica, trágica, en medio de un mundo casi irrisorio.

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He leído todo  Mabanckou, o casi, pero cada nuevo libro es una nueva sorpresa, una nueva maravilla.
En Las cigüeñas son inmortales, Alain Mabanckou logra conmovernos sin caer en el pathos, la ternura y el humor nos alejan de él. Se trata, sin embargo, de la primera de sus novelas en que la política se invita con su equipaje de violencia y de injusticia.
Esta política que sufren estas personas, iba a escribir personajes, pero no, estas ppersonas que ya me son queridas, Michel, Mamá Pauline, papá Roger… Y que espero quizás volver a encontrar en otra novela, cuando Michel entre al secundario, o a la universidad que lleva el nombre del camarada-presidente.

El autor

Descubrí a Alain Mabanckou en 2006 cuando su novela Memorias de puercoespín obtuvo el premio Renaudot. Hasta entonces sólo había leído a algunos autores africanos, a los padres fundadores, Léopold Sédar Senghor, Birago Diop, Camara Laye, Cheikh Hamidou Kane, y luego a los autores posteriores a las independencias, Kourouma, Ouologuem,..
Fue mi primera novela africana contemporánea y fue un deslumbramiento. Mabanckou es por otra parte hoy uno de los autores actuales que más admiro.
Nacido en 1966, en Pointe-Noire, en el Congo Brazzaville, Alain Mabanckou es hoy un hombre de tres continentes: nació en África, escribe sobre África. No es, empero, bienvenido en su país natal a causa de su lucha por la democracia y contra los dictadores, entre ellos Denis Sassou-Nguesso. Hizo parte de sus estudios en Francia y publica allí los libros que escribe en francés. En 2016, Alain Mabanckou es el primer escritor africano en ocupar una cátedra en el Collège de France. Enseña, desde 2002, en los Esatdos Unidos, y, desde 2006, en la UCLA de California.
Pero, anteriormente, Alain Mabanckou siguiió estudios de derecho en la Universidad Marien Ngouabi de Brazzaville. A los 22 años, desembarca en Francia con una beca. Durante una década trabaja como jurista y escribe de noche.
En 1998, nuestro escritor publica su primera novela, Azul-Blanco-Rojo, que obtiene el Gran Premio Literario del África Negra.
Seguirán Vaso roto (2005), Memorias de puercoespín (2006), Black Bazar (2009), Mañana tendré veinte años(2010), un notable ensayo, El sollozo del hombre negro (2012), Luces de Pointe-Noire (2013), Pimientito (2015) y libros de poesía entre los cuales una antología aparecida en 2015,  , Mientras los árboles se arraiguen en la tierra.

Fuera de su gran talento literario, admiro en Alain Mabanckou una franqueza y una libertad de palabra que no son habituales.
A comienzos de este año, el sr Macron lo invitaba a comprometerse a su lado para la defensa de la Francofonía.
Le dirige entonces al Presidente de la República Francesa la carta abierta siguiente:

« Señor Presidente,

En su discurso del 28 de noviembre en la universidad de Uagadugú, luego en un correo oficial que me dirigió el 13 de diciembre, me ha propuesto usted « contribuir a los trabajos de reflexión que desea usted emprender alrededor de la lengua francesa y la Francofonía » .
 
En el siglo XIX, cuando la palabra “francofonía” fue concebida por el geógrafo Onésime Reclus, se trataba entonces, en su mente, de crear un conjunto más vasto, por no decir de lanzarse en una verdadera expansión colonial. Por otra parte, en su libro “Dejemos Asia, tomemos África” (1904), con el objetivo de “perennizar” la grandeza de Francia, planteaba dos preguntas fundamentales: “¿Dónde renacer? ¿Cómo durar?”      
 
¿Qué cambió en nuestros días? La Francofonía es desgraciadamente aún percibida como la continuación de la política extranjera de Francia en sus ex colonias. Volver a pensar la Francofonía no es sólo “proteger” la lengua francesa que, por otro lado no está en absoluto amenazada como se tiene la tendencia de proclamar en un impulso de autoflagelación propio de Francia. La cultura y la lengua francesas conservan prestigio en el plano mundial.  
 
Los mejores especialistas en literatura francesa del Medioevo son norteamericanos. Los estudiantes de América del Norte están más sensibilizados a las letras en francés que sus colegas franceses. La mayoría de las universidades norteamericanas crean y financian sin ayuda de Francia departamentos de literatura francesa y de estudios francófonos. Los escritores que no nacieron en Francia y que escriben en francés son en su mayoría traducidos al inglés: Ahmadou Kourouma, Anna Moï, Boualem Sansal, Tierno Monénembo, Abdourahman Waberi, Ken Bugul, Véronique Tadjo, Tahar Ben Jelloun, Aminata Sow Fall, Mariama Bâ, etc. La literatura francesa ya no puede contentarse con la definición limitada que, a la larga, terminó por marginalizarla cuando sus tentáculos no dejan de crecer gracias a la emergencia de un imaginario-mundo en francés.  
 
Ambos, habíamos tenido sobre este tema, un intercambio en la Feria del Libro de Frankfurt en octubre pasado, y le expresé públicamente mi desacuerdo en cuanto a su discurso de apertura en el que no citó a ningún autor de expresión francesa proveniente de otro lado, se contentó con llevar al pináculo a Goethe y a Gérard de Nerval  y de afirmar que « Alemania recibía a Francia y a la Francofonía », ¡cómo si Francia no fuese un país francófono!
 
¿Debo recordarle que el gran reproche que se le hace a la Francofonía « institucional » es que nunca señaló a los regímenes autocráticos, las elecciones trucadas, la falta de libertad de expresión, todo esto orquestado por monarcas que se expresan y oprimen a sus poblaciones en francés? Estos déspotas se agarran del poder arreglando las constituciones (redactadas en francés) sin por ello suscitar las indignación de todos los gobiernos que han precedido su llegada a la cabeza del Estado.
 
Es por cierto loable hacer un discurso en Uagadugú a la juventud africana, pero sería útil, señor Presidente, que usted les probara a estos jóvenes que es de otra generación, que ha dado vuelta la página y que tienen derecho, aquí y ahora, a lo que tiene la lengua francesa de más bello, de más noble y de más inalienable: la libertad.  
 
En consecuencia, y por las taras que conlleva la Francofonía actual –particularmente la carcanía con los dirigentes de las repúblicas bananeras que decapitan los sueños de la juventud africana-, lamento, haciéndole llegar al mismo tiempo mi consideración, expresarle, señor Presidente, que no particiiparé de ese proyecto.
 
Alain Mabanckou
Santa Monica, 15 de enero de 2018 »

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Comparto absolutamente lo que expresa Alain Mabanckou en esta carta, tanto más que desde mi humilde punto de vista de profesor de francés lengua extranjera, es una idea que he defendiso a lo largo de congresos y reuniones pedagógicas.
Citaré, finalmente, algunos párrafos del artículo El francés, ¿nuestro bien común? , aparecido en L’Obs del 12 de febrero de 2018 y firmado por Mabanckou y el historiador Achille Mbembé.

« Lo volvemos a decir: nos oponemos a toda definición de la lengua francesa que tuviera como fundamento una ideología nacionalitaria. Una lengua que tiene como vocación imaginar el mundo es aquella que rechaza que sean instauradas fronteras infranqueables en su seno. Si existe una característica del francés en el mundo contemporáneo, es justamente su carácter transnacional y transversal, su potencial como lengua planetaria. Este potencial no podría realizarse a expensas de los creadores y de los portavoces que obran en la sombra, lejos de Francia, sin el permiso de Francia, sin esperar de ella ninguna retribución, porque saben desde hace mucho tiempo que la lengua francesa es más grande que Francia.
 
No queremos una herramienta, la Francofonía, que serviría para esconder una política de la brutalidad, para una política que separa en vez de reunir, de tejer relaciones.
 
No queremos una herramienta, la Francofonía, que vuelva la espalda al mundo en vez de abrazarlo; que favorezca el aislamiento de las identidades en lugar de hacer de manera que puedan ser recorridas en todos los sentidos ; que abandone las artes y la cultura a las fuerzas del mercado y de la empresa.
 
Militamos por una lengua-mundo, una lengua planetaria, una lengua de aquello en común, vehículo de circulación en el cruce de las fuerzas de vida y de apertura, una lengua cuya humanidad en su conjunto podría usarse con la meta de compartir palabras nuevas y comprometidas, que interrogan nuestro destino en lo que tiene a la vez de común y de particular,”

Lectures/Lecturas 2018 Trois voix face à l’abime – Tres voces frente al abismo

Eskhol Nevo, Trois étages, Gallimard, 2018

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Trois personnes habitant à trois étages différents du même immeuble d’un quartier bourgeois de Tel Aviv. Voici les protagonistes du dernier ouvrage d’Eskhol Nevo. Un roman ? trois nouvelles ? Peu importe. Les liens qui unissent les trois voisins, un homme et deux femmes, sont très tenus, comme cela arrive le plus souvent dans ce type de quartier, dans ce genre d’immeuble.
Chacune des trois personnes dévoile un secret, un non dit, un événement qui le bouleverse et qu’il n’arrive pas à maitriser.
Chacun d’entre eux se confie à quelqu’un. Arno, l’habitant du premier étage, à un ami écrivain ; Hani, celle du deuxième, écrit à une amie résidant aux États-Unis, tandis que Déborah, la juge à la retraite du troisième, enregistre des messages adressés à son mari défunt, sur un répondeur hors d’usage.
Cette structure bien particulière, non dénuée d’humour, est l’une des raisons de la fascination qu’exerce ce roman sur son lecteur.

Arno, jeune père de famile, est obsédé par l’idée que sa fille ait été abusée par le vieux voisin qui la gardait. Cet ancien soldat se promène armé et réagi violemment au doute qui le ronge, même si sa femme, avocate, lui démontre qu’il n’est étayé par aucune preuve.

Au deuxième étage, Hani s’ennuie, de son mari, constamment parti en voyage d’affaires, et de la monotonie terne de sa vie.
Soudain apparaît son beau-frère, un escroc immobilier recherché par la police, brouillé depuis longtemps avec le mari de Hani. Celle-ci ose alors l’infidélité…

Puis, pour finir, nous montons au troisième pour y rencontrer Déborah qui, un jour, dut faire le choix entre son fils et son mari. Elle se rangea alors du côté de l’époux.
Aujourd’hui, faisant table rase de sa vie antérieure, bien balisée, elle a décidé de s’ouvrir au monde en se joignant aux jeunes qui manifestent contre les injustices sociales dans le centre-ville. Et puis, à renouer avec son fils.

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Plusieurs thématiques, les difficultés de vivre en couple et d’élever des enfants, ainsi que les tensions qui traversent la société israélienne, se croisent d’étage en étage, structure qui fait allusion, c’est Déborah qui nous en donne la piste, aux trois étages de l’appareil psychique selon Freud, le ça, le moi et le surmoi.
Une autre particularité de Trois étages est que ses histoires, principalement les deux premières, manquent de conclusion ce qui crée chez le lecteur une certaine incertitude et lui laisse, en même temps, une grande liberté d’interprétation.
Un roman captivant, vertigineux, qui nous parle, bien évidemment, des fractures qui existent en Israël, mais qui nous parle, surtout, de nous-mêmes, êtres humains.

Un extrait

« Mon amour – trop peu souvent t’ai-je ainsi appelé –, avant même que je ne te décrive ce qui se passe dans ma vie, tu voudras sûrement savoir ce qui se passe dans celle du pays. (…)
Une jeune femme a monté une tente sur une avenue de Tel-Aviv pour protester contre le prix des logements et, à son exemple, d’autres ont dressé leurs tentes. Chaque couple de tentes a engendré une nouvelle tente et, désormais, l’avenue principale de la moindre bourgade est couverte de rangées de tentes d’où, à chaque fin de sabbat, émergent des jeunes gens qui se rassemblent sur les places publiques pour manifester en faveur de la justice sociale et de la régénération du pays. La télé retransmet en direct ces manifestations, et je les regarde en me désolant que tu ne sois pas avec moi pour constater ce prodige : certes, ces jeunes sont déboussolés, leurs slogans maladroits, leurs discours filandreux, pourtant il émane d’eux une ferveur qui me rappelle les années où nous avions la foi. « Toi et moi, nous changerons le monde », comme dans la bonne vieille chanson d’Arik Einstein.
Et donc, il y a trois semaines, j’ai décidé de sauter le pas.
Après tout, combien de fois avons-nous regardé, brûlant d’envie, nos concitoyens s’assembler sur les places et scander des slogans chers à notre cœur, alors que nous étions empêchés de les rejoindre, à cause de nos fonctions ? Mais aujourd’hui, avec la retraite, la porte de la cage s’est ouverte. Dans ces conditions, me suis-je demandé, pourquoi devrais-je rester derrière les barreaux ? Pourquoi ne pas partir en auto-stop avec l’un de nos voisins qui se rendent à la métropole et participer, moi aussi, aux manifestations ? »

Eskhol Nevo, Tres pisos (Aún sin traducción al castellano)

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Tres personas que viven en tres pisos distintos del mismo edificio de un barrio burgués de Tel Aviv. Estos son los protagonistas del último libro de Eskhol Nevo. ¿Una novela? ¿Cuentos largos? Poco importa. Los lazos que unen a los tres vecinos, un hombre y dos mujeres, son muy tenues, como ocurre a menudo en ese tipo de barrio, en ese tipo de edificio.
Cada una de las tres personas devela un secreto, algo no dicho, un acontecimiento que la conmueve y que no logra dominar.
Cada uno de ellos se confía a alguien. Arno, el habitante del primer piso, a un amigo escritor; Hani, la del segundo, escribe a una amiga que vive en los Estados Unidos, mientras que Déborah, la jueza jubilada del tercero, graba mensajes dirigidos a su difunto marido en un contestador fuera de uso.
Esta estructura muy particular, que no carece de humor, es una de las razones de la fascinación que ejerce esta novela sobre su lector.

Arno, joven padre de familia,  está obsesionado por la idea de que su hija haya sido abusada por el anciano vecino que la cuidaba. Este ex soldado se pasea armado y reacciona violentamente ante la duda que lo corroe, aún si su mujer, abogada, le demuestra que no se fundamenta en ninguna prueba.

En el segundo piso, Hani extraña a su marido, constantemente en viaje de negocios, y la monotonía opaca de su vida la aburre.
De pronto aparece su cuñado, un estafador inmobiliario buscado por la policía, enojado hace tiempo con el marido de Hani. Esta se atreve entonces a ser infiel,…
Luego, para terminar, subimos al tercer piso para conocer a Deborah quien tuvo un día que elegir entre su hijo y su marido. Se puso entonces del lado de su esposo.
Hoy, haciendo tabula rasa de su vida anterior, tan controlada, decidió abrirse al mundo uniéndose a los jóvenes que manifiestan contra las injusticias sociales en el centro. Y de reencontrarse luego con su hijo.

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Varias temáticas, las dificultades de vivir en pareja y de criar hijos, así como las tensiones que atraviesan a la sociedad israelí, se cruzan de piso en piso, estructura que hace alusión, Deborah nos da la pista, a los tres pisos del aparato psíquico según Freud, el ello, el yo y el súper yo.
Otra particularidad de Tres pisos, es que sus historias, principalmente las dos primeras, carecen de conclusión lo que crea en el lector una cierta incertidumbre y le deja, al mismo tiempo, una gran libertad de interpretación.
Una novela cautivadora, vertiginosa, que nos habla, evidentemente, de las fracturas existentes en Israel, pero que nos habla, sobre todo, de nosotros mismos, seres humanos.

Un fragmento

« Mi amor – demasiado poco a menudo te llamé así –, antes de que te describa lo que pasa en mi vida, querrás seguramente saber lo que ocurre en la del país. (…)
Una joven montó una carpa en una avenida de Tel-Aviv para protestar contra el precio de la vivienda y, siguiendo su ejemplo, otros levantaron sus carpas. Cada pareja de carpas engendró una nueva carpa y, a partir de entonces, la avenida principal del pueblo más pequeño está cubierta de filas de carpas de las que, en cada fin de sabbat, emergen jóvenes que se parecen en las plazas públicas para manifestar a favor de la justicia social y de la regeneración del país.  La tele retransmite en directo estas manifestaciones y las miro lamentando que nos estés conmigo para constatar este prodigio: es cierto que a estos jóvenes les falta una brújula, que sus eslóganes son torpes, sus discursos deshilachados, sin embargo emana de ellos un fervor que me recuerda los años en que teníamos la fe. “Vos y yo cambiaremos el mundo”, como en la linda y vieja canción de Arik Einstein.
Entonces, hace tres semanas, decidí cruzar el río.
Después de todo, ¿cuantas veces miramos, ardiendo de ganas, a nuestros conciudadanos reunirse en las plazas y cantar eslóganes caros a nuestro corazón, cuando estábamos impedidos de unirnos a ellos a causa de nuestras funciones? Pero hoy, con la jubilación, la puerta de la jaula se abrió. En estas condiciones, me pregunté, ¿por qué debería quedarme detrás de las rejas? ¿Por qué no ir en auto con uno de los vecinos que van a la metrópoli y participar, yo también, de las manifestaciones?»

La colombe de Braque – La paloma de Braque

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Tout commença avec un timbre de la poste française. Un timbre de 1961, de 0,50 FF, la colombe de Braque.
J’avais dans les 14 ans et, chez moi, la peinture s’arrêtait à Renoir et à Monet. Cette image si pure d’un oiseau blanc sur un fond végétal bleu me fascina et éveilla ma curiosité sur cette autre peinture qui m’était encore inconnue.

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Très souvent, en sortant du lycée, j’allais me promener par la rue Florida, pleine de librairie et de galeries d’art à l’époque.
Dans l’une de ces librairies, el Ateneo, je découvris de minuscules livres d’art des éditions Gustavo Gili, la collection Minia, absolument accessibles à l’adolescent peu fortuné que j’étais. Je dois avouer aussi que, parfois, l’un de ces petits livres se glissait, comme par hasard, dans mon carton à dessins !

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Et puis, un beau jour, j’entrai à l’Instituto Di Tella, qui avait ouvert ses portes il n’y avait pas si longtemps juste où la rue Florida rencontre la place San Martín.

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Jorge de la Vega

C’est de là que date ma vraie découverte de l’art contemporain, en l’occurrence la « Nueva Figuración »argentine, De La Vega, Deira, Macció, Noé
La liberté de ces peintres qui effaçaient les limites entre l’abstrait et le figuratif, do9nt les tableaux contestaient la société dans laquelle nous vivions, m’impressionna vivement. Et m’impressionne encore aujourd’hui quand je me trouve face à leurs œuvres.
Plus je m’intéressais à la peinture, plus je hantais les galeries d’art. Celles dont je me souviens : Bonino, Witcomb, Rubbers…Je découvris alors tous les peintres argentins de l’époque, Luis Seoane, Aída Carballo, Ricardo Carpani, Alberto Greco, Antonio Seguí, Liliana Porter, Raquel Forner, Aníbal Carreño…, et j’en passe, avec une nette préférence pour Antonio Berni, que je considère toujours le plus grand peintre argentin contemporain.

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Sur la même rue Florida se trouvait le kiosque d’Eudeba, la maison d’édition de l’Université de Buenos Aires, dont la devise était « Libros para todos », des livres pour tous, et c’était bien vrai ! Parmi leurs collections, l’une d’entre elles alliait la littérature et la peinture, « Cuentistas y pintores », (Des auteurs de contes et des peintres), de grands volumes où les meilleurs écrivains argentins étaient cuentillustrés par les peintres les plus reconnus, Borges par Basaldúa, Arlt par Urruchúa… Dans le même format, le Martín Fierro de José Hernández, œuvre emblématique de la littérature argentine, embellie par les œuvres de Juan Carlos Castagnino.
Cette histoire se poursuivit au fil du temps, de musée en galerie, de voyage en expo, je voulais aujourd’hui remercier cette belle colombe de Braque qui,  sur un simple timbre poste, m’ouvrit tant de portes.

 

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Todo comenzó con una estampilla del correo francés. Una estampilla de 1961, de 50 centavos de franco, la paloma de Braque.
Tenía yo unos 14 años y, en casa, la pintura se detenía en Renoir y Monet. Esta imagen tan pura de un pájaro blanco sobre un fondo vegetal azul me fascinó y despertó mi curiosidad hacia esa otra pintura que aún me era desconocida.
Muy a menudo, al salir del colegio, iba a pasear por la calle Florida, por entonces llena de librerías y de galerías de arte.

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En una de esas librerías, el Ateneo, descubrí minúsculos libros de arte de la Editorial Gustavo Gili, la colección Minia, absolutamente accesibles para el adolescente sin fortuna que era yo. Debo confesar también que, a veces, ¡uno de esos libritos se deslizaba, como por casualidad, en mi carpeta de dibujo!

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Rómulo Macció

Y luego, un buen día, entré al Instituto Di Tella, que había abierto sus puertas no hacía mucho tiempo justo donde la calle Florida encuentra a la plaza San Martín.
De allí remonta mi verdadero descubrimiento del arte contemporáneo, para el caso la “Nueva Figuración” argentina, De La Vega, Deira, Macció, Noé

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La libertad de estos pintores que borraban los límites entre lo abstracto y lo figurativo, cuyos cuadros cuestionaban la sociedad en la que vivíamos, me impresionó vivamente. Y me impresiona aún hoy cuando me encuentro frente a sus obras.
Más me interesaba por la pintura, más frecuentaba las galerías de arte. Me acuerdo de Bonino, Witcomb, Rubbers… Descubrí entonces a todos los pintores argentinos de la época, Luis Seoane, Aída Carballo, Ricardo Carpani, Alberto Greco, Antonio Seguí, Liliana Porter, Raquel Forner, Aníbal Carreño…, y se me olvidan, con una neta preferencia por Antonio Berni, que considero siempre como el mayor pintor argentino contemporáneo.

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En la misma calle Florida se encontraba el kiosco de Eudeba, la editorial de la Universidad de Buenos Aires, cuyo lema era “Libros para todos”, ¡y era verdad! Entre sus colecciones una aliaba pintura y literatura, “Cuentistas y pintores”, grandes volúmenes donde los mejores escritores argentinos eran ilustrados por los pintores más reconocidos, Borges por Basaldúa, Arlt por Urruchúa… En el mismo formato, el Martín Fierro de José Hernández embellecido por las obras de Juan Carlos Castagnino.
Este historia prosiguió, de museo en galería, de viaje en exposición, quería hoy agradecer a esa bella paloma de Braque que, desde una simple estampilla, me abrió tantas puertas.

Prix Nobel de la Paix – Premio Nobel de la Paz

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Le prix Nobel de la Paix vient d’être attribué. On peut, dans ce cas, affirmer que justice est faite. Rappelons que, par exemple, il fut attribué a Henry Kissinger qui signa, il est vrai, le traité qui mit fin à la guerre de Vietnam, mais qui mit en place les dictatures sanglantes des années 70 en Amérique latine.En 2018, les lauréats du prix sont un homme et une femme, luttant tous deux contre la violence faite aux femmes considérée comme une arme de guerre, Nadia Murad et Denis Mukwege.

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Nadia Murad est une jeune femme appartenant à la communauté yésidie irakienne, l’une des cibles des djiadistes de l’État islamique.
Ces kurdophones font partie des populations monothéistes les plus anciennes de la Mésopotamie. Ils furent persécutés aussi bien par les chrétiens que par les musulmans de puis toute éternité, mais l’apparition des fondamentalistes de Daesh signa, pourrait-on dire, leur arrêt de mort.
Nadia Murad fut l’une de ces jeunes filles réduites à l’esclavage sexuel par l’EI. Elle n’avait que 21 ans.
Elle fut vendue, revendue, violée et torturée jusqu’à ce qu’elle pût s’échapper de ses bourreaux.
Elle devint alors la porte-parole des femmes yésidies. En 2015, elle s’exprima devant le Conseil de sécurité  des Nations Unies. Ceci permit de mettre en lumière les atrocités faites aux femmes par l’intolérance démesurée des djiadistes. L’ONU ne sert malheureusement qu’à cela, les lobbies du gaz, du pétrole, des armes et des minerais rares y font encore la loi.
Et cette lumière ne doit pas s’éteindre, il y aurait encore, selon Nadia Murad, au moins 3 000 captives yésidies en mains de l’EI.

Voici ce qu’écrit Nadia Murad dans son livre Pour que je sois la dernière (Fayard, 2028). Je doute, vu l’ordre actuel du monde, que son souhait  puisse se réaliser dans le proche avenir.

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« J’ai traversé la maison pour rejoindre la porte latérale. Plus encore que d’ordinaire, chaque pièce me paraissait toute vibrante de souvenirs. Je suis passée dans le salon, où mes frères s’asseyaient durant les longues soirées d’été pour boire du thé fort et sucré avec d’autres hommes du village ; dans la cuisine, où mes sœurs me gâtaient en préparant mon repas préféré, de l’okra et des tomates ; dans ma chambre, où Kathrine et moi enduisions nos cheveux de pleines paumes d’huile d’olive, nous endormant la tête enveloppée d’un film plastique et nous réveillant dans l’odeur poivrée de l’huile tiède. J’ai repensé aux repas que nous prenions dans la cour, toute la famille assise en rond sur un tapis, glissant des bouchées de riz luisantes de beurre entre deux morceaux de pain frais. C’était une maison toute simple où l’on pouvait se sentir à l’étroit. Elias menaçait toujours de partir avec sa famille pour qu’ils aient plus de place, mais il ne l’a jamais fait.
J’entendais nos moutons, blottis dans la cour. Leurs toisons s’épaississaient tandis que leurs corps s’affaiblissaient, faute de nourriture. Je ne supportais pas l’idée qu’ils meurent ou qu’ils soient abattus et mangés par les combattants. Ils étaient tout ce que nous possédions. Je regrette de n’avoir pas pensé à graver dans ma mémoire tous les détails de chez nous, sans exception – les couleurs vives des coussins du salon, les épices qui parfumaient la cuisine, ou même le bruit de l’eau qui gouttait dans la douche –, mais je ne savais pas que je quittais ma maison pour toujours. »

« J’ignorais à quel point l’EIIL nous détestait et ce qu’il était capable de faire. Malgré notre terreur, je crois qu’aucun de ceux qui se sont dirigés vers l’école ce jour-là n’aurait pu prédire avec quelle cruauté nous serions traités. Et pourtant, pendant que nous marchions, le génocide avait déjà commencé. »

« C’était la première fois que j’entendais quelqu’un utiliser ce mot arabe à mon propos. Quand l’EIIL avait pris le Sinjar et avait commencé à enlever des Yézidis, les combattants appelaient leur butin humain sabaya (sabiyya au singulier), désignant ainsi les jeunes femmes qu’ils avaient l’intention d’acheter et de vendre comme esclaves sexuelles. Cet élément de leur projet nous concernant reposait sur une interprétation du Coran bannie depuis longtemps des communautés musulmanes du monde entier, mais qui figurait dans les fatwas et les brochures officielles de l’EIIL avant qu’il n’attaque le Sinjar. Les filles yézidies étaient considérées comme des infidèles : or, selon l’interprétation que ces combattants donnaient du Coran, violer une esclave n’est pas un péché. Nous étions censées attirer de jeunes recrues qui viendraient gonfler les rangs des combattants, sachant que nous leur serions offertes en récompense pour leur loyauté et leur bonne conduite. Ce sort attendait toutes les filles qui se trouvaient dans le car. Nous n’étions plus des êtres humains – nous étions des sabaya. »

Si je parlais des minerais rares, c’est qu’il y en a un qui se trouve sur tous nos smartphones, le coltan, extrait principalement dans la région de Kivu, en République démocratique du Congo. Il est ensuite transformé et commercialisé au Rwanda et exporté en Chine ou en Europe.

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Il s’agit donc pour les compagnies minières, belges pour la plupart, d’obtenir le minerai au moindre prix. Comme le coltan se trouve, au Kivu, sur des terres occupées par de petits agriculteurs, des troupes de mercenaires vont les chasser. Leur politique de terreur a comme arme principale le viol et la torture des femmes et des fillettes.
C’est justement dans le Nord-Kivu, à Bukavu, que le docteur Denis Mukwege a installé, il y a plus de 20 ans, la clinique où il soigne, répare, toutes ces femmes en détresse. Au risque de sa vie, car il dénonce les compromissions et la corruption du régime du président Kabila.

Je citerai l’introduction du documentaire de 2014,  Congo, un médecin pour sauver les femmes, d’Angèle Diabang.

« En Afrique, à l’est du Congo, le Kivu ressemble à un paradis. C’est aussi une région en guerre depuis 20 ans. Les richesses du sol, comme du sous-sol, attirent les convoitises des grandes puissances et des pays voisins. Les femmes sont les premières victimes et leurs vagins sont devenus un champ de bataille où s’affrontent les groupes armés.
Un chirurgien a réparé près de 40 000 femmes, il s’appelle Denis Mukwege. Il crie sa colère dans le monde entier. À l’ONU auprès des présidents des grandes nations et dans les médias. »

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Je citerai finalement une bande dessinée, Kivu, de Jean Van Hamme et Christophe Simon, éditions Le Lombard, 2018, un vrai hommage au docteur Mukwege ainsi qu’une forte dénonciation de la situation au Congo et des agissements maffieux des entreprises belges.

On peut, bien entendu, se réjouir d’un prix Nobel de la Paix bien mérité, mais, est-il si utopiste de continuer à espérer l’avènement d’un monde un peu plus juste ?

 

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El premio Nobel de la Paz acaba de ser atribuido. Se puede decir, en este caso, que se hace justicia. Recordemos que, por ejemplo, fue atribuido a Henry Kissinger que firmó, es verdad el tratado que puso fin a la guerra de Vietnam, pero que organizó a las sangrientas dictaduras de los años 70 en América Latina. En 2018, los ganadores del premio son un hombre y una mujer que luchan ambos contra la violencia hecha a las mujeres consideradas como un arma de guerra, Nadia Murad y Denis Mukwege.

Nadia Murad es una joven perteneciente a la comunidad yesidi iraquí, uno de los blancos de los dyiadistas del Estado Islámico.
Estos kurdoparlantes forman parte de una de las poblaciones monoteístas más antiguas de la Mesopotamia.  Fueron perseguidos tanto por los cristianos como por los musulmanes desde siempre, pero la aparición de los fundamentalistas de Daesh marcó, se puede decir, su decreto de muerte.

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Nadia Murad fue una de esas jóvenes reducidas a la esclavitud sexual por el EI. Sólo tenía 21 años.
Fue vendida, vuelta a vender, violada y torturada hasta que pudo escapar de sus verdugos.
Se volvió entonces la portavoz de las mujeres yesidi. En 2015 se expresó ante el Consejo De Seguridad de las Naciones Unidas. Esto permitió poner a la luz del día las atrocidades hechas a las mujeres por la intolerancia desmesurada de los dyihadistas.  La ONU sólo sirve desgraciadamente para eso, los lobbys del gas, del petróleo, de las armas y de los minerales raros todavía dictan la ley.
Y esta luz no debe apagarse, habría aún, según Nadia Murad, 3.000 cautivas yesidis en manos del EI.

Esto es lo que escribe Nadia Murad en su libro Para que yo sea la última. Dudo, visto el orden actual del mundo, que su deseo pueda realizarse.

« Crucé la casa para llegar a una puerta lateral. Más aún que normalmente, cada pieza me parecía vibrante de recuerdos. Pasé a la sala donde mis hermanos se sentaban durante largas veladas de verano para beber té fuerte y dulce con otros hombres del pueblo; a la cocina donde mis hermanas me mimaban preparándome mi plato preferido, okra y tomates, a mi habitación donde Kathrine y yo untábamos nuestro cabello con las palmas de las manos llenas de aceite de oliva, durmiendo con la cabeza envuelta por un film plástico y despertándonos con el olor pimentado del aceite tibio. Volví a pensar en las comidas realizadas siempre en el patio, con toda la familia sentada en círculo sobre una alfombra, deslizando bocados de arroz brillantes de manteca entre dos pedazos de pan fresco. Era una casa muy simple donde podíamos sentirnos apretados. Elias amenazaba siempre con irse con su familia para que hubiera más lugar, pero nunca lo hizo.
Oía a nuestras ovejas, acurrucadas en el patio. Sus vellones crecían mientras que sus cuerpos se debilitaban, por falta de alimento. No soportaba la idea de que murieran o que fueran abatidas y comidas por los combatientes. Eran todo lo que poseíamos. Lamento no haber pensado en grabar en mi memoria todos los detalles de la casa, sin excepción –los colores vivos de los almohadones de la sala.las especias que perfumaban la cocina, o aún el ruido del agua que goteaba de la ducha-, pero no sabía que dejábamos la casa para siempre.”

« Ignoraba hasta que punto el EI nos detestaba y lo que era capaz de hacer. A pesar de nuestro terror, no creo que ninguno de los que se dirigieron hacia la escuela habría podido predecir con cuanta crueldad seríamos tratados. Y sin embargo, mientras caminábamos, el genocidio había comenzado. »

« Era la primera vez que escuchaba a alguien utilizar esta palabra árabe con respecto a mí. Cuando el EI se apoderó del Sinjar y había comenzado a secuestrar yesidis, los combatientes llamaban a su botín humano sabaya (sabiyya en singular), designando así a las jóvenes que tenían intención de comprar y vender como esclavas sexuales. Este elemento de su proyecto que nos concernía reposaba en una interpretación del Corán desechada desde hacía tiempo por las comunidades musulmanas del mundo entero, pero que figuraba en las fatwas y en los folletos oficiales del EI antes de que atacara Sinjar. Las chicas yesidis eran consideradas como infieles: empero, según la interpretación que los combatientes daban del Corán, violar a una esclava no es pecado. Nuestra misión era la de atraer a los jóvenes reclutas que vendrían a aumentar las filas de los combatientes, sabiendo que seríamos dadas en recompensa por su lealtad y su buena conducta. Esta suerte esperaba todas las chicas que se encontraban en el ómnibus. Ya no éramos seres humanos, éramos sabaya. »

Si hablaba de minerales raros, es que hay uno que se encuentra en todos nuestros celulares, el coltan, extraído principalmente en la región de Kivú, en la República Democrática del Congo. Es luego transformado y comercializado en Ruanda y exportado a China o a Europa.

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Se trata entonces, para las compañías mineras, belgas en su mayoría, de obtener este mineral al menor precio. Como el coltan se encuentra, en el Kivú, en tierras ocupadas por pequeños agricultores, tropas de mercenarios van a echarlos. Su política de terror tiene como arma principal la violación y la tortura de las mujeres y las niñas.
Justamente en el Kivú Norte, en Bukavu, el doctor Denis Mukwege instaló, hace más de 20 años, la clínica donde cura, repara, a todas estas mujeres desesperadas. A riesgo de perder la vida ya que denuncia los arreglos y la corrupción del régimen del presidente Kabila.

Citaré la introducción del documental de 2014, Congo, un médico para salvar a las mujeres, de Angèle Diabang.

« En África, en el este del Congo, Kivú parece un paraíso. Es también una región en guerra desde hace 20 años. Las riquezas del suelo como del subsuelo atraen la codicia de las grandes potencias y de los países vecinos. Las mujeres son sus primeras víctimas y sus vaginas se han vuelto el campo de batalla donde se enfrentan los grupos armados.
Un cirujano reparó a casi 40.000 mujeres. Se llama Denis Mukwege. Grita su ira en el mundo entero. En la ONU ante los presidentes de las grandes naciones y en los medios.»

https://www.youtube.com/watch?v=vb_c3GoGQ54

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Citaré finalmente una historieta, Kivu, de Jean Van Hamme y Christophe Simon, ediciones Le Lombard, 2018, un verdadero homenaje al doctor Mukwege así como una fuerte denuncia de la situación en el Congo y del accionar mafioso de las empresas belgas.

Uno puede, por supuesto, alegrarse de un premio Nobel de la Paz bien merecido, pero, ¿es acaso utopista seguir esperando el advenimiento de un mundo más justo?

Charles Aznavour

Charles Aznavour est décédé hier soir à l’âge de 94 ans. Il s’était encore produit sur scène il y a moins d’un mois au Japon.

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Je me dois d’être sincère et d’avouer que ce chanteur n’a jamais fait partie de mes artistes favoris. Je ne vais pas, cependant, nier son importance dans le panorama de la chanson du XXe siècle et moins encore l’importance de certaines de ses compositions qui font partie du patrimoine musical français et au-delà.

Né en 1924, à Paris, de parent arméniens exilés suite au génocide turc, Charles Aznavour commence vraiment une carrière en créant un duo avec Pierre Roche. À la fin des années 40, le duo s’embarque vers l’Amérique du Nord. Ils resteront durant des mois à l’affiche à Montréal.
De retour en France, Aznavour deviendra le compositeur et parolier attitré des stars de l’époque, Mistinguett, Patachou, Juliette Gréco et Édith Piaf de qui il deviendra le secrétaire.

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Le succès comme chanteur commence à pointer vers 1957 quand il passe à l’Olympia et à l’Alhambra.
Il  devient, parallèlement, acteur de cinéma, notamment dans Tirez sur le pianiste, de François Truffaut, de 1960.
Cette même année, Charles Aznavour se produit au Carnegie Hall de New York, une vraie consécration au niveau mondial. À partir de là, le succès ne l’abandonnera plus.
Il devient une vedette internationale et ses chansons sont reprises par les plus grands, Ray Charles, Bing Crosby, Frank Sinatra, Lisa Minnelli…
D’un autre côté, Aznavour a toujours défendu sa double appartenance franco-arménienne. En 1975, à l’occasion du soixante-dixième anniversaire du génocide, il compose « Ils sont tous tombés », puis, en 1988, suite au tremblement de terre dans le pays de ses ancêtres, il crée la Fondation Aznavour pour l’Arménie.  Il est nommé alors Ambassadeur permanent de l’Unesco pour l’Arménie. En décembre 2008, le chanteur recevra la citoyenneté arménienne des mains du président Serge Sarkissian.

Ses chansons sont entrées dans la légende. La Bohème, La Mamma, Mes emmerdes, Tu t’laisses aller, Que c’est triste Venise, Hier encore… et j’en passe. Des chansons  aussi indestructibles que semblait l’être leur auteur.

https://www.youtube.com/watch?v=4Z0Os6wXXCc

Voici, pour terminer, ce que j’avais écrit suite à son récital de mai 2008 au théâtre Gran Rex de Buenos Aires. Ce n’était pas, bien entendu, sa tournée d’adieu comme on l’annonçait à l’époque !

Aznavour, la tournée des adieux

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La salle du Gran Rex de Buenos Aires est comble. À 21h30 pile un décor de lumières s’installe sur la scène suivi des 8 membres de l’orchestre et de leur chef, Gérard Daguerre. Et puis, un petit monsieur aux cheveux blancs et au costume noir fait son apparition sous les ovations de la salle. Charles Aznavour, presque 84 ans, chante Le temps et nous découvrons que le vieux monsieur n’a aucunement perdu sa voix, ce que confirme Paris au mois d’août, le deuxième morceau. La troisième chanson, Viens, est la première en espagnol et la première aussi où les arrangements, et surtout les chœurs, côtoient dangereusement le kitsch. Ce Kitsch qui arrive à son apogée avec Ave Maria, kitsch de la chanson elle-même, kitsch des chœurs qui se veulent lyriques et du vitrail projeté sur le fond de la scène.
La version intimiste de La Bohème, un cliché, dirions-nous, du répertoire d’Aznavour, réussit, par contre, à transmettre une émotion vraie, pure. Cette vérité, cette pureté de l’émotion apparaissent quand les arrangements se limitent à souligner la beauté de la chanson, comme c’est le cas de Il faut savoirDésormais, si proche du tango, et Comme ils disent.
Deux guitares et La mamma ont chacune un arrangement particulier, notamment la deuxième qui devient curieusement une salsa cubaine.
Je voyage, de son avant dernier CD, est taillée sur le modèle des grands succès d’Aznavour, sans vraiment les égaler. Les poncifs sont trop apparents et les rimes usagées (de rivage en rivage…de mirage en mirage). Il la chante avec sa fille Katia qui ne montre pas un grand talent pour la chanson.
D’autres chansons, belles, entraînantes, avec parfois, il est vrai, des arrangements un peu trop pompeux, ont heureusement relevé le cap, Sa jeunesseHier encoreÉteint la lumièreJe t’attends … pour finir avec le seul et unique bis, Que c’est triste Venise, chantée en espagnol sous un tonnerre d’applaudissements.
Un récital il se peut prévisible mais cependant vibrant d’un grand chanteur qui fait ses adieux au meilleur de sa forme malgré son âge. La chanson française dans tout son éclat.

Comme si tout mon passé défilait
Un autre aspect du récital de Charles Aznavour : le public composé en grande partie de dames de plus de 60 ans dont la jeunesse fut bercée par ses chansons. Chaque morceau, surtout ceux qu’il interpréta en espagnol, Apaga la luzDe quererte así et l’apothéose de Venecia sin ti faisait jaillir des soupirs, des exclamations, presque un orgasme collectif. Tous les souvenirs d’une lointaine jeunesse défilaient dans leur mémoire : le premier amour, les 33 tours, les premiers talons, les premiers bals, le lycée…

Adieu monsieur Aznavour et merci pour tout cela !

Charles Aznavour murió anoche a la edad de 94 años. Se había presentado en Japón hace menos de un mes.

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Debo ser sincero y confesar que este cantante nunca formó parte de mis artistas favoritos. No voy, sin embargo a negar su importancia en el panorama de la canción del siglo XX y menos aún la importancia de ciertas de sus composiciones que forman parte del patrimonio musical francés y más aún.

Nacido en 1924, en París, de padres armenios exiliados a causa del genocidio, Charles Aznavour comienza realmente una carrera al crear un dúo con Pierre Roche. A fines de los años 40 el dúo se embarca hacia América del Norte. Durante meses estarán en cartelera en Montreal.
De vuelta en Francia, Aznavour será el compositor y letrista de las estrellas de la época,  Mistinguett, Patachou, Juliette Gréco y Édith Piaf de quien será secretario.
El éxito como cantante comienza a verse hacia 1957 cuando se presenta en el Olympia y en el Alhambra.
Deviene, paralelamente, actor de cine, principalmente en Tiren sobre el pianista, de François Truffaut, de 1960.
Ese mismo año, Charles Aznavour se presenta en el Carnegie Hall, de Nueva York, una verdadera consagración a nivel internacional. A partir de entonces el éxito ya no lo abandonará.

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Se vuelve una estrella internacional y sus canciones son interpretadas por los más grandes, Ray Charles, Bing Crosby, Frank Sinatra, Lisa Minnelli…
Por otro lado, Aznavour siempre defendió su doble pertenencia franco-armenia. En 1975, en ocasión del septuagésimo aniversario del genocidio, compone « Ils sont tous tombés » (Ellos cayeron), luego, en 1988, a causa del terremoto en la tierra de sus antepasados, crea la Fundación Charles Aznavour para Armenia. Es nombrado entonces Embajador Permanente de la Unesco para Armenia. En diciembre de 2008, el cantante recibirá la ciudadanía armenia de manos del presidente Serge Sarkissian.

Sus canciones entraron en la leyenda.. La Bohème, La Mamma, Mes emmerdes, Tu t’laisses aller, Que c’est triste Venise, Hier encore… y faltan. Canciones tan indestructibles como lo parecía su autor.

https://www.youtube.com/watch?v=4Z0Os6wXXCc

He aquí, para terminar, lo que escribí después de su recital de mayo del 2008 en el teatro Gran Rex de Buenos Aires. ¡No era, por supuesto, su gira de adiós como se lo anunciaba en ese momento!
Aznavour, la gira de despedida

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La sala del Gran Rex de Buenos Aires está llena. A las 21 y 30 en punto un decorado de luces se instala en escena seguido por los 8 músicos de la orquesta y su director, Gérard Daguerre. Y luego, un señor bajito de cabello blanco y traje negro hace su aparición bajo las ovaciones de la sala. Charles Aznavour, casi 84 años, canta Le temps y descubrimos que el anciano no ha perdido de ninguna manera la voz, lo que confirma con Paris au mois d’août, el segundo tema. La tercera canción, Ven, es la primera en castellano y también la primera cuyos arreglos y coros se codean peligrosamente con el kitsch. Este kitsch que llega a su apogeo con Ave María, canción kitsch, coros kitsch que quieren ser líricos y vitral kitsch proyectado en el fondo del escenario.
La versión intimista de La Bohème, un cliché, diríamos, del repertorio de Aznavour, logra, por lo contrario, transmitir una emoción verdadera, pura. Esta verdad, esta pureza de la emoción aparecen cuando los arreglos se limitan a subrayar la belleza de la canción, como es el caso de Il faut savoirDésormais, tan cercana al tango, y Comme ils disent.
Deux guitares y La mamma cuentan cada una con un arreglo particular, sobre todo la segunda que se vuelve curiosamente una salsa cubana.
Je voyage, de su anteúltimo CD, está tallada sobre el modelo de los grandes éxitos de Aznavour, sin llegar a igualarlos. Los lugares comunes son demasiado aparentes, las rimas gastadas. La canta con su hija Katia que no muestra mucho talento para la canción.
Otras canciones, bellas, animadas, con, a veces, es verdad, arreglos un poco demasiado pomposos, han levantado la mira, Sa jeunesseHier encoreÉteint la lumièreJe t’attends … para terminar con el único bis, Venecia sin tí, cantada en castellano bajo una salva de aplausos.
Un recital posiblemente previsible pero sin embargo vibrante de un gran cantante que se despide en lo mejor de su forma a pesar de la edad. La canción francesa en todo su esplendor.

Como si desfilara todo mi pasado
Otro aspecto del recital de Charles Aznavour : el público compuesto en gran parte por señoras de más de 60 años cuya juventud fue acunada por sus canciones. Cada tema, sobre todo los que interpretó en castellano, Apaga la luzDe quererte así y la apoteosis de Venecia sin ti hacía surgir suspiros, exclamaciones, casi un orgasmo colectivo. Todos los recuerdos de su lejana juventud desfilaban en su memoria: el primer amor, los long plays, los primeros tacos, los primeros bailes, el colegio…

Adiós señor Aznavour y ¡gracias por todo eso!